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L'Afrique absente du Maroc africain*

Par: Mohamed Boudhan

Africa:

Le terme "Africa", avant qu'il ne devînt à une époque plus récente le nom de tout le continent africain, était à l'origine un nom utilisé par les romains pour désigner l'Afrique du nord, à l'exception de l'Egypte qui avait, elle, son statut propre.

Il est formé à partir du mot latin "Afri" qui signifie "les Africains". Le singulier est “Afer”(1). Quant à la particule «ica», c’est un suffixe qui indique parfois, dans la langue latine, un territoire; qui renvoie à une origine territoriale. Ainsi, "Africa" c’est le territoire des "Afri", comme, toujours en langue latine, "Celtica" est la terre des "Celtae", c'est-à-dire les Celtes(2)

Tous ceux qui connaissent  bien Tamazight se rendent facilement compte que les mots "Afer" et "Afri", qui ont donné "Arica", ne sont pas, d’après leur morphologie et leur sonorité, étrangers à la langue amazighe. C’est pour ça que la majorité de ceux qui ont étudié la question de l’origine linguistique et étymologique de ces mots, s’accordent à dire que l’origine de "Afri" ne pourrait être que locale, c'est-à-dire africaine, c'est-à-dire encore amazighe. Ainsi, certains pensent que "Afri" serait le nom d’une tribu berbère. D’autres avancent que ce mot ne serait que le vocable amazigh toujours en usage, qui est "Ifri" (La grotte) (3).

Duo territoire-identité:

Le but de cette digression sur la signification et l’origine du nom "Africa", est de montrer et comprendre que les liens entre l’amazighité et "Africa", en l’occurrence l'Afrique, n’étaient pas seulement étroits et solides, mais que toutes les deux, c'est-à-dire l’amazighité et l'Afrique, étaient comme confondues, comme synonymes, l’une expliquait l’autre, l’une renvoyait à l’autre, l’une était le miroir de l’autre, à tel point qu’à la question: c'était quoi l’Afrique? la réponse serait: c’est le territoire des "Afri", c'est-à-dire le territoire des amazighs. Et à la question: qui étaient imazighen, la réponse serait: c'étaient les populations de l'Afrique. "Africa" désignait donc un espace géographique, mais aussi le peuple qui occupait cet espace dont il était natif.

Ainsi le nom "Africa" avait un double sens: il indiquait une appartenance géographique que représentait – et représente toujours - le territoire d'Afrique du nord, et il indiquait en même temps une appartenance identitaire que représentaient les "Afri", c'est à dire habitants amazighs de ce territoire. Il y avait donc une parfaite concordance et harmonie entre l’appartenance géographique et l’appartenance identitaire qui en émane comme une "copie" qui lui est parallèle et inséparable, témoignant que l'identité des peuples est déterminée par l'identité géographique de leur territoire.

Duo "pays d'Ifriqya"-"pays des berbères":

Il y avait les conquêtes arabes d'Afrique du nord à la fin du 7ème siècle, avec toutes les conséquences qui s’en étaient suivies, comme l’avènement de l’islam, l’introduction de la langue arabe en Afrique du nord, et l’établissement de nouveaux liens culturels, linguistiques et religieux entre celle-ci et l’orient arabe. Mais tous ces changements, culturels, linguistiques et religieux, n’avaient pas de véritable impact sur l'identité des peuples de la région qui sont restés amazighs dans leur appartenance identitaire, en conformité avec leur appartenance géographique, source de leur identité amazighe.

Ainsi la concordance que nous avons vue entre l’appartenance géographique et l’appartenance identitaire, qu’exprime le double sens du nom "Africa", a été préservée, maintenue et restée la même après ces conquêtes arabes. Les arabes ont encore conservé la même dénomination romaine "Africa" qu’ils ont continuée à utiliser pour désigner l’Afrique du nord, après l’avoir adaptée à la prononciation arabe, ce qui a donné "Ifriqya". Ils ont fait encore mieux, pour bien souligner les deux appartenances géographique et identitaire, parallèles et inséparables, qu'exprime le nom "Africa", en employant deux expressions, l’une indique l’appartenance géographique, l’autre son corollaire l’appartenance identitaire. Les deux expressions sont «pays d’Ifriqya» (بلاد إفريقية) et «pays des berbères» (بلاد البربر). Et quand les arabes utilisaient l’expression «pays des berbères», c’est dans le même sens où ils utilisaient des expressions comme «pays des persans», «pays des romains» «pays de l’inde»…, qui indiquent que ces pays ne sont pas des pays arabes ni dans leur appartenance identitaire ni dans leur appartenance géographique, contrairement à des expressions comme «pays du Hijaz» (بلاد الحجاز) «pays de Najd» (بلاد نجد), qui indiquent que ces contrées sont des provinces arabes, avec bien sûr appartenance identitaire et géographique arabes.  

