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La région: comment et pourquoi faire?

Par: Lahcen Brouksy (Rabat)

 

La région est à l’ordre du jour. Cette institution a connu depuis le protectorat des rebondissements parce que mal appréhendée et mal analysée par les élites marocaines. Elles la confondent avec le fédéralisme amazigh qu’elles appellent «régionalisme», tribalisme.

La région a donc rencontré dans son évolution, depuis la première décennie de l’Indépendance, une hostilité de la petite bourgeoisie politique et une méfiance du makhzen. Elle a toujours été à la table des gouvernements sans couronnement définitif, bloquée par les non-dits.

La région n’est pas une idée intellectuelle pouvant être théorisée à souhait ni confondue avec le fédéralisme allemand, les cantons suisses, la région française, la région espagnole: chaque pays a son histoire, ses institutions et ses cycles de civilisation.

La région n’est pas la régionalisation. La région est une réalité d’un pays, naturelle, sociale, économique, culturelle. Au Maroc elle a été à la source des dynasties.

La régionalisation est un processus qui s’adresse à l’Etat centralisé et l’invite à renvoyer à la périphérie un train de décisions et d’actions sans mettre en cause son unicité ni celle de la société.

Dans le cadre de la régionalisation, l’Etat calcule ce qu’il gagne dans une économie territoriale qui le soulage des fardeaux sociaux qu’il ne peut supporter seul. Le Makhzen pèse le pouvoir à lui léguer.

La régionalisation est liée à la planification sectoriale en vue d’optimiser, dans la cohérence, au moindre coût avec un maximum d’efficacité, les actions économiques intégrées.

La région s’intéresse à l’Homme, au bien être matériel et spirituel, au bonheur qu’il peut tirer de son milieu naturel pour son épanouissement et assurer un avenir à sa postérité sans choc du futur.

Dans la région, l’Homme est un artisan qui fait, assure et assume son destin. Il est un acteur politique, économique, un interlocuteur des pouvoirs publics, un agent productif qui baigne, trempé dans son entité sociale. Cet Homme aspire à une autonomie pour prendre en main sa destinée, dans un contrat d’adhésion avec le pouvoir politique où est définie l’aire géographique de sa liberté d’actions.

Cette clarification étant posée, il s’agit, en 2010, de clarifier la région et de la présenter dans son contexte. Le discours de ces temps n’est pas clair sur les objectifs de la région et le cap qu’elle doit prendre parce que les partis politiques et le makhzen ont tâtonné sur le contenu qu’il faut donner à la région, à sa dimension, à son rôle dans le cadre du Maghreb, de l’Afrique et de l’Europe. La région est surdimensionnelle. Ce manque de vision tient à l’absence d’une stratégie de la gouvernance.

La mondialisation a fait éclater les frontières. La valeur marchande du capitalisme moderne transnational a besoin des espaces multinationaux pour délocaliser ses industries et ses investissements. Les flux commerciaux et monétaires circulent vite d’un pays à l’autre, s’interférant sur des espaces des pays. Le temps est plus précieux que l’or. L’immobilisme est mortel.

La Maroc ne peut plus vivre comme s’il était sur une ile, recroquevillé sur lui-même dans ses régions qu’il peut découper par une décision arbitraire et administrative. L’ordre est devenu économique.

La région marocaine est une vaste entreprise, ambitieuse qui est liée à la réforme territoriale. La région implique la révision de la carte administrative.

La région ne peut être une action isolée de l’ensemble du territoire national, maghrébin, africain, faute d’une doctrine philosophique d’ensemble qui définirait ses objectifs nationaux et supranationaux.

Toute la littérature régionale manque de boussole de cap géostratégique autour de deux questions:

La région pourquoi faire et la région comment faire?

A cette réponse, comment la définir dans le marché mondial et mondialisé, comme force qui libère des richesses et comment l’identifier dans les diagonales universelles?

Il faut expliquer les phénomènes sous-jacents à la réforme territoriale qui dépassent le cadre restreint de la région. Les villes impériales traditionnelles: Casa, Rabat, Salé, Meknès...connaissent la saturation des équipements, une surdensification, un surpeuplement, une bidonvilisation croissante et oppressante. Elles ne sont plus utilitaristes.

