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CALLIMAQUE DE CYRENE, L’ANTI-HOMERE AMAZIGH

Par: Hassan Banhakeia (Université de Nador)

 

«Il court sur toi mille récits; lequel te ferai-je entendre aujourd’hui? Lequel te charmera?» (Hymne à Délos)

Parler de Callimaque est une entreprise difficile; la difficulté émerge d’une part du fait que ses origines demeurent inconnues. Tout ce qui reste certain, c’est le lieu de sa naissance: Cyrène, cité libyque. (1) D’autre part, son œuvre outrepasse l’oubli et l’effacement pour parvenir à la postérité dans un état fragmentaire, à l’exception de six hymnes et soixante-trois épigrammes. (2) Lire une telle œuvre devient un exercice complexe. (3) Notons que peu d’éléments «autobiographiques» hétérogènes ont survécu (ou bien sont insérés) dans ses textes; l’insistance sur une appartenance hellénique imaginaire revient à chaque fois – comme c’est la vogue à l’époque. Quelles sont alors les pièces qui peuvent nous dire – peu soit-il – de son africanité? Comment arrive-t-il à concilier son aliénation «patronymique» et son identité?

Connu dans la critique littéraire pour ses choix esthétiques, notamment pour son aversion de la cyclicité et de la longueur textuelles, Callimaque a toujours une place capitale dans la littérature occidentale. Il est même «l’expression essentielle de la poésie alexandrine.» (4) Il va exercer une influence profonde sur l’œuvre de Ronsard. (5) Ses poèmes s’adressent à des lettrés raffinés car ils sont érudits, et il a une grande influence sur les lettres grecques et latines (Ovide, Catulle, Properce…), devenant incontournable jusqu’aux temps byzantins. (6)

I.- VIE DU POETE AMAZIGH

Connu comme poète libyen, né vers 305 av. J.-C. à Cyrène, décédé en 240 à Alexandrie, Callimaque demeure toutefois d’origine anonyme. Peu est connu de sa famille: son père porterait le nom d’un prince-seigneur Battos, et la mère Megatima (ou Mesatma). Le poète prétend descendre de la dynastie d’anciens rois, précisément de Battos 1er, fils de Polymnestos, fondateur mythique de Cyrène ! Fort présente chez les Imazighen qui aspirent à une meilleure condition, cette quête d’une identité «suprême» pourrait, à elle seule, expliquer quand même son amazighité mal assumée… D’autant plus, l’appartenance à Cyrène, titre qu’il porte à travers les siècles, fait de lui un natif d’Afrique.

Le jeune Callimaque émigre en Grèce, c’est bien là qu’il s’initie à la philosophie. Il profite précisément des leçons de Praxiphane de Mitylène. Cette initiation va le marquer et l’emmener à exceller dans la mythologie: il en fait un usage non seulement d’érudit mais aussi de poète qui se permet de récrire légendes et mythes méditerranéens afin d’expliquer l’Homme et le Monde. Parfois, il voit, usant les dires de ses personnages, en ces mythes des mensonges.(7)

Ensuite il repart vers 290 av. J.-C. sur la capitale des lumières de l’époque, Alexandrie, où il demeure toute sa vie. Il exerce de maître d’école à Eleusis, faubourg de la cité égyptienne. Dans ses épigrammes il va se référer à cette étape comme étant celle de longues années de débauche, de misère et d’amertume.

La chance va enfin lui sourire. Comme les Ptolémée encouragent les sciences et les lettres, et rêvent de fonder une bibliothèque du savoir universel, Callimaque va trouver une bonne place auprès de la famille royale. (8) Ses poèmes laudatifs, l’Hymne à Zeus et l’Hymne à Délos, lui valent les faveurs impériales. Il n’obtient pas seulement le poste de bibliothécaire (dit épimélète) en 280 av. J.-C., mais devient surtout un courtisan indéfectible. (9) Il va constamment fréquenter des rois, des princes et des reines; et ses détracteurs vont même jusqu’à le taxer de sycophante. (10)

Durant sa fonction de responsable de la Bibliothèque, il a pleinement accès aux 400 000 rouleaux composites (avec plusieurs œuvres) et 90 000 rouleaux simples, (11) s’initiant ainsi aux sciences, à l’étude critique et à la poésie. Ainsi peut-on expliquer son érudition. Là, il est en contact direct avec les écrivains, les philosophes et les savants de l’époque qui viennent constamment consulter les rouleaux simples, se taillant pour soi-même une bonne place au sein de cette «intelligentsia».