Il y avait évidemment - et il y a encore toujours - des nord-africains qui prétendaient avoir une généalogie extra-africaine, et une descendance provenant d’une lignée arabe "noble" non amazighe, et donc non africaine. Cette sorte d’usurpation d’identité, qui était favorisée par les avantages sociaux, religieux et surtout politiques censés inhérents à une origine arabe, se limitait à ce qui est racial et individuel, et n'affectait, par conséquent, même quand ces origines raciales arabes étaient réelle et non supposées comme c'est le cas le plus souvent, (n'affectait) en rien l'appartenance identitaire collective que façonne l'appartenance géographique.  

C'est ce qui explique que l'identité des Etats, qui se sont succédés au Maroc depuis les conquêtes arabes, n'étaient jamais reconnus comme étant des Etats Arabe et d'appartenance identitaire arabe. Ils ne s'étaient jamais, non plus, déclarés eux-mêmes comme des Etats arabes d'identité arabe. Et cela était vrai même quand les chefs de ces Etats, les sultans, étaient reconnus comme ayant une origine arabe.

D'ailleurs il n'existe aucun texte ou document historique où ces Etats étaient considérés comme étant des Etats d'appartenance identitaire arabe. Par ailleurs, l'expression "Al-Maghreb al-Arabi", qui est l'étiquette annonçant l'appartenance identitaire arabe des pays d'Afrique du nord, n'a fait son apparition qu'à la fin des années 40 du siècle dernier.

Donc les choses, sur le plan identitaire, sont restées à ce niveau de concordance entre identité et territoire, où l'appartenance identitaire des peuples nord-africains reproduit et suit l'appartenance géographique de leur territoire d'Afrique du nord.

Nouvelle conscience identitaire:

Mais à partir de 1912, date de l'instauration du protectorat français au Maroc, une nouvelle conscience identitaire commençait à prendre naissance, à s'implanter, à se développer et conquérir progressivement les cœurs et les esprits, surtout chez l'élite citadine nationaliste, instruite et intellectuelle. Cette nouvelle conscience identitaire rattache, explicitement et ouvertement, le Maroc, sur le plan identitaire, à l'orient arabe et en fait un simple prolongement identitaire de cet orient. Cette nouvelle appartenance identitaire arabe du Maroc continuait, surtout après les années 40, à s'ancrer, à s'enraciner et à s'imposer.  Le résultat, c'est qu'à la fin du protectorat, l'appartenance identitaire arabe du Maroc était, sur le plan officiel et politique qui concerne l'Etat, une évidence qu'on ne peut mettre en doute ou en questions, comme toutes les évidences.  

Il y avait même une chanson populaire composée pour et à l'occasion de l'indépendance, très en vogue à l'époque, dont le refrain disait «عاش المغرب حرا لبلاد العربان» (le Maroc vit libre pour les pays arabes). Elle annonçait que le Maroc a retrouvé et a recouvré la liberté, mais au bénéfice et au compte des pays arabes dont il fait désormais parti.

L'arabisation et ses conséquences identitaires:

La question que soulève cette nouvelle appartenance identitaire du Maroc est la suivante: quelle est l'origine de ce basculement brutal du Maroc dans l'arabisme et l'"orientalitarisme", c'est-à-dire cette tendance – à -, et cette manie  de tout ramener à l'orient arabe.

