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  2007

(Janvier  2007)

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La peinture naïve:

Fatima Mellal: une grande artiste peintre hors pair.

Par: Ali Haddouchi (Boumalen n’dadès,Warzazate)

Tout en haut des collines du grand Atlas de Sud-Est se perche la grande tribu de Ait Sdrate nou drare, installée au mont du Dadès par l’un des sultans de Fès au 17 ème siècle, c’était l’une des fractions des tribus de Ait Saden berbère descendue du nord de Fès pour occuper et contrôler l’un des points stratégiques importants de la région, à travers lesquels s’effectuent le passage des marchandises vers la grande cité impériale Marrakech, une stratégie de contrer et de mettre fin à la mainmise de la fédération des Ait Aata sur les couloirs des caravanes de provenance du Sahara. Campée depuis l’époque au milieu des montagnes majestueuses qui se caractérisent par la rudesse et l’agressivité du climat, des chaînes dont la typographie aux multiples gravures ressemble à un tableau de peinture surréaliste, des paysages aux formes monstrueusement meurtries par les premiers grands volcans et séismes diaboliques de la nuit du temps que la région avait fortement subis.

Dans ce gigantesque monde montagneux féerique perdu et enfui dans les premiers temps de la création et au sein de cette tribu berbère guerrière a germé une grande artiste d’un grand talent extraordinaire, une peintre hors pair nommée Fatima Mellal, la sœur de l’enfant terrible Mohamed Mellal, l’icône de la chanson amazighe du Sud-Est. Une grande figure de proue de la peinture naïve et une artiste peintre d’un grand calibre, autodidacte en la matière, elle n’est jamais passée par une école d’art et d’apprentissage, néanmoins sa célébrité a connu un grand éclat hors du Maroc. Elle a exposé ses toiles en Europe, en Afrique et en Asie, c’est en Suisse que notre artiste avait exposé ses toiles pour la première fois de sa vie et avait marqué ses premiers débuts de sa carrière, le pays où les œuvres d’art se vendent à des prix vertigineux. Peu après, elle se déplace d’une galerie européenne à une autre, elle expose en France, en Belgique, en Espagne en Hollande, en Autriche…. Puis après dans les îles canaris. Et même elle partit aux pays du golf à 4 mille km de notre pays pour exposer ses jolies toiles d’art naïf.

Le parcours de Fatima Mellal ressemble tout à fait aux autres artistes autodidactes, issue d’une famille paysanne, élevée dans un milieu très modeste et n’a jamais été sur les bancs de l’école; le hasard - bon ou mauvais- a voulu qu’elle appartienne aux premières générations de l’après indépendance, l’époque où c’était une des plus grandes hontes de mettre une fille à l’école. L’école était synonyme de la perte des valeurs nationales, de l’acculturation et de l’aliénation identitaire - tout un arsenal d’idées préconçues qui circulaient à bon vent à l’époque – l’explication originaire de ces rumeurs ne peuvent être que bien et bonnement le reste de l’idéologie qui avait été prêchée durant quelque temps avant l’indépendance, le petit peuple avait d’autres chats à fouetter que de s’instruire et d’occuper le devant de la scène. Victime comme combien d’autres par une société patriarcale qui ne reconnaît pas la femme dans ses moindres droits. Dans de telles circonstances, la jeune Fatima Mellal pris son destin en main et s’évolua indépendamment du système éducatif formel, elle forgea son itinéraire de formation et alla à bon vent dans sa petite barque à la quête et à la réalisation de son rêve. Elle trouva un appui considérable au côté de son grand frère, un frangin de la même génération, bien instruit et bien cultuvé -Mohamed Mellal- ce professeur d’art plastique, n’a jamais épargné aucun effort pour l’initier aux couleurs de la peinture et lui fournir les moyens logistiques dont elle avait besoin durant cette quête de longue haleine, cependant sans jamais avoir la moindre volonté de s’immiscer dans sa création et sans jamais intervenir dans son imaginaire, conscient il n’a jamais voulu lui imposer l’art académique. Fatima donne libre cours à son imagination sans jamais l’interrompre par les garde fous. La jeune artiste prend le pinceau à sa guise sans avoir le souci des contraintes des règles académiques et commença à tacher sa toile; la maladresse marque énormément les représentations de ses tableaux, la perspective, les proportions et le rendu des ombres et des lumières sont très négligées et sont jamais pris en considération dans ses toiles.

Le grand frère savait déjà que sa petite sœur a choisi son propre et petit chemin, celui de la peinture naïve là où les formes sont volontairement déformées où les fausses perspectives sont visiblement exagérées.