Son caractère, d’après ses écrits, est tout à fait particulier: l’écrivain africain use alors d’un style humoristique, voire satirique, contre ses détracteurs qui lui reprochent ses fréquentations royales. Ses textes les visent explicitement ou implicitement, parfois par défi «esthétique», parfois par mise en dérision de ces mêmes ennemis. Envers Apollonius, l’un de ses élèves rebelles, il voit de la trahison. Il se dit intolérant envers eux: «Ne me salue pas, méchant, passe ton chemin. Ton salut, c’est de ne pas t’approcher.» (Épigramme III) Sa rancune est justement intarissable. Il fait fi de la morale et des valeurs d’Alexandrie. N’est-il là qu’une expression de provocation à cette société étrangère, voulant par là marquer sa différence d’une manière ou d’une autre? L’épigramme XXXI pourrait expliciter son caractère, en empruntant la figure d’Epicydès: «Le chasseur Épicydès, sur la montagne, poursuit à la trace lièvres et chevreuils. Il va par le gel et la neige. Qu’on lui dise: «Tiens, une bête de tuée», il ne la ramasse pas. Tel est mon amour. Qui le fuit, il le pourchasse; qui est là, sous sa main, il passe à côté.» Ce poème traduit la nature du for intérieur du poète: il recherche plutôt ce qui lui échappe, l’amour fuyant, et par conséquent ne se satisfait pas de ce que lui offre le présent. Callimaque ressemble fort bien à ce chasseur de l’impossible, non pas à l’arriviste qui se satisfait du possible et de ce que lui offre l’instant. Il y fait l’allégorie de sa vie de misérable Amazigh parti à l’aventure sur les vastes terres des deux empires, recherchant une place confortable dans leur Cité.

En plus de bibliothécaire, il exerce la fonction de maître, et fort probablement de précepteur des futurs seigneurs. (12) Il demeure jusqu’à la fin de ses jours dans la cour royale. Cela est révélé implicitement dans ses poèmes – qui défendent explicitement la cause des souverains.

Le maître africain compte parmi ses élèves Eratosthenes de Cyrène, Hermippe, Apollonios de Rhodes (13) et Aristophane de Byzance.

Par son inimitié envers Apollonios (née durant sa vieillesse), le poète cyrénéen développe un manifeste littéraire pour réfléchir sur l’art en général. S’il le vise explicitement dans ses textes, Apollonius ne fera pas de même. «From Apollonius himself, we hear nothing, not because he demurred but because, as an epic poet, he had no opportunity for voicing his aesthetic opinions, still less for taking a position in a literary controversy.» (14) N’est-il pas là le silence (autrement le respect) de l’élève devant son maître? Callimaque a peur d’être mésestimé par les Ptolémée, et par conséquent se voit remplacé par son élève. (15) Par de tels propos esthétiques, il entend alors s’imposer sur autrui: la société alexandrine…

II.- ŒUVRE D’UN GRAND MAITRE D’ESTHETIQUE

Callimaque est connu de son vivant pour être un grand maître des belles-lettres à Alexandrie et en Grèce. Il excelle dans la composition des épigrammes (16): il est pour la brièveté de la création.

En occupant le poste de bibliothécaire d’Alexandrie, il peut gérer les affaires culturelles de la Cité – remplissant la fonction d’un «ministre de la culture». Durant cette étape, il compose le premier catalogue raisonné de la littérature grecque, intitulé les Pinakes «volumes» (catalogués en 120 livres). Il y établit avec tous les détails la Bibliothèque, fondant ainsi un minutieux répertoire bibliographique de la littérature grecque. (17) Qu’est-il des autres littératures, en l’occurrence de la littérature amazighe?

Par ailleurs, grâce à ce travail d’inventaire, Callimaque va composer «la Collection des merveilles de la terre habitée, classée par lieux, inaugurant ainsi le genre littéraire de la paradoxographie (réunion des curiosités du monde naturel).» (18) Que dit-il de Cyrène, de l’Afrique du nord et de ses peuples? Précisément, il s’intéresse aux légendes qui parlent d’eaux qui guérissent des maladies et celles qui rendent fous les baigneurs, des arbres qui pensent… Par ce travail qui s’apparente à l’Enquête d’Hérodote, il narre des anecdotes magiques, mais fait également montre d’un fin lexicographe qui déterre origine et histoire des mots.

Poète officiel de la cour, il est l’auteur d’une poésie alexandrine élégante et érudite, l’on garde encore ses six Hymnes rédigés pour les fêtes des dieux (Zeus, Apollon…), une soixantaine d’épigrammes et quelques fragments divers. Parmi ses poèmes les plus célèbres il faut citer: «Biche de Cérynie, «Arsinoé II», «La Chevelure de Bérénice», «l’Ibis», «l’Hécalé»… En général, ils parlent d’un côté des déifications (celle d’Arsinoé en 270), des légendes et des mythes, et de l’autre des rois et des princesses: Ptolémée II Philadelphe (régnant de 283 à 246 av. J.-C.), Arsinoé, Ptolémée III Evergète (régnant entre 246 et 221 av. J.-C.) et son épouse Bérénice…

Dans ses épigrammes, l’auteur amazigh traite de la sagesse, de l’amitié, de l’érotisme, de l’artistique, du funéraire… Il y embrasse une vision d’homme libéré de toute contrainte, laissant son imagination visiter des espaces fabuleux. Se révèle ainsi un penseur imbu d’un renouveau «particulier» dans l’univers d’Alexandrie, mais qui ne fut pas qualifié de «corrupteur» de la jeunesse, comme c’était le cas avec quelques philosophes de l’Ecole de Cyrène. Les textes de Callimaque ne sont pas alors bannis bien qu’ils traitent longuement et positivement de la pédérastie.