Elles sont devenues des villes de consommation budgétaires, de services qui libèrent peu d’emplois. Elles sont asphyxiées derrière leurs remparts, du fait de l’anarchie urbaine.

Elles ont connu un siècle d’une économie de l’Axe littoral qui a fini par appauvrir la périphérie la plus lointaine de ces centres à économie extravertie, cuvettes trouées.

D’autres villes secondaires ont émergé: Berrchid, Settat, Agadir, Azrou, Ifrane, Bni Mellal, Fqih Ben Salah etc. Ces nouveaux pôles de développement libèrent des économies régionales de la périphérie qui évoluent à l’heure actuelle dans un ordre qui n’est pas organisé. Il y a un déplacement des centres d’intérêt vers le milieu rural ou la périphérie, parce que le centre est pourri.

La mutation actuelle n’est pas fortuite, les investisseurs étrangers cherchent des terrains à bon marché et une main d’œuvre pas chère, dans la politique de délocalisation.

Le capitalisme mondial investit aussi dans les villes touristiques de la périphérie telles que Marrakech, Essaouira et dans le proche avenir dans la palmeraie de Tafilalet que ses ksour réduisent.

Les touristes cherchent l’air pur, la tranquillité, le repos et le contact avec les gens simples.

C’est vers Ouarzazate que se concentre le tourisme international ou vers les cités de Sous telles Tafraoute, Tiznite…donc l’argent du capital étranger circule timidement en milieu rural mais reste encore pragmatique, saisonnier, peu rassuré.

L’autre facteur de la réforme territoriale qui prend le dessus sur la simple région telle qu’elle est connue traditionnellement, tient à la transformation rapide de la société marocaine. Elle va libérer en 2010 une nouvelle élite rurale enracinée dans son milieu naturel: des fonctionnaires, des hauts cadres, des médecins, des ingénieurs, des pharmaciens, des entrepreneurs investissent dans les campagnes grâce à l’épargne accumulée dans les villes. Elle revient à ses racines.

Il y a un phénomène inverse qui s’est opéré: de 1970 à 2000 le mouvement a été vers les villes considérées comme siège d’emplois makhzanéens et centres d’impulsion économique.

Aujourd’hui les villes traditionnelles sont des éponges qui ne libèrent pas de forces créatrices.

La génération du monde rural est entrain de transformer son paysage par un apport de capital provenant des retraités qui trouvent le bonheur dans leur milieu et qui entendent assurer un avenir décent à leur progéniture. Le retraité rattrape dans son milieu sa jeunesse, l’air paisible de la montagne ou des campagnes. Il s’y reconstitue après des années d’usure en ville.

Un autre phénomène souvent non vu est entré en jeu: la diaspora rurale en Europe vient au secours de ses parents que le progrès n’a pas atteint. Elle injecte ses économies dans la terre de ses ancêtres pour moderniser et équiper l’agriculture dans un sens économique et rationnel. C’est l’attachement à la terre-mère, à la source, à l’identité qui est source de cette épargne.

De la sorte, le monde rural, sous la pression de la crise économique, s’autorégularise par ses propres moyens. Les élites rurales sont entrain de transformer leur région par leur simple volontarisme. Le makhzen sent cette évolution de la périphérie dotée d’un grand capital politique local en pleine gestation. Il se rend compte aussi du pourrissement du centre et du réveil des forces de la périphérie qu’il entend récupérer. Il est gêné par la complexité des mille feuilles administratives du centre de Rabat dans lesquelles les investisseurs ne se reconnaissent pas. L’Etat est donc dans l’obligation de déconcentrer les tâches et les moyens administratifs. Il s’est aperçu, dans la mesure où la région correspond à une unité sociale culturelle, économique qu’elle ne le gêne pas mais peut le fortifier, s’il est dévolu aux régions des ordres de missions précis et une feuille de route assortis d’un échéancier de redistribution. Le Makhzen a l’art de jouer ‘gagnant-gagnant’. La ville bourgeoise l’ankylose.

Un autre phénomène concourt à la restructuration du territoire national. Il est lié à la monarchie marocaine. La région est conçue pour 10 à 20 ans donc pour un horizon de 2020 à 2030. La démographie marocaine va être révolutionnaire. Les élites rurales et celle de la diaspora, celle nationale, par la mondialisation vont peser fortement sur le marché politique. De sorte que, si le Maroc de 1956 à2000 a vécu un ordre de la petite bourgeoisie, la dialectique historique le prépare à l’avènement de la bourgeoisie rurale ancrée dans son milieu nationaliste et patriote formant le tissu d’avenir de la classe moyenne, laborieuse, active, responsable.

Ces fondamentalités ne peuvent être dégagées, définies et cernées par la commission présidée par Azzimane qui demeure un forum de discussion entre les partis politiques ayant chacun une vue particulière et myope de la région. Des juristes, des géographes et des universitaires, sans formation pratique, ne peuvent que discourir. Il nous a été donné, dans deux articles successifs parus dans l’hebdomadaire «le Sahara», de le prouver.

Le Maroc a créé le comité interministériel de l’aménagement du territoire en 1968 présidé par le Roi.

Sa reconduction aura une légitimité et une autorité nécessaires pour conduire une véritable stratégie de l’aménagement du territoire. Cette réforme régionale est symbolique et prend une option pour la démocratie du futur.

Un encadrement est nécessaire, pourquoi?

La région 2010 va libérer un pouvoir local, requérir une fiscalité importante, des élites donc « une baronnie régionale ».

Cette perspective d’aménagement du territoire cadre avec la vision du makhzen qui instruit les ravages du capitalisme et de ses valeurs sur les institutions politiques européennes et atlantiques, entend donner à la démocratie politique une teinte économique, car un ventre qui a faim se désintéresse de la politique et des institutions. Il engendre l’effet pervers de l’abstention massive, l’achat des voix et l’érosion de l’islamisme politique qui allume les cœurs, les esprits des pauvres et les laisser au bord de la route du développement. Le mal marocain provient du monde rural appauvri, laissé sur le carreau « grogui » et étourdi. Le monde rural se venge des villes foyers de riches. Il leur envoie des hommes chétifs qui se regroupent en classe déshéritée, en peuplement paupérisé, donc agressif enclin à toutes les maladies mentales et sociales. Ces phénomènes de maladies sociales sont la conséquence directe d’une bourgeoisie traditionnelle qui, de 1956 à 2000, a évolué en bourgeoisie d’affaire sectaire, spéculative et individualiste ayant développé des lobbys même au sein de l’Etat qui doit être impartial et qui a le plus à perdre dans cette cascade déstructurante de la société détricotée. Le makhzen ne sublime plus les populations alors qu’historiquement il a été le centre des intérêts. L’Etat ne peut pas se réformer lui-même, il loge des contradictions que la bourgeoisie lui a inoculées. Le makhzen a essayé l’alternance, c’est-à-dire la cohabitation avec la petite bourgeoisie qui crie le plus fort et qui a gesticulé depuis 1956. Depuis lors, elle n’a réalisé aucune réforme notable. Elle a pris en charge l’aménagement du territoire, Ministère El Yazghi, mais elle s’est contentée de gérer les régions, de 1996 / 1997 de Basri, technocratiques sans envergure, sans ressources budgétaires, sans équipes de travail. L’argent qui aurait pu soutenir l’aménagement des territoires ruraux d’où provenaient les déséquilibres fondamentaux a été logé dans les ministères que la Koutla contrôle: urbanisme, environnement, transport, emplois. La Koutla a géré le ministère des finances, a fait l’amnistie fiscale pour les entreprises, a bouclé le budget de fonctionnement, a laissé faire l’économie souterraine, la contrebande génératrice de la corruption et du non droit.

La région en 2010, sera une aération d’un système qui a été pourri par le centre et qui cherche un appel d’air de la périphérie et de ses élites. On comprendra alors le chamboulement de la classe politique et de la percée du parti du tracteur (PAM) qui tend à un rassemblement sous la houlette du makhzen que le pourrissement des forces indispose et met en péril. La petite bourgeoisie sent les vents tourner en sa défaveur. Elle essayera de noyauter la commission royale de la régionalisation par ses élites logées dans les universités ou dans la haute administration. C’est pour cela qu’il est utile de proposer la réactivation du comité interministériel de l’aménagement du territoire, qui existe, présidé par le Roi, depuis 1968, et qui ne s’était réuni que 2 fois en 40 ans de vie institutionnelle. Les grandes orientations du devenir du Maroc de 2010 à 2020 ne peuvent être décidées par une simple commission hétérogène, hétéroclite où chacun des partenaires crie sa vérité sur la région. Celle-ci a un contenu et un contenant à définir dans le cadre de l’Institution de 1968 en liant le développement économique à l’aménagement du territoire, à l’action régionale qui n’est autre que la projection des investissements sur l’espace organisé, cohérent, optimum, rationnel.

Le Maroc dispose des outils depuis 1968: la stratégie « bidonvilloise », urbaine, et rurale. La charte d’aménagement que le Ministère Elyazghi n’a pas exploitée est demeurée dans les archives.

La Koutla a, depuis 10 ans, saucissonné l’environnement, l’urbanisme, la régionalisation alors que ces secteurs forment un tout solidaire. En sectionnant le Ministère de l’aménagement du territoire, le Maroc perd l’unité de décision, d’action et de contrôle que renforcent des provinces démultipliées que seule la région peut réunir dans de grands espaces pour optimaliser le développement.

La région ne saurait se limiter à un découpage a priori du Ministère de l’Intérieur. Elle doit correspondre aux potentialités créatives des richesses qui s’étaleront en surface d’une région à une autre pour aboutir jusqu’au petit douar des montagnes. L’espace est naturellement continu. Il est face à la mobilité des personnes.

Le comité interministériel de l’aménagement du territoire répondra à ces contraintes car il regroupe en son sein tous les Ministères. Comme il s’agit d’un travail sérieux et approfondi, le comité doit être animé par un groupe de la régionalisation, comprenant des chargés de mission qui auront un regard sur le fonctionnement des « régions autonomes » qui tourneront autour « d’un noyau central ». Le makhzen, craintif, récupère alors le contrôle des régions qui ont besoin d’un temps de rodage. Ces chargés de mission seront les homologues des membres du conseil économique et social qui est la synthèse politique et économique des économies territoriales, donc des régions. Dès lors, un train de mesures de déconcentration et de décentralisation seront canalisées et dosées par la triangulation: comité interministériel, présidents de régions, gouverneurs de régions sous le contrôle vigilant des chargés de missions. La cour des comptes doit être régionalisée pour surveiller la destination des deniers de l’Etat. Ainsi il sera évité des recentrages sournois et parallèles. L’Etat, délesté de ses poids inutiles, accomplira mieux ses réformes sur la justice pour le plus grand bien d’une société avide d’autorité et de liberté.

En fait, si la région est bien conduite, il ne s’agira pas d’un repli du makhzen, d’un renoncement, mais d’un redéploiement dans un Etat animateur. Aux multiples exécutants souvent peu identifiables peuvent être substitués des responsables lisibles. Il s’agit par le biais de la région du refus du conservatisme. La question est de trouver la démarche la plus efficace pour construire un Etat moderne où il ne sera pas juge et partie. C’est dans la confusion que les centres d’intérêts tirent leurs ficelles.

Le temps nous est compté. Il faut obtenir rapidement les résultats car la Maroc de 2010 à 2020 sera un Maroc en mouvement.

La région dépend trop de l’Etat pour constituer un contre pouvoir. Elle a surtout pour résultat de favoriser les élus de base par rapport à ceux du sommet.

La prime de la popularité va, naturellement, à ceux qui aménagent.

La réforme du territoire, avons-nous écrit, s’insère dans le mouvement, elle va au-delà de toute «réformette régionale» car elle s’inscrit dans un destin national. Que vaut cette de démocratie dans laquelle les députés sont minoritaires sur leur terre? Cette triste réalité saute aux yeux. Certains qui ne voudraient pas perdre leurs droits vont proposer une réforme « minima». Or les enjeux des chocs du futur sont pour une véritable réforme de tout le territoire. Elle repose sur trois conditions: la production, la répartition, et l’éducation. Avec une extrême exigence: la route oubliée, l’avenir des jeunes. Où est la ligne, où est le cap, l’avenir nous le dira.

 

 

 

 

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