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la tradition amazighe et l’avènement du chrisitanisme en afrique du nord

par: Hassan Banhakeia (Université de Nador)

 

Que serait-il de cette tradition païenne en Afrique du nord quand le christianisme va régner? A la globalisation politique gréco-romaine va se rajouter pour les Imazighen la globalisation chrétienne. Par conséquent, la tradition locale va être progressivement affaiblie dans son rapport à l’idéologie dominante et étrangère… La christianisation, dit-on, se fait plus facile, comme c’est naturel, au sein des familles qui maîtrisent le latin, et qui ont des enfants à l’ «école», et ces Imazighen peuvent alors découvrir et lire la Bible. Des auteurs africains chrétiens, ébranlés dans leurs croyances, éduqués dans la culture écrite des conquérants, commencent à exceller dans la défense de cette religion dans leurs écrits et discours.

Comment ces écrivains vont-ils alors traduire leur être collectif dans cette littérature latine sur les deux rives? est la question nodale de notre essai. Comment vont-ils expliquer la réduction de la pluralité des dieux à un seul?

C’est au milieu du IIe siècle que le christianisme resurgit comme force en Afrique du nord. La pensée chrétienne s’avère une véritable expérience de l’aliénation, comme annulation de la tradition amazighe, et par conséquent nous avons la reformulation de la culture locale. Pour ces premiers chrétiens, les païens sont vus autrement: éternellement souillés par le péché; et leur rachat s’avère difficile, voire impossible. Leur conversion est leur seul salut. Le profane s’oppose alors au «sacré» nouveau, au céleste (antonyme du terrestre, de l’identitaire). La ‘religiosité’ païenne des Africains se montre grandissime: il y a production d’une multitude d’épitaphes et de stèles sur les tombes; les cultes agraires sont innombrables; les temples se multiplient; les lectures bibliques sont incessantes…

Bien que la «monothéisation», conversion du polythéisme au monothéisme, se fasse par la mécanique de la violence et de la terreur du fait à la résistance à l’aliénation, et comme résultat d’un choc violent il y a des Imazighen qui sont attirés par la nouveauté «céleste». L’adoration de différents dieux est la religion qui prédomine dans la pensée africaine, autant dans sa forme primaire, autant dans une forme hybride (en communion avec la nouvelle foi). Ce changement de la pluralité vers l’unicité engendre la reformulation de la culture locale, et traduit par extension un ébranlement de l’identité symbolique.

Quelles formes religieuses prévalent-elles en Afrique du nord? (1) Le polythéisme est prédominant, à chaque tribu appartient un dieu puissant. Il n’y avait de dieu unique, ni de religion officielle et institutionnalisée. Cette religiosité traduit l’état de la culture amazighe qui recherche à «se protéger» de la présence étrangère et maléfique… Des dieux puniques arrivent, des divinités latines s’installent, et il revient aux dieux autochtones de résister à cette influence magique. Tant de divinités ont traversé l’espace amazigh pour y créer une confusion de croyances et de festivités…

* * *

Horizontalement, le littoral méditerranéen est bien peuplé par de nombreuses et grandes cités. La présence romaine est forte. (2) L’intérieur est agricole: les céréales, les olives et le bétail. Le sud désertique est fréquenté par les tribus nomades. Ces trois régions géographiques, comment vont-elles réagir au phénomène nouveau qu’est le christianisme? Les nomades du Sahara et les paysans des hautes plaines obéissent rarement aux ordres des troupes romaines, ils résistent aux dieux conquérants (profanes et païens). Ce sont bien ces couches sociales qui vont recevoir facilement les enseignements de Christ. Le christianisme trouve en Afrique des prosélytes fervents de leur foi, et en même temps ennemis de la romanité. Cette foi avance l’égalité entre hommes, et les fait frères. L’esclave, l’affranchi ou l’africain tout court est alors un homme, et un individu égal au Romain. Par extension, l’empereur romain n’est point un dieu sur terre…

Les premières traces du christianisme sont difficiles à repérer. Peut-être la présence évangélique a-t-elle été au 1er siècle, mais il n’y a pas de traces palpables. D’ailleurs, les historiens posent une question «récurrente» dans le cas des Imazighen: «D’où sont venus les premiers évangélistes? Les auteurs divergent à ce sujet: Rome ou l’Orient?» (3) La dépendance «amazighe» est bien ancrée dans l’histoire, et cette confusion «d’origine» ou de «localisation» est inhérente à l’être amazigh et à ce qui lui est propre... comme une damnation.

