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QUESTIONS AUTOUR DE LA TRADITION AMAZIGHE

Par: Hassan Banhakeia (Université de Nador)

 

I.- La tradition nord-africaine est née amazighe, elle se fait un mouvement culturel à travers les siècles, depuis la nuit des temps, sur une terre méditerranéenne. Les noms d’auteurs que nous allons étudier sont analysés comme appartenant à leur espace d’origine. Leurs origines sont plus des racines géographiques que l’incertain arbre généalogique. Cette tradition nord-africaine est probablement le fruit d’un homme dit de Mechta el-Arbi, en un mot d’un homme qui erre sur les rives de la Méditerranée sud, ensuite au VII millénaire du type capsien connu comme Protoméditerranéen ou Protoberbère, qui fonde la culture amazighe. (1)

Mémoire indélébile d’une civilisation préhistorique malgré les conquêtes successives, l’amazighité constitue l’identité millénaire de l’Afrique du nord, alliant coutumes et mémoire, rites et légendes, valeurs et symboles, écriture et oralité… Pourquoi faut-il continuer à considérer l’école cyrénaïque (Hégésias, Aristippe, Théodore, Callimaque, Carnéade, Eratosthène…) comme une école totalement hellénistique, qui n’a rien à voir avec la culture africaine? Que dire au juste de la tradition de ces « pillards incorrigibles », « turbulents indigènes », « pirates »… au regard des colonisateurs? Que reste-t-il de ce peuple « à la langue qu’on ne comprend pas »? (2) Le tragique pour l’être autochtone se trouve dans le regard des conquérants qui a vu dans son espace l’inconnu marié à l’infini, dans son génie l’imitation des autres, (3) dans ses divinités la manifestation de dieux plus importants et lointains, (4) dans son nom l’absence de nom, (5) dans sa saga une basse extraction, dans sa liberté de l’arrogance, dans sa résistance de la violence, et dans sa langue l’insigne du barbare total… Muni seulement de tradition orale, l’Amazigh ne se lasse pas d’imiter ou de reproduire les autres « qui écrivent » ou d’emprunter car il est tout simplement incapable de créer ou d’inventer ! En général, il n’a pas d’influence sur les autres, mais il se plaît dans sa quête de l’acculturation!

Mais, une question demeure encore insoluble : Pourquoi les chercheurs autochtones fuient-ils un tel héritage et se fient-ils aux thèses des dits « orientalistes »? Cette allergie à approcher le propre semble non seulement incurable, mais surtout dévastatrice de la culture. Comment faut-il nommer cette tendance à fuir l’étude de sa propre culture? Le complexe d’être soi-même, de se reconnaître dans la tradition? Est-ce là un péché, une cécité ou une peur de se connaître? Cette aliénation, nous allons la voir à travers cette étude, est continûment millénaire.

On nous dit également dans des manuels d’histoire littéraire que les auteurs africains sont éloquents et médiocres, authentiques et imitateurs, vagues et profonds, simples et complexes… Faut-il y croire? Nous n’allons pas suivre ces caractérisations oxymoroniques du fait que ces écrivains développent naturellement le complexe d’être soi-même tout en s’exprimant dans la langue du conquérant (dominateur), mais plutôt la voie / lecture de cette production à la lumière des problématiques posées.

Est-il alors tard de commencer la lecture et l’analyse de cet héritage, le nôtre? Le déconstruire comporte un ensemble de risques méthodologiques ; l’approcher nous engage dans un travail de science et de passion. Nous nous sommes fixé comme méthode d’interroger les critiques, les préjugés et les jugements de l’amazighité dans les œuvres nord-africaines. Cette aventure intellectuelle nous mène à poser des conjectures et à rechercher une pensée à prouver. Autrement dit, mon propos n’est point d’écrire une histoire littéraire complète de l’Afrique ancienne, mais de dépoussiérer l’œuvre des écrivains africains à partir de l’analyse de leurs écrits.(6) Chaque auteur, en développant sa pensée, apporte une vision de l’Afrique du nord, de ses traditions et de sa culture. Nous nous sommes proposé, dans ces diverses analyses, de saisir les traces qu’a la culture africaine sur le développement de la pensée « aliénée » chez ces auteurs ; et il nous a paru que, afin de mieux le saisir, il faut adopter une vision qui suit chronologiquement les œuvres. Les citations seront longues et fréquentes : elles méritent de figurer dans l’analyse, dans un esprit mêlé de découverte et d’objectivité analytique. De même, nommer nos « auteurs » est en soi une tâche difficile : faut-il les nommer selon la tradition française ou la latine? Dire Pricianus ou Priscien? Quelle forme paraît-elle adéquate à défaut de l’appellation amazighe proprement dite?

Ici, on ne prétend point composer un texte d’histoire, non plus une histoire littéraire exhaustive. Il ne peut narrer tous les faits littéraires et artistiques de l’époque, mais il tend plus vers la réflexion sur l’histoire africaine – mise dans des systèmes qui renient son identité historique. Il approchera, par exemple, l’œuvre intellectuelle de Juba II, mais point ses œuvres politiques de gouverneur romanisé et romain, les écrits de saint Augustin pour y chercher les marques culturelles, mais point sa réflexion religieuse...

Certes, il n’est pas douteux que les réflexions de ces écrivains antiques soient inadéquates ou imparfaites pour l’esprit nord-africain moderne. Mais, il ne faut pas oublier, pour autant, que ces penseurs font partie de notre tradition. Et si pensée et discours amazighs sont à fonder, c’est bien à partir de nos ancêtres penseurs qui, par anachronisme, nous paraissent « traîtres » de leur propre identité. Ils révèlent explicitement la domination romaine à tous les niveaux ; cette maîtrise devient tradition dans un système impérial qui refuse l’exception, la marge de liberté et la différence.

Comment la culture propre de l’Afrique du nord est-elle présente dans la réflexion de ses parlants, bien qu’ils choisissent à écrire dans la langue des conquérants? La langue de prestige « importée » ou bien « imposée » se mêle aux langues locales prédominant parmi le peuple.(7) Les œuvres africaines qui sont une fusion des éléments autochtones et étrangers, offrent un style particulier pour une vision complètement nouvelle pour la littérature romaine. Quelle part a-t-elle l’amazighité dans un tel héritage? semble être la question qui gère tout notre essai. La langue des auteurs penseurs est celle qui est en vogue dans leur pays et dans leur temps, mais ils ne peuvent échapper à ne pas emprunter à la langue parlée dans leur environnement, famille et âme. Ils font du latin divers usages : ils ajoutent des mots, enrichissent d’autres en les investissant de sens nouveaux, voire excellent dans l’usage des barbarismes… Tout cela est fait dans le but d’arriver à exprimer leur pensée « particulière » relevant d’un background différent.

II.- Au regard des historiens, l’espace nord-africain n’est pas un espace proprement dit ; il englobe deux mondes où règnent la division, l’hétérogénéité, l’impureté, les querelles… Il est également à saisir dans ses oppositions : civilisé / non civilisé, organisé / anarchique, plus récemment « makhzen » / « siba ». L’éternelle tribu autochtone se retrouve en face des systèmes externes qui, par l’effet d’une cohabitation ou d’une confrontation, présentent des arguments pour que la colonisation soit continûment légitimée et renouvelée dans ses formes. Et Gabriel Camps de décrire cette coexistence entre la tribu et Rome : « cette Afrique romaine, si glorieuse dans son architecture urbaine, son réseau de voies entretenues, son limes qui permettait de contrôler les marges steppiques ou sahariennes, dissimule un autre monde qui nous échappe en grande partie, celui des tribus qui à l’intérieur même des provinces et encore plus à l’extérieur, au-delà des limes sont restées dans leur « barbarie », en dehors de l’ordre romain. » (8) Une telle schématisation simpliste a été présentée depuis l’Enquête d’Hérodote.

