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  (Juillet  2009)

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FERROUDJA, l'hirondelle du Djurdjura, la messagère de Tamazgha

 Par: Dalil amazigh

 

Début septembre 2008, je retrouve ma kabylie, cette région qui me permet d’être fier jour après jour et à chaque fois que je parle d’elle... Cette kabylie dont on est fiers quand on parle de ses magnifiques montagnes du djurdjura,  de la beauté de Bgayet ou quand on évoque les noms de nos ancêtres et symboles, les Slimane Azem, Matoub Lounès, Abane ramdane, Bessaoud Mohand Arav,  Si mohand ou mhend, Fatma N’soumeur, Taos Amrouche et tant d’autres dont nous avons un devoir, celui de continuer le combat et d’ honorer cette région qui a tant donné pour la démocratie, les droits de l’homme et bien sûr Tamazight.

Certes la région connait de nombreux problèmes fraichement importés par les décideurs pour soumettre cette région frondeuse et en même temps normaliser cette région pour qu’elle soit soumise à l’image des autres régions... Certes notre entêtement à ne pas s’entendre ne nous permet pas de lutter convenablement et efficacement contre ces agissements mais la diversité, l’amour pour cette région, et en espérant aussi que certains kabyles arrêterent de tirer sur leurs propres frères et  d’autres  de se prendre pour le centre du monde, pourra un jour,  je le pense, nous sortir de cette impasse.
Certes il y a des problèmes d’insécurité, de terrorisme, d’orientalisation ou d’occidentalisation de la société kabyle au détriment souvent de ses valeurs et coutumes ancestrales mais la vérité sur le terrain est autre que ce que l’on veux faire croire dans la presse et les médias en général. Matoub Lounès  est toujours en tête des ventes en kabylie et demeure l’artiste le plus écouté dans la région et cela fait plaisir de voir  Mohand Allaoua cartonner et faire passer ses messages dans ses chansons...

Au milieu de tout cela, on trouve tous les styles de musiques, avec une tendance, il est vrai, au non stop qui est  à la mode ces derniers temps, mais j’ai réussi à écouter et voir quelques chanteurs à textes qui se démènent tant bien que mal pour se faire une place dans la chanson kabyle.
Parmi ces artistes, une artiste à la voix  à la fois émouvante et magnifique qui chante dans sa langue maternelle le kabyle mais aussi en  chaoui,  m’zab,  chenoui, targui ou le cheulhi de nos frères  amazighs du maroc.... une artiste avec un nom typiquement amazigh qui nous  rappelle nos mères et grands mères... elle s’appelle  Ferroudja, un nom à retenir pour les amoureux de la musique amazighe que Ferroudja a admirablement remis à l’ordre du jour par l’ adaptation de sa voix aux sonorités et styles musicales des différents dialectes amazighs de Tamazghra, par ses recherches sur les anciens chants et patrimoines  de tamazghra avec une touche moderne permettant  de faire revivre cette héritage revenu d’outre tombe ou délaissé par les gouvernants.

Depuis quelques années je ne la connaissais que de nom, et j’ai été agréablement surpris par Ferroudja lors d’une rencontre hasardeuse dans son village natale Imezghraren à Frikat, un village marginalisé, pauvre  et déserté par ses enfants mais  très connu pour avoir enfanté le grand écrivain Malek HADDAD, l’inoubliable   chanteur Said Hamel et bien sûr le grand colonel Ouamrane tout près de Boghni et Draa el Mizan.... et à un kilomètre à vol d’oiseau de Bounouh qui a enfanté les Farid Ali, Moh Said Oubelaid ou encore Oukil Amar.
J’ai trouvé en face de moi une femme  simple «D yillis tadart» issue d’une famille modeste, une artiste d’une sagesse étonnante, d’une énorme gentillesse et d’une patience inébranlable, qualités  qui lui ont certainement permis d’affronter les problèmes de la société en général et du milieu culturel en particulier.
Lorsqu’on discute avec elle on se rend compte qu’à 33 ans,  Ferroudja a déjà un grand vécu  et que  les obstacles  ne  lui font pas peur...... Une femme qui a dû se battre pour s’émanciper et vivre sa vie de femme libre... Elle me raconte ses périples et ses déplacements dans les autres régions amazighes et à travers la kabylie avec ses bonheurs et ses déceptions... Ferroudja a traversé une grande partie de tamazgha avec cette envie et cet objectif d’échanger, d’être disponible pour cette culture plusieurs fois millénaire, convaincue que l’avenir de cette langue passe par le travail de fond à long terme et par des recherches profondes sur l’identité, l’histoire et la culture de nos ancêtres afin que les futurs générations puissent bénéficier du travail d’hier et d’aujourd’hui.

Ferroudja n’est pas une artiste comme les autres, elle est aussi poétesse et militante convaincue jusqu’au bout. Elle nous parle de tamazghra, de ses rencontres et échanges avec les berbères de toute l’Afrique du nord, de son amour à chanter dans la langue de Massinissa de Dyhia ou Jughurta.
Ferroudja est autodidacte et n’a jamais été scolarisé et pourtant elle manipule les variantes amazighs  à merveille avec une facilité déconcertante... et quand je lui demande comment ca se fait? elle me répond «l’ hmella n’tmazight»  pour résumer c’est son attachement à cette langue et son amour de la kabylie qui l’ont aidé à ouvrir d’autres portes  et l’ont renforcée dans ses convictions et son envie d’aller toujours plus loin.. Pour elle, avec les échanges et la communication entre les peuples berbères Tamazight sortira de l’ombre... et rétorque «il n’y a qu’à voir la réaction et le  bonheur d ‘un chaoui ou d ‘un chenoui quand vous chantez dans leurs langues maternelles».

