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Conte amazigh:

Fadéma qui avait perdu ses frères.1

Par: M’hamed Alilouch (Iyider N’kob).

 

Il était une fois une femme qui n’avait que des garçons. Ils étaient au nombre de sept. Cette femme était à nouveau enceinte et proche de son accouchement.

Un jour ses fils lui dirent: «Nous partons là-haut sur la montagne pour y rester. Tu nous mettras comme signe un crible, au cas où tu accouches d’une fille, et nous reviendrons; dans le cas contraire tu mettras un roseau et nous continuerons notre chemin vers l’inconnu.»

Leur mère mit alors au monde une fille et demanda à sa voisine de placer pour ses fils un crible comme ils en avaient convenu. Mais cette dernière fit le contraire, et donc les sept frères s’éloignèrent et s’en allèrent sans retour.

Le temps passa, la fille grandit et les gens l’appelèrent «Fadéma qui avait perdu ses frères». Un jour Fadéma dit à sa mère: «Pourquoi les filles m’appellent toujours «Fadéma qui avait perdu ses frères ?». La mère n’eut d’autres solutions que de raconter à sa fille toute l’histoire. Celle-ci, qui savait maintenant ce qui s’était passé, décida d’aller à la recherche de ses frères.

Le lendemain, jour du marché, Fadéma acheta beaucoup de vêtements neufs pour ses frères: chaque fois sept pièces de vêtements. Le lendemain à l’aube, Fadéma mit dans un sac tout ce qu’elle avait acheté la veille et le chargea sur un mulet. Sa mère accrocha quelques bijoux à la queue du mulet et demanda à son esclave d’accompagner Fadéma dans son voyage pour guider l’animal. La mère conseilla aussi à sa fille de ne pas laisser le mulet boire dans une rivière qu’elle trouverait sur son chemin.

Après avoir parcouru un long chemin, l’esclave demanda à plusieurs reprises à Fadéma de lui permettre de monter sur le mulet car elle était trop fatiguée, mais Fadéma refusa toujours.

Au bout d’un bon moment, elles arrivèrent à la rivière en question. L’esclave tira le mulet par la bride pour le faire boire; Fadéma l’en empêchait. Après une longue querelle entre elles, l’esclave gagna, le mulet tomba et écrasa de son sabot les bijoux suspendus à sa queue. L’esclave en profita et fit descendre Fadéma pour prendre sa place. Puis, à l’aide d’une boule magique qu’elle portait sur elle, elle transforma Fadéma, la sœur blanche des sept frères en esclave noire, tandis qu’elle prenait l’apparence de sa maîtresse.

Quand elles trouvèrent les sept frères, l’esclave leur dit: «Je suis votre sœur, et j’ai pour vous tout dans ce sac tout ce qui vous fera plaisir». Les frères essayèrent à maintes reprises d’ouvrir le sac, mais en vain, car Fadéma avait déjà jeté un sort sur ce sac, qui ne serait ouvert que par la main qui l’avait cousu.

Après avoir réessayé encore sans parvenir au moindre résultat, ils appelèrent l’esclave – qui était en réalité leur sœur Fadéma pour essayer à son tour. Dès qu’elle toucha le sac, elle réussit à l’ouvrir et les frères se servirent.

Fadéma, sous sa peau d’esclave, devint la bergère de leur troupeau de dromadaires. Elle passait ses journées en pleine forêt avec ses bêtes. Elle pleurait en disant: «Ah mère! Viens voir tes fils, ils chérissent ton esclave Tamimount et méprisent ta fille.» En écoutant chanter Fadéma, les dromadaires blatéraient et vomissaient, excepté un d’entre eux qui était sourd-muet.

Les frères remarquèrent que leur troupeau maigrissait jour après jour. Un jour, ils décidèrent qu’un d’eux suivrait les bêtes en forêt pour voir ce que l’esclave leur faisait. Un des frères se porta volontaire. Celui-ci écouta la chanson de l’esclave et décida de l’égorger avec son couteau comme une brebis. En essayant de l’exécuter, il remarqua que la peau sous son collier était blanche. Et lui dit: «Pour l’amour du Dieu, pourquoi ton cou est blanc ?», «Je suis votre sœur, lui répondit-elle; si tu ne me crois pas, va voir sous le collier de celle que vous prenez pour moi. Sa peau sera noire».

Les frères découvrirent enfin la vérité: l’esclave Fadéma était leur vraie sœur. Ils ordonnèrent à l’esclave de défaire la magie qu’elle avait employée contre leur sœur et de lui rendre sa couleur, sinon ils allaient la tuer. L’esclave frappa Fadéma avec la boule magique comme elle avait fait précédemment et chacune d’elles retrouva son apparence première. Les sept frères dirent à leur sœur: «Que veux-tu que nous fassions de cette esclave ?  Elle leur répondit: «Attachez-la à deux chevaux, faites-les courir en sens inverse l’un de l’autre pour l’écarteler.» Sitôt dit, sitôt fait. Une des gouttes de sang qui tomba du corps de l’esclave se transforma en poule. Fadéma souplia ses frères de lui laisser cette poule et ils finirent par accepter.