Que dire de la thèse « préhistorique » de l’origine amazighe, définissant que les Imazighen, je répète, descendent du type Mechta el-Arbi, ensuite du type Capsien (protoberbère), Gabriel Camps va plus loin, risquant d’avancer des statistiques « scientifiques » : « Dans la population actuelle, 3% des sujets seulement conservent des caractères de l’Homme de Mechta el-Arbi. » (9) De tels propos mettent en dérision l’objet d’étude..

Pour préciser les origines des Imazighen, il y a deux tendances générales qui prétendent marier science et histoire :

* Ce sont des natifs de l’Afrique du nord ;

* Ce sont des étrangers qui arrivent en Afrique, de l’Est ou du Nord, pour former un melting pot de berbères grecs, phéniciens, romains, byzantins, vandales, arabes… (10)

La paternité des Imazighen sur les Egyptiens demeure une question posée dans l’histoire moderne. Il ne nous revient pas d’y répondre, non plus de lui donner trop d’importance. Il y eut des Pharaons, tout comme des Empereurs, de descendance amazighe, des mercenaires berbères au service des Egyptiens, des campagnes militaires emmenées par les Pharaons contre les Libyens pour s’accaparer de grands butins et prisonniers... (11) Les mines d’or du désert libyque sont d’une grande importance pour la dynastie. (12) Ce qui intéresse le plus les Pharaons est sans doute le profit, et curieusement ils ne pensent jamais à envahir les terres nord-africaines !

Ainsi est-il intéressant de noter que les origines de l’Afrique du nord sont nées dans la mythographie sous forme de récits de toute forme et de toute nature. C’est le vieux Hérodote (Ve siècle avant J.-C.) qui les divise en plusieurs « catégories », collant à chaque sous-type une infinité d’adjectifs souvent dépréciatifs, allant de l’herbivore à l’anthropophage. Salluste (Ie siècle avant J.-C.), saint Augustin, Procope (VIe siècle), Ibn Khaldoun (XIVe siècle)... esquissent plus ou moins le même portrait du Barbare, Berbère, Numide, Maure, Nomade, Gétule, etc.. Bref, les textes d’histoire disent qu’ils sont de tous les points de l’univers (Troie, Thrace, Yemen, Liban, Arabie, Europe, l’île mystérieuse d’Atlantides, …), mais point de leur terre d’origine. « Il est sûrement plus difficile de rechercher les pays d’où ne viennent pas les Berbères ! » (13) C’est bien dit, et c’est là le complexe indélébile que les Imazighen entretiennent tout au long des temps.

De ces origines va naître le problème de la culture « nord-africaine » : Y a-t-il une culture amazighe proprement dite? C’est par sa dépendance, par son rattachement, par une surdétermination altière, qu’on tente toujours de la définir. « En fait, la culture punique, qui survécut avec une forte vitalité à Carthage, fut une symbiose réussie et durable. Les villes de royaumes numide et maure sont autant de foyers de culture punique. Les produits céramiques que l’on retrouve aussi bien à Cirta (Constantine) que dans toutes les villes littorales, les sanctuaires construits sur le modèle phénicien, la langue écrite officielle des royaumes, les légendes des monnaies, l’onomastique des citadins, depuis Volubilis (Maroc) jusqu’en Tripolitaine, toutes ces données culturelles administrent la preuve que pour les Libyens, c’est-à-dire essentiellement les Numides et les Maures, la « civilisation » ne pouvait être que punique, et l’assimilation fut telle que cette culture se maintient plus de trois siècles après la destruction de Carthage. Il est vrai que les rois numides des III e et II e siècles, tel Syphax ou Massinissa, se sentaient eux aussi puniques. Il coulait dans leurs veines autant de sang carthaginois qu’il coulait de sang africain dans celles d’Hannibal et des autres membres de l’aristocratie carthaginoise à la suite des nombreuses alliances matrimoniales dont la fin tragique de Sophonisbe révèle l’importance politique. » (14) Du punique, du grec, du romain, du vandale, du byzantin, de l’arabe, de l’européen, en un mot, de l’Autre, c’est tout cela qui fait l’identité nord-africaine ! Une déviance de la vérité historique dans tous les sens…

III.- Y a-t-il eu de grands rois indigènes dans la tradition politique de l’Afrique du nord? Y a-t-il eu un système monarchique antique chez ce peuple? Cette tradition existe bien avant Hannibal, Scipion l’Africain, Carthage… Les historiens présentent dans leur relation des noms illustres, à partir du Ve siècle av. J.-C., dépendants soit de Carthage, soit de Rome. « We first hear of ‘kings’ among the Numidians and Mauri in 406 BC., when they appear among the allies providing forces for the Carthaginian army. But there is no indication in our source of how many of these kings there were, or how large were their kingdoms. The occasional references to kings during the next century and a half are similarly vague. By the time of the second war between Carthage and Rome (218-201 BC.), there is evidence for kingdoms of considerable extent and power among both the Numidians and the Mauri.» (15) Au demeurant, cette précision historique du fait africain / amazigh se fait toujours par rapport à l’Autre. C’est par rapport aux Phéniciens que va se préciser la destinée politique et institutionnelle. En outre, ces rois passent inexorablement par le « fait de la trahison » vis-à-vis d’une partie (étrangère), mais notamment vis-à-vis de leur peuple, avant de se convertir en grands rois, autrement dit rois « résistants »…

Cette auto-trahison est claire dans l’histoire de Naravas. (16) “The first Numidian chief about whom there is any detailed information is the Naravas who, during the Libyan revolt against Carthage after its first war with Rome (241-237 av. J.-C.), defeated to the Carthaginian side and employed his cavalry to great effect in assisting in the suppression of the revolt. For this he was rewarded by marriage to a daughter of the Carthaginian general Hamilcar Barca. But we do not know where Naravas ruled, or whether he was the ancestor of any of the Numidian dynasties which were later important.” (17) Flaubert transcrit ainsi le nom du suffète, « Narr’havas, prince des Numides ». (18) Comment prononcer ces noms illustres? Comment les transcrire dans leur langue maternelle?

La Cité, espace institutionnalisé de la dite civilisation, est création des étrangers en Afrique du nord. Les autochtones, selon le dire des scientifiques, sont incapables d’en créer une seule. Si la Pentapole est grecque, Tripoli (19) (ou Oea) est phénicienne. Certes, si Cyrène est la capitale de la philosophie et des arts, Carthage est, politiquement parlant, l’âme de l’histoire amazighe. Cette capitale de l’Afrique est née sous forme de « mythe » comme si elle était un roi divinisé. Peut-être faut-il la rapprocher de son bâtisseur Carkhêdon de Tir. Ou bien cette légende commence avec la belle et vierge Didon qui fonde la ville. (20) « Avec Carthage, la Berbérie a été intégrée au monde méditerranéen, elle a connu une civilisation orientale, mais le triomphe de Rome va l’arracher pour plusieurs siècles à son emprise. » (21) La fondation de cette cité africaine demeure inconnue, et s’accorder à en faire une partie proprement phénicienne s’avère une énorme aberration « spatiale ». (22)

C’est bien Mathô (…- 237 av. J.-C.) qui incarne non seulement l’africanité de Carthage, mais cette répulsion de l’amazighité. Précisément, ce chef nord-africain va mener la résistance à cette « cité » qui annule l’identité autochtone. Il combat aux côtés des Carthaginois lors de la première guerre punique. Ensuite, il se révolte contre Carthage sur lequelle il emporte des victoires, et arrive même à l’assiéger. Trahi par le prince numide Naravas, il est capturé par les Carthaginois, puis exécuté dans un état inhumain.