Cette nouvelle appartenance arabe du Maroc et de l'Etat marocain, de teneur hautement idéologique sans aucune réalité historique et géographique, est une conséquence directe de l'arabisation qui a commencé dès 1912. Je sais que le fait de dire que l'arabisation a commencé dès 1912 soulève des questions et des objections. C'est très normal. Parce que nous sommes un produit de l'arabisation. Ce qui fait que nous ne savons donc de l'arabisation que ce que l'idéologie d'arabisation nous a inculqué et nous appris elle-même. Toutes nos notions, tous nos concepts, tous nos outils d'analyse concernant ce sujet sont le produit de l'arabisation. Et quand nous utilisons ces mêmes produits intellectuels pour penser l'arabisation, nous faisons en réalité de la tautologie, c'est-à-dire que l'arabisation pense l'arabisation, l'arabisation se raconte elle-même, se répète elle-même.

Donc, pour mener une réflexion plus objective et plus impartiale sur l'arabisation, il faut d'abord s'en distancer et s'en détacher. Une fois ce principe méthodologique établi, on peut comprendre et s'apercevoir que l'arabisation, qui n'a jamais été au Maroc une question de langue arabe qu'on arbore comme prétexte pour légitimer l'illégitime, est passée par deux phases:

La première est française. Elle  a commencé dès 1912 et avait un contenu et un objectif politiques visant l'arabisation, non pas du peuple ou la langue du peuple, mais l'arabisation de l'Etat et son pouvoir politique. Ainsi, dès l'instauration du protectorat, les autorités de ce protectorat ont commencé à conférer à l'Etat, qu'elles étaient censées protéger (de là le terme "protectorat"), un caractère arabe et une identité arabe. Et pour réussir mieux cette arabisation politique, ces autorités françaises ont tout simplement créé cet Etat marocain d'appartenance identitaire arabe. Ainsi:

- elles lui ont d'abord donné un nouveau nom arabe qui est "Almaghrib", alors que le Maroc était connu sous le nom de Marrakech.

 - elles lui ont choisi Rabat, à la place de Fès,  comme nouvelle capitale pour le nouvel Etat arabe.

- elles ont mis à la tête de cet Etat arabe un roi au lieu d'un sultan, avec les immenses différences qui séparent les deux sur le plan des fonctions politiques et de  la portée du pouvoir exercé par l'un et l'autre.

- elles lui ont confectionné un nouveau drapeau national avec un pentacle, c'est-à-dire une étoile à cinq branches, alors que le drapeau marocain, attesté depuis les Mérinides, avait un dessin sous forme d'un hexagramme, c'est à dire une étoile à six branches.

- Et pour bien peaufiner ce nouvel Etat arabe, ces autorités françaises lui ont créé son l'hymne national qui été composé par le capitaine français Léo Morgan, et qui n'a été changé qu'en 1969 sous ordre de Hassan II.

Voilà, donc, comment la France a créé un nouvel Etat arabe au Maroc avec tous les "ingrédients" politiques, institutionnels, juridiques et symboliques, nécessaires à cet Etat arabe, de fabrication française.

Et pour consolider la nouvelle identité arabe du nouvel Etat arabe, la France continuait à représenter la Maroc comme étant un Etat arabe faisant partie des pays arabes d'orient, et appliquer les clauses du traité du protectorat de manière à rendre l'arabité de l'Etat du Maroc plus visible et plus manifeste, afin qu'elle paraisse comme un fait ordinaire et naturel.  

Voilà le contenu de cette arabisation politique qui portait sur l'Etat et son pouvoir politique. C'est une arabisation qui s'est opérée, donc, d'en haut, au sommet, contrairement à la 2ème phase de l'arabisation, qui va se poursuivre après l'indépendance, et qui se poursuit encore toujours aujourd'hui, et qui s'est opérée d'en bas, visant le peule et non le pouvoir politique qui est, lui, déjà arabisé par la France. Cette 2ème phase, et qui est toujours en cours, avait donc pour but non une arabisation politiques, mais:

-Une arabisation raciale, qui consiste à inculquer aux marocains et répandre la fausse idée qu'ils sont un peuple d'origine arabe. 

- une arabisation identitaire qui consiste à inculquer aux marocains et répandre la fausse idée que la Maroc est un pays arabe, d'appartenance identitaire arabe.

