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Tichonius, le chrétien iconoclaste

Par: Hassan Banhakeia (Univesité de Nador)

 

Parler de Tichonius, c’est forcément parler de saint Augustin. Il est un auteur ambigu, énigmatique, difficile à définir selon son appartenance ecclésiastique. Ses rapports avec l’Eglise sont ambivalents: il est classé tantôt dans le camp de la continuité, tantôt dans celui de la rupture. (1) L’auteur des Confessions va lire les textes de Tichonius et s’en inspirer. Il est alors d’une importante influence sur ses thèses théologiques, précisément dans l’art de lire le texte biblique.

Tichonius apparaît dans un premier temps un auteur laïc, ensuite un théologien donatiste, représentant le courant pacifique, mais il va terminer par être excommunié par les mêmes donatistes. Son grand apport demeure l’interprétation biblique: il déchiffre des passages, des nombres, des symboles et des signes des Ecritures. Son chef d’œuvre, Le livre des règles, considéré comme le premier traité d’herméneutique biblique en langue latine, présente la méthode de lecture «appropriée», afin d’ouvrir les mystères de l’Ecriture aux simples lecteurs.

Conscient de la division infinie du corps ecclésiastique en Afrique, Tichonius s’approche des deux «rives» théologiques: catholiques (conservateurs de la rive nord de la Méditerranée) et donatistes (rebelles de la rive nord-africaine), mais sans qu’il soit satisfait mystiquement ni des idéaux des uns ni de ceux des autres. Ces fréquentations intellectuelles sont pour quelque chose dans sa formation de penseur libre. Tichonius confirme non seulement l’universalité de l’Eglise, mais également une vision tolérante: saints et pécheurs peuvent cohabiter dans l’Eglise. Cette position «contradictoire» dérange et donatistes et catholiques.

I.- TICHONIUS, ECRIVAIN AMAZIGH

Selon les livres d’histoire latine, ce célèbre exégète a vécu entre 370 et 390. Gennade avance dans Livre des hommes illustres: «Tichonius, Africain de nation, était versé dans les lettres sacrées, passablement habile en histoire, et assez instruit dans les lettres profanes; il eut du goût pour les choses ecclésiastiques.» (2) Par contre, Kenneth B. Steinhauser affirme que cet auteur africain est d’origine grecque qui a émigré en Afrique. Il ira un peu plus loin dans sa réflexion, en avançant que Tichonius «never did choose to become Catholic. For some reason, he must have found the Catholic church equally unattractive as the Donatist church.» (3) Les donatistes, dans leur majorité, étaient amazighs (de naissance, de culture et d’idéologie). Si Tichonius apparaît un laïc en quête d’une voie métaphysique, déçu par les deux mouvements antagonistes – tendant à créer des luttes fratricides entre Africains, pourrait traduire une conscience particulière. Eu égard à ses positions, il va être censuré par l’Eglise donatiste aux alentours de 385. Il hésitera toutefois à devenir catholique. Sans église propre, il va disparaître en tant que théologien influent. Cela étant, nous avons là l’explication appropriée pour la disparition (effacement) de ses œuvres, et des précisions sur sa vie.

En plus d’érudit, Tichonius est dit «versed in the Greek rhetorical tradition. Technical references in his writings leave no doubt that Tyconius was a skilled rhetorician.» (4) La maîtrise de la rhétorique, coutume académique propre des auteurs africains, doit expliquer la nature de son chef-d’œuvre qui tente de verser son savoir de rhétoricien dans l’explication du texte biblique. En effet, Sept règles d’interprétation (380) tourne autour de l’approche formelle et discursive du texte sacré biblique. L’auteur y explique le livre de saint Jean, en lui donnant une dimension spirituelle, loin de toute approche charnelle.

Ses trois autres œuvres sont: De bello intestino (370), Expositiones diversarum causarum (375) et Commentaire de l’Apocalypse (385). Citées chez d’autres écrivains, elles demeurent toutefois introuvables, n’existant que comme titres de la littérature chrétienne. Saint Augustin parle précisément de Commentaire de l’Apocalypse, révélant la grande influence qu’il a sur ses propres thèses théologiques.

