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Les lettres de Cyprien, martyr premier d’Afrique (3ème partie)

Par: Hassan Banhakeia (Université de Nador

IV.- CYPRIEN ET SON DOUBLE NEGATIF: VISIONNAIRE ET ANTICREATEUR

La religion nord-africaine n’est pas, comme on s’use à l’expliquer, tout simplement l’ensemble d’actes rituels révélés par une nouvelle foi unique qui se substitue au culte autochtone et pluriel, mais surtout l’inscription dans un système de lois restrictives qui dictent ce qu’il faut faire et ne pas faire. Et ces restrictions non seulement touchent profondément la réalité, mais déterminent également le fonctionnement historique de l’environnement. Le citoyen se trouve alors lourdement handicapé dans son «faire» -quotidien et spirituel, amené qu’il est à tout revoir. Son aire d’action est largement touchée du moment que la culture propre est menacée d’effacement, et il lui revient d’apprendre d’autres règles et lois.

Précisément, les visions de Cyprien vont dans le sens d’assurer cette transition du païen au monothéiste, du pluriel à l’unique, du permis au restrictif, et d’enseigner les nouvelles règles et lois aux siens. Dans une Afrique dominée et réprimée par les Romains, l’auteur chrétien va occuper une place périlleuse: il sera l’écrivain engagé, celui qui mènera une bataille contre l’Occupant (dans sa forme militaire). D’origine africaine, l’auteur discrédite naturellement les Romains. Ces derniers, attirés par le sang et le sexe, construisent un Empire immoral et inhumain… Cette explication est d’une portée éthique: «Qu’on ne dise pas que ces divinités donnent la puissance; la puissance, elle semble varier selon les lois d’un aveugle hasard. (…) La marche des événements la transmit au Romains; mais vous ne sauriez, sans rougir, étudier l’origine de cet empire. Un peuple de scélérats et de vagabonds se retranche dans un asile et se multiplie par l’impunité. Romulus, son digne chef, inaugure son règne par un fratricide. Comme il faut des femmes à ses nouveaux sujets, il a recours à la guerre; ils trompent, ils enlèvent: on dirait des bêtes féroces.» (De la vanité des idoles) Mais, sa bataille s’insère dans la défense des lointains dogmes «catholiques et romains», c’est-à-dire l’acceptation de l’occupation symbolique. Que pense-t-il au fond des actions d’émancipation totale (culturelle et militaire) d’antan entamées par les Africains qui réitèrent «l’Afrique pour les Africains»?

L’aliénation religieuse rend, en fait, impossible une telle prise de conscience. La situation spirituelle de l’époque était complexe: “Now provincials could secure the freedom of their religious meetings by registration of their cultus as a “religio licita”. But there was no province for which Christianity could be registered. It was a “tertium genus”, not ethnic, nor Judaic; and any other associations for religious rites, save only unions for securing funeral celebrations for their members, were illicit.” (15) L’interdit fascine trop l’intellectuel pour se l’assumer comme propre, évidence d’un acte de résistance. Ainsi, le christianisme amazigh présente un certain nombre de traits susceptibles de préserver la continuité chrétienne et de donner, en conséquence, à sa défense une coloration particulière. L’engagement de l’écrivain contre les maux terrestres reste inassouvi, il repense l’éducation de l’homme païen afin de racheter par le biais de « paroles » révélant l’amour de Dieu. Le texte De la Mortalité vient, à propos, pour réorganiser l’action des hommes en vue de résister aux persécutions et à la peste de l’époque, et il va organiser les Chrétiens notamment au niveau du secours apporté aux exilés, malades, prisonniers… Durant son exil, Cyprien écrit fréquemment aux fidèles (emprisonnés, déportés, bannis) pour les exhorter à continuer sur la voie de Jésus, à s’attacher à la résistance. Dans ces souffrances, il n’y voit que le triomphe du christianisme ; ce martyre va lui être annoncé par Dieu dans un songe ! Il entend fonder la véracité de ses visions: Dieu l’avertit des maux qui pervertissent ses ouailles. Se voit-il alors un intermédiaire qui sauverait l’Eglise ?

