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  (Mai  2008)

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Où va Le Mouvement Amazigh?

Interview avec Le militant Jawad ABIBI

Propos recueillis par Hamid BELKASSEM

Dernièrement, la cause amazighe au Maroc (Amur) a pris d’autres dimensions, ce qui a donné lieu à un vif débat surtout après les arrestations dans ses rangs. Afin de comprendre ces changements et participer à ce débat, nous vous proposons une interview avec Jawad ABIBI, doctorant- chercheur en sciences politiques, ex-président de l’association Tankra (Tinghir) et militant au sein de la Coordination Aït Ghighouch.

1- Est-ce que vous pouvez nous donner un bref aperçu sur la réalité de la cause amazighe au Maroc (Amur)?

La cause amazighe est une cause politique, les droits du peuple amazigh sont bafoués à cause de la politique et de l’idéologie pan-arabiste menée par les gouvernants de ce pays. Rendre justice au peuple amazigh veut dire prendre un autre chemin politique, un nouveau sens idéologique. Mais la politisation de la cause amazighe nécessite la distinction entre l’action politique et l’action politique partisane. Certains activistes amazighs ont choisi l’action partisane en instituant un parti politique, ce n’est qu’un choix parmi d’autres de la politisation. Mais malheureusement les autres qui rejettent la méthode partisane, n’arrivent pas à dépasser le cadre traditionnel culturaliste. Personnellement, je pense que Imazighen doivent s’engager dans l’action politique mais pas partisane, car les partis politiques marocains ont une mauvaise notoriété.
2- L’image du Mouvement n’a-t-elle pas été profondément atteinte par cette crise et ces règlements de compte entre ses différentes composantes?

Excusez moi, l’expression de «règlements de compte» est très exagérée, c’est plutôt un ardent débat sur la voie idéale que doit prendre l’action, c’est aussi une quête de légitimité mais également un conflit intergénérationnel. Cette situation n’est pas étrange, car c’est une caractéristique commune pour toutes les mouvances subissant une mutation telle que celle du mouvement amazigh.

3- Pendant longtemps, le Mouvement Amazigh a été un mouvement très élitiste, maintenant, est-ce qu’on peut parler de la naissance d’un autre mouvement qui s’adresse à la masse ? Quel serait votre penchant ?

Certes, le mouvement amazigh n’est plus un mouvement élitiste, les manifestations qu’a connues la plupart des régions amazighophones en sont la preuve. Ce changement peut être expliqué par plusieurs facteurs, d’abord le discours de la mouvance réélaboré de telle sorte qu’il s’adresse à tout le monde, les efforts de mobilisation déployés par les militants, la réaction vis-à-vis de la violence qu’a subit le MCA, mais aussi la situation socioéconomique très alarmante que traverse le pays. Mais le passage d’un mouvement élitiste à un mouvement de masse ne veut pas dire que le rôle de l’élite est dépassé. Il y a la nécessité d’une élite d’intellectuels qui vont accomplir la tâche de la réflexion et de la conception.

4- Est-ce que vous pensez que cette élite amazighe remplit bien les tâches que vous venez de définir?

Vous voulez dire certainement, est ce que cette élite existe ? Puisque c’est en accomplissant les tâches de réflexion et de conception qu’on devient élite intellectuelle. Le philosophe Sartre nous dit que l’intellectuel c’est celui qui refuse d’être le moyen d’un but qui n’est pas le sien, et moi je dis que l’élite intellectuelle c’est les intellectuels de Sartre qui encadrent une grande masse populaire. On n’a pas cette élite dans le mouvement amazigh. Dernièrement, on agit plus que l’on réfléchit. Parfois même, on agit sans réfléchir. Une chose importante : l’élite ce n’est pas des prophètes qu’il faut attendre. On a énormément un grand potentiel d’intellectuel que sont les militants du MCA étudiant dans différentes disciplines, mais il faut que ceux-ci choisissent et travaillent dans ce sens.

5- Pour revenir à la Coordination d’Aït Ghighouch, en associant les revendications socio-économiques et politiques aux revendications culturelles et identitaires, est-ce que le mouvement entre dans une nouvelle phase ?

Je pense que la devise du mouvement amazigh qui est «la Langue, la Terre, l’Homme » a associé dés les débuts les trois dimensions que vous venez de citer, mais l’action du mouvement s’est focalisée pendant longtemps sur le premier élément qui est la Langue. Aujourd’hui la coordination Ayt Ghighuc et les autres composantes du mouvement commencent de plus en plus à s’intéresser aux autres dimensions, notamment la dimension humaine qui soulève les questions sociales et politiques. Je pense que c’est une nouvelle phase qui a permis au Mouvement Amazigh de gagner le terrain au détriment des mouvements islamistes et des gauchistes arabistes.

6- Malgré vos critiques au pouvoir central, pourquoi la Coordination épargne t-elle les responsables locaux notamment les Présidents des municipalités et des communes ?

On n’épargne personne, dans notre discours on n’utilise pas le terme pouvoir central, on utilise le « Makhzen », ce concept est plus général, il comprend le pouvoir central, mais aussi ses représentants au niveau local, formels et informels. Dans les dernières manifestations d’Ayt Ghighuc, on a beaucoup critiqué le comportement arriviste des élus locaux et on a cherché à révéler à la population les scandales dont ils sont compromis. C’était un moment propice et un moyen également de sensibilisation pour le boycott des élections.