II.- UN DONATISTE EXCOMMUNIE

Schismatique, Tichonius compose deux apologies du donatisme: De bello intestino et Expositiones diversarum causarum. Ces deux textes schismatiques sont-ils perdus pour leur apologie de l’africanité donatiste? En effet, selon les commentaires de divers manuels et textes historiques, le premier traite de la guerre civile; le second est sous forme d’explication de diverses causes. Force est de noter que ces thèmes soulèvent des questions contemporaines à l’Afrique de Tichonius, et peut-être ses positions sont-elles alors exposées.

En s’opposant aux donatistes, Tichonius va être critiqué par Parménien, et loué par saint Augustin. (5) Ce dernier trouve de solides arguments pour affronter le courant donatiste qui menace le christianisme en Afrique du nord. (6) Précisément, Tichonius trace une nouvelle voie dans la pensée catholique africaine. (7) «Unlike his fellow Donatists, Tyconius believes that the Church in the world is mixed inseparably within its walls. The Body of Christ also contains within it the Body of Satan. This two-fold, conflictual identity of the corpus bipertitum is the condition of the Church in history, from the life of Christ to the Last Judgment.» (8) En suivant une telle pensée “particulière” et autonome, héritée probablement de la pensée païenne, il développe une vision particulière autour de la résurrection des corps et des âmes. Il va également réfuter l’existence d’un monde juste sur terre pour cent ans après la résurrection.

Plus précisément, Tichonius «entreprit de montrer, contre les principes de sa secte, que le péché d’aucun homme quelque grand et quelque énorme qu’il soit, ne peut arrêter les promesses de Dieu; et que quelque impiété qui se puisse commettre dans l’Eglise, elle ne peut empêcher que Dieu n’exécute ce qu’il a promis, savoir que cette Eglise dont nos pères n’ont eu que l’espérance, et nous la vérité, s’étendra jusqu’aux extrémités de l’univers.» (9) Ce retour (ou cette réconciliation avec) au christianisme «englobant», signifiant l’échec de l’amazighité et le triomphe de la romanité, est-il juste dans les écrits de Tichonius? Pourquoi ses œuvres «donatistes» sont-elles ignorées? De sa réflexion, il ne nous reste que Le livre des règles, œuvre de prédilection de l’idéologie conservatrice chrétienne.

III.- LES SEPT REGLES DE TICHONIUS

Bien qu’il soit censuré, à la fin de sa vie, par l’Eglise et le donatisme, Tichonius va composer une œuvre fondamentale pour le christianisme: Liber regularum (Le livre des règles) en 382. Il y explique et interprète la Bible. Il y énumère sept règles qui font les principes du texte sacré. Ce texte est sa seule œuvre qui résiste aux temps vu son intérêt pour l’Eglise de Rome.

Cette quête du sens, en se basant sur les figures et les tournures stylistiques, va être le résultat du schisme croissant en Afrique du nord. «The rules of Tichonius had apparently been designed to bring some sort of method into this vast region of Phantasy, which existed long before the days of Eucherius. He thought so highly of them as “claves et luminaria” to the law and the prophets, as to assert that they furnish a secure protection against the possibility of error.» (10) Cette lutte entre chrétiens et donatistes n’est pas seulement un débat d’idées, mais également de rhétorique.

Notons que ces règles, fruit d’une réflexion sur la forme, et intrinsèques à l’Ecriture, servent d’approfondissement au texte texte sacré. «The mystical rules of Tyconius provide a method for interpreting an intentionally obscured sacred text under the guidance of the Holy Spirit.» (11) Ces régles sont au nombre de sept, l’une interpellant l’autre.

*La règle 1: (De Domino et corpore eius; «À propos de Dieu et de son corps») 

L’auteur explique que l’idée de Christ et de son Eglise sont analogue à la tête et au corps. La transition entre tête et corps, Christ et son Eglise est, en plus de facile, logique.

*La règle 2: (De Domini corpore bipertito; «À propos des deux parties du corps de Dieu»);

L’auteur se réfère aux deux parties (véritable et la simulée) de Dieu.

*La règle 3: (De promissis et lege; «À propos de la promesse et de la loi»)

Ici se pose le problème théologique de comment la grâce divine et sa promesse du salut se révèlent non opposées à la liberté humaine. Dieu offre, à son regard, à l’homme la grâce et la volonté.