Les frères décidèrent de repartir. Ils achetèrent à leur sœur tout ce dont elle avait besoin et lui dirent: «Fais attention au feu, s’il arrivait à te manquer, tu ne pourrais le retrouver que chez un ogre et celui-ci essaierait de te dévorer».

Un jour, Fadéma nettoyait du blé pour le moudre. Elle trouva un grain spécial qu’elle donna à sa poule. Celle-ci attendit pour le manger et dit: «Je prends mon temps». Alors Fadéma elle-même mangea le grain. Peu après, la poule demanda son grain, mais Fadéma l’avait déjà avalé et lui donne un autre. La poule ne voulait que le grain spécial et refusa en disant: «Mon grain, mon grain, je ne veux que mon grain…». En vain. Pour se venger, la poule plongea dans l’eau et toute mouillée alla se secouer là où Fadéma gardait le feu et l’éteignit.

Le lendemain, accompagnée par sa poule, alla chercher le feu chez le seul être qui le possédait: l’ogre. Arrivée devant sa caverne, Fadéma l’appela: «Oncle ogre, oncle ogre, donne-moi un peu de feu, j’en ai besoin !» En entendant Fadéma, l’ogre mit à rougir une lame de fer dans le feu, l’en sortit, alla vers elle et lui dit: »Choisis: ou je te dévore, ou je te poignarde avec cette lame !» Fadéma choisit le moindre des maux: elle préféra être poignardée. L’ogre donna du feu à Fadéma, mais après l’avoir poignardée, il lui dit: «Je te mangerai au cas où tu laisserais tomber une seule goutte de sang par terre avant d’arriver chez toi !»

Sur le chemin du retour, la poule se chargea de cacher chaque goutte de sang qui tombait. Juste devant la porte de la maison, sans faire exprès, se mit dans les jambes de Fadéma. Celle-ci se fâcha et dit à la poule: «Va-t-en, maudite poule, tu es la cause de toutes mes souffrances !» La poule, furieuse, revint vers la caverne de l’ogre et lui montra tout le sang qu’elle avait caché. Alors l’ogre la saisit et la dévora.

Fadéma resta seule. L’orge se rendait chaque jour chez Fadéma en suivant les gouttes de sang. Il lui posait mille questions indiscrètes. Cela dura longtemps. Un jour, ses frères rentrèrent de leur voyage. Fadéma leur raconta ce qui lui était arrivé durant leur absence.

Les frères entendirent avec tristesse cette histoire et se rendirent compte des souffrances de leur aimable sœur. Ils décidèrent de tendre un guet-apens à l’ogre pour le piéger. Un matin, à l’aube, ils creusèrent un puits profond dans la maison. Ils l’emplirent de bois sec et y mirent le feu jusqu’à ce que le puits fût devenu un brasier. Ils le recouvrirent ensuite d’un tapis où les invités avaient l’habitude de s’asseoir. Enfin, ils suspendirent au-dessus du puits une outre pleine d’huile.

Comme à l’accoutumée, l’ogre vint devant chez Fadéma et lui dit: «Fadéma qui a perdu ses frères, qu’est-ce que tu es en train de faire ?» Cette fois-ci, Fadéma, n’ayant pas peur, lui lança des injures. Vexé, l’ogre se fâcha. Il s’élança dans sa maison pour la dévorer, mais il y trouva ses sept frères. «Ah, vous êtes là, messieurs !» leur cria-t-il.  «Assieds-toi sur ce tapis, oncle ogre» lui répondirent-ils. L’ogre alla pour s’asseoir, tomba au fond du puits brûlant et se mit à hurler: «Je brûle, je brûle !» «Oncle ogre, attrape l’outre qui est suspendue au-dessus de toi !» lui dirent-ils. L’ogre attrapa l’outre, l’huile lui tomba dessus et attisa les flammes qui le brûlèrent tout entier. Les frères refermèrent le puits en prononçant une formule magique et interdirent à leur sœur de l’ouvrir.

Les frères partirent une nouvelle fois en voyage. Fadéma ne respecta pas leur interdiction. Curiosité, elle décida un jour de jeter un bref coup d’œil sur l’ogre qui était toujours prisonnier au fond du puits. Alors qu’elle regardait, l’ogre lui jeta un morceau de charbon et toucha une de ses dents qui devint toute noire. Il sortit du puits et lui cria en s’enfuyant: «Où que tu ailles, je te retrouverai !»

Plusieurs années passèrent, l’ogre devