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  (Juillet  2007)

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«d wa d Avarrabu nni immutn di lazav!»:

Où va la faculté pluridisciplinaire de Nador!

Par: Hassan Banhakeia

Que fait un capitaine quand son bateau chavire, s’écroule sous un tas de vagues et d’abîmes et risque inéluctablement de couler? Dans son acte suprême, il va certainement essayer de tout sauver: gérer l’instant de la détresse et de l’alarme… Et si le capitaine manquait de courage et d’intelligence, que serait-il du périple boitillant sur des vagues insoumises? Et si le capitaine continuait à faire errer son regard sur des rives lointaines poursuivant ses propres ambitions obscures, oubliant qu’il a les pieds sur un pont fissuré? Et si le capitaine s’époumonait à redire des velléités, oubliant que l’univers des ondes ne peut être que bonne gestion des remous, des récifs et des réactions justes à faire pour redresser le pauvre bateau? Et si le capitaine se plaisait aux commérages de quatre sous, pensant y retrouver la bonne philosophie qui insérerait son bateau sur les bonnes et éternelles vagues? Et si le capitaine pensait être le meilleur surintendant des mers, tout irait alors al carajo…

Ce bateau, en fait, ne peut prendre la mer que sur la route continentale d’Oujda! Il partage avec cette route le nom Mohammed Premier, mais pas les avantages et les destinées scientifiques. C’est là son unique déplacement imaginaire, voire possible, propre d’une dépendance étouffante: au capitaine de l’incarner parfaitement et avec brio. La route du retour, du non au revoir, et de je ne sais quelle autre lubie antique… sont les mouvements d’une boussole qui indique plus de terre ferme, plus de rochers! Mais, que fait un bateau sur la terre ferme, et les gens de crier: «D wa d agharrabu nni immutn di lazagh!»?

Par ailleurs, le logo du bateau, bizarre et misérable qu’il est, reflète un bâtiment à trois niveaux, sans proue ni poupe, ni mâts, ni voiles qui toiseraient leur résistance à la houle des temps moderne, et se tient carré sans signification précise. Ce pauvre bateau, point ivre, est bien la faculté de Nador qui ne peut pas quitter la terre ferme. Digne d’un spleen baudelairien, il y survit bizarrement de naufrage en naufrage, en pleine terre! Cela peut bien étonner encore tout passant «académique»: la survie d’un bateau qui ne prendra point la mer. Qu’est-il alors du capitaine? Deux années se sont écoulées dans le non-écrit, le brouhaha, le désordre, l’anarchie, le nomadisme institutionnel, les commérages de je ne sais quoi, de l’infraction du positif et de l’applaudissement pour l’officiellement vulgaire. En un mot, la survie ne subsiste que parce qu’existent des promesses de navigation pour une âme liquide –morte dès son accouchement. Et si ce capitaine, ma foi, n’était point capitaine: des mers il ignore tout, et que dire de la houle des temps modernes?

Ici, la terre ferme, réduite de 40 hectares à 11, étreint et tue le corps des aventures intellectuelles et des rêves tolérés aux rifains. Car une philosophie d’une gestion sans issue secoue actuellement la faculté de Nador pour en faire une exception négative, et tout annonce le bon déluge. Mérite-t-elle une telle institution une gestion aussi vidée de sens? Alors, que l’on nous annonce l’Arche de Noé pour inverser le temps irréversible qui a forgé médiocrité et irresponsabilité, s’avère chose inouïe! Que l’on nous répète que la fatalité peut construire des arches salvatrices, en ces temps modernes, devient un rêve lointain, pour ne pas dire impossible. Et la profondeur des eaux troubles atteint l’âme du bateau arrimé sur des rochers rageurs, elle prend sûrement corps sur tous les fronts. Et disons-le tout cru, cet établissement s’inscrit dans le livre de Guinness des records, signalant le haut degré de cette médiocrité: il est facile de jauger et de tâter la formation et la pédagogie de ces sciences faites sans expérimentation, de ce castellan fourre-tout, de ce français sans langue...

