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Tzayur  2005

(Septembre  2005)

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Regard mystique de Serge Ouaknine sur ‘la musique amazighe et les musiques du monde’
Préparé par Mohamed Elmedlaoui
Institut Royal de la Culture Amazighe

En réaction à l’article «Changement et continuité dans l’ahwash des Juifs-Berbères» de Mohamed Elmedlaoui, publié dans Le Matin du Sahara du 04 juillet 2005 sous forme d’un compte rendue de la thèse de Sigal Azaryahu (1999) sur l’ahwash des Juifs Berbères, l’artiste peintre, poète, écrivain et metteur en scène, Serge Ouakinine1, a bien voulu partager avec nous les idées qui suivent (texte intégral de S. Ouknine, y compris les mises en majuscule):
*****
Montpellier le 12 juillet 2005
Cher Mohamed Elmedlaoui
Merci de cette belle initiative et de votre magnifique article. J’ai beaucoup appris. Il y a quelque chose que j’aimerai partager avec vous.
Il y a environs 25 ans dans un coin éloigné de la Place Djem’a el Fna, de nuit, je fus transporté par une extraordinaire musique berbère. Le «mul l-hanut» qui l’écoutait sur son poste de radio était dans un état de quasi transe. Il flottait sur place derrière son comptoir. Je n’ai jamais, de ma vie entière, entendu musique aussi JOYEUSE (sauf une fois en Pologne où j’ai fait mes études de théâtre, 1966-67, en écoutant des rescapés Tziganes). La lumière même de la vie confondue au fleuve même de la vie, comme émergeant de la source de l’origine en un torrent débordant d’allégresse. J’eu le sentiment que cette musique était l’aube de l’humanité, AVANT MÊME TOUTE IDÉE OU FORME DE SACRIFICE.
Par comparaison, les musiques occidentales classiques, aussi sublimes soient-elles, me donnent le sentiment d’avoir été traversées par la mort, par un deuil que la musique vient exprimer et tente de réparer. La joie est ce qu’il y a de plus difficile à atteindre en art. Car les monstres qui peuplent nos esprits sont liés à la peur de mourir.
La musique berbère échappe à la mort. Un torrent rythmique de voix et de darbouka si irrésistible que j’aurais mille fois souhaité enregistrer cela pour vivre avec. J’ai eu aussi ce sentiment en écoutant les musiques bulgares et plus étrangement encore, ayant vécu 25 ans au Québec, aux musiques des indiens et Inuits d’Amérique du Nord. Un rythme et une pulsation céleste des voix quasi sexuelles et semblables ... mais qui pareillement vient toucher le fond de la source et l’origine des choses. Et j’ai eu aussi ce sentiment en écoutant les mélodies peuhles et les chants anciens d’Afrique...
Ces musiques là sont nostalgiques et nobles. Elles disent la perte d’un Dieu ou chante la séparation d’avec le plus lointain écho de la source extra-terrestre de la vie.
Je n’ai pas le bonheur de votre culture. Et j’avoue le regretter. Mais j’ai le sentiment que toutes ces sources sont ««shamaniques»», en essence, un dialogue ou une intersession entre le monde des vivants et le plus HAUT, pour l’accomplissement des vivants, avec l’aide bénéfique des esprits. Même la musique religieuse juive me semble de la même source – avec une cantillation des voix «humaines» qui s’est accentuée dans les synagogues (le côté psalmodique de la prière) surtout après la destruction du Temple de Jérusalem et l’exil (la parole incantée pour affirmer, se souvenir et ne pas disparaître). C’est le croire en un UN, UNIQUUE et INVISIBLE qui a gardé mon peuple, par la voix de ses rabbins, ses rites portés par toutes les communautés. Mais par ailleurs, je discerne un second niveau de tradition où juifs, arabes et berbères confondus ont maintenu une tradition festive et incantatoire, où le rythme «populaire» l’emporte sur le phrasé. En tant qu’homme de théâtre et praticien, je sais reconnaître cette double source (j’en été le témoin très souvent). Les états de transes (source 2) accélèrent le débit des choses faisant que le signifié des mots s’éclipse derrière le triomphe de la vitesse. Une accélération organique, propre au corps et à l‘esprit conjugués. Ainsi il y aurait eu pour les peuples sémite, berbère, euro-asiatique et africain deux sources : Une source incantatoire, celle des prêtres initiés (les shaman, les rabbis, etc.) et celle du peuple qui lui sur le plan collectif a imaginé sa propre origine, à partir d’une mémoire cosmique, ritualisée dans les célébrations de la vie (mariage, circoncision etc. d’où cette verticalité des corps traversé de spasmes et de distance à la fois).