Les toiles de Fatima reproduisent des formes du quotidien vécu dont la représentation est faite par le biais des couleurs magiques inappropriées au réel, des couleurs épanouissantes, éclatantes et fantasmagoriques qui transcendent le réel, elle crée dans ses tableaux un monde de fiction et féerique où la paix et l’apaisement s’installent allègrement. L’œil du spectateur se fige sur le fond de la toile et voyage dans le monde de l’irréel pour trouver le temps de l’enfance perdue et d’un monde spontané où les lois et les règles n’existent nullement. Les toiles de cette grande artiste sont purement des produits de l’instinctif et du spontané, l’aplatissement de la perspective dans ses tableaux évoque le dessin enfantin et fait allusion à sa grande innocence. Des toiles qui illustrent des jolis dessins parfumant la sincérité du regard et dégageant une sensibilité propre qui prend en otage les yeux errants du visiteur: les toiles de notre artiste deviennent l’enchantement du regard.

La réalité est déformée et abandonnée à l’errance, tout est entremêlé, la désinvolture des formes est flagrante, la naïveté est le mot d’ordre, c’est le monde fantastique en un mot. Pour une fois, on se délivre de la pesanteur de la réalité, une réalité qu’on oublie au bord des toiles de l’artiste Fatima. Le fantastique nous emporte comme une légère feuille au de-là du réalisme, dans un monde magique extra-terrestre où les arbres fleurissent des maisonnettes fraîchement merveilleuses, des visages par-ci par-là qui vous regardent et vous surveillent à la façon de la Joconde, une nature verdoyante vous étale son printemps dans ses meilleures feuilles et donne l’impression d’un lieu d’Eden où la beauté de la nature est éternelle, ses tableaux sont des véritables jardins de nature paradisiaque, le thème de la nature est d’ailleurs un thème très récurrent dans les toiles de Fatima Mellal à un point que c’est obsessionnel, une obsession qui peut s’expliquer uniquement par une volonté de compensation dans l’imaginaire de l’artiste, le milieu où vit Fatima est un lieu où la verdure est plus au moins rare, l’artiste compense ce manque par une nature féconde et abondante qui déborde ses toiles, pour peindre cette nature l’artiste Fatima recoure à des couleurs inappropriées, les normes communes à l’art pictural se basculent, et le spectateur devient perplexe et très charmé devant la grande imagination sublime de la créatrice. Un autre thème vient en leitmotiv, c’est celui de l’ascension qui s’impose joyeusement dans sa peinture, les tableaux offrent une dichotomie impressionnante, celle du bat et du haut. Fatima donne une certaine valorisation du haut, l’imagination et la créativité de l’artiste se passe beaucoup plus en haut de la toile, le haut symbolise la pureté, la sainteté, le spirituelle, la quête de l’existence et du céleste; le haut c’est aussi le refuge et la sûreté, le séjour des bien heureux et l’abri de tous risques éventuels.

Le haut de la montagne dans ses tableaux est le refuge idéal de l’être bafoué dans ses droits, l’abri de l’être opprimé jusqu'à la moindre des choses; c’est l’endroit de prédilection que Fatima Mellal aime mettre en relief dans ses toiles. L’ascension vers le haut est un sujet qui lui tient énormément à cœur, l’élévation vers le merveilleux et la béatitude, alors que le bat c’est la bassesse, pratiquement rien se passe, c’est le vide, la peur y règne impitoyablement, les couleurs font allusion à un spectacle lugubre et sinistre, le terrestre c’est l’origine du mal du monde, le péché originel fait face à tout instant, un monde que l’artiste veut échapper rien que par l’art pictural, Fatima échappe à cette souffrance et à cette inquiétude du bas grâce aux arbres géants qui fleurissent des jolies maisonnettes placées en hauts des cimes comme font instinctivement les oiseaux pour leurs nids, l’idée est parallèlement correcte pour le sort des Amazighs qui ont pris les montagnes comme refuge à l’abri de la sauvagerie des différentes civilisations qui ont traversées le pays de Tamazgha, ce n’est que le haut qui peut mettre la victime à l’abri du prédateur qui rôde en bas, l’idée est très sous-jacente dans la subconscience des toiles de l’artiste. La nature représentée par l’artiste est très communicative, des arbres géants à l’allure souriante qui vous observent et qui ont une grande envie de vous chuchoter quelques paroles intimes, l’analogie de la nature picturale de notre artiste est très frappante avec celle du grand poète français Charles Baudelaire qu’il évoque dans son poème «correspondances». Les vivants piliers qui laissent parfois sortir de confuses paroles. La peinture de Fatima et la pensé poétique baudelairienne sont sur la même longueur d’onde. Deux courants artistiques qui se rejoignent pour souligner l’harmonie universelle et la véritable mystique de l’unité de l’homme et du monde. Cela dépend du lecteur de la toile et des vers de saisir les mots de grâce que la nature nous offre. Des symboles qui sont bien déchiffrables pour les uns et indéchiffrables pour d’autres; une fine sensibilité en est la grande clef mystère.