7- Que pensez-vous du projet d’autonomie et celui du fédéralisme? Pourquoi la Coordination d’Aït Ghighouch jusqu’à présent n’est pas allée dans ce sens ?

Là vous êtes au cœur de ma spécialité, qui est le management des territoires. Et je vous dis franchement que le mouvement amazigh n’a pas étudié profondément cette revendication relative au fédéralisme ou encore à l’autonomie. Ces deux notions n’ont pas la même ampleur. Depuis longtemps, le Mouvement Amazigh revendique le fédéralisme comme un choix fondamental pour une bonne gouvernance territoriale et pour instaurer une démocratie locale. Mais, après le lancement du projet de l’autonomie du Sahara par l’institution royale, on ne parle plus de fédéralisme, on parle plutôt de l’autonomie : du Rif, de Grand Souss… il ne faut pas être réactionniste sinon, il y a une autre volonté derrière. Nous, on a opté pour le fédéralisme alors que le Makhzen est pour l’autonomie. Vous allez me dire, mais où est la différence : c’est simple, dans le cas du fédéralisme on est obligé de se réunir pour discuter ensemble ce projet. Par contre dans le cas de l’autonomie chacun défend égoïstement l’autonomie de sa région, la chose à laquelle on assiste déjà. Nous, dans la coordination d’Ayt Ghighuc, on ne veut pas tomber dans ce piège, on revendique encore le fédéralisme choisi par le Mouvement Amazigh nationalement, et on rejette l’autonomie à la Makhzenienne que certains revendiquent.

8- Dans chaque combat politique, on trouve toujours des alliances entre les différents mouvements politiques, dans ce sens, est-ce que vous ne pensez pas que le Mouvement s’enferme sur lui –même dernièrement?

Dans les combats politiques, les alliances ne sont que des moyens et pas des buts finaux. Faire des alliances c’est une stratégie qui doit être suffisamment pensée. Je n’arrive pas à imaginer un mouvement de la gauche allié dans sa militance à un autre de la droite, de même le mouvement amazigh qui lutte contre les arabistes et le Makhzen ne peut pas faire des alliances avec ceux-ci ou avec leurs alliés. Reste la possibilité de l’alliance entre les composants du mouvement, celle ci est fortement souhaitée.

9- Le fait d’être moins expérimenté politiquement parlant n’est-il pas un grand handicap pour le Mouvement Amazigh ?

J’espère qu’on n’a pas confondu là aussi l’expérience politique partisane avec l’expérience politique tout court. Pour l’expérience partisane, je ne vais pas en parler car c’est un choix que je refuse personnellement pour des raisons que j’ai expliquées par détails dans un nombre d’articles que j’ai publiés. Concernant l’expérience politique, le manque de cette expérience constitue un handicap pour tous les mouvements de contestation au Maroc, excepté le mouvement islamiste de «la justice et la bienfaisance» qui a pu développer un modèle de l’action politique propre à lui. Ce fait s’explique par l’histoire politique contemporaine et par la nature du régime en place. La politique n’est pas uniquement adhérer à un parti politique ou voter, il y a d’autre manière de faire de la politique sans tomber dans le jeu du Makhzen.

10- Comment vous expliquez l’acharnement du makhzen sur Imazighen dernièrement ?

C’est très simple et c’est très logique, on ne doit pas attendre que le Makhzen nous accueille par des gâteaux et des cadeaux dans la rue et dans les universités. On le dérange et on menace ses intérêts, son idéologie et sa continuité dans le pouvoir. C’est pour cela qu’il nous chasse. Mais les expériences de l’Histoire ont démontré inévitablement qu’à la fin des combats politiques c’est toujours les démocrates et les vertueux qui gagnent quelques soient la force et la puissance des tyrans et des corrompus. Un jour on remportera la victoire.

11- Après ces arrestations, comment vous évaluez le soutien des Imazighen du Maroc et ceux d’ailleurs ?

Il y a un soutien, mais qui n’est pas à la hauteur des événements, ni celui des imazighen du Maroc, ni celui parvenu de l’étranger. C’est vrai qu’il y a des militants ici et ailleurs qui ont fait leur devoir, en manifestant et en aidant financièrement. Mais il faut une mobilisation de tous les imazighens à travers le monde.

12- Et à propos du silence des organisations nationales et internationales des droits de l’Homme ?

Les organisations nationales des Droits de l’Homme, ne défendent que les droits des soi-disant arabes marocains et des arabes de l’orient, nous également on n’a jamais attendu leur soutien.

Reste les organisations internationales, c’est à nous de leur faire entendre nos souffrances, c’est ici le devoir des journalistes amazighs et des organismes notamment les ONG amazighes.

13- Pour conclure, selon vous, qu’elle est la démarche la plus appropriée que Imazighen doivent suivre dans ces circonstances ?

Je ne croie pas à une démarche circonstancielle, je pense qu’il y a la nécessité d’élaborer une stratégie à long terme, une stratégie qui doit prévoir les objectifs finaux du Mouvement et la manière d’y parvenir, tout en précisant les différentes actions opérationnelles à mettre en œuvre, et en répartissant le travail au sein du mouvement : qui va financer ?qui va penser ?et qui va agir ? Mais pour élaborer une telle stratégie, il faut que les différentes sensibilités amazighes reviennent autour de la table pour débattre de l’avenir du Mouvement, de celui de la cause puisque c’est de l’avenir d’un peuple dont il s’agit.

(Propos recueillis par Hamid BELKASSEM)

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