Aux yeux des historiens, munis d’une vision étrangère, les rois africains apparaissent des caricatures, alliant force et dérision, enthousiasme et manque d’intelligence… L’aguellid apparaît hésitant, sans aucune politique propre, régnant sur une horde, des tribus « folles et sauvages ». Il dépend de diverses conjonctures qui déterminent son règne. Il n’a pas de projet pour institutionnaliser les structures de son Etat, mais il maîtrise une armée de paysans et de vieux mercenaires pour mener des guerres. Une telle vision est réductrice de l’Etat chez les Imazighen connus pour diverses formes d’organisation. Ces rois ne sont divinisés de leur vivant, l’apothéose arrive à leur disparition : l’on organise des cultes funéraires « suprêmes ».

Ecrite en libyque et punique aux environs de 138 av. J.-C., une inscription découverte à Dougga en 1904 montre que le grand-père de Massinisa est Zilalsan, roi des Massyles. Cette inscription est la dédicace d’un temple à Massinissa, montrant la généalogie de la dynastie massyle. Zilalsan règne en suffète à Dougga. (23) Il est « the ancestor of the royal dynasty of the eastern Numidian tribe of the Massylies, who flourished in about 250 BC., the title of sufet, which is the usual title of the chief civil magistracy in a Phoenician city.” (24) En outre, l’on dit que le roi amazigh s’investit d’un tel pouvoir que par l’allégeance des tribus vis-à-vis de lui, notamment lors des moments de guerre ou de conquête étrangère.

Le fils de Zilalsan, Gaia, est le premier à s’investir du titre d’ « aguellid ». Il a un autre frère portant le nom de Ulzasen. Il est le père de Massinissa, et un autre fils nommé Massiva (décédé en 112 av. J.-C.). Gaïa est nommé roi de son groupe ethnique (les Massyles). Il est le dernier roi de la Numidie orientale des Massyles, et il est décédé en 208 av. J.-C.

Le plus puissant des chefs numidiens de l’ouest (les Massaessyles) est Syphax (décédé en 202 av. J.-C.). (25) Son royaume a pour capitale Siga (Ain Timuchent). Durant la seconde guerre punique, il est l’allié des Romains. Par conséquent, il mène des guerres contre Gaïa, ensuite son fils Massinissa, fidèles alliés des Carthaginois. A la mort de Gaïa, il occupe la Numidie orientale. Et par son mariage avec Sophonisbe, la fille d’Hasdrubal Giscon, se rapproche alors de Carthage, par contre le chef Massinissa change de camp : il s’allie aux Romains. (26) Ce qui reste de ce règne est dans les musées, notamment la numinastique... (27)

Allié des Romains, Massinissa (238-148 av. J.-C.) mène d’infinies batailles contre les Carthaginois pour rétablir sa souveraineté sur les territoires occupés. « A partir de Massinissa, les souverains massyles vont s’efforcer de doter cette monarchie d’institutions plus solides. » (28) En 203, Massinissa capture Syphax près de Cirta. Alors que Syphax est emprisonné à Rome où il meurt en 203, les Romains offrent à Massinissa le gouvernement des pays numides en échange de « grandes quantités de blé ».(29) L’aguellid unit alors les Massyles et les Massaessyles, proclamant que l’Afrique doit être pour les Africains. La conscience d’une telle unité nationale vient comme résultat de son expérience de chef militaire aux côtés des Carthaginois et des Romains. « Les principaux mérites de Massinissa et de son fils et successeur Micipsa furent :

- sur le plan culturel, d’être restés fidèles à l’héritage punique tout en ouvrant le pays à l’influence hellénistique ;

- sur le plan politique, d’être restés fidèles à Rome, au point de paraître, l’un et l’autre, plus des vassaux que des souverains indépendants ;

- sur le plan économique, d’avoir favorisé l’essor de la vie citadine et la circulation monétaire. » (30) Le règne de Massinissa dure de 202 à 148 avant J.-C., et celui de Micipsa va de 148 à 118 avant J.-C. Dix ans après la mort de Massinissa, on édifie un temple pour son apothéose.

Notons également que Capussa, fils d’Ulzacen, a exercé de roi sur les Numides massyles. Il est également le neveu de Gaïa, et cousin de Massinissa. Il est mort au combat avec Mazetullus.

Micipsa a deux frères Manastabal et Gulussa. Micipsa adopte Jugurtha trois ans avant sa mort.

Fils aîné de Micipsa, Adherbal est roi de Numidie entre 118 et 112 av. J.-C. Il partage le règne avec son frère cadet Hiempsal et le cousin Jugurtha. Ce dernier va tuer Hiempsal vers 117 av. J.-C. à Thirmida, et assiéger Adherbal dans Cirta avant de l’exécuter. Il les combat pour être des alliés de Rome.

Précisons encore que Gauda est le père de Juba I. Et Hiempsal II est le fils de Gauda. Il est demi-frère de Jugurtha. Il règne sur la Numidie dans la première moitié du I siècle C, et mort vers 60 av. J.-C. Selon Salluste (cf. Jugurtha, 17), il compose un texte historique sur l’Afrique en langue punique.

Le royaume de Numidie connaît une ascension grande au moment où Carthage perd ses guerres, et connaît conséquemment une chute militaire et politique.

Mastanabal est le plus jeune fils de Massinissa. Il excelle dans les études helléniques, notamment la littérature et le droit. Il a eu pour fils Jugurtha et Gauda. Il est mort vers 140 av. J.-C., succombant à une grave maladie. (cf. Salluste)

Arabion est considéré comme le dernier aguellid de Numidie. Fils de Massinissa IIe, il s’allie au roi amazigh Juba Ier pour combattre César. A sa défaite à la bataille de Thapsus, il perd son royaume qui va être divisé entre Bocchus IIe (roi de la Maurétanie) et le chef romain Sittius

Bocchus (..- 33 av. J.-C.) règne sur la Maurétanie de 110 à 80 av. J.-C.. Il aide son gendre Jugurtha, menant des batailles contre les Romains. Après deux défaites contre Marius, il s’allie aux Romains, trahissant Jugurtha. Il lui prépare un guet-apens en 106 où l’aguellid est attrapé. Rome lui octroie le pays des Massaessyles, étant un ami de Rome. Ce sont ses fils Bogud et Bocchus IIe qui lui succèdent pour gouverner une Maurétanie « romaine ».

Juba Ier (85 av. J.-C. - 46 av. J.-C.) est le dernier roi de la Numidie orientale. Il succède à son père Hiempsal Ier. Lors de sa défaite devant César, il se suicide. Son royaume est nommé l’Africa Nova. Force est de noter qu’en conséquence commencent deux siècles (1er avant JC, et le 1er) douloureux pour les Africains. L’on assiste à « la disparition progressive des royaume paléoberbères. La politique aventureuse de Juba 1er se solde par le rattachement du royaume numide à la Province d’Afrique, quant au royaume maure, la dynastie des Bocchus disparaît faute d’héritier. » (31) Rome commence alors à réconforter ses positions étatiques de domination totale.