-une arabisation idéologique qui consiste à créer une dépendance du Maroc et des marocains vis-à-vis de l'orient arabe sur le plan culturel, linguistique, religieux, artistique, cinématographique, musical, et même vestimentaire….

Exclusion de l'Afrique comme conséquence de l'exclusion de l'amazighité:

Mais quel est le rapport de toute cette arabisation et la nouvelle identité arabe avec notre sujet qui est l'Afrique?

Le rapport est le suivant: c'est à cause de cette arabisation, qui est à l'origine de la nouvelle appartenance identitaire du Maroc, que l'Afrique commence à s'éclipser comme source de l'identité du Maroc, au profit de la présence plus pesante et plus étouffante de l'orient arabe comme nouvelle source de la nouvelle identité du Maroc. L'Afrique est là comme simple fait géographique et géologique sans aucun lien identitaire avec le Maroc, puisque ce Maroc tire à présent son identité, non de cette Afrique, mais de l'orient arabe. L'Afrique est devenue comme un corps habité par une âme qui lui est étrangère, une âme qui est orientale et non africaine. Mieux encore, cette Afrique est devenue, sur le plan identitaire, pour le Maroc, et pour toute l'Afrique du nord, comme une simple mère porteuse, qui porte un embryon dans son ventre durant 9 mois sans qu'elle soit la mère naturelle et biologique de cet enfant qui est conçu par d'autres parents. L'Afrique met donc son ventre, en l'occurrence son territoire, au service du développent d'une semence qui n'est pas la sienne, qui ne fait pas partie de sa progéniture. L'harmonie que nous avons vue entre l'appartenance identitaire et l'appartenance géographique est rompue et altérée, et avec la nouvelle identité arabe du Maroc, on assiste à une dissociation totale entre l'appartenance identitaire, dont la source se situe en orient, et l'appartenance géographique qui  demeure africaine. L'Afrique est devenue, donc, sur le plan identitaire, étrangère et extérieure à l'identité du Maroc qui n'est plus africaine.

Le comble de malheur, est que cette extériorité de l'Afrique est soulignée par la constitution de 2011. Dans le préambule, cette constitution énumère les composantes et les affluents de l'identité nationale, sachant que les composantes sont des éléments internes et les affluents des éléments venus de l'extérieur. Alors la constitution qualifie les éléments africains d'"affluents africains" qu'elle range parmi les affluents andalous et méditerranéens. Comment est-il logique, concevable et pensable de considérer les éléments africains comme des affluents, c'est-à-dire des éléments extérieurs, alors que le Maroc lui-même se trouve à l'intérieur de l'Afrique et non à l'extérieur où il aurait été correct de parler d'affluents africains? Traiter donc ces éléments africains comme de simples affluents est une anomalie, une aberration et un illogisme. Comment les rédacteurs de la constitution sont tombés dans cette anomalie monumentale. Leur raisonnement est le suivant: pour les pays arabes, les vrais, ceux du golfe par exemple, les éléments africains, d'origine par exemple soudanaise, éthiopienne ou somalienne, sont effectivement des affluents parce qu'ils viennent de l'extérieur. Et comme nos rédacteurs de la constitution ont l'intime conviction que le Maroc est, lui aussi, un pays arabe, donc ce qui est valable pour ces pays arabes dans leurs rapports avec les éléments africains, qui ne sont que des affluents pour ces pays, l'est aussi pour le Maroc dans ces rapport avec l'Afrique, étant donné qu'il est lui-même, depuis 1912, un pays arabe avec appartenance identitaire arabe.

  Cette extériorité de l'Afrique trahit bien la dissociation entre la nouvelle appartenance identitaire du Maroc, qui est arabe et orientale, qui n'est donc plus africaine, et son appartenance géographique, qui, elle, demeure par la force des choses africaine. Donc si les éléments africains sont des affluents extérieurs bien que le Maroc fasse partie de l'Afrique, c'est parce que l'Afrique est étrangère et extérieure à la nouvelle identité arabe qui n'est plus africaine, mais plutôt asiatique. Voilà la logique de l'illogique.

