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CARNEADE, CRITIQUE DES CERTITUDES

Par: Hassan Banhakeia (Université de Nador)

 

«La nature qui m’a fait saura bien aussi me défaire.»

Bien que Carnéade ait une place particulière dans la doxographie hellénistique, c’est l’écrivain latin Cicéron qui va le rendre célèbre, autant pour le revaloriser, (1) autant pour le déprécier pour «les perfidies de son art» qui ruinent les «meilleures causes». (2) Ses sophismes ne sont point une sagesse, d’où sa marginalisation par les philosophes grecs.

En menant sa réflexion sur l’existence, il forge le probable (pithanon), remettant en question une série de valeurs. Il renie alors les vérités de la Cité, et ce philosophe africain, à l’instar d’autres, est vu comme corrupteur de la jeunesse, d’où la réfutation de ses dires et pensées.

Carnéade élabore une vision sceptique du monde et de l’homme. Il excelle dans l’usage de la dialectique. «Ce fut lui qui fit le premier connaître à Rome le pouvoir de l’éloquence et le mérite de la Philosophie». (3) Il va alors mettre en doute les certitudes: il n’y a pas de vérité parfaite, et il va ébranler les croyances.

I.- VIE DU PHILOSOPHE SOUVERAIN

Né à Cyrène en 214 av. J.-C., mort à Athènes en 129 av. J.-C., Carnéade est un auteur amazigh peu étudié, cité par Diogène. (4) Philosophe de la Nouvelle Académie, (5) il a pour maîtres Hégésinus de Pergame et Diogène de Babylone. Ce dernier, philosophe stoïcien, lui enseigne la dialectique. Il s’inspire également de l’œuvre d’Arcélisas en rajoutant la notion de probable (pithanon). Il lit Chrysippe, (6) ensuite s’en inspire pour s’opposer aux thèses stoïciennes. (7)

Sur sa personne, les textes rapportent que Carnéade était «extrêmement laborieux, et si avare de son temps, qu’il ne songeait ni à tailler ses ongles, ni à faire coupes ses cheveux. Uniquement occupé de son étude, non seulement il évitait les festins, mais il oubliait même à manger à sa propre table, et il fallait que sa servante, qui était aussi sa concubine, lui mît les morceaux à la main et presque à la bouche.» (8)

Un tel mode de vie s’oppose aux principes de sa philosophie.

Le philosophe cyrénéen va être envoyé à Rome pour défendre les affaires des Grecs.

«Les Athéniens, ayant saccagé la ville d’Orope, avaient été condamné, par le sénat, à une amende de 500 talens: une ambassade fut envoyée à Rome pour y solliciter une diminution. Carnéade en fit partie.» (9)

Cette fonction, bien menée, lui vaut une grande célébrité. Lors de ce séjour, le philosophe offre des leçons sur le scepticisme. Il est l’un des rares africains à écrire en grec. Il lit les Stoïciens. Il s’intéresse peu à la métaphysique, mais beaucoup pour les questions morales. Si Carnéade n’a rien laissé d’écrit, il a un adepte d’une grande valeur: Clitomaque de Carthage qui le fait connaître à la postérité. De même, notons que Cicéron s’inspire de Carnéade, notamment dans la composition de ses Académiques. (10)

A l’instar d’autres penseurs africains, c’est la doxographie qui témoigne de son existence. Lors de l’ambassade dite des philosophes (156 av. J.-C.-155 av. J.-C.), en compagnie de Diogène de Babylone et de Critalos Carnéade polémique avec les Romains. Précisément, selon Lactance, l’auteur africain tient une argumentation sophiste: un jour il défend un point de vue sur la justice, et le lendemain il tient un autre discours différent. (11) Ce long et complexe discours agite Caton l’Ancien. (12) Cette argumentation en pro et contra est une des spécificités de la Nouvelle Académie. Cette technique rend perplexe le récepteur.

Il meurt après avoir souffert de la phtisie durant de longues années, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans (4e année de la 162e olympiade).

II.- PHILOSOPHIE SCEPTIQUE

Que retenir de la pensée de Carnéade sinon son opposition à celle des stoïciens, notamment la pensée de Chrysippe ? (13) Il élabore un discours très critique envers les philosophes de l’époque.