Toutefois, l’œuvre de Callimaque recèle une réaction envers ses ennemis – qui sont effectivement nombreux. Poème épique composé de 1000 vers, l’Hécalé est, par exemple, une réplique aux critiques qui le voient incapable d’écrire une épopée. Pour lui, «A big book is a big evil». Autrement dit, il préfère la brieveté dans le poème. Dans ce poème long, il se réfère au mythe de Thésée lorsque ce dernier remporte une victoire sur le taureau de Marathon, faisant un emploi allégorique. (19) Par une telle entreprise, l’auteur se croit, lui-même, victorieux en face des auteurs «au grand souffle» d’inspiration !

Fin critique, il recherche par ses textes le renouveau des genres. Dans ses Hymnes, l’auteur tend à renouveler l’épopée, abandonnant «l’hexamètre dactylique pour le distique élégiaque ou le dialecte épique pour le dorien.» (20) Parallèlement, la thématique, tout comme le ton des poèmes, est variée: l’humour prédomine dans «Hymne à Artémis», le sarcasme dans «Hymne à Déméter», le mythologique dans «Hymne à Zeus», le culturel dans «Hymne à Délos». (21) Par l’emploi du parallélisme, il tresse des récits où se mélangent des dieux, des rois «chantés» et d’autres événements lointains et présents pour insister sur leurs points de convergence…

Parmi ses textes les plus célèbres, il y a également les Aitia ou Origines. (22) Il est composé de plusieurs volumes, le deux premiers sont dédiés à Arsinoé – il va comparer les noces d’Arsinoé et de Ptolémée II Philadelphe au mariage de Zeus et Hera. Le titre, Aitia, prépare le lecteur à un essai complexe qui tenterait d’exposer les causes du monde. Mais, les dires des Muses vont l’emporter sur le discours philosophique. Certes, l’auteur ne fait qu’expliquer les origines des pratiques et cérémonies culturelles. Par ailleurs, les Métamorphoses d’Ovide ne sont qu’une récriture de cette œuvre.

Sa réception va alors poser problème; l’auteur fait montre d’érudition. Si ses poèmes sont courts, ils renferment l’énigme et le suspense qui attirent le lecteur davantage. L’auteur se réjouit que son lecteur se retrouve face à des tournures inattendues par le choix du raffinement technique et de la sophistication. Ses poèmes sont des jeux pédants qui visent des cercles littéraires de Cyrène et d’Alexandrie. Ils traitent des fêtes, ces cérémonies religieuses où le culte des rois et celui des dieux sont dans une symbiose parfaite, loin de tout engagement «réaliste». Le cyrénéen apparaît un auteur versé dans les lettres hellénistiques: il cite les auteurs grecs. Seulement, il va adopter une position critique vis-à-vis d’Homère: «Préférant Hésiode à Homère, il se détourne de l’épopée longue et narrative qu’il compare à un fleuve boueux; il invite les poètes à explorer des sentiers nouveaux et à cultiver une poésie légère, ciselée et subtile, pareille à l’eau pure d’une source.» (23) L’art du maître de l’épopée est caduc; il y a nécessairement lieu au renouvellement autant au niveau formel qu’au niveau du contenu. L’aversion du poète courtisan pour l’Odyssée et l’Iliade est alors attestée: elles sont qualifiées de littérature «boueuse». N’est-il là question d’une rivalité «intellectuelle» entre la Cité hellénique et la Cité africaine? Pourtant, Voltaire va étrangement associer Callimaque à Homère, voire à la tradition homérique. (24) Par ailleurs, un rapprochement entre cette thèse de Callimaque avec le manifeste des Parnassiens, le poème «l’Art» de Théophile Gautier, s’avère toutefois une piste de recherche intéressante à explorer.