*La règle 4: (De specie et genere); «À propos du particulier et du général») 

L’Ecriture, en parlant de Jésrusalem, se référè à d’autres cités, d’autres pays et à tout l’univers. Il n’y a pas de limité entre le particulier et le général.

*La règle 5: (De temporibus; “ À propos des temps”)

L’auteur réfléchit sur les quantités du temps qui sont mentionnées dans l’Ecriture. Il va parler de la synecdoque: la partie pour le tout, ou le tout pour la partie. “Tyconius introduced this trope (synecdoche) as part of his Fifth Rule which is related to the lengths of time mentioned in the Scriptures. Thes durations have mystical significance and some numbers have specific meanings attached to them.» (12) D’autre part, il se réfère aux chiffres (sept, dix, douze) citées dans le texte biblique.

*La règle 6: (De recapitulatione; “A propos de la récapitulation”).

L’auteur analyse l’ambiguïté dans le texte biblique. La récapitulation, comme mode de narration, sert non seulement à déchiffrer mais aussi à rendre cohérents les faits racontés par la Bible.

*La règle 7 (De diabolo et eius corpore; «À propos du Diable et de son corps»).

L’auteur discute les images et les figures dans la Bible. Par exemple, l’image de la forêt «dominates the preface to Tyconius’ Book of Rules. He intends to provide keys and lamps in the form of hermeneutical rules so that his readers may find their way though the vast forest of prophecy without straying off the correct path into error.» (13) En général, dans cette œuvre, l’auteur cite l’Ancien et le Nouveau Testaments. Il s’approche plus des idées de Paul. «Paul’s doctrine of the Church as the Body of Christ and his discussion of law and grace are the twin fontes viventes of Tyconius’s hermeneutics. For Tyconius, Scripture is a “forest of prophecy” that testifies to Christ, both Head and Body. Scripture is the realm of the Spirit, whose Trinitarian role is established in testifying to the Son. The goal of proper interpretation is to move beyond the human sense of scriptural language to the “mystical”, divine meaning.» (14) Autrement dit, sa grande contribution qui est l’interprétation biblique est à situer dans la division connue entre l’Orient grec et l’Occident latin. Elle se base sur les typologies historiques, mais non sur les principes philosophiques.

Dans Sept règles d’interprétation, Tichonius ne cite jamais d’autres auteurs; il se plaît à commenter le texte biblique. «Tichonius’ ecclesial affiliation was determined less by his theology and more by his cultural environment.» (15) Comment expliquer une telle approche? Est-ce par refus de toute autre vision? Ou bien faut-il y voir une revendication africaine du texte biblique?

EN CONCLUSION…

L’œuvre de Tichonius a une grande influence non seulement sur les écrits de saint Augustin, (16) mais également sur la théologie latine. L’évêque d’Hippone s’y réfère dans Christian Doctrine (livres 1–3, 396/397, livre 4, 426), et dans le livre 20 de La Cité Divine qui renferme les techniques de Tichonius. En se situant loin de l’Eglise catholique et de l’Eglise donatiste, que cherche-t-il Tichonius? Ses livres, tombés dans l’effacement, auraient dit beaucoup de ses pensées.

NOTES

(1) Kenneth B. Steinhauser, “Tyconius: was He Greek?” in Elizabeth A. Livingstone (éd.), Studia Patristica, volume 27, Peeters, Louvain, 1993.

“The single most perplexing mystery concerning Tyconius does not lie in his ecclesiological teaching but rather in his ecclesial affiliation. This aspect of his life has been and continues to be an enigma to those who study him and his thought.” (p.394)

(2) Saint Jérôme, Gennade, Saint Isidore de Séville, Livre des hommes illustres, traduit en français par Z. Collombet, Libraire Catholique de Perisse Frères, 1840, p.250.

(3) Kenneth B. Steinhauser, “Tyconius: was He Greek?” in Elizabeth A. Livingstone (éd.), Studia Patristica, volume 27, Peeters, Louvain, 1993, p.394.

(4) ibid., p.397.

(5) Saint Augustin, Réfutation d’un écrit de Parménien, livre I, 1.

«Parménien crut d’abord qu’il lui suffirait d’une lettre pour corriger cet esprit rebelle; mais plus tard il le fit condamner par un de leurs conciles. C’est cette lettre de Parménien, dans laquelle il reproche à Tichonius de soutenir que l’Eglise est répandue sur toute la terre, et l’avertit d’avoir à changer de langage»

(6) Saint Augustin, Réfutation d’un écrit de Parménien, livre I, 1.