Mais cette extériorité de l'Afrique, son exclusion et son déni comme source de l'identité du Maroc, n'est pas une fin en soi. En effet, ce déni de l'Afrique comme origine identitaire du Maroc, n'est qu'un dommage collatéral, parce que le but visé par ce rejet de l'Afrique comme source de l'identité du Maroc, c'est le rejet de l'amazighité comme identité du Maroc. Parce que reconnaitre notre appartenance identitaire à l'Afrique, c'est reconnaitre du même coup que le Maroc n'est pas arabe, mais amazigh, c'est-à-dire nord-africain. L'Amazighité constitue bien notre lien identitaire avec l'Afrique. Alors pour nier l'amazighité comme identité du Maroc, il est donc nécessaire de nier que l'Afrique constitue notre source identitaire. Parce que nous ne pouvons pas logiquement être africains sur le plan identitaire sans être forcément amazighs. Donc pour contourner toutes ces contradictions, la solution c'est de traiter l'Afrique comme extérieur à l'identité du Maroc, ce qui revient à dire que l'amazighité, qui est africaine, est étrangère et extérieure à l'identité du Maroc qui est arabe.

"Redécouverte" de l'Afrique:

Durant le règne du roi Mohamed 6, on peut dire que le Maroc commence à manifester de l'intérêt pour l'Afrique, comme le montrent les visites du roi à de nombreux pays africains en 2004 et en 2013. D'après ce qui été écrit dans la presse sur ces visites, on a l'impression de redécouvrir un contient qui nous était comme totalement méconnu. L'Afrique était effectivement absente de notre télévision, de nos informations, de nos médias, de nos débats, de nos films, de nos chansons, de nos programmes et manuels scolaires... Donc nous ignorions presque tout de l'Afrique. Aujourd'hui, on assiste, comme j'ai dit, à une sorte de retour à notre Afrique. Mais ce retour ne doit pas être seulement un retour politique, diplomatique, économique, commercial ou touristique, bien que ces rapports soient importants. Ce retour doit, d'abord, être un retour identitaire en reconnaissant cette Afrique comme notre source identitaire, comme notre vraie mère, non porteuse comme c'est le cas actuellement comme je l'ai évoqué, mais comme notre mère naturelle et génitrice. Ce qui revient à reconnaitre l'amazighité, enfant légitime de la mère Afrique, comme identité du Maroc. Ainsi, il y aura donc une vraie réconciliation avec l'Afrique, et en même temps avec nous-même, c'est-à-dire avec notre identité amazighe d'origine africaine.

"L'Afrique aux africains":

C'est là que la revendication lancée par Massinissa il y a plus de 22 siècles, "l'Afrique aux africains", parait toujours contemporaine et actuelle. Elle attend encore qu'elle soit accomplie et réalisée:

-Premièrement en faisant de l'Afrique une terre qui appartient aux africains, mais avec le sens premier de cette expression, ce sens que visait Massinissa. L'Afrique c'était, comme on l'a vu, l'Afrique du nord, le territoire d'imazighn, c'est-à-dire la terre de Tamazgha. Et les africains c'étaient les populations amazighes de Tamazgha. Donc "l'Afrique aux Africains" voulait dire chez Massinissa: "Tamazgha aux imazighen". La mise donc en application de cet appel revient à ce que les pays de Tamazgha, et à fortiori le Maroc, redeviennent des pays et des Etats amazighs dans leur appartenance identitaire, conformément à leur appartenance géographique africaine.

-Le 2ème sens visé par Massinissa, c'est la libération de l'Afrique du nord du colonisateur romain. Ce qui  nous concerne aussi mais avec une  autre signification et un autre objectif. Actuellement, au Maroc, il n'existe pas de colonisateur que nous devons chasser et en libérer le pays. Le dernier colonisateur c'étaient la France et l'Espagne. Et si l'Etat se considère comme un Etat arabe, ça ne fait pas de lui, pour autant, un Etat colonisateur. Au contraire, cet Etat "arabe" est lui-même victime de colonisation. Mais quelle colonisation? C'est une colonisation, immatérielle, invisible, silencieuse, mais ravageuse et destructrice. C'est l'aliénation identitaire et culturelle qui "colonise" le Maroc. Donc, le colonisateur que nous devons combattre et chasser, ce n'est pas un colonisateur matériel et physique comme les romains au temps de Massinissa, mais c'est l'idéologie arabiste qui a envahi, non pas le territoire comme le colonisateur romain, mais les âmes et les esprits. Voilà le colonisateur que nous devons combattre et contre qui nous devons lutter pour être nous-mêmes, c'est-à-dire être amazighs africains, et mettre fin à l'usurpation d'identité qui dure depuis 100 ans.