Juba II (52 av. J.-C. – 23 après JC), qui est amplement étudié dans cet essai, partage avec son fils Ptolémée de Maurétanie le règne à partir de l’an 19. En 24, après la mort de son père, Ptolémée triomphe sur les Garamantes, et vainc le rebelle gétule Tacfarinas. (32) Cela est de l’agrément des Romains qui reconnaissent en lui un allié indéfectible. Il est le dernier roi de Maurétanie : il va être exécuté par Caligula, et le royaume annexé à l’Empire.

Avec la chute de Carthage en 146 av. J.-C., Tamazgha tombe progressivement sous la domination romaine. En 74 av. J.-C., la Pentapole (Cyrène, Ptolémaïs, Taucheria, Bérénike et Apollonia) (33) sont proclamées romaines. (34) En 40 av. J.-C., Jules César annexe la Maurétanie. L’espace africain, structuré en provinces, est retracé selon les règles romaines. (35)

Les Romains exercent une politique d’expansion particulière en Afrique du nord : ils allient des tribus amazighes contre d’autres tribus alliées de Carthage. Cette stratégie de division réussit à faire disparaître les royaumes africains.  « La politique romaine d’occupation des territoires était très pragmatique et s’adaptait aux circonstances territoriales, sociales, politiques des peuples conquis. » (36) Comment vont réagir les Imazighen devant une telle politique d’assimilation? C’est bien Tacfarinas qui arrive à comprendre un tel projet : mercenaire chez les Romains, il s’insurge pour mettre à bas l’occupation impériale qui entend chasser les Imazighen vers le désert afin d’occuper les terres « fertiles »…

Bref, la fin de l’Empire romain est un affranchissement pour les Africains. « Les deux siècles qui suivent l’irruption Vandale et la constitution du royaume de Geiseric, puis la reconquête byzantine, (…) voient, en effet, un renouveau des traditions berbères du fait de l’affaissement de la latinité. » (37) Comment se manifeste-t-elle une telle Renaissance? Cette époque de querelles internes met le continent dans un état de destruction totale, alors que d’autres guerres s’annoncent imminentes.

IV.- Dans l’aire méditerranéenne, les communications entre le Nord et le Sud sont régulières et fréquentes. L’Afrique du nord exerce sur les citoyens de Rome un effet magico-poétique. Les maîtres rêvent d’un espace merveilleux, libre. Ils viennent s’y enrichir matériellement, fondant de vastes domaines.

Le pays des penseurs demeure un monde à part, effacé dans la mémoire des peuples, refait dans l’histoire, voire un éternel absent. L’Afrique est le pays magique, celui de toutes les métamorphoses. « J’ai vu moi-même en Afrique L. Cossicius, citoyen de Thysdrus, qui, femme d’abord, changea de sexe le jour de ses noces. Il vit encore au moment où je raconte son aventure. » (38) Cette part d’alchimie physiologique incite non seulement la curiosité des penseurs, mais dévoile la grandeur « poétique » de l’Afrique.

L’Afrique du nord est vaste par ses deux mille kilomètres, cernée par trois rivages et attachée au grand désert. D’après les historiens, on dénombre un demi mille villes tout au long de la Méditerranée, et une population sous l’occupation romaine d’au moins six millions. Et l’histoire de cette Afrique amazighe ne commence qu’avec l’étranger, l’arrivée des Phéniciens au XIe siècle AC, comme si le continent était désert ou encore submergée par les eaux de l’oubli et du chaos… Il revient alors aux voyageurs grecs d’écrire le récit de l’Afrique du nord ; Hérodote (Ve siècle av. J-C) crée le mythe de cette amazighité qui est là : ambiguë, insaisissable, féerique, mais toujours sujet d’hypothèses et de suppositions – prenant la forme de vérité, celle des autres, les conquérants... L’histoire de Cyrène est dite plus grecque qu’amazighe, faisant fi de la culture et de l’espace nord-africains.

A l’époque de colonisation latine, Rome réussit relativement, l’on raconte toujours, à déterminer le destin de l’Afrique. Les changements économiques, politiques et culturels de Rome sont ressentis même en ces colonies lointaines. Les Romains, en seigneurs, arrivent sur la côte barbare portant l’espoir de s’enrichir. Ils conquièrent terres agricoles, font le commerce, fondent des industries, imposent de nouvelles règles… Ces conquérants seront mal vus, mal jugés non seulement par les paysans, mais également par les écrivains autochtones. Les Africains s’allient, par réaction collective, à toute force (ou idéologie) qui se positionne contre l’Empire de Rome.

La conquête de l’Afrique, qui se veut administration et exploitation, fournit à Rome plus de fortune et de force. La métropole, par ses monuments, ses armées, ses institutions et ses livres, impose le respect et l’adoration aux Africains. Ces derniers s’inscrivent allègrement dans ses légions pour la servir. Pour conserver la puissance de l’Empire, les Romains voient l’Afrique appelée à demeurer dans un état continu de faiblesse, de division, de misère… A tout moment, la révolte africaine est instantanément réprimée. Et les aristocrates africains, censés défendre la cause propre, mènent une vie luxueuse en bonne connivence avec la romanité, ils réservent une grande place aux plaisirs de l’esprit « civilisé ».

L’Afrique du nord n’est pas seulement connue pour son miel, son gibier, ses escargots, ses « figues »… mais également pour ses figures (philosophes, écrivains, apologistes…). (39) Elle est, selon l’expression de Juvénal, la nourrice des avocats, des rhétoriciens et des hommes de lettres. Mais, dans les manuels et les œuvres sur l’Afrique, ce continent est dit géographie, pas plus que ça, point une ethnie, ni une culture, ni une appartenance précise…

V. La littérature africaine, dès son commencement, se fait alors dans les langues latine et grecque. Cette tradition va continuer ; que serait-il de la réception? L’œuvre amazighe de cette étape-là, de par ses origines « barbares », est effacée. Où est-elle cette histoire culturelle des représentations qui peuvent nous éclairer à propos de différents aspects de l’époque? A défaut de productions écrites dans la langue locale, l’on se satisfait des sources écrites dans la langue des étrangers.

Ici, nous allons présenter un ensemble d’auteurs, rarement définis comme autochtones, qui traitent directement ou indirectement de la tradition nord-africaine, et collaborent amplement au rayonnement de la littérature latine. Certes, les historiens, par mégarde à l’africanité, tendent à réduire abusivement son importance dans les lettres lors de la présence romaine. L’on parle justement des univers punique, néo-punique, hellénique, romain, phénicien… et d’un monde qui réunit tous ces ingrédients « civilisés », mais point d’espace indigène influent. Pourquoi ces auteurs de l’Afrique latine sont-ils considérés inférieurs aux auteurs occidentaux latins, païens et chrétiens? Quelle part apportent les enfants de la marge de l’Empire? D’habitude, les textes de littérature parlent de l’influence des Grecs, des Orientaux, des Espagnols, des Gaulois, mais point des Nord-africains.