III.- TRAITS AFRICAINS DE L’ŒUVRE DE CALLIMAQUE

Comment imaginer la personne de Callimaque d’après ses écrits? S’attache-t-il aux sources de sa culture? Se détache-t-il des mondes étrangers qui l’entourent? Le poète apparaît complexe à définir: il est constamment indécis, et infiniment hésitant. «And yet this poet, clear to ancient and modern critics for his spite, is scarcely to be found in his own works.» (25) La haine de soi, tout comme sa misérable solitude, en est pour quelque chose, lui qui peuple quand même ses écrits d’une foule de personnalités issues de différentes classes, des dieux aux paysans, en passant par les amants, les chasseurs, les critiques et les poètes... «Amid all these personalities, it is the shifting persona of the poet himself that exerts the most fascination.» (26) Mais, les traits de l’absurde, de l’indécision et de la jouissance reviennent comme un jeu constant dans ses vers – échappant ainsi à toute visée didactique. Et l’auteur d’apparaître, au fil des vers, condescendant dans sa relation à la réception.

Force est de noter que son épitaphe, projection de soi dans une absence après la vie, rend compte d’un tel poète étrange: «C’est ici le tombeau du fils de Battos. Il savait l’art des vers, il savait boire et rire.» (Epigramme XXXV) Ce passage pourrait résumer non seulement son hédonisme, mais le summum de son aliénation: se revendiquer d’un autre patronyme. Si la question des origines pose problème pour les écrivains anciens, elle l’est plus pour un auteur africain, errant sur les vastes terres de l’Empire en quête de reconnaissance. Se sentir sans point d’appartenance est le comble du malheur. En outre, face à l’au-delà, en quête du rachat ‘seigneurial’, le poète s’identifie comme «seigneur» grec de souche. Mais qui croirait celui qui «savait boire et rire»?

Une telle philosophie «cyrénéenne», se délecter du moment présent sans aucun souci pour les dieux, lui offre plus de réussite à Alexandrie qu’en terre de ses aïeux: Cyrène.

1.- De Battos ou de Cyrène?

Plus on se sent faible, plus on nourrit de l’amour envers le Pouvoir (même dans ses structures d’esclavage et d’aliénation). Précisément dans le cas de Callimaque, en reniant ses origines libyques, il peut se dire fils de la «sainte» Grèce: «Qui que tu sois, qui portes tes pas le long de mon tombeau, sache que je suis le fils et le père de «Callimaque de Cyrène.» Connais-les, tous les deux: l’un commanda jadis les soldats de son pays, l’autre chanta plus haut que l’envie. Il ne faut pas s’en étonner: ceux que les Muses ont vus, enfants, d’un œil favorable, elles ne les abandonnent pas dans la saison des cheveux blancs.» (Epigramme XXI) Si son père est un général, lui, il s’identifie comme poète protégé par les Muses, qui fait par son art des jaloux. Vieux, il fait toujours de beaux et vrais vers «inspirés». Cette dramatisation fonctionne comme réponse aux détracteurs qui l’insultent probablement à cause de ses origines inconnues (barbares) et de son art (barbare). Descendant de Battos, il n’a point alors de complexe envers les seigneurs. Le cyrénéen croit obstinément provenir de la grande Grèce, en affirmant que ses aïeux sont de Théra. Callimaque est le premier écrivain à intérioriser «le complexe d’être amazigh» dans l’histoire de l’Afrique du nord. Dans «Hymne à Apollon», il parle longuement des Battos et de leur voyage vers la Libye. Il ne dit rien de la population indigène. Cette émigration imaginée (ou imaginaire), analogue à celle de Didon pour Carthage, n’est pas faite comme résultat du désir de conquérir d’autres terres, mais pour répondre à l’appel des dieux.(27)

Comment décrit-il le pays de Cyrène? Le poète écrit: «Salut, déesse; garde cette ville dans la concorde et le bonheur; dispense-nous tous les biens que produit la terre; fais croître le bétail, dispense-nous les fruits, dispense-nous les épis, donne-nous les moissons; fais croître aussi la paix; afin que celui qui a semé moissonne aussi.» (Hymne à Deméter) Cette prière rend compte de l’intensité de sa nostalgie. Un tel amour patriotique sera clair dans Hymne à Apollon. Sur le mariage de Bérénice et de Ptolémée II, il verra de l’espoir naître pour l’Afrique du nord. «The reunion of Egypt and Cyrene through the marriage of this young Cyrenaean princess must have meant something to the old Callimachus. He may well have spent his time, even since his own removal to Alexandria, between the two cities. His love of Cyrene certainly never abated.» (28) Mais, comment peut-on expliquer son exil volontaire, lui qui passe par des moments difficiles à Alexandrie? (29)  Si à Cyrène, la vie artistique est, selon les textes d’histoire, épanouie, pourquoi Callimaque ne pense-t-il pas au retour?

Dans l’épigramme XX, il va pleurer la mort de deux «beaux enfants»: Mélanippos enterré le matin, Basilô au coucher du soleil. «Deux fois la maison d’Aristippos, leur père, a été frappée par le malheur; et Cyrène se désole toute de voir vide la maison aux beaux enfants.» Le poète pleure la mort des siens, en la personne des deux personnes.

Une question se pose: que dit-il de Cyrène dans ses autres textes qui ne nous sont pas parvenus?