Par ailleurs, que dire de l’anecdote de Simon de Cyrène qui a pitié de Jésus souffrant sous le poids de la croix? (4) Quel espace partagent ces nouvelles manifestations avec le local? Est-il là le christianisme primitif ou primaire? De quelles formes s’investissent ces premières inscriptions chrétiennes?

L’opposition autochtone à l’implantation des religions en Afrique est peu analysée: l’on se satisfait de noter l’ouverture et l’acceptation populaires. Les historiens sont évidemment du côté des conquérants. Les religions païennes (locales) qui encadrent symboliquement le peuple, trouvent logiquement dans la foi «importée» un grand rival. «Le christianisme, à son début, rencontra une légitime suspicion: ne prêchait-il pas, lui aussi, une doctrine de la vie éternelle, des pratiques de renoncement et d’abstinence, et la venue terrible d’un Messie devant qui s’effondreraient les Empires? Les mêmes croyances, éparses, animaient trop de sectes diverses pour que l’on ne fût pas tenté de le confondre avec elle.» (5) Si durant les deux premiers siècles, des familles riches et cultivées méprisent relativement la religion chrétienne, au troisième siècle, la diffusion de la nouvelle foi va toucher ces mêmes classes, en leur fournissant une nouvelle conscience de leur africanité. La conjoncture politique favorise une telle propagation: à Rome arrivent des empereurs militaires après les Antonins, qui sont d’origine modeste. Ces gouvernements impériaux accusent le christianisme dans les pays barbares de magie noire, de mœurs suspectes et de crimes acerbes. La persécution sera grande sur les terres amazighes.

Dans cette même visée s’instaure une pensée amazighe autour de la question religieuse. Cyprien prend Tertullien pour maître, bien que ce dernier fonde l’Eglise protestataire. Les deux écrivains croient quand même à l’influence positive d’une telle oppression: le nombre des chrétiens croît considérablement en tant que forme de résistance à la romanité «païenne». Ensuite, les campagnes de persécution et de pacification religieuse commencent à s’alterner politiquement dans ce bout de monde; d’une telle agitation le christianisme va sortir renforcé parmi les Imazighen.

* * *

Cette implantation veut dire un nouveau culte, et les temples à construire apportent déchirements sociaux et politiques. Le système confédéral des tribus se trouve amplement altéré dans sa structuration.

Attaché à ses dieux et coutumes, le peuple nord-africain est sans doute hostile à la christianisation et au paganisme impérial (romain). De même, le culte officiel impérial est vu d’un mauvais œil: il dicte un rituel aux citoyens comme sacrifier un animal ou offrir de l’encens devant la statue de l’empereur (déifié). Les réfractaires amazighs, souvent des chrétiens intégristes, sont emprisonnés ou exilés, et leurs propriétés confisquées. Et si le culte romain païen est accepté par les Africains, ils seront alors considérés des lapsi par l’Eglise. (6) L’Amazigh est mis entre deux choix inconciliables. En optant pour un parti, il est condamné par l’autre parti. Ainsi apparaît la double impasse pour les Africains dans leur manière d’être: une telle situation persiste, changeant de forme et de contenu… en absence de fixation d’une identité propre.