«Usant des forces que le Seigneur m’accorde, je n’ai jamais hésité, dans toutes les circonstances, soit par écrit, soit de vive voix, à engager contre les Donatistes une polémique de sérieuse réfutation. (…) Tichonius, accablé sous le poids de toutes ces citations des livres saints, ouvrit enfin les yeux, et reconnut que l’Eglise de Dieu était réellement répandue sur toute la terre, comme les Prophètes l’avaient unanimement annoncé. Fort de cette conviction, il entreprit de prouver, contre ses coréligionnaires, que les crimes les plus horribles, commis par un homme quel qu’il fût, ne sauraient prescrire contre les promesses divines. Il montra également que l’impiété de tels ou tels membres de l’Eglise ne peut ébranler la croyance surnaturelle et divine à la diffusion future de cette Eglise, dans toutes les parties de la terre, comme l’ont cru et annoncé nos pères. Cette thèse fut soutenue avec énergie et éloquence par Tichonius; et appuyé sur les passages de l’Ecriture les plus imposants et les plus manifestes, il réduisit ses contradicteurs à un honteux silence. Mais ce qu’il ne comprit pas et ce qu’il aurait dû comprendre, c’est que les chrétiens d’Afrique appartiennent à cette Eglise répandue sur toute la terre, car ils ne sont pas séparés de l’unité de communion avec l’univers tout entier, avec lequel ils ne forment, au contraire, qu’une seule et même société.»

(7) James Craigie Robertson, History of the Christian church, volume 1, 4e edition, London, John Murray, 1867.

«a grammarian, named Tichonius, although himself a Donatist, did much to injure his party by a treatise in which he maintained that the church could not be confined to one corner, but must be diffused throughout the world; that the sins of the evil members do not cause a failure of God’s promises to it; and that baptism administered without the true church might be valid.» (p.418)

(8) Kevin L. Hughes, Constructing Antichrist: Paul, biblical commentary, and the development of doctrine in the Early Middle Ages, The Catholic University of America Press, 2005, p.87.

(9) Rémi Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, volume 9, Libraire-éditeur Louis Vivès, 1861, p.375

(10) W. Farrar, History of interpretation, 2004, pp.24-25.

(11) Kenneth B. Steinhauser, “Tyconius: was He Greek?” in Elizabeth A. Livingstone (éd.), Studia Patristica, volume 27, Peeters, Louvain, 1993, p.398

(12) Thomas O’Loughlin, “Biblical Contradictions in the Periphyseon and the Development of Eriugen’s Method”, pp.103-126, in Gerd van Riel & Carlos G. Steel, J.J. McEvoy, Iohannes Scootus Eriugena: the Bible and hermeneutics, Presses Universitaires de Louvain, 1996, p.114

(13) Kenneth B. Steinhauser, “Tyconius: was He Greek?” in Elizabeth A. Livingstone (éd.), Studia Patristica, volume 27, Peeters, Louvain, 1993, p.397

(14) Kevin L. Hughes, Constructing Antichrist: Paul, biblical commentary, and the development of doctrine in the Early Middle Ages, The Catholic University of America Press, 2005, p.86.

(15) Kenneth B. Steinhauser, “Tyconius: was He Greek?” in Elizabeth A. Livingstone (éd.), Studia Patristica, volume 27, Peeters, Louvain, 1993, p.395

(16) Charles Louis Richard & Giraud, Bibliothèque sacrée ou dictionnaire universel historique, dogmatique, canonique, géographique et chronologique des sciences ecclésiastiques, tome 25, Libraire éditeur Boiste Fils ainé, 1825.

«Nous avons dans l’appendice du troisième tome des œuvres de saint Augustin, une exposition de l’apocalypse distribuée en dix-neuf homélies, que quelques-uns ont cru être le commentaire de Tichonius. Mais outre qu’on n’y trouve point ce qu’en ont cité saint Augustin, Primatius et le vénérable Bède, l’auteur paraît y combattre à dessein l’hérésie des donatistes, particulièrement la rebaptisation.» (p.80)

 

 

 

 

 

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