Un tel statut, analogue à celle d’un prophète, va expliquer sa béatification posthume. Cet engagement polémique nous révèle un Cyprien féru de visions et un autre allergique à la création. Ce dédoublement d’attitudes, condamnant le profane et louant le sacré, véhicule des éléments inverses et réciproques: il verra son monde à travers des paroles « étrangères » et par conséquent reverra l’identité dans sa négation. Cela l’emmènera à voir dans l’altérité la seule identité capable de le nommer, de l’investir de significations… Pour l’avocat, afin de vivre dans cette contradiction il verra la discipline chrétienne comme essentielle: elle remodèle la vie, et par sa conversion la vie devient sanctifiée à force de multiplier les sacrements. Ainsi, c’est justement le système éthique, le seul qui hante intensément l’esprit de l’auteur et va amplement déterminer toutes ses visions et attitudes.

1. Les visions et les rêves de Cyprien

La vision et le rêve emmènent Cyprien à la foi. Cyprien demeure un excellent créateur de visions, don qu’il garde de son étape antérieure à la conversion. Ce prophétisme est récurrent dans ses écrits. Féru des sciences de la magie, il prétend consulter Dieu dans ses songes pour avoir des visions. Une telle démarche va lui inspirer des solutions complexes mais pratiques aux crises passées par l’Eglise. En effet, pour convertir aisément ses concitoyens, Cyprien n’a besoin que d’une kyrielle de visions. Cette technique est propre à l’héritage nord-africain, qui se base sur la vision pour expliquer l’univers. Les gens croient à l’origine divine des rêves: l’au-delà les envoie pour transmettre des messages pour élucider le complexe, l’imprévisible et l’à venir des choses. C’est dans ce sens que Cyprien expose ses visions, et qu’il ne se lasse d’expliquer aux prêtres. Contre les divisions déclenchées au sein de l’Eglise entre 250 et 251, Cyprien a la vision appropriée de «l’unitas», l’unité de l’Eglise, dans ses formations locale et universelle. Il voit également Dieu comme unique et un. (cf. De Unitate, « L’Unité de l’Eglise »).

Cyprien se plaît à narrer les rêves, à transcrire des visions « prémonitoires » et à les interpréter, mais avec toutes les précisions qui tendent à défendre la thèse chrétienne: « En effet, on a vu encore le Père de famille assis sur son siège, ayant à sa droite un jeune homme. Ce jeune homme, anxieux, un peu triste, et comme mécontent, était assis, se tenant le menton avec la main, d’un air affligé. Un autre, qui était à gauche, portait un filet qu’il semblait sur le point de lancer pour prendre les gens qui étaient tout autour. Comme celui qui avait cette vision se demandait ce que cela voulait dire, il lui fut répondu que le jeune homme qui était ainsi assis à droite était triste et affligé parce qu’on n’observait pas ses préceptes, tandis que celui qui était à gauche se réjouissait parce que l’occasion lui était fournie d’obtenir du père de famille la permission de sévir.» (Lettre 11) Rêve et vision servent d’outil de découverte de la réalité africaine. Derrière la narration du rêve, Cyprien cherche à spéculer sur la divinité « nouvelle ». En rattachant tout à la divinité, l’auteur chrétien s’amuse à apporter des commentaires à propos des mots-symboles: le filet, la droite, la gauche... Il va encore expliquer cette vision en ces termes: « Cette apparition fut de longtemps antérieure à l’éclosion de la présente tempête dévastatrice, et nous en voyons l’accomplissement: tandis que nous méprisons les ordres du Seigneur, que nous n’observons pas les prescriptions salutaires de la loi qui nous a été donnée». (Lettre 11) La violence de cette vision est analogue à la réalité de l’époque: la destruction touche tous les secteurs. C’est bien la Divinité qui punit l’humanité pour son éloignement des préceptes chrétiens. Le même raisonnement survit en Afrique du nord, en sauvegardant la même Vision, mais en changeant de culte, et il revient au chef spirituel de déconstruire le rêve et de le reconstruire.

La vision émane des paroles du texte et des enseignements sacrés, de la Bible et des Apôtres. Il y a une autre lettre, adressée aux prêtres et diacres, où l’auteur dévoile la censure divine qui rattrape même le rêveur: « Aussi la divine censure ne cesse-t-elle de nous reprendre. Quatre les visions qui se produisent la nuit, des enfants qui sont avec nous se trouvent pendant le jour remplis de l’Esprit saint à cause de l’innocence de leur âge: ils voient en extase, entendent et disent ce dont le Seigneur daigne nous avertir et nous instruire. » (Lettre 16) Les visions de l’Esprit ne trompent pas les enfants. La vision, véhiculée par le rêve, instruit ou bien avertit l’homme de ce qui va advenir, et l’accompagne dans son existence.