Parfois la voie 1 du pouvoir religieux réprime la voie 2 du peuple : l’Islam orthodoxe face au derviches et soufis ; ou un judaïsme rabbinique excessif qui condamne le chant et la musique licencieuse et profane. Le christianisme lui est une longue histoire de répression.
La voie 2, (celle que je crois reconnaître dans votre article) procède de la collectivité des participants (je ne dis pas croyants), qui célèbre sa reconnaissance et appartenance collective charnelle, entre terre et ciel et sans intermédiaire. La joie du vivant. La verticalité des corps dont vous parlez (on la retrouve chez les Massaïs en Afrique noire, mais aussi chez tous les peuple slaves et indo-européens) est une sublimation de la sexualité dans le groupe et, en même temps qu’un rite de passage de chacun à la vie sexuée adulte, une affirmation que la source de cette puissance est au ciel et c’est de là que filles pubères et garçons peuvent s’unir... Le rite est simultanément une affirmation tribale et reconnaissance de force cosmique.
Ce sont les représentants religieux qui se seraient emparés de cela en voulant garder le caractère seulement oratoire et sacerdotal du rite, à des fins de contrôle et de cohésion de pouvoir. Car la transe, par essence, échappe à tout pouvoir temporel.
Je crois qu’au moment (voilà plus de 2000 ans) de la rencontre entre les premières tribus juives et les tribus berbères, il s’est produit un syncrétisme heureux car les deux peuples avait la même écoute de la vie (à la fois sédentaire et nomade) et c’est de là qu’a procédé cette intégration mutuelle des rites et formes musicales qui nous survivent encore aujourd’hui au Maroc, en Israël et ailleurs. Je suis moi-même héritier et conscient de cet héritage (hélas je ne suis pas musicien). Je consacre ma vie à tisser des ponts interculturels par les arts (la seule possible universalité). À ce propos, ces ponts ne peuvent advenir que sur une reconnaissance du même principe cosmique où la vie et l’amour l’emportent sur la mort.
Bien sûr on ne peut pas généraliser à l’excès, mais si vous avez quelques lumières ou pistes de recherches ou textes à me transmettre autour de cette réflexion, je les accueillerai avec joie et respect.
La vie moderne occidentale dans ses agitations musicales et danses forcenées (plagiat africain) cherche à retrouver ces états socialisés de transe des tribus dont nous parlons, et qui elles n’ont pas perdu la racine de cette source à la fois terrestre et cosmique.
Mon amitié de coeur.
Que le Tout puissant vous bénisse et aide vos projets car vous avez entendu sa voix.
FIN DU TEXTE DE S. OUKNINE
*******************
En guise de signature de l’auteur du texte ci-dessus, je (M. Elmedlaoui) me permets de reproduire l’extrait suivant du poème ‘Identité’ tiré du recueil ‘Poèmes désorientés’ de Serge Ouaknine :
(…)
Je suis une mémoire ambulante
je n’ai qu’une préoccupation 
trouver chaussure à mon pied
tant on m’a appris
Dieu est comme une femme
dont on ne pourra jamais divorcer
C’est encore Lui qui m’obsède
avec sa roue de feu et son regard de nuée
pour que je vérifie la beauté
et son vide séculaire
jusqu’à demain
quand je me ferai cordonnier
pour être sûr d’aller nu-pieds.
Notes:
1 Serge Ouaknine est né à Rabat, au Maroc en 1943, au carrefour de plusieurs langues et de plusieurs cultures. Après des études aux «Arts Déco.» de Paris, il séjournera deux ans en Pologne, au Théâtre Laboratoire de Jerzy Grotowski. Peintre, écrivain et metteur en scène, il conçoit, dessine et scénarise la plupart de ses créations pour la scène. Docteur ès Lettres et sciences humaines, il est l’auteur de nombreuses publications sur le théâtre et les arts contemporains, d’essais et de nouvelles. Il vit à Montréal depuis 1977 où il est professeur au Département de théâtre de l’Université du Québec à Montréal.
 

 

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