Elle voue une grande admiration à ces femmes berbères qui autrefois régnaient  ou étaient à la tête d’une armée à l’image de Dyhia dans l’aurès, de Tin Hinan dans le hoggar,  Chemci pour les Ait Irathen en kabylie sans oublier la Jeanne d’arc du djurdjura  Fatma N’ Soumeur... en ajoutant l’homme et la femme ne faisaient  qu’un,  côte à côte loin... très loin de la conjoncture actuelle dans les pays d’Afrique du nord où la femme joue souvent le rôle d’un objet précieux  dans la poche de l’homme... la femme amazigh est de nos jours plus aussi rayonnante et se trouve relégué à un statut  de citoyen de seconde zone et je rends hommage aux grandes dames de la chanson kabyle (Nouara, Chérifa, Taos amrouche, Hnifa, Baia Farah etc...) qui ont fait énormément pour la femme kabyle  à travers la chanson.
Quand j’évoque Matoub, le chantre de l’amazighité, je ressens en elle une grande tristesse... et me dit  «j’étais à Alger dès l’âge de treize ans et je suivais son parcours... pour moi Matoub était un père, un frère, un ami et un repère... et quand je lui propose de nous accompagner à l’inauguration de la nouvelle stèle de Matoub Lounès et Ali Zammoum à Tizi n’tleta, elle n’hésite pas une seconde et était heureuse de venir... elle avoue aussi avoir un faible pour Taos Amrouche et Farid Ali qui restera le premier chanteur à avoir utilisé le mot «amazigh» dans une chanson. Tamazight pour elle reste son objectif principal, c’est pour cela qu’elle a une admiration particulière pour Matoub,  Mouloud Mammeri et Boulifa qui resteront à jamais dans l’histoire des imazighen.
Elle nous parle de son exil à Alger où la passion pour la chanson la foudroie dans une maison où la culture berbère était bien ancrée... de ces passages à la chaine 2 sous la houlette  de Medjahed Hamid en tant que poétesse, de son parcours artistique mais à aucun moment elle fait allusion à une carrière, à la célébrité, elle met toujours le travail collectif en avant et reste très sensible à la question amazighe avant tout!! Pour elle tamazight avant tout sans oublier de nous dire que cela se fera avec tagmats et taddukli. (la fraternité et l’union). Pour elle son seul souhait est que son message passe et circule partout où il y a un amazigh....»Tout le monde sait que nous sommes des amazighs maintenant il faut un réel travail des chercheurs, intellectuels et bien sûre une volonté politique de mettre les moyens pour cette langue et cette culture».

Puis elle revient sur son parcours avec son premier album sorti en 1996 avec le célèbre groupe ichenwiyen où elle rend un hommage au regretté Matoub Lounès bien avant sa mort car pour elle il faut soutenir et rendre hommage aux militants, artistes et intellectuels  de leurs vivants pas seulement lorsqu’ils meurent... Puis d’un autre album en 1999 intitulé «tulas d lkas» (les femmes et le verre) ou alors tajemarit n-yemcumen (le conseil des médiocres) avec des textes engagés «vous avez vidé les coffres et sucé l’Algérie, vous avez servi l’horreur et mis le feu à ma patrie», ensuite d’ un troisième album en 2004  «ad iruh» ou «Tamazghra» où elle évoque l’exil et la situation de Tamazghra... bien sûre elle revient sur ces difficultés de  2003 où son album a été jugé trop engagé par certains éditeurs pour ses textes virulents suite aux évènements tragiques de 2001- 2002 (on peux citer «Tanekra» (la révolte) ou «D-isseflawen» (les victimes) dans cette chanson elle parle de l ‘impasse dans laquelle se trouve le peuple, coincé entre les intégristes et le pouvoir mafieux... oui Ferroudja est une artiste engagé,  une maquisarde de la chanson berbère comme disait si bien Kateb Yacine... j’ai eu l’impression de retrouver en elle la simplicité et le courage de brahim Izri ou d’Ali Zammoum , les convictions d ‘un Mohya, la souffrance de H’nifa ou Taos Amrouche,  le courage et la détermination  des regrettés Matoub Lounès, Slimane Azem ou Mohand Haroun. A travers ses textes, elle exprime aussi  les douleurs et les espoirs  de la jeunesse, elle parle également du patrimoine ancien et son héritage et évoque ses rêves et ses craintes pour l’avenir.
Son dernier album, qui devrait sortir prochainement  est un véritable puzzle où elle a su regroupé différents styles de variantes amazighes qu’elle a travaillé avec des artistes des Aurès, du mzab, de tamanrasset, du chenoua ou de l’atlas, et en écoutant cet album Ferroudja vous fait voyager dans l’Afrique du nord en l’espace de quelques chansons pour découvrir ses richesses, ses traditions et ses sonorités et c’est pour cela qu’on la surnomme «l’hirondelle du Djurdjura» , une hirondelle qui quitte le Djurdjura pour s’envoler vers siwa,  l’aurès, le chenoua, le hoggar,  l’atlas ou le Rif jusqu’aux îles  canaries  avec ce message de fraternité et d’union dans cette langue sacré qui nous est chère... une union de tamazghra que seul le valeureux Massinissa avait réussi à faire.... elle rend aussi un grand hommage aux reines amazighs qu’ont été Tin Hinan, Dyhia ou Chemci et me dit autrefois les femmes berbères étaient des reines aux côtés des hommes sinon devant.. Cet album, fruit d’un travail de trois ans est un chef d’œuvre avec des textes qui parlent des problèmes de la société actuelle comme l’échec scolaire ou le chômage, de l’histoire amazighe, de l’amour perdu ou impossible.

 

 

 

 

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