2.- L’épicurien insatisfait

Dans ses poèmes d’amour, Callimaque s’inscrit dans la tradition d’Asclépiade de Samos (fin IVe siècle- premier tiers IIIe s. av. J.-C.) et de Posidippe de Pella. (30) Sa recherche continue du plaisir (physique) est le résultat de ses misères de jeunesse, mais aussi de sa formation philosophique de l’école de Cyrène. Etant d’un caractère difficile, il fait montre d’une insatisfaction infinie. Certes, dans ses écrits il révèle ses préférences, mêlant divers penchants et un goût particulier. (31) Il préfère le bizarre au naturel, il défend tout ce qui est mal vu. Il ne va pas condamner pas la boisson, même pas dans sa forme grossière. Dans le vin et le vice il retrouve l’insigne bienfait.

En plus de chanter son ivresse, l’auteur africain montre son penchant de pédéraste: «Cléonicos de Thessalie, malheureux, malheureux que tu es ! Non, par le brûlant soleil, je ne te reconnaissais pas. Infortuné, qu’es-tu devenu? Tu n’es plus qu’os et poils. Es-tu en proie au même démon que moi? As-tu rencontré comme moi une destinée cruelle? Oui, j’ai compris: Euxithéos a pris ton âme; et toi aussi, en entrant ô misère, tu couvais des yeux le beau garçon !» (Épigramme XXX) A l’époque, la pédérastie était-elle tolérée et autorisée par les lois grecques et alexandrines? Callimaque nous informe: le couple, formé de l’adulte «éraste» et du garçon «éromène», est uni non seulement par l’amour ou la protection, (32) mais par le souci éducatif. Le poète cyrénéen veut montrer qu’il est un «seigneur» en s’évertuant d’avoir de beaux garçons à sa merci.

La pédérastie apparaît; à son regard, comme la démultiplication de sa personne: «Seule, une moitié de mon âme est encore vivante; l’autre moitié, je ne sais si c’est Éros ou Hadès qui l’a ravie; mais elle a disparu. S’est-elle enfuie auprès de quelque beau garçon? Je l’ai dit bien souvent: «Ne l’accueillez pas, jeunes gens, la fugitive !» N’est-elle pas allée chez... C’est par là, je le sais, qu’elle rôde, la pendarde, la folle d’amour.» (Épigramme XLI) Ici, Callimaque fait sa propre psychanalyse: il est conscient de vivre des moments d’ambivalence devant la beauté des garçons. (33) Ce tiraillement est nourri par son positionnement inconstant envers la morale, lui qui vient de Cyrène, fréquente Grecs et Egyptiens.

Aussi faut-il noter que vin et amour emmènent le poète à travers lupanars et autres lieux d’orgie. Ils réconfortent et consolent le malheureux. Un jour, après une nuit houleuse, il rend visite à un ami: «Si c’est de plein gré, Archinos, que dans l’orgie je suis allé chez toi, alors fais-m’en mille reproches. Si ce fut sans le vouloir, alors «congédie» la «précipitation». J’étais en proie au vin et à l’amour; l’un m’entraînait, l’autre ne me donnait pas «congé» de «congédier» la «précipitation». Mais arrivé chez toi, je n’ai pas crié, je n’ai pas prononcé de nom; j’ai seulement baisé le seuil. Est-ce un crime? alors, oui, je suis criminel.» (Épigramme XLII) Malgré sa quête continue des plaisirs sensuels, le poète reconnaît ses fautes morales: le remords est alors à son apogée. Par conséquent, il est incapable de respecter la bienséance.

Par la description des scènes d’orgie, le poète cyrénéen présente des portraits de l’époque. Il dira du fameux buveur: «Érasixénos, le buveur au profond gosier, une coupe de vin pur, vidée coup sur coup à la santé d’un ami, l’a emporté avec elle.» (Épigramme XXXVI) Cet Érasixénos est mort en buvant ! La démesure est chantée, et un tel usage déréglé est rapporté dans un ton tragicomique.

Comme une autre pièce maîtresse de la débauche, la courtisane est évidemment présente dans ses textes. «En présent à Aphrodite, Simon la courtisane a consacré son image, et la ceinture qui pressait amoureusement ses seins, et la statue de Pan, et les thyrses qu’elle agitait sur la colline, la malheureuse.» (Épigramme XXXVIII) Les bâtons de la bacchante Simon sont couverts de feuilles de vigne, en plus du vestimentaire, rendent compte d’une orgie qui se prépare.