Néanmoins, Cyprien excelle dans son art de visionnaire vu qu’il s’inspire de l’héritage culturel local. Raconter le rêve et en exposer les visions est un rituel cher aux nord-africains, et leur interprétation une passion. Juriste et pragmatique, il voit dans cet art un moyen efficient pour convaincre l’assistance et les lecteurs. Il réalisera, en conséquence, le triomphe du christianisme, cela va influencer tant d’autres écrivains africains (cf. saint Augustin). Et ces constructions de visions « totales » fonctionnent et valent toujours sur le sol nord-africain, et les exemples ne manquent pas dans notre histoire moderne.

2.- L’anticréateur

La religion tue la création, l’esthétique, la littérature et les arts car elle y voit un défi aux œuvres divines. Le Défi dans toutes ses significations, modalités et finalités. Cyprien embrasse ouvertement une telle position, et son œuvre se veut exégèse, commentaire et illustration de la Bible, et elle tend à discréditer la vie artistique de l’Afrique du nord. Pour lui, les scènes représentées proviennent d’actes démoniaques, et seules les scènes bibliques ont droit de cité.

Toutefois, l’acte d’écrire est non seulement vital pour l’auteur africain, mais c’est un acte qui motive le dialogue entre confrères: « Quand je n’ai pas l’occasion de vous écrire, je suis dans la tristesse et l’affliction, car je regarde comme une disgrâce personnelle d’être privé de converser avec vous; mais quand les circonstances deviennent plus favorables, rien n’égale ma joie: en vous écrivant, il me semble être encore au milieu de vous. » (Sur les spectacles, 1) Ecrire le rapproche des autres. L’auteur va prier son destinataire de bien croire à sa sincérité, il peut avancer des arguments de son affection. Il aime le dialogue dans tous ses états: « Vous êtes souvent venu chez moi, beaucoup plus pour disputer que pour apprendre. Il vous était plus agréable de proférer à grands cris vos invectives que d’écouter mes raisons. » (A Démétrien, 0) Avec ce magistrat païen de Carthage, l’auteur entretient de complexes rapports d’amitié et de discorde. Par ailleurs, ce texte est sous forme de réponse aux invectives du magistrat contre le christianisme ; l’auteur tente d’y expliquer que cette nouvelle foi n’est pas la cause des calamités publiques de l’Empire.

Très conscient de l’importance de la réception, l’auteur soulève la fonction de la lecture et l’usage à en faire: « il vaudrait bien mieux ne pas savoir lire que de lire de la sorte. » (Sur les spectacles, 2) Autrement dit, la littérature en vogue dérange l’éthique chrétienne. C’est pourquoi il loue l’analphabétisme, « ne pas lire », qui ne mène pas au moins à la dépravation: Une telle idée est intéressante à analyser: lire et écrire changent de valeur selon la fonction qui leur est octroyée. En outre, il y est question de la circulation d’une littérature « à ne pas lire » pour ses idées et ses tons qui vont contre l’éthique catholique.

Face à la fervente vie artistique de l’époque, l’auteur catholique adopte une position austère: « Ils disent, par exemple, que les spectacles sont une récréation innocente ; et, profitant de l’affaiblissement de la discipline ecclésiastique et de la dépravation des mœurs qui en est la conséquence, non seulement ils excusent le vice, mais ils osent l’autoriser.» (Sur les spectacles, 1) Ce texte est exclusivement un plaidoyer violent contre les spectacles. Si le spectacle apparaît dans tous ses états une maladie, les artistes constituent une mauvaise influence. Ainsi, toute création ne doit exister que si elle facilite la découverte de la Création.

Soulignons que l’amour du théâtre en Afrique du nord est grand vu la tradition instaurée par les dramaturges africains, notamment Térence. Comment va-t-il l’auteur expliquer une telle ferveur populaire pour les spectacles ? Il se satisfait de l’explication suivante: « Les autres jeux scéniques consacrés à Cérès, à Bacchus et à d’autres idoles, furent institués pendant une famine, pour réunir le peuple au théâtre. » (Sur les spectacles, 4) Une telle idée peut dérouter le lecteur: comment peut-on écrire l’histoire du théâtre africain en avançant de tels faits banals ? L’amphithéâtre ne sert de lieu qu’à unir des foules affamées !