 Tous les marocains ont la même appartenance commune au même territoire commun, qui leur donne leur identité commune, quel que soient leurs origines raciales réelles ou supposées. Ainsi quand un marocain dit: "je suis arabe", il s'exprime de façon erronée et incorrecte. L'expression correcte et appropriée serait de dire: "je suis amazigh d'origine arabe", comme en France, où parmi les français il y a ceux d'origine hongroise comme l'ex-président Sarkozy, et comme parmi les américains il y a ceux qui ont des origines kenyanes comme le président Obama. Certains diront que nous sommes des marocains, point final, ni arabes ni amazighs. Là il faudrait expliquer et comprendre la différence entre être marocain et être arabe ou amazigh. Ce qui revient à expliquer et comprendre la différence entre la notion de nationalité et la notion d'identité, surtout pour des pays qui, comme le Maroc ou l'Iran ou la grande Bretagne ou l'Autriche ou le Yémen ou le Koweït…, portent, pour des raisons historique, deux noms, l'un indique l'appartenance nationale qui se rapporte à la nationalité, l'autre indique l'appartenance identitaire qui concerne donc l'identité.

Nos vrais ennemis ne sont pas les vrais arabes:

La domination de l'idéologie arabiste, avec ses implications identitaires et amazighophobes, nous a conditionnés, entrainés, voire dressés à ne voir dans ce genre de discours qui défend notre amazighité africaine, qu'un un complot contre l'arabité et langue sacrée du coran, qu'une déclaration de guerre contre les arabes, qu'un appel à la haine raciale, à la "chasses" aux arabes, … Ça fait partie de l'arsenal des armes utilisées pour diaboliser tamazight et inciter à l'abhorrer et à la rejeter.

Mais soyons logiques et raisonnables: Y-a-t-il une seule raison qui justifierait de traiter les arabes en tant qu'ennemis, comme le prétendent les ennemis de l'amazighité?  

En vérité il n'y a aucun mobile qui motiverait cette prétendue hostilités envers les arabes. Pour la simple raison que ce ne sont pas les arabes qui nous ont arabisés; ce ne sont pas eux qui interdisent non prénoms amazighs; ce ne sont pas eux qui ont mis en prison feu Ali Sidki Azayku parce qu'il défendait son identité amazighe; ce ne sont pas eux qui ont créé le mensonge "dahir berbère" pour diaboliser tamazight; ce ne sont pas eux qui ont déformé notre toponymie; ce ne sont pas eux qui ont falsifié notre histoire propagée dans nos manuels scolaires; ce ne sont pas eux qui ont appelé à l'éradication de tamazight; ce ne sont pas eux qui ont qualifié la graphie tifinagh de "chinoise", au sens moqueur et méprisant…

Au contraire, les arabes sont toujours nos amis et nos frères sur le plan humain. Et beaucoup de choses nous unissent et nous rapprochent. Par exemple la langue arabe est aussi notre langue. L'islam est aussi notre religion comme la majorité des rabes. La culture arabe écrite fait aussi partie de notre culture. Une partie de leur histoire nous est commune aussi... Mais, l'identité arabe n'est pas notre identité. Nous sommes un peuple amazigh qui a sa propre identité amazighe d'origine africaine, quelque soient les origines raciales, réelles ou fictives, des individus qui composent ce peuple.  

Nos vrais ennemis ce ne sont donc pas les arabes qui se trouvent à des milliers de kilomètres loin de nous. Mais nos vrais ennemis sont parmi nous, et ce sont des marocains, c'est-à-dire des amazighs, au sens identitaire et non racial, qui ont renié leur amazighité en usurpant une identité arabe. Notre ennemi ce n'est pas la langue arabe en tant que langue, mais son utilisation comme idéologie et identité – et non comme langue - pour arabiser les marocains, exclure et "tuer" leur identité amazighe. Oui, nous combattons et nous rejetons l'idéologie d'arabisation, qui est contraire au droit humain, à l'éthique humaine, et contraire aux préceptes de l'islam qui n'est pas venu pour arabiser les peuples et changer leur identité en identité arabe, mais pour leur monter le chemin de la foi et de la croyance en un seul dieu.