Néanmoins, il est des passages où le poète définit l’Amour comme un Mal nécessaire et beau. «Les Muses, Philippe, viennent à bout de l’Amour. Oui, l’art du poète est le remède à tous les maux. La faim aussi, je crois, a son utilité – c’est la seule – contre les méchancetés de la vie: elle tranche net le mal d’aimer les beaux garçons. Nous aussi, nous pouvons chaque fois dire à l’impitoyable Amour: «Coupe tes ailes, enfant; tu nous effraies juste autant qu’une mie de pain !» Car nous les avons chez nous, tous les deux, les charmes contre la cruelle blessure.» (Épigramme XLVI) Le mal d’aimer les beaux garçons est, pour lui, un «défaut» incurable de sa personne. Que serait-il alors du point de vue des Ptolémée? L’acquiescement total? Un tel amour ne pourrait-il pas expliquer son exil, loin d’une Cyrène «conservatrice»?

EN CONCLUSION…

Callimaque demeure un inconnu pour les Imazighen; il porte dans son cœur l’amour de Cyrène jusqu’à la fin de ses jours. De cette portion de ses écrits découle un souvenir incessant de l’africanité; l’espace de Cyrène est constamment présent. Peut-être la postérité a-t-elle apporté des «rectifications» nécessaires pour une telle œuvre «libyque». Pour nous, il est à lire comme le premier penseur amazigh qui quête une issue à sa situation de marginalisé? Cette recherche, qui naît dans l’usage et la maîtrise la langue étrangère, se réalise dans la défense de la cause politique du règne en place.

NOTES

(1) L’une des cinq villes fondées par les Grecs en Libye, Cyrène est citée dans le livre IV de l’Enquête d’Hérodote. C’est bien l’oracle de Delphes qui conseille une telle édification entreprise après l’expédition menée par Battos 1er (Aristote de Théra) en 630 av. J.-C.

Une question se pose d’emblée: à quel niveau faut-il placer l’apport des Imazighen dans une telle édification «civilisationnelle»? N’ont-ils rien apporté aux seigneurs de l’époque? Pourquoi leur contribution fait-elle défaut dans les manuels d’histoire?

(2) Les historiens avancent que Callimaque est auteur de plus de 800 textes. Il reçoit également un grand nombre de titres et d’honneurs pour ses écrits. Cette œuvre englobe des drames satiriques, des comédies, des tragédies et des textes lyriques.

(3) Frank J. Nisetich, “Introduction” in Callimachus, The poems of Callimachus, Oxford University Press, 2001.

«we need to confront, also, the fragmentary condition of his work, to see him in perspective as well as to glimpse what we have lost, what might still be recovered.” (pp.XIV-XV)

(4) Joseph Trabucco, «Notice sur Callimaque» in Callimaque, Œuvres de Callimaque, traduction nouvelle avec notice et notes de Joseph Trabucco, Librairie Garnier Frères, Paris: 1934, p.1.

Les citations de cette étude sont extraites de ce même texte

(5) Michel Dassonville, Ronsard, étude historique et littéraire, III.- Prince des Poètes ou Poète des Princes (1550-1556), Librairie Droz, Genève, 1976.

«Lorsqu’en 1584, quelques mois avant sa mort, Ronsard s’essaiera enfin à définir le genre hymnique, seul Callimaque sera nommé. Il rendra alors toute justice à celui qui avait été son modèle et lui avait fourni la forme, le ton, le rythme de l’hymne dans lequel il avait coulé une matière savante.» (p.151)

(6) Fernand Delarue, Stace, poète épique: originalité et cohérence, Bibliothèque d’études classiques, Peeters, Louvain, 2000.

«L’influence de Callimaque à Rome s’est exercée à un triple titre. Tout d’abord il a exprimé de façon saisissante, dans un certain nombre de pièces, la théorie de ce qu’on appelle la poésie alexandrine; (…) Il est d’autre part considéré comme le principal représentant de l’élégie grecque et à ce titre, quels que soient les problèmes de détail, comme le père de l’élégie latine. Enfin il était aussi un poète qu’on aimait à lire en dehors de toute théorie» (p.117)

Dans Frank J. Nisetich, “Introduction” in Callimachus, The poems of Callimachus, Oxford University Press, 2001, nous lisons: «Born in Cyrene at about the time Alexander died, Callimachus would equal Pindar in fame and be second to none but Homer in influence.» (p.XV)

(7) «Est-ce ici que repose Charidas? - «Si c’est le fils d’Arimmas de Cyrène que tu veux dire, oui, c’est ici.» - Ô Charidas, qu’y a-t-il sous la terre? – D’épaisses ténèbres. - En revient-on? - Mensonge. - Et Pluton? - «Un mythe.» - Malheur ! - Ce que je te dis, c’est la vérité. Mais si tu veux une parole agréable, voici: un «bœuf» de Pella est un beau bœuf chez Hadès.» (Épigramme XIII)

Son attachement au présent (réel) est clair, par contre il avance la négation de l’univers mythique et de ses significations. Notons également qu’ il s’y réfère explicitement à un personnage de Cyrène: Arimmas de Cyrène. Qui est-il? Nous lisons:

«the son of Arimmas of Cyrène: the name of Charidas’ father and his father’s home town probably indicate that both are real people, but nothing is known of them beyond what we read here.” (Note extraite de Callimachus, The poems of Callimachus, traduction, introduction et notes de Frank J. Nisetich, Oxford University Press, 2001, p.305)

(8) Alexandrie est la capitale des poètes, des astronomes, des érudits et des philosophes. Ptolémée Soter et son fils Philadelphe remplissent plus de 700 000 livres dans la Bibliothèque. Le fils construit le Musée qui s’occupe des sciences des lettres et des arts

(9) «Ô toi qui dois être Ptolémée, voilà l’oracle que je te rends. Plus tard, chaque jour, tu diras les louanges du dieu qui prophétisais dès le sein maternel.» (Hymne à Délos)

(10) Cf. Frank J. Nisetich, “Introduction” in Callimachus, The poems of Callimachus, Oxford University Press, 2001, p.XIV

(11) Alain Davesne & Georges Miroux, L’Anatolie, la Syrie, l’Egypte: de la mort d’Alexandre au règlement de Rome (323-55 av. J.-C.), coll. «Amphi Histoire ancienne», Bréal, 2004, p.181.

(12) L’élève de Callimaque, Apollonios de Rhodes est précepteur de Ptolémée III Evergète.

(13) Callimaque était son maître de la rhétorique et de la poétique, c’est bien lui qui l’initie à l’art des vers, qui l’encourage à écrire. Il va le nommer «ibis», oiseau malpropre, se nourrisant de ses propres excréments…

L’inimitié entre le maître et l’élève éclate quand Apollonios publie l’Expédition des Argonautes où il parle du mythe de la conquête de la Toison d’Or par Jason sur le navire Argo, la rencontre avec Médée... La légende des Argonautes, sujet des Causes de Callimaque, est reprise dans une esthétique que le maître déteste: la longueur du poème. Il y a lieu non seulement de plagiat, mais de trahison entre les deux écrivains.

Y a une autre raison plus pertinente: Apollonios de Rhodes lui succède à la tête de la Bibliothèque. Callimaque y voit alors une annonce de la fin de ses avantages et intérêts auprès des Ptolémée.

(14) Frank J. Nisetich, “Introduction” in Callimachus, The poems of Callimachus, Oxford University Press, 2001, p.XXI

(15) Joseph Trabucco, «Notice sur Callimaque» in Callimaque, Œuvres de Callimaque, traduction nouvelle avec notice et notes de Joseph Trabucco, Librairie Garnier Frères, Paris: 1934.

«Callimaque ne fut pas tendre pour le délinquant. Poète célèbre, chef d’école, favori du roi, il tenait dans sa main le sort des débutants. Il lefit bien voir à Apollonios, dont l’ouvrage tomba à plat, et qui dut se retirer à Rhodes.» (p.4)

(16) Ils sont des poèmes courts qui développent une idée ingénieuse exprimée avec précision.

(17) Alain Davesne & Georges Miroux, L’Anatolie, la Syrie, l’Egypte: de la mort d’Alexandre au règlement de Rome (323-55 av. J.-C.), coll. «Amphi Histoire ancienne», Bréal, 2004.

«Il établit un catalogue, «une table des personnalités dans chaque branche du savoir et liste de leurs écrits». Il s’agit donc de listes raisonnées, par ordre alphabétique et par genre: environ 120 rouleaux d’inventaire qui reprennent peut-être le modèle d’Aristote.» (p.181)

(18) Alain Davesne & Georges Miroux, L’Anatolie, la Syrie, l’Egypte: de la mort d’Alexandre au règlement de Rome (323-55 av. J.-C.), coll. «Amphi Histoire ancienne», Bréal, 2004, p.182

(19) Frank J. Nisetich, “Introduction” in Callimachus, The poems of Callimachus, Oxford University Press, 2001, p.XXXIII

«Callimachus may have set or continued a trend here, but it is a mistake to fill the gaps in Hekale with large doses of the sort of irony we find in later poets, particularly Ovid. The hero in question, Theseus, is on a dangerous mission when he meets Hekale; his heroic exploit, the defeat of the Marathonian bull, seems to have been dealt with briefly in comparison with homelier matters that evidently absorbed the poet’s interest. But to conclude from this that Callimachus treated the hero and his deeds dismissively is another matter. That he did not do so appears likely from at least one piece of evidence, the appearance in the poem of Theseus’ other heroic deeds. One in particular is worth dwelling on.

The killing of Kerkyon, who had killed her son, has an obvious personal meaning for Hekale. Callimachus seems to have had Theseus tell her about it knowing the effect it would produce.”