La tradition amazighe doit avoir une influence sur les enfants de Carthage, Cirta, Milev… L’impact du propre sur leur œuvre n’est pas à sous-estimer, il surdétermine les œuvres qui s’appuient sur une culture orale et millénaire : « Chez tous les peuples, les premiers philosophes essaient de placer leurs systèmes sous la croyance de leur pays. Ils travaillent à concilier les idées que la méditation leur suggère, avec les notions religieuses universellement adoptées ; loin de nourrir l’envie de les attaquer, ils voudraient les trouver satisfaisantes, et pour leurs conceptions morales, et pour leur raison. Quand ils s’écartent de ces notions reçues, ils ne le font qu’avec beaucoup de ménagement. Ils cherchent assez longtemps à se le déguiser à eux-mêmes, et lorsqu’ils sont forcés de se l’avouer, ils s’efforcent encore longtemps de le déguiser aux autres. » (40) L’art, la philosophie, le christianisme africains seront particuliers au regard du lecteur romain. Ainsi faut-il mettre le point sur l’apport des écrivains autochtones à cette civilisation « romaine », et dire combien son africanité est déterminante…

Les anthologies latines présentent un grand nombre d’écrivains et de penseurs d’origine amazighe, notamment numidienne, sans mettre en relief leur appartenance. En fait, les profanes sont moins nombreux que les chrétiens (convertis). D’un écrivain chrétien, on se plaît à gommer son étape d’écrivain « païen ».

Que peuvent-ils ces écrivains révéler du propre? Leur style est dit, dans sa totalité, « africain » tout au long des siècles de la présence romaine.(41) La majorité des termes, preuves tangibles, employés est soit du domaine militaire, soit du domaine judiciaire. Ces auteurs se revendiquent comme penseurs modernes dans la mesure où ils parlent sans ambages de la réalité vécue, en avançant d’intéressantes critiques de l’époque, mais en se référent rarement à leur aire d’origine.

En outre, l’orthographe des noms d’auteurs africains apparaît vicieuse. Les éditeurs préfèrent faire sonner ces noms comme étant latins. Des « rectifications » sont apportées à Apulée, à Lactance… De même, n’oublions pas que les éditeurs vont transformer ou bien réformer à leur « guise » l’œuvre posthume de tant de penseurs africains pour épurer leur style, pensée et orthographe… Par exemple, Sigismond Gelenius récrit Arnobe comme si c’était son propre texte. (42)

En Afrique du nord, la haine de Rome remplace fort probablement la haine de Carthage. Comme étant un Empire violent, Rome est haïe. Cette haine est alors universelle. Seulement, cette opposition à l’altérité ne procrée pas une réelle conscience de soi.

La ville africaine, de conception italique, s’écarte de la tradition carthaginoise. (43) Elle est alors pavée de mosaïques splendides, ornée d’objets d’art. Elle a des bibliothèques, et des salles d’études où s’organisent les rencontres artistiques et les discussions. L’hellénisme est en vogue. Les sujets de débat tournent autour de la philosophie, des religions, de la mythologie, des arts…

VI.- Par littérature latine, l’on entend les œuvres littéraires produites entre le IIIe siècle avant J.-C. et le IVe siècle. C’est avec les pièces de Térence que la pensée écrite amazighe connaît le jour de sa naissance. La langue de rédaction et de création de cette tradition écrite est bien la langue latine, et l’espace de leur circulation est Rome, depuis sa fondation en tant que République grandissante, et sa métamorphose en Empire. Rome écrase Carthage, et devient la grande puissance de la Méditerranée. Cette littérature accompagne une telle guerre, révélant l’échange des influences religieuses, littéraires et artistiques.

Cette jeune littérature imite la littérature grecque, mûre et riche. Ce sont les villes de Tarente et de Syracuse qui, vu leur contact continu avec l’Orient, diffusent la littérature helléniste. Une création de décalque naît alors, en œuvres médiocres, mais originales pour cette littérature latine en expansion. Comme le grec est en vogue, les Romains recherchent des domestiques grecs dans leurs foyers. Le prestige de cette langue est dû à ce qu’elle soit considérée la langue de la culture, de la philosophie. Ce sont bien les écrivains africains qui mettent en pratique le latin dans l’expression de la catholicité, sinon cela aurait été le grec.

A l’instar de toute littérature naissante, la première étape de la littérature latine s’occupe de la poésie. Les sujets sont essentiellement des louanges aux dieux, la morale, la mythologie, les banquets et les festivités. La littérature orale engendre notamment la création poétique. Par ailleurs, il reste peu de témoignages de cette poésie nord-africaine d’expression latine.

La littérature africaine est un renouvellement pour la littérature latine, elle lui apporte des éléments nouveaux, un imaginaire exotique, une morale différente… Mais, elle demeure sous ses inspirations, développant sa thématique tout en limitant sa projection à ne pas faire exception et à l’enrichir.

Les empereurs, citons Adrien, Marc-Aurèle, Commode, Pertinax, Septime Sévère, Caracalla, Héliogabale et Alexandre Sévère, déterminent amplement l’évolution de la littérature de l’époque (18 – 235). Il y a une production importante en grammaire, rhétorique, philosophie… Des grammairiens, par exemple, deviennent des consuls ou des précepteurs des princes. Adrien réunit autour de lui un groupe de rhéteurs et de philosophes, il les protège, leur fournit un salaire fixe. Mais, il déteste les écrivains suivants : Homère, Platon, Cicéron, Virgile, Salluste… Il leur préfère le vieux Caton, Ennius, Caelius. Quant à Marc-Aurèle, il respecte tous les écrivains, notamment ceux qui écrivent en grec. La première histoire de Rome fut-elle écrite en langue grecque vers 216, en pleine guerre punique, par un sénateur, Q. Fabius Pictor. Il en va de même pour celle de son contemporain, L. Cincius Alimentus. Avec l’empereur Maximin arrivent les troubles politiques pour l’Afrique du nord, à cause de la corruption et de l’injustice des gouvernants.

Par ailleurs, notons une grande partie de cette littérature est perdue (ou effacée). Lactance et saint Augustin se référent à des textes « perdus », comme c’est le cas avec l’essai critique de Sénèque sur les superstitions. (44) Ils s’y réfèrent pour analyser le polythéisme, et s’en servent d’arguments pour attaquer le paganisme. L’arrivée du christianisme, notamment dans la partie orientale de l’Afrique du nord, est simultanée à celle des Francs, entre les années 240 et 280, qui ravagent l’Empire en débarquant sur le sol africain. Les tribus amazighes s’insurgent violemment… (45)

L’œuvre moralisante, propre et autochtone, ne peut avoir lieu en Afrique devant une production chrétienne qui d’une part abonde de morale nouvelle, et de l’autre bannit l’artistique. Les valeurs et les mœurs antiques ne sont pas reprises par les auteurs latins, plutôt le travail de la langue et du style se fait par l’imitation des anciens. Les textes de prose sont généralement des œuvres d’historiographie où le lecteur trouve des informations sur l’état du monde, mais également des réflexions politiques. La pensée africaine, notamment au IIe siècle, est prédominée par la magie, le polythéisme, la théurgie. Le procédé de l’imitation est récurrent : au IIIe siècle, Nemesianus imite Virgile dans ses Bucoliques. Des critiques y verront un genre médiocre et artificiel.

VII.- Nous allons déconstruire l’identitaire dans les textes africains. La définition de l’identité ethnique propre aux Imazighen passe par des explications fantaisistes, car des couches historiquement explicables sont enfouies pour demeurer inaccessibles à tout chercheur. L’identitaire est dit varié, variable, voire indéfini. L’on nomme erronément les autochtones Gétulles, Berbères, Libyens, Maures… pour dire leur impossibilité à former une unité identitaire. Lire la tradition, ayant en vue d’une définition logique et historique, dérange tant de têtes fières amnésiques et don quichottesques, et la définition de l’identitaire se fait dans la confusion.

Face au monde déchiré des Imazighen après la chute de Carthage, la romanité trouve toute la primauté imaginable et possible. Elle collectionne les victoires sur l’amazighité. Par conséquent, le propre est délaissé, discrètement utilisé dans les œuvres ; il n’y apparaît que de façon implicite.