«Hence Carneades did not mitigate the scepticism of the Academy but, on the contrary, developed and articulated it more systematically not in a positive sense but only in a negative with the precise intention of destroying every aspect of Stoic teaching.» (14)

D’esprit nihiliste, il professe une philosophie qui remet en question les enseignements de Zénon. Il n’y a pas de bonheur dans la vertu: la morale ne peut fonder les vérités – qui sont relatives.

En fait, à son regard, il n’y a pas de vérité du fait qu’il n’y a pas de représentation vraie.

«Carnéade, à la différence d’Arcésilas, ne pense pas que toutes les opinions sont équivalentes. Il admet que certaines sont plus vraisemblables que d’autres et il distingue des degrés de probabilité.» (15)

La certitude n’existe pas alors. Cicéron loue l’esprit de Carnéade. (16) Il va citer quatre propositions de cette critique de la certitude, une telle réflexion est propre de l’Académie:

* Il existe des représentations fausses ;

* Par conséquent, les représentations ne permettent pas une connaissance certaine ;

* Si des représentations n’ont entre elles aucune différence, il est difficile de distinguer leur degré de certitude ;

* Il n’y a pas de représentation vraie distincte d’une représentation fausse. (17)

Les manuels d’histoire philosophique décrivent un penseur amazigh capable de «raisonner» à sa manière,

«comme un raisonneur vraiment merveilleux et doué de ressources extraordinaires. Capable de tout oser et de réussir en tout, il savait tout rendre vraisemblable, même l’absurde, et tout obscurcir, même l’évidence.» (18)

Par ailleurs, cette réflexion philosophique va être à l’origine de la théorie de la connaissance de Bertrand Russell (cf. Problèmes de Philosophie).

En tant que sceptique, Carnéade non seulement renie la certitude, mais voit également l’impossiblité de la connaissance. L’homme est alors dans l’état d’incompréhension (acatalepsie), d’où la possibilité de ne croire à rien, de suspendre le jugement. Il ne voit pas en la raison la faculté de faire connaître à l’homme les choses telles qu’elles sont en elles-mêmes. Elle a besoin de représentation.

A l’encontre de son maître Arcésilas de Pitane (315-241 av. J.C.) qui

«joignait beaucoup d’esprit à beaucoup de savoir, l’Académie devint décriée, sous prétexte qu’elle détruisait toute Science, et qu’elle était ennemie de la Religion et du culte des Dieux. C’est ce qui engagea Carnéade, successeur d’Arcésilas, à adoucir ce que son prédécesseur avoir avancé de trop dur, pour ne pas encourir l’indignation du peuple et des Magistrats.» (19)

Carnéade soutient qu’il y a des vérités mais elles demeurent enfouies dans tant d’obscurité et de fausseté. Il nous est alors impossible de distinguer entre ces deux valeurs de la vérité: le faux et le vrai. C’est alors le probable qui gère nos actions, et «la vraisemblance nous déterminât à agir, pourvu qu’on ne prononçât sur rien.» (20) L’on se trouve sûrs de rien. L’incertitude et le scepticisme déterminent l’homme dans ses expériences dans le monde. Comment agir dans un monde où tout est relatif ?

La philosophie de la Nouvelle Académie discute la gnoséologie platonicienne. Si la vérité est remise en question par Carnéade, c’est pour la rechercher dans un monde en devenir, loin de toute catégorisation et d’idéalisme.

«Partant du double rapport de la représentation, à l’objet, et au sujet, il en conclut l’impossibilité de la connaissance réelle objective, attendu que ni les sens ni l’intelligence n’offrent un sûr témoignage de la vérité objective, et il ne laissa subsister que la vraisemblance, probabilités, à trois degrés différents. C’est là ce qu’on appelle probabilisme de Carnéade.» (21)

Le probabilisme s’oppose à toute idéalisation dans le domaine des connaissances et de la morale.

Chez Carnéade, il y a approximation de la vérité de par une vision «réaliste». Le temps a, à ce moment, raison des idées:

«Les opinions des hommes ne meurent point avec eux. Seulement elles perdent quelquefois à n’avoir personne d’un certain mérite, qui les fasse valoir. Et voilà ce qu’éprouve cette secte, dont le propre est de soumettre tout à la dispute, sans décider nettement sur rien.» (22)

Tout est à discuter en absence de certitudes.