L’Église d’Afrique, engagée, austère et sans aucune vision, tend à éloigner tout Africain qui quête le renouveau ou des spécificités au christianisme africain, en l’accusant d’hérésie ou d’attachement aux religions païennes et à la magie. Sur le plan de l’éducation «religieuse», les Africains vont également rénover le quotidien du prêtre «chrétien», (7) imposant une conduite «idéale» intégriste…

En général, l’église amazighe se veut compromise avec la société dans le but de propager les enseignements bibliques. Les institutions de charité –qui s’occupent des orphelins, des veuves, des vagabonds et des pauvres- distribuent le pain et les vêtements et leur offrent asile et soins. La solidarité, déjà bien ancrée dans la société amazighe, trouve encore un autre espace de motivation par la religion; la cohésion entre fidèles est manifeste devant les menaces physiques et symboliques des païens. Pauvres et riches s’entraident, en premier lieu viennent les orphelins, les fidèles incarcérés, les infirmes et les veuves. La société africaine évolue par son contact avec l’Eglise. Le temple a tout son poids à partir de la seconde moitié du IIIe siècle.

NOTES

(1) Sous l’Empire, la religion «orientale» (culte d’Isis et d’Osiris), eut une grande influence sur les croyances des romains jusqu’à l’avènement du christianisme.

(2) Claudio Moreschini & Enrico Norelli, Histoire de la littérature chrétienne antique grecque et latine, volume 1 (De Paul à l’ère de Constantin), Labor et Fides, Genève: 2000.

«La côte septentrionale de l’Afrique, de Leptis Magna en Libye jusqu’à la Mauritanie, est, du IIe au IVe siècle, l’expression la plus évidente du mode de vivre romain, qui se manifeste dans la construction de villas, de thermes, de basiliques et d’amphithéâtres. Il est donc moins convaincant, à notre avis, de suivre ceux qui pensent que le christianisme est arrivé d’Orient en Afrique sans l’intermédiaire romain, et que l’idée de la dérivation de l’Eglise de Carthage de celle de Rome est une reconstruction de Tertullien mais ne correspond pas à la réalité.» (p.384)

(3) Dominique Arnauld, Histoire du christianisme en Afrique: les sept premiers siècles, Karthala, Paris, 2001, p.60

(4) Simon de Cyrène est obligé d’aider Jésus à porter sa croix. Les passages qui attestent une telle histoire sont:

-«En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène du nom de Simon, et le requirent pour porter sa croix.» (Matthieu 27. 32)

-«Ils requièrent pour prendre sa croix un passant qui revenait des champs, Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus.» (Marc 15. 21)

-«Comme ils l'emmenaient, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus.» (Luc 23. 26)

Simon de Cyrène est alors le premier saint chrétien noir; et ses fils Alexandre et Rufus vont devenir des missionnaires pour la cause du christianisme. Il y a bien une anecdote qui prétend que Simon de Cyrène, en aidant Jésus à soulever la croix, a été par le pouvoir divin substitué à Jésus. La personne crucifiée est alors Simon, et non Jésus qui a pu se sauver dans la foule avant d’être emporté auprès de Dieu.

(5) Pierre Grimal, La vie à Rome dans l’Antiquité, PUF, col. « Que sais-je? », 1953, p.124

(6) A Carthage, il y a non seulement des lapsi parmi les simples fidèles mais parmi les clercs et les évêques. Ainsi les controverses naissent-elles autour de la question complexe, si forte parmi les Imazighen: faut-il accepter le retour des repentis dans le sein de l’Eglise?

(7) Dominique Arnauld, Histoire du christianisme en Afrique: les sept premiers siècles, Karthala, Paris, 2001.

«Le monachisme nord-africain a ceci de particulier qu’il se développe autour des évêques. S. Augustin semble avoir été celui qui a introduit cette forme en Afrique. Tout d’abord comme simple laïc à Thagaste (385), puis comme prêtre à Hippone (388) et finalement comme évêque (391), il s’entoure d’amis qui désirent vivre une vie de prière, de pauvreté et d’études. A Hippone, il «imposera » ce style à son clergé. (…) Les caractéristiques de la vie monastique augustinienne sont:

1) la vie commune.

2) l’obéissance à un supérieur vécue dans une grande liberté intérieure.

3) la «lectio» de l’Ecriture.

4) une vie simple et ascétique et le célibat.

5) le service du peuple. » (p.153)

 

 

 

 

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