Le succès de Fatima Mellal à l’étranger est dû certainement aux thèmes universels qu’elle peint dans ses toiles, elle a su rendre sa peinture connue en Europe grâce à l’emploi du langage universel commun à toute l’humanité, les signes sémiologiques de ses toiles ont affranchi les frontières des codes locaux pour se baigner en symbiose dans l’universalisme. Ses tableaux ont aussi épaulé et universaliser la cause de son identité amazighe dont on vient de faire un commentaire succinct, on trouve tangiblement des motifs inspirés de la culture amazighe parsemés comme des graines dans ses toiles évoquant l’attachement à l’identité amazighe, la lettre amazighe «Z» qui est le symbole de toute une culture millénaire occupe une place centrale dans ses étoiles, une manière d’affirmer l’existence de l’être Amazigh, ses toiles sont une célébration de l’essence de sa culture et de son identité. Cette artiste a fait le tour du monde avec ses toiles qui se fondent à chaque exposé dans les valeurs universelles mais sans autant perdre l’originalité artistique berbère. Notre artiste garde sagement les pieds sur terre, toujours modeste, superbement accueillante et ne pense jamais un jour changer le vestimentaire traditionnelle berbère qu’elle préfère porter dans n’importe quel endroit où elle expose sa peinture, c’est vraiment un attachement aux racines avec une grande ouverture sur l’autre monde. Le génie de sa peinture est cette magie de réconcilier entre les valeurs spécifiques et les valeurs universelles, ce qui fait d’ailleurs la fascination de ses merveilleuses toiles.

Fatima Mella s’impose en véritable artiste dans la cours des grands peintres naïves, cependant elle n’est toujours pas assez connue à sa juste valeur dans le milieu artistique marocain pour des raison jusqu’à présent inexplicables, pourtant rien ne sépare ses tableaux de celui de Chaaibia, de Radia bent lhoucine ou ceux de Rahma Laaroussi; ces artistes comme elle, sont venues à ce genre d’art à l’improviste sans passer par des cours académiques de peinture, les techniques que nos artistes emploient dans leurs tableaux transgressent et affranchissent les règles traditionnelles de l’art picturale des écoles de peinture, il suffit juste de jeter un coup d’œil aux toiles de Fatima pour ne plus en revenir, de vivre dans cette grande naïveté qui caractérise ce courant pictural, des toiles qui englobent tout un monde où on peut trouver l’introuvable, une richesse esthétique extraordinaire et une grande variété de sujet très estimable. Une tel artiste qui a une grande renommé international considérable, n’attend qu’une petite reconnaissance du coté de son pays. Son pays pour lequel elle garde un grand attachement et un grand amour, elle aurait pu rester en Europe et s’installer définitivement comme fait d’ailleurs la majorité d’artistes qui préfèrent le luxe et la vie mondaine. En revanche elle a refusé toutes les propositions et elle a préféré retourner dans son petit patelin et fondre l’association Tamlat dans laquelle elle donne des cours de son savoir artistique aux petits jeunes de la région, une association dans laquelle Fatima est très dynamique et reçoit les gens à grand cœur ouvert. Sa maison est une grande galerie fantastique ouverte aux personnes férues de sa peinture, au passage nous signalons que notre artiste a rendez-vous avec son public dans différentes galeries nationales: à Agadir au mois de janvier 2007 et à Casablanca au mois de mars et un calendrier international à l’horizon très rempli.

Désormais aux responsables de l’art de notre pays de faire le reste, de rendre hommage à cette grande artiste érudite et de lui fournir les moyens pour encourager sa peinture dans le milieu social dans lequel elle fait des grands efforts louables et dans lequel elle se défend bec et ongle contre la précarité qui fait obstruction à l’apprentissage de son savoir aux apprentis et aux admirateurs de ce genre de peinture. Il ne faudrait pas attendre jusqu’à la fin de sa bougie pour jeter un regard de regret sur son savoir artistique fabuleux et de penser enfin lui rendre un hommage posthume; malheureusement ce qu’a été le sort pour une grande poignée d’artistes marocains dont la reconnaissance et l’hommage ont été renvoyés aux calendes grecques. Sans son frère et sans une amie suisse de la famille, elle n’aurait dû pas être ce qu’elle est à présent, notre pays recèle des grands talents potentiels néanmoins qui ont besoin de coups de pouce et des énormes soutiens intarissables, il ne faudrait toujours pas attendre la providence tomber du ciel et que les étoiles s’alignent pour épanouir ces talents qui s’enlisent dans la grande traversée du désert interminable.

(Ouhddouch@hotmail.fr)


 

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