Qu’est-il alors de l’esprit universitaire que devait accoucher et répartir le bateau sur ces terres délaissées par tous les conquérants qui adorent y pratiquer le troc muet ? Ce pauvre bateau, si univers académique il est et doté d’une Voix il doit être, ne peut être qu’académique. Pas autre chose. La faculté pluridisciplinaire n’a plus d’autre possibilité que d’être un ensemble d’enseignements dignes de ce nom, sinon le monde est totalement inversé. Mais, cette faculté possède toutes les qualités, sauf celles d’universitaire et d’académique. Pourquoi se plaît-on tant à inverser tant les institutions dans cette ville «détestée» tant par les siens, et combien par les étrangers? Comment concevoir des spécialités sans spécialistes? Comme imaginer une institution vacataire et vacante dans son mouvement régulier? Cela me rappelle une fameuse phrase d’antan dite par le feu richissime Hajj Mustpha aux footballeurs nadoris qui cherchaient soutien matériel: «Irarm jar awm!»…

La formation, l’enseignement, le service rendu à la jeunesse de l’avenir servent de cache misère, le sens des choses visées semble rimer autrement. Cet étudiant, naturellement fils de pauvres, celui qui se trouve obligé de s’y inscrire, s’inscrit dans le guet-apens du terrible Neptune. Il s’embarque sur un bateau qui ne prend pas la mer : le Trident peut tout faire couler. Ici, imaginer la déception d’un étudiant est chose facile : pas de «vrais» livres à la bibliothèque vide et jaune, pas de « vrais » enseignants, pas de « vrais » programmes, pas de « vrais » travaux pratiques ni travaux dirigés… Encore, ces colloques, fraîchement organisés, où l’on cloue des plats et des choses plates dans un même devenir, dévoilent un malheureux espoir qui ne bourgeonnera que d’heureux et grandiloquents désespoirs… enfin, imaginer la déception d’un étudiant « major » qui découvre que le fameux cadeau doré qu’on va lui octroyer, sous la bénédiction de l’administration administrative, est bien une offrande dans le style purement païen, ou voit son diplôme décroché de DEUG un autre complexe à surmonter devant les autres jeunes marocains !

Ce que représente généralement l’université pour une région non seulement marginalisée, mais classée de Marge, serait incommensurable, si elle pouvait réaliser et activer des projets pour l’homme et son développement. Hélas, ici elle n’en fait que petites choses, et combien tordues. Et des petites choses qui sont des choses, à long terme, désastreuses pour l’homme, l’environnement et l’à venir, sont à énumérer comme la destinée « commune et unique ». Fuir la marge, le pauvre bateau espère au risque de couler dans un abîme fumant. Il peut toujours rêver de mers, d’océans et des deux pôles, étalant son imagination comme un grand rêveur. Dans les papiers il peut l’être, il peut l’être dans les documents, les papiers, encore sur internet avec quatre départements, une dizaine de filières, deux mille étudiants, une cinquantaine de professeurs pêle-mêle, et un mot vide à remplir un jour par le capitaine affairé à débroussailler les ambitions obscures…

La précipitation du bateau chavirant précipite ce qui reste à précipiter dans les abîmes, le rêve d’un changement. Les erreurs, à force de se multiplier, deviennent des vérités acquises. Tout s’instaure dans une précipitation inouïe, et rien que des erreurs émanent de toute position… Ainsi, la différence, qui doit pousser dans le bon sens, est vue inimitié. La méfiance, bonne récolte des démunis, désorganise la vision, la visibilité et la perception des choses. Se dire alors fervent démocrate pour raffiner ses élans autoritaires s’avère être la monnaie courante chez ce capitaine. Se dire le meilleur sonne beau à ses oreilles, et les éclats et les furies de la tempête ne lui disent rien. De l’écho marin, tout reste à découvrir. Face aux fissures il se plaît à dresser un sourire nonchalant. Il s’ingénie également à fermer des portes que le bon dieu a fait pour être le bon seuil de communication dans un espace de savoir, de tolérance et de découverte de l’importance des différences.