Quant aux Juifs, ils voient non seulement en Carthage leur foyer légal, mais en toute l’Afrique. Ils sont chez eux, à l’encontre des colons qui sont les représentants de la domination romaine. Ils arrivent, à l’instar d’autres populations « européennes », en grand nombre depuis la Judée entre les années 60 et 117.

VIII.- L’enseignement se fait généralement en grec et en latin. Une rivalité entre Rome et l’Afrique est manifeste au niveau de l’instruction. Des talents et des génies africains connaissent le jour. Leur langue première modifie leur style, et le latin leur offre peu de mots pour s’exprimer en philosophie, en grammaire et en autres sciences. Ainsi, le grec a-t-il toute son importance. Les Africains vont également forger des néologismes afin de véhiculer leur propre pensée. Aussi la syntaxe des phrases est-elle particulière. En fait, il faut dire que le latin africain est hanté par des barbarismes, des locutions étrangères. Les auteurs africains, notamment Apulée, usent un style personnel où les dialectes africains trouvent une place.

Si le punique se trouve déchu, de moins en moins usité, l’amazigh (pour ne pas dire le libyque) est de plus en plus dynamique et concourt à l’expansion du latin d’Afrique (sorte de dialecte latin africain). Ce dialecte particulier est à l’origine de la traduction des Saintes Ecritures en latin : les traducteurs principaux sont des lettrés africains. Il prépare la langue catholique, universelle.

IX.- La question religieuse de l’Afrique apparaît de façon itérative pour dire combien l’ethnie indigène a collaboré dans la propagation du christianisme ou de l’islam, mais sans débattre objectivement du contact premier entre les illuminés étrangers et les autochtones païens. Les deux civilisations occupantes, qui possèdent l’art et le droit d’historiser, ont tû le génocide et la destruction identitaire de l’Afrique.

Certes, les Grecs et les Romains voient à leur première « arrivée » en Afrique le paganisme africain comme une forme inférieure à leur paganisme, et à leur vision du monde nourrie de la philosophie. Leur religion est fondamentalement anthropomorphe. « L’anthropomorphisme était l’essence de la religion des Grecs, et les monuments de l’art aussi bien que les fêtes tant publiques que mystérieuses, contribuèrent beaucoup à l’entretenir et à le fortifier. » (46) N’oublions pas que toute religion est fondamentalement surtout une institution privilégiée de l’Etat. Dans n’importe quel système, elle a droit officiel d’être comme un instrument politique au service des intérêts de l’Etat.

Si l’avènement du christianisme signifie l’annulation spirituelle du paganisme local, cela doit expliquer pourquoi les écrivains africains préfèrent souvent le bizarre au naturel, d’où un intérêt pour le mysticisme. Les aspirations spiritualistes, les superstitions, le rationalisme et l’éclectisme qui essaie d’unir des pensées hétéroclites, s’avèrent les modes de réflexion propres aux africains en quête d’une conception propre et du paganisme et de la religion monothéiste. Quel est l’apport de l’écrivain africain à la tradition méditerranéenne? Comment réagit-il aux modes de pensée étrangers? D’autres questions sont à poser, mais il y aura lieu de réponse au fur et à mesure que notre approximation des auteurs païens et africains se fait.

L’auteur africain n’est ni chrétien ni païen ; c’est, comme on disait au siècle dernier, un philosophe. Pourtant, certains voient justement dans le Christianisme un mouvement à la fois politique et philosophique. Les philosophes africains s’initient à la philosophie pour approfondir leur lecture des Ecritures. Ils ne tolèrent que ces philosophies qui sont en harmonie avec la religion chrétienne. Autrement dit, les philosophes sont des adversaires à la pensée religieuse naissante.

La littérature africaine, plus ou moins, d’obédience chrétienne s’inspire d’un double terroir : langue du peuple et la langue de l’école (latin écrit). Minucius Félix, auteur du premier ouvrage chrétien écrit en langue latine, ne rompt pas avec les maîtres Cicéron, Sénèque et Salluste, essayant constamment de les imiter.

XI.- Dès le début du IVe siècle, le christianisme africain se divise en deux églises ennemies : le donatistes (se revendiquant africains dans leur tradition) (47) et les catholiques (continuateurs de la culture romaine). Ce schisme naît à Carthage : les évêques numides accusent l’Eglise catholique de « parti des traditeurs » : elle a offert les livres des Ecritures aux mêmes persécuteurs. « Parmi les premiers orateurs du Donatisme naissant, trois figures se détachent avec quelque relief. Ce sont trois évêques numides : Secundus de Tigisi, Purpurius de Limata, Silvanus de Constantine. » (48) Les donatistes réfutent les sacrements offerts par des évêques « traditeurs » ou de « lapsi », ceux qui ont failli durant les persécutions de l’empereur Dioclétien (303-305).

Durant cette persécution, il y a des évêques qui livrent les Ecritures et les objets de culte aux persécuteurs comme Paulus, l’évêque de Cirta. Le deuxième groupe ne livre rien : Felix, évêque de Thibiuca, est exécuté à Carthage. Le troisième groupe est pragmatique : il livre des textes hérétiques, c’est la position de l’évêque de Carthage, Mensurius.

C’est bien en 313 que le concile de Rome condamne la position des donatistes.

Le christianisme militant, considéré comme lèse-religion impériale, est manifeste dans la Bétique et la Maurétanie Tingitane, territoires unifiés par Marc-Aurèle en 172. Cette union est connue comme Espagne Ultérieure. Sous son règne et de son fils Commode, les martyrs sont de plus en plus nombreux. « Marc-Aurèle, le saint du paganisme et le doctrinaire stoïcien, manquait à coup sûr de toute bienveillance envers les chrétiens. Dans ses Pensées, il évoque les martyrs simplement pour exprimer son mépris de ce qui n’est pas pour lui qu’un entêtement stupide. » (49) Ce doit expliquer pourquoi Tertullien brave le tribunal romain : il est impossible de juger le grand nombre de chrétiens. Ils sont partout, et en nombre croissant. S’il se plaît à profaner les dieux païens, à user de l’insulte, de l’ironie, du sarcasme pour déprécier le paganisme, il loue par contre les Écritures, les Saintes Écritures… Il a un grand nombre de disciples et d’élèves, et dans le futur des écrivains qui recherchent l’affirmation d’une foi « inaliénable ».

XII.- La liste des auteurs africains est, sans doute, longue. L’oubli, accompagné de l’absence de recherche sur la tradition amazighe dans les littératures méditerranéennes, explique le nombre réduit de ce répertoire. Ces auteurs africains qui n’ont pas dit du bien de l’Eglise, qui n’ont pas fructifié la parole de Jésus, se trouvent forcément oubliés, voire détruits. Aussi est-il vrai qu’il y a bien des auteurs africains qu’il faut redécouvrir, s’ils sont gommés des manuels, c’est justement pour leur écart par rapport à la tradition écrite, reconnue et institutionnelles des Autres…

Ces auteurs sont à la fois des écrivains, des philosophes, des penseurs païens et des auteurs chrétiens. Ils développent singulièrement une vision qui tient simultanément du politique, de l’éthique et de l’artistique, mettant à nu la réalité africaine. Mais, ce qui prime chez eux, c’est cette vision construite pour plaire à l’Autre. Faut-il parler du génie africain (amazigh)? Ce génie ne vit qu’au dépens des autres : il loue le christianisme, il loue la romanité, l’altérité en général. En outre, pourquoi y a-t-il absence d’école africaine? Une école qui pourrait s’opposer à la romaine, aurait fait l’histoire d’une telle tradition.

