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«Le Livre Noir» et le temps des liquidations

Par: Anarouz SAADANI - Khénifra

 

«Le Livre Noir» de Saïd Sifaw, une parodie satirique du «Livre Vert» de Kadhafi, vient d’être publié par Saïd bajji. Cet écrit est sous forme d’une lettre pamphlétaire destinée au colonel Kadhafi en tant que chef d’Etat qui a pris les rênes du pouvoir de la Libye à la faveur d’un coup d’Etat mené en 1969. Ce livre posthume vient d’être publié à un moment crucial de l’histoire amazighe pour rouvrir les plaies du passé et relancer le débat sur le devenir des Imazighns.

Littérateur, intellectuel et fervent défenseur de la cause amazighe, Saïd Sifaw a été écrasé à mort par une voiture le 21 – 02 – 1979 suite à une décision absurde et apocalyptique prise à son encontre et à l’insu d’un monde ravagé par la guère froide. Les dégâts sont à la hauteur de la bassesse humaine des instigateurs de cet ignoble acte de barbarie; Sifaw n’est plus qu’une épave qu’on saborde pour disparaître à jamais de l’empire de la terreur.

Témoignage poignant et saisissant, «Le Livre Noir», nous met aujourd’hui au cœur du vertige qui a donné naissance à de nouveaux dieux et à de nouveaux récits de fondation. Saïd Sifaw, le rebelle irréductible, refuse de prêter serment à ces nouveaux iconoclastes qui, ayant pour seule religion le panarabisme, ne proposent que l’enfer aux Imazighns.

Dans cette lettre, Sifaw relate un drame humain, le sien, le calvaire qu’il a vécu et les souffrances qu’il a endurées suite à cet accident qu’on lui a soigneusement préparé le 21 – 02 – 1979; dix ans après la proclamation de la Grande Jamahiriya. C’était le temps où l’un des régimes de la terreur prenait place dans cette partie de Tamazgha que Saïd Sifaw portait dans son cœur et dans son âme.

«Le Livre Noir» retrace les épisodes d’une liquidation annoncée qui avait pour toile de fond un combat inégal entre une conscience amazighe lucide et une idéologie obscurantiste et meurtrière. Lorsque Kadhafi dit à Sifaw lors d’un échange verbal semblable à un interrogatoire: «chacun sait comment défendre ses intérêts», le sort de celui-ci était déjà scellé: un corps mutilé, une âme meurtrie et une existence ruinée. Sifaw s’est rendu à l’évidence mais tard : «la question entière n’est pas une question de dialogue, celui qui détient la prison, la voiture qui écrase les gens, la force et le mensonge, ne perd pas le temps à faire le dialogue, c’est le temps de la liquidation physique et morale». Sifaw est conscient que toute la Grande Jamahiriya est devenue sable mouvant pour chaque amazigh n’ayant pas «prouvé son innocence» en faisant acte de soumission, en acceptant l’esclavage et le statut de collaborateur. C’était la question qui révoltait Sifaw; « Je peux supporter malgré moi le harcèlement des corps constitués de l’Etat parce que leur ambition est très limitée, mais la catastrophe c’est que le peuple entier se transforme en armée d’informateurs sous l’étiquette de révolutionnaires». Même après l’accident qui a transformé son corps en cadavre abritant une âme solitaire et abandonnée, la horde de ce qu’il appelle «opportunistes» et «hypocrites» ne cessent de rôder autour de lui pour renseigner sur les secrets qui habitent encore son corps en vue de s’attirer les faveurs du Régime.

Toutes les accusations sont bonnes pour refuser la vie à un homme, anéantir sa pensée et éradiquer son ombre. «On m’accuse d’appartenir au parti de Houssein Ait Ahmed, d’être membre de l’Académie Berbère de France, d’être raciste, de théoriser au berbérisme, d’avoir pris un déjeuner à Zouara en 1979, d’élaborer un dictionnaire de langue berbère, de donner des prénoms amazighs à mon fils et à ma fille…». Dans ce vaste labyrinthe où règne l’absurde et l’arbitraire, difficile d’imaginer jusqu’où ira l’acharnement, la violence démentielle et la raison meurtrière d’un Etat qui ramène le commencement de l’histoire d’un peuple au commencement de l’histoire personnelle de son chef d’Etat…

Si ce témoignage précieux est entre nos mains aujourd’hui c’est grâce à l’effort d’un autre militant qui partage avec Sifaw le même prénom, c’est Saïd Bajji qui a bravé les intimidations et la terreur, et grâce aussi au Mouvement Amazigh Libyen fidèle à la mémoire de ce courageux pionnier du militantisme amazigh qui a pris tous les risques pour que la lumière de tamazight, celle qui a inspiré le nom de Sifaw, brille encore dans notre ciel.

 

 

 

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