Nos ennemis, donc, que nous devons combattre, ce ne sont pas des arabes, mais des marocains, c'est-à-dire des amazighs victimes eux-mêmes de l'arabisation, mais qui en sont devenus, par la suite, les instruments les plus redoutables, les plus efficaces, les plus dévastateurs et les plus meurtriers… l'idéologie d'arabisation a fait d'eux des "masochistes" identitaires, qui éprouvent du bonheur et de la joie en voyant leur propre identité, amazighe africaine, massacrée et supplantée par une autre, d'origine arabe et orientale.

Nous avons tellement cru, à force de subir l'arabisation durant un siècle, être des arabes que nous avons peur de redécouvrir un jour que nous sommes amazighs et d'assumer notre amazighité. Cette peur nous pousse à plus d'arabisation pour s'assurer que nous ne sommes plus des amazighs. Ainsi nous nous mettons dans la posture de "nouveaux affranchis" qui refusent l'émancipation. Les "affranchis" étaient connus dans l'histoire arabo-islamique comme étant à l'origine des esclaves, libérés, par la suite, par leurs maitres "gentils". Mais comme ils n'ont jamais été libres, ils ont peur de cette liberté retrouvée, et qu'ils ne savent pas gérer et pratiquer. Ils ont alors décidé de retourner chez leurs maitres pour consacrer le reste de leurs vies au service de ces maitres, préférant l'esclavage à la liberté. Les marocain représentent, sur le plan identitaire, les "nouveaux affranchis" (الموالي الجدد) qui préfèrent l'esclavage et la dépendance identitaires à la liberté et l'indépendance identitaires, en choisissant de vivre, toujours sur le plan identitaire, avec l'"aumône" d'une autre identité qu'à assumer leur propre identité, pleine et complète.

Avec le protectorat français, le Maroc n'a pas seulement perdu sa souveraineté politique, mais aussi sa souveraineté identitaire en devenant un pays dépendant d'une autre identité, l'identité arabe. Avec l'indépendance, il a recouvré sa souveraineté politique, mais pas sa souveraineté identitaire. Son indépendance reste donc tronquée et incomplète. Le parachèvement de l'indépendance du Maroc, ne sera donc entier et définitif qu'avec le recouvrement de sa souveraineté identitaire, en redevenant un pays amazigh avec un Etat amazigh d'identité amazighe, au sens territorial, c'est-à-dire un Etat qui tire son identité de son territoire nord-africain.  

Nous devons donc réapprendre à être amazighs, à gérer notre indépendance identitaire pour découvrir combien nous sommes grands, sublimes et supérieurs par notre amazighité. Mais le retour à l'amazighité, le recouvrement de la souveraineté identitaire et la rupture avec la situation "esclavagiste" des "nouveaux affranchis" que vivent les marocains depuis 1912, a pour condition première et sine qanun le retour de l'Etat à son amazighité. Parce qu'après la réamazighisation de l'Etat, tout redeviendra amazigh spontanément, à la manière de son arabisation, réalisée par la France comme nous l'avons expliqué, qui a entrainé, par la suite, l'arabisation de tout le Maroc. Voilà le sens et l'essence du contenu politique de la question amazighe.

Notes:

* - Cet article est la version écrite de l'intervention de l'auteur au colloque "Amazighité – Afrique: enjeux identitaires", organisé le 15 août 2014 à Tanger, dans le cadre des activités du Festival annuel "Twiza".

1-Voir: www.grand-dictionnaire-latin.com

2 -voir: "http://en.wikipedia.org/wiki/Africa

3 - voir: "Afri" et "Africa", écrits par T. KOTULA , J. PEYRAS et WERNER VYCICHL, dans "Encyclopédie Berbère", tome II, Edisud, 1985, pages:  208 – 217.

-Voir aussi: Brent D. Shaw, "Who Are You? Africa and Africans", Princeton University, 2011 (www.princeton.edu/~pswpc/pdfs/shaw/091101.pdf)

 

 

 

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