Confondu avec la mediocritas, l’africitas est généralement vaincu dans toutes ses manifestations, il ne peut que plier devant l’art latin ou grec. Il va traduire également l’Occident, mais avec l’écoulement des siècles, il fera partie de cet Orient « déchu ».

NOTES

(1) Gabriel Camps, Les Berbères, coll. « Encyclopédie de la Méditerranée », Alif & Edisud & Toubkal, 1996.

« Préhistoriens et anthropologues sont aujourd’hui d’accord, pour reconnaître chez Homo Sapiens, au Maghreb, deux types humains qui contribuèrent à la formation du groupe berbère. Le plus ancien, lui-même vraisemblablement issu d’un type plus archaïque auteur des industries dites « atériennes » est l’Homme de Mechta el-Arbi, dit aussi Mechta-Afalou. C’est un homme voisin du Cro Magnon d’Europe » (p.12)

(2) La Bible, Esaïe 33 :19

(3) A titre d’illustration, nous avons Robert Cornevin qui affirme : « des réalisations de génie rural, hydraulique notamment, sont à mettre à l’actif de l’administration romaine » (Histoire de l’Afrique, des origines au XVI e siècle, tome 1, Payot, 1962, p.177)

(4) Les textes répètent que les Imazighen empruntent les grands dieux aux Egyptiens, Grecs, Phéniciens, Romains… !

(5) Pline l’Ancien, Histoire naturelle, livre 5, 1

« L’Afrique a été appelée Libye par les Grecs, et la mer qui la baigne, mer Libyque ; elle a l’Egypte pour limite. Aucune région ne présente moins de golfes ; les côtes s’étendent obliquement sur une lignée prolongée à partir de l’occident. Les noms de ses peuples et de ses villes sont, plus peut-être que ceux d’aucun autre pays, impossibles à prononcer pour les étrangers ; et d’ailleurs n’habitent guère que des châteaux. »

(6) Mon ignorance du latin et du grec explique pourquoi je m’incline dans ces études à travailler sur les traductions de ces auteurs africains, et parfois l’absence de traduction française de quelques auteurs amazighs m’incite également à m’appuyer sur des textes traduits en anglais.

(7) Notons que les manuels d’histoire tendent généralement à parler plus de la langue « punique », de l’hébreu, du grec et du latin, moins du libyque, et nullement d’autres dialectes amazighes.

(8) Gabriel Camps, Les Berbères, coll. « Encyclopédie de la Méditerranée », Alif & Edisud & Toubkal, 1996, p.27

(9) ibid., p.13

(10) Gabriel Camps, Les Berbères, coll. « Encyclopédie de la Méditerranée », Alif & Edisud & Toubkal, 1996.

« Pourquoi faut-il qu’un phénomène anthropologique, qu’il soit physique ou culturel, ne puisse exister que par le jeu de mystérieuses « influences » ou de brutales « invasions » sinon de puissantes « migrations »? » (p.11)

(11) cf. Josep Padro Parcerisa, El Egipto del Imperio Antiguo, historia 16, , Madrid: 1989, p.54

(12) cf. ibid, p.118

(13) Gabriel Camps, Les Berbères, coll. « Encyclopédie de la Méditerranée », Alif & Edisud & Toubkal, 1996, p.11.

(14) Gabriel Camps, Les Berbères, coll. « Encyclopédie de la Méditerranée », Alif & Edisud & Toubkal, 1996, pp.20-21.

(15) R.C.C. Law, “North Africa in the Hellenistic and Roman periods, 323 BC to 305 AD”, pp. 148-209, in J.D. Fage, Roland Anthony Oliver, The Cambridge history of Africa : from 500 to AD 1050, vol.2, Cambridge university press, 1986, p.177

(16) Pierre Claude François Daunou, Cours d’études historiques, volume 16, Libraires Firmin Didot Frères, Paris : 1847

“Naravas, élevé par des sentiments de crainte et de respect pour Carthage, conçut la pensée de trahir ses propres concitoyens. Il se présente, accompagné de cent hommes, au camp d’Amilcar ; et, pour dissiper les soupçons que sa démarche inspire, il laisse à l’entrée ses armes, son cheval, son escorte, et se jette avec confiance au milieu des gardes avancés. Admis à l’aufdience du général, il offre ses services et ceux de deux mille guerriers qui sont à ses ordres : il persuade si bien, et on l’écoute avec tant de plaisir, qu’Amilcar n’hésite point à lui promettre sa fille en mariage ; ce qui peut nous sembler un peu brusque. Alarmés de cette défection, les chefs des mercenaires réunirent leurs trois armées en un seul corps. Amilcar les vainquit toutes trois ensemble par son habileté, par la force de ses éléphants, et par la valeur de Naravas. » (p.254)

(17) R.C.C. Law, “North Africa in the Hellenistic and Roman periods, 323 BC to 305 AD”, pp. 148-209, in J.D. Fage, Roland Anthony Oliver, The Cambridge history of Africa : from 500 to AD 1050, vol.2, Cambridge university press, 1986, p.179.

(18) Flaubert, Salammbô, Garnier Flammarion, Paris, 1964, p.53.

(19) Trois cités : Oea ; Sabratha et Leptis Magna.

(20) Héritière légitime du trône de Tyr, Didon fuit la tyrannie de son frère Pygmalion qui assassine son mari… Elle débarque à Carthage vers 814 av. J.-C. La légende dit qu’elle met en fins morceaux une peau de bœuf pour délimiter l’emplacement de son royaume africain.

(21) Vincent Serralda & André Huard, Le Berbère, lumière de l’Occident, Nouvelles Editions Latines, 1984, p.27

(22) Fortia d’Urban & Jean-François Mielle, Histoire générale du Portugal : depuis les origines des Lusitaniens jusqu’à la régence de Don Miguel, Libraires frères Gauthier et Cie, volume 1, 1829

« Les historiens ne sont pas d’accord sur l’origine de son nom, et les chronologistes ne s’accordent pas plus avec eux sur l’année de sa fondation. Cependant les uns et les autres conviennent que les Phéniciens, c’est-à-dire, des Tiriens, furent les premiers fonddateurs de cette ville. » (p.86)

(23) Muhammad Fantar & Carles Vela I Aulesa, Los fenicios en el Mediterraneo, Enciclopedia del Mediterraneo, Icaria editorial & Cidob edicions, Barcelona, 1999.

“El abuelo de Masinisa,, Zilalsan, ejercicio él mismo el sufetado, tal como lo indica una inscripcion bilingue de Dugga actualmente expuesta en el museo del Bardo. Por otro testimonio epigrafico sabemos que en el siglo III a.C. también habia sufetes en Volubilis, en Mauritania. Pero, en realidad, se trata de un sufetado retocado y adaptado a la realidad africana. En Cartago, esta magistratura era confiada a dos titulares por un periodo de un ano ; en las ciudades africanas, el numero de sufetes simultaneamente en ejercicio era superior a dos » (pp.136-137)

(24) R.C.C. Law, “North Africa in the Hellenistic and Roman periods, 323 BC to 305 AD”, pp. 148-209, in J.D. Fage, Roland Anthony Oliver, The Cambridge history of Africa : from 500 to AD 1050, vol.2, Cambridge university press, 1986, p.178

(25) Gabriel Camps, Les Berbères, coll. « Encyclopédie de la Méditerranée », Alif & Edisud & Toubkal, 1996

« Trois figures berbères dominent la fin de la période carthaginoise et les débuts de la domination romaine : ce sont Syphax roi des Masaesyles, son compétiteur et vainqueur, Massinissa prince massyle et fondateur du royaume numide et Jugurtha, petit-fils de ce dernier. De la vie des autres rois numides ou maures nous ne connaissons que des bribes dans lesquelles les relations avec Rome constituent l’essentiel. » (pp.21-22)

(26) Vincent Serralda & André Huard, Le Berbère, lumière de l’Occident, Nouvelles Editions Latines, 1984.