Néanmoins, sa pensée est construite à partir d’un ensemble de valeurs. Il est pour le bien envers l’homme, voire envers l’ennemi.

«Si vous saviez qu’un ennemi dût venir s’asseoir sur l’herbe où serait caché un serpent, il faudrait l’en avertir, quand même personne au monde ne vous saurait instruit comme vous l’êtes, et ne pourrait par conséquent accuser votre silence.» (23)

Cette éthique révèle la beauté de la tolérance et de la solidarité.

Ses positions politiques sont celles d’un Cyrénéen qui «communique» avec les Grecs: il n’a pas le droit à l’erreur «politique». Certes, il est le seul des philosophes cyrénéens à dire qu’en politique règne l’injustice. N’y aurait-il là référence à son pays natal ? Il emprunte des exemples «africains» pour parler politique:

«La seule chose que les princes apprennent bien, c’est l’équitation, parce que leur cheval ne les flatte point.» (24)

Il y condamne la flatterie des courtisans. L’art hippique lui sert alors pour parler de la nature des rapports entre gouvernants et gouvernés. Il

Cette analogie est longuement développée:

«Le manège est la seule chose où les princes n’ont rien à craindre de la flatterie ; leurs autres maîtres assez souvent leur attribuent de bonnes qualités qu’ils n’ont pas ; ceux qui luttent avec eux se laissent tomber ; mais un cheval renverse par terre, sans distinction de pauvre ou de riche, de sujet ou de souverain, tous les maladroits qui le montent.» (25)

L’auteur africain laisse entrevoir un scepticisme démesuré envers l’homme. Si l’animal n’a pas de préjugés ni de jugements, l’homme en construit toute son existence.

EN CONCLUSION…

La pensée de Carnéade mène plus la critique négative que la construction d’un système de pensée. Le philosophe amazigh s’attaque au dogmatisme – révélant les tares de toute systématisation. Il est plutôt pour une pensée basée sur la mesure et la prudence.

NOTES

(1) Ennio Quirino Visconti, Iconographie grecque, volume 1, Imprimerie P. Didot l’Aîné, Paris, 1811.

Cicéron écrit: «J’ai été touché en voyant cet auditoire où Carnéade enseignait: il me semble le voir encore, car j’ai son image présente à l’esprit ; il me semble même que sa chaire, demeurée pour ainsi dire veuve de ce grand homme, regrette sans cesse de ne plus l’entendre.» (pp.176-177)

(2) cf. Cicéron, La République, livre troisième, VI, édité par M. Villemain, Librairie Académique, Didier et C°, Paris, 1878.

(3) Denis Diderot, Jean d’Alembert, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences des arts et des métiers, volume 1, Les Sociétés typographiques, Berne & Lausanne, 1781, p.223

(4) Diogène Laërce, l’Académie, traduction de Robert Genaille (1933)

«Ayant appris qu’Antipatros s’était suicidé en buvant du poison, il eut d’abord un peu plus de hardiesse en face de la mort, et s’écria: «Donnez-m’en donc à moi aussi !» Comme on lui demandait: «Vous donner quoi ?» - «Du vin miellé, répondit-il»«

(5) Cf. Encylopaedia Universalis

«On distingue trois Académies: la première (vetus, l’ancienne), reproduit l’état dernier de la méditation platonicienne ; la deuxième (media, la moyenne) soutient avec Arcésilas que l’on ne peut rien connaître ; la troisième (nova, la nouvelle), avec Carnéade, réduit au probable la norme de la connaissance et de l’action.»

(6) Antoine Charma, Réponses aux questions de philosophie, Librairie Classique et Elémentaire de L ; Hachette, Paris, 1835

«Carnéade disait de lui-même: «S’il n’y avait pas eu de Chrysippe, il n’y aurait pas de Carnéade.» (p.133)

(7) A. A. Long, Hellenistic philosophy: Stoics, Epicureans, Sceptics, 2nd edition, University of California Press, 1986 (1st edition 1974).