(20) Jean-Claude Polet, Patrimoine littéraire européen: Héritages grec et latin, volume 2, De Boeck Université, Bruxelles, 1992, p. 268

(21) Frank J. Nisetich, “Introduction” in Callimachus, The poems of Callimachus, Oxford University Press, 2001.

“Serenity and humour have blended here into a kind of poetic urbanity that may or may not be new in Greek literature but certainly is on display nowhere more beautifully than in the Hymns of Callimachus.” (p.XXXVII)

(22) Ne faut-il pas rapprocher ce mot grec «Aitia» de «Ayt» qui veut précisément dire en tamazight «descendance, origine, identité…»?

(23) Jean-Claude Polet, Patrimoine littéraire européen: Héritages grec et latin, volume 2, De Boeck Université, Bruxelles, 1992, p. 268

(24) Voltaire, «De la gazette littéraire», in «Mélanges Littéraires», Œuvres Complètes, volume 21,  Pourrat Frères et Cie, Paris, 1831

«On ne trouve dans Callimaque ni les élans sublimes, ni les figures hardies, ni les expressions étincelantes de Pindare; ses hymnes ressemblent plutôt à ceux qu’on attribue à Homère; c’est à peu près la même marche et le même ton.» (pp.200-201)

(25) Frank J. Nisetich, “Introduction” in Callimachus, The poems of Callimachus, Oxford University Press, 2001, p.XIII

(26) Frank J. Nisetich, “Introduction” in Callimachus, The poems of Callimachus, Oxford University Press, 2001, p.XLIX

(27) «Phoibos aussi indiqua à Battos ma ville au sol fécond; il guida, tel un corbeau, à la droite du chef, l’entrée de son peuple en Libye, et jura de donner un jour ces murailles à nos Rois. Toujours Apollon est fidèle à son serment. Apollon, beaucoup te nomment Secourable, (…) Pour moi, je t’appelle Carnéien; ainsi me l’ont appris mes pères. Carnéien, c’est à Sparte que fut ton premier temple, à Théra le second, et le troisième fut dans la ville de Cyrène. (…) L’allégresse de Phoibos fut grande, quand les hommes d’Enyo les porte-ceinturons, dansèrent avec les blondes filles de Libye, au temps des fêtes Carnéiennes. Les Doriens n’avaient pu approcher encore la source Kyrê; ils habitaient Azilis aux vallons touffus. Le roi Phoibos les vit, et les montra à la nymphe, du haut du rocher de Myrtousa, à l’endroit où la fille d’Hypseus avait tué le lion ravisseur des bœufs d’Eurypilos. Apollon n’a point vu de chœur plus divin; à nulle cité il n’a accordé tant qu’à Cyrène, en souvenir du rapt ancien. Et les Battiades aussi n’ont honoré nul dieu plus que Phoibos.» (Hymne à Apollon)

Notons que les rois sont Philadelphe et Evergète, rois d’Egypte et souverains en temps du poète. Il est à leur service. De même, les guerriers Doriens. - Kyré, fontaine de Libye où fut bâtie Cyrène. - Azilis, ville de Libye.

(28) Frank J. Nisetich, “Introduction” in Callimachus, The poems of Callimachus, Oxford University Press, 2001, p.XLVIII

(29) A Alexandrie, le jeune amazigh passe par des moments difficiles. Il est sans argent, loin des siens. Il reproche à Ménippe le dédain qu’il lui réserve:

«Je le sais bien que je n’ai pas d’argent, que mes mains sont vides. Ah ! Ménippe, au nom des Charites, ne me le dis pas ce mot qui hante mes rêves. C’est mon mal de tous les instants d’entendre ce mot amer. De tout ce qui me vient de toi, ami, c’est ce qui m’est le plus cruel.» (Epigramme XXXII)

Le besoin est si énorme que Callimaque est «complexé» par les mots qui lui rappellent ses misères.

(30) Poète grec (310-240 av. J.-C.), courtisan des Ptolémée Ier et IIème à Alexandrie, contemporain de Callimaque, chante également l’amour et la boisson.

(31) «Je hais le poème cyclique; je n’aime pas les sentiers battus; je déteste l’amant qui tourne autour de vous; je ne bois pas à la fontaine où boit tout le monde; tout ce qui est public me dégoûte. Certes, Lysanias, tu es beau, tu es beau, Mais avant que l’écho l’ait dit clairement, quelqu’un réplique: «Il est à un autre.»« (Épigramme XVIII)

(32) Si la pédérastie est acceptée dans la culture grecque, l’homosexualité est mal vue.

(33) Joseph Trabucco, «Notice sur Callimaque» in Callimaque, Œuvres de Callimaque, traduction nouvelle avec notice et notes de Joseph Trabucco, Librairie Garnier Frères, Paris: 1934

«De l’amour il a connu tout ce qu’en pouvait connaître sans honte un homme de son temps: l’amour des garçons comme celui des femmes.» (p.2)

 

 

 

 

 

 

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