Attachés toujours à leurs coutumes, les Chrétiens africains continuent à assister aux spectacles qui chantent leurs dieux locaux: « Eh quoi ! des fidèles, fiers à juste titre du nom de chrétiens, n’ont pas honte de légitimer par l’Écriture des spectacles où le paganisme déploie toutes ses superstitions ! Ils osent autoriser l’idolâtrie ! car, ne vous y trompez pas, en assistant à des fêtes organisées par les païens en l’honneur d’une idole, vous faites acte d’idolâtrie et vous foulez aux pieds la religion du Dieu véritable. » (Sur les spectacles, 1) L’auteur est écœuré devant ces pratiques « d’harmonisation » du christianisme avec la culture locale. Qu’est-il alors de l’indulgence vis-à-vis du différent, précisément du païen ? Qu’est-il de la bienveillance catholique ? La grande indignation ressentie par l’auteur est explicite: les Africains, comme d’habitude, tentent de réconcilier les dieux exogènes avec leur culture propre. Une telle immixtion du païen et du chrétien, dans le rituel nord-africain, horrifie l’auteur.

Seulement, l’attachement des Imazighen au théâtre est de nature à mettre à nu leur vision du monde. Les saisons théâtrales étaient hautement célébrées à travers les villes. Dans des salles et des amphithéâtres de tous les goûts, les représentations et les spectacles étaient fréquents, durant toute l’année. Seulement, de cet exemple Cyprien n’en retient que la portée éthique: « sur le théâtre, la débauche n’a pas de bornes; elle ne daigne pas même dissimuler ses excès. On voit paraître des mimes, aux manières efféminées et dissolues, dont l’art consiste à parler avec les mains en présence de ces êtres dégradés, toute une ville s’émeut et applaudit à leurs danses lascives. » (Sur les spectacles, 5) Il condamne également la thématique du drame qui pervertit le spectateur, surtout quand l’auteur récupère «  les turpitudes anciennes ». Retenons de cela que le théâtre local parle davantage du local ! De même, l’auteur chrétien préfère que le théâtre parle du présent et non pas des sujets antiques. Mais de quel présent s’agit-il ? Celui du christianisme naissant… Il se veut aussi critique des postures et des agissements des acteurs: dégradés sur le plan éthique et de simples danseurs lascifs, oubliant là les diverses significations de cette « chorégraphie » locale.

Rappelons encore que la création dramatique, au regard de l’auteur chrétien, est un défi malencontreux à la Création: « Quel théâtre, bâti par les hommes, pourra être mis en parallèle avec les oeuvres du Créateur ? supposez les pierres aussi grandes que vous le voudrez, ce n’est qu’un fragment de montagne, et les lambris dorés ne feront jamais pâlir l’éclat des astres. » (Sur les spectacles, 6) Une telle comparaison se base sur le matériel, ces amphithéâtres et ces lambris ne sont rien aux yeux de l’auteur. Ce dernier donne peu d’importance à la beauté et à la grandeur de cette architecture. Pour créer, l’auteur ne doit s’inspirer que de la Bible: « Que le chrétien étudie les saintes Écritures: là encore il trouvera des spectacles dignes de sa foi. II verra Dieu créer le monde ainsi que les animaux et les soumettre au pouvoir de l’homme. Il verra les méchants engloutis dans un naufrage commun et les justes miraculeusement sauvés. (…) Quel spectacle mes frères! qu’il est magnifique! qu’il est agréable! qu’il est utile! » (Sur les spectacles, 6) L’imagination de l’auteur, ravivée par de multiples anaphores, présente deux univers: l’espace des mécréants autochtones où la fournaise est totale, et celui des fidèles où la joie de rencontrer le Créateur est évidente. Ce n’est pas le gouverneur qui offre le spectacle, mais plutôt le Créateur.

En général, l’art n’est art que s’il s’inspire du Créateur: « ce qui naît vient de Dieu ; les changements sont l’oeuvre du démon. Un peintre représente avec des couleurs qui rivalisent avec la nature le visage, les traits, l’extérieur d’un homme ; son œuvre est terminée. Un autre peintre, se croyant plus habile, vient jeter de nouvelles couleurs sur le tableau pour le corriger: quelle injure pour le premier artiste ! » (De la Conduite des vierges) Que reste-t-il de ces peintres africains ? Dieu est nommé artiste suprême, offrant aux fidèles une force morale inégalable. Ici, il y a un argument fort pour détruire toute œuvre humaine qui tend vers la concrétion du beau. Le vrai beau fait partie de l’impossible pour l’humain. En fait, que reste-t-il de toutes ces créations ? Rien. Cela rend compte de cette Afrique qui manque de traces écrites: il y avait bien des écrits, des peintures et des architectures, mais la postérité ne va point les sauvegarder.

V.- L’IDENTITE MARTYRISEE: DE L’AUTOPERSECUTION A L’ALLEGEANCE

(Suite dans le prochain numéro)


 

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