Lors de la seconde guerre punique, le destin politique et militaire des Imazighen est confondant.

« Scipion débarque avec deux légions, près d’Utique. Carthage, à l’abri de ses remparts, ne redoute pas un assaut, mais elle n’a pas d’armée valable et n’espère qu’en l’intervention des princes berbères. Or, Massinissa passe à l’ennemi en plein combat, et Syphax se contente de discuter un projet de paix avec les Romains. Scipion en profite pour surprendre et incendier les camps d’Hasdrubal et de Syphax, détruisant deux armées, tuant 40 000 hommes et gardant 5 000 prisonniers (203) » (p.26)

(27) Gabriel Camps, Les Berbères, coll. « Encyclopédie de la Méditerranée », Alif & Edisud & Toubkal, 1996.

« Sur ses monnaies il porte, comme les rois hellénistiques, un diadème qui figurera encore, malgré ses défaites, sur les pièces de son fils Vermina, le seul prince numide de l’époque qui ait battu des monnaies d’argent. » (p.22)

(28) Hédi Slim, Ammar Mahjoubi, Khaled Belkhodja, Abdelmajid Ennabli, Histoire générale de la Tunisie : l’Antiquité, tome 1, Sud Editions (Tunis), Maisonneuve & Larose (Paris), 2003, p.147

(29) Gabriel Camps, Les Berbères, coll. « Encyclopédie de la Méditerranée », Alif & Edisud & Toubkal, 1996, p.23

(30) ibid, pp.23-24

(31) Gabriel Camps, Les Berbères, coll. « Encyclopédie de la Méditerranée », Alif & Edisud & Toubkal, 1996, p.26

(32) Tacite, Annales, II, 52 : « Cette même année (17) la guerre commença en Afrique. Les insurgés avaient comme chef un Numide nommé Tacfarinas. »

Ce rebelle mène une résistance de plus de sept ans, entre 17 et 24. En fuyant les armées impériales, il meurt dans la région de Tlemcen.

(33) Shahat, Tolmeta, Tokra, Benghazi et Susa.

(34) Pierre Gouirand, Aristippe de Cyrène, le chien royal : une morale du plaisir et de la liberté, Maisonneuve & Larose, Paris, 2005

« Cyrène avait été promise, en 155 avant J.-C., aux Romains par testament par Ptolémée le Jeune qui régnait à ce moment là, Rome, qui avait proclamé la liberté des cités ne fut instituée héritière de la Libye qu’en 96 avant J.-C. à la mort du roi Ptolémée Apion et la Libye grecque fut réduite en province romaine en 74 avant J.-C. » (p.40)

(35) Dominique Arnauld, Histoire du christianisme en Afrique : les sept premiers siècles, Karthala, Paris, 2001.

« A l’intérieur de ces provinces la structure des collectivités était variable, de la colonie romaine (ville dont les habitants étaient citoyens romains) au municipe romain, municipe latin (villes aux privilèges variés et avec des charges plus ou moins fortes) et à la commune pérégrine (essentiellement indigène et corvéable à merci). » (p.21)

(36) Dominique Arnauld, Histoire du christianisme en Afrique : les sept premiers siècles, Karthala, Paris, 2001, p.20

(37) Gabriel Camps, Les Berbères, coll. « Encyclopédie de la Méditerranée », Alif & Edisud & Toubkal, 1996, p.28

(38) Cf. Aulu-Gelle, Les nuits attiques, livre IX.

L’auteur cite Pline Second, précisément son Histoire naturelle, livre VII.

(39) Auguste Beugnot, Histoire de la destruction du paganisme en Occident, tome 1, Firmin Didot Frères Librairie, Paris : 1835.

« L’Afrique était placée au nombre des princes nutrices Romae. La richesse de son sol et sa proximité de l’Italie l’appelaient à ce triste honneur. » (p.315)

(40) Benjamin Constant, Du polythéisme romain, tome 2, Libraire Béchet Ainé, Paris : 1842, pp.1-2

(41) François Gabarrou, Le latin d’Arnobe, Librairie ancienne Honoré Champion, éditeur Edouard Champion, Paris : 1921.

« on ne comprend plus grand’ chose aux finesses de la déclinaison classique ; on ne saisit plus nettement le rôle spécial de chacun des cas ; on confond les idées de repos et de mouvement ; on use des modes avec beaucoup de liberté. En somme, les Africains se sont fait une grammaire à eux » (p.4)

(42) Georges-Adrien Crapelet, Etudes pratiques et littéraires sur la typographie, volume 1, Imprimeur Crapelet, Paris : 1837, p.166.

(43) Carthage est elle-même reconstruite par un Romain en l’an 20 avant JC par l’empereur Auguste.

(44) Auguste Beugnot, Histoire de la destruction du paganisme en Occident, tome 1, Firmin Didot Frères Librairie, Paris : 1835.

« les Romains s’inquiétaient fort peu des superstitions populaires répandues dans les provinces et que l’obéissance aux magistrats était le seul objet qui fixât sérieusement leur attention. » (p.315)

(45) Jules Gérard, L’Afrique du Nord, E. Dentu éditeur, Librairie de la Société des Gens de Lettres, 1860.

Citons un exemple de cette insurrection : « Un prince du nom de Firmus réunit autour de lui tous les mécontents et fit courir de graves dangers aux possessions romaines d’Afrique. L’Empereur Valentinien lui opposa Théodose, qui après plusieurs années de luttes, réussit à défaire toutes les forces ennemies et à tuer leur chef. » (p.57)

(46) P. van Limburg Brouwer, Histoire de la civilisation morale et religieuse des Grecs, tome 8, 2e partie, van Boekern, Groningue : 1842, p.2

(47) Martin Leiner, « L’Eglise dans le monde » pp.339-372, in André Birmelé, Pierre Bühler, Jean-Daniel Causse & Lucie Kaennel (éd), Introduction à la théologie systématique, Labor et Fides, Genève : 2008.

« La position des donatistes s’inscrit dans la tradition de Cyprien de Carthage (vers 200-258). Rappelons que Cyprien enseigne qu’il n’y a point de salut hors de l’Eglise (extra ecclesiam nulla salus), une Eglise dans laquelle l’évêque au moins doit être porteur du Saint-Esprit, afin que l’administration des sacrements soit valide. Cyprien ajoute que le baptême des hérétiques et la prière des prêtres qui ont renié la foi ne sont pas valables. C’est dans de telles circonstances –un évêque consacré par une personne jugée indigne (Félix d’Aptonge) – que les donatistes se sont séparés de l’Eglise catholique et ont formé une organisation à part. » (p.351)

(48) Paul Monceaux, Histoire littéraire de l’Afrique chrétienne depuis les origines jusqu’à l’invasion arabe, tome 5: saint Optat et les premiers écrivains donatistes, Editions Ernest Leroux, Paris : 1920, p. 9

(49) Claude Lepelley, L’empire romain et le christianisme, Flammarion, col. «  Questions d’histoire », Paris : 1969, p.33.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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