Bien que muni de trois étages et avec des fenêtres, le bateau n’a pas d’ossature finie dans ses tréfonds. Pas de structures au-delà de la licence appauvrie, les étudiants ne peuvent avoir droit ni au mastère, ni aux vraies licences professionnelles car le bateau se nomme pluridisciplinaire, comme si cet adjectif était un chef d’accusation : il peut signifier plusieurs manques. L’on babille autour du pauvre bateau des articles vides qui ne pourraient jamais sauver le bateau d’une manière ou d’une autre : Neptune apparaît alors d’une bonté infinie. S’il y a mer, il y a droit de navigation. Mais, le bateau doit rester arrimé à la terre ferme, comme tire-veilles de l’université continentale.

Quand ce pauvre navire tente de s’ouvrir sur le milieu : il culbute sur des loups « politiques », des chacals « affamés », des récifs « existentiels »… Que cette ouverture lui rapporte tant de sécheresse scientifique, mais de succulents repas à répartir, et des hommages « bidons » pour honorer je ne sais quels services rendus : combler le vide éternel. Otage de tous les problèmes matériels et symboliques, notre université se fait destinée de l’échec. Sauve qui peut, tant de passagers-étudiants vont fort probablement reprendre la route d’Oujda, traversant la plaine de Selouane, pour aller rechercher un refuge « académique » où abondent enseignants, livres, matériel de travaux pratiques… et perspectives.

Ce bateau est unique : y a des choses qui ne peuvent avoir lieu que sur ce pauvre bâtiment. On recrute des marins qui servent sur d’autres bateaux qui courent allègrement sur l’océan de l’enseignement et de la recherche. Le numéro de somme, le concours et la commission… tout se fait bien sur cette épave mais pour embaucher le candidat ailleurs ! Au ban du corps universitaire coule alors le bâtiment terrestre. Qu’il coule dans l’inanition, pas grave, mais qu’il serve de tremplin de coups de piston… Ainsi, ce bateau peut enfin servir à beaucoup de choses. Est-ce parce qu’on est au Rif que tout est permis ? je répète encore…. et encore :

A titre d’anecdote, parlons d’un fait particulier. La faculté, vu la raréfaction officielle des enseignants, se targue de créer une licence en « Langues et communication » avec un prêcheur, un licencié, un arabisant, un et un un… et je ne sais quoi. Le capitaine se veut Christophe Colomb, et la mer qu’il n’a jamais touchée… L’établissement se veut donc expérimentation de l’aberrant, approfondissement de l’inexpérience et non respect de la hiérarchie scientifique pour gérer les filières actuelles et préparer les filières prochaines. Que faire de la dite visibilité sèche d’un tel phare qui est appelé à illuminer l’environnement tant obscurci par la contrebande, l’émigration clandestine et les drogues ? Astrologues nous devons être, si nous sommes interpellés sur l’avenir d’un tel navire. Hélas nous ne pouvons rien dire : les étoiles ne peuvent rien révéler de cette barque qui ne s’est jamais mouillée le corps. L’année prochaine, le naufrage est assuré : qui va enseigner quoi et quoi ? qui va former ? qui va être et qui va ne pas être ? Et à Poséidon de célébrer sa victoire sur terre !

Une telle institution, pour expliquer les choses tues qui l’ont menée à connaître le jour, ne sert que pour réduire exclusivement le nombre d’étudiants richement primés (des boursiers de 400 dh) si ces jeunes rifains sont inscrits ailleurs ! Que ces Imazighen jouent entre eux, et à un coût zéro !

Enfin, ce bateau qu’est ce bâtiment pluricatastrophique me rappelle, au grand dam des baigneurs nantis, les arêtes d’un grand bateau « Mazujja » délaissé à quatre mètres de la plage de Beni-Ensar, serait-ce là son sosie : à quand les poissons de la connaissance, les allers-retours sur les vagues du savoir, les airs de changement… tout va s’écrouler un jour sur cette côte éternellement maudite et corrosive par les siècles de je ne sais quoi.


 

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