«On theory of knowledge, ethics, theology and causality Carneades argued at length against the Stoics” (p.94)

(8) Charles Rollin, Œuvres Complètes, volume 11 (Histoire Ancienne), Imprimerie de Firmin Didot, Paris, 1822, p.397

(9) Antoine Charma, ibid, p.131.

(10) Cicéron va écrire: «Chasser de nos âmes ce monstre redoutable et farouche qu’on appelle la précipitation du jugement, voilà le travail d’Hercule que Carnéade a accompli.» (Acad., II, XXXIV, 108)

(11) Lactance, Institutions divines, Livre V, XV: «Carnéade était un philosophe de la secte des académiciens; et, quiconque ne connaîtra pas la subtilité et la foi-ce de sont esprit, pourra l’apprendre de Cicéron et de Lucilius, qui, introduisant Neptune qui traite une matière fort difficile, lui fait dire, «que quand Carnéade reviendrait de l’autre monde, il ne la pourrait éclaircir.» Ce Carnéade donc, ayant été envoyé à Rome par les Athéniens en qualité d’ambassadeur, fit un long discours pour la justice, en présence de Galba et de Caton, les plus célèbres orateurs de leur siècle. Le jour suivant, il fit un discours contre la justice: en quoi il est clair qu’il ne se conduisait pas avec la gravité d’un philosophe qui ne doit pas changer légèrement de sentiment, mais qu’il s’exerçait comme un avocat qui parle tantôt pour une partie et tantôt pour l’autre, ce qu’il faisait souvent à dessein de se rendre plus capable de réfuter ceux qui soutenaient des opinions différentes des siennes. Furius rapporte dans Cicéron les raisonnements que Carnéade fit contre la justice, et je crois qu’il les rapporte à l’occasion de la forme du gouvernement et de la police dont il parlait, et qu’il ne croyait pas pouvoir subsister sans la justice. Carnéade ayant entrepris dans le premier discours de défendre la justice, réfuta ce qu’Aristote et Platon avaient avancé contre elle ; mais il ne le réfuta qu’à dessein d’enchérir encore sur eux, comme il le fit le jour suivant. Il était aisé d’abattre une justice qui n’était appuyée sur aucun fondement, et d’assurer que c’était en vain qu’on la cherchait et que l’on entreprenait d’expliquer ce que c’était, puisque en effet elle ne se trouvait pas sur la terre.»

(12) Par voie de conséquence, Caton l’Ancien va interdire la philosophie de Carnéade pour les Romains en s’appuyant sur le Sénat.

(13) Charles Rollin, Œuvres Complètes, volume 11 (Histoire Ancienne), Imprimerie de Firmin Didot, Paris, 1822.

«Carnéade fut l’antagoniste déclaré des stoïciens, et il s’attacha avec une ardeur extrême à réfuter les ouvrages de Chrysippe» (p.396)

(14) Giovanni Reale, A History of Ancient Philosophy: the Systems of Hellenistic Age, volume 3, edited and translated by John R. Catan, State University of New York, 1985, p.339

(15) Encyclopaedia Universalis

(16) De oratore, II, XXXVIII 161

(17) Cicéron, Acad., II, XIII, 41

(18) Collectif, Dictionnaire des sciences philosophiques, tome 1, L. Hachette, libraire de l’Université royale de France, Paris, 1844, p.436

(19) M. Heinus, «Dissertation sur le philosophe Clitomachus, successeur de Carnéade dans l’Académie» pp. 295-323, in Histoire de l’Académie Royale des Sciences et des Belles Lettres, Haude et Spener, Berlin, 1750, p.317

(20) Charles Rollin, ibid., p.396.

(21) Wilhelm Tennemann, Manuel de l’histoire de la philosophie, volume 1, traduit par V. Cousin, 2e édition, Librairie de Ladrange, Paris, 1839, p.231

(22) Ciceron, «Des la nature des dieux», traduit par D’Olivet, in Œuvres philosophiques, tome 4, Imprimerie de Didot Jeune, Paris, 1796, p. 31

(23) cité dans Antoine Charma, ibid, p.133

(24) ibid

(25) Charles Rollin, ibid., p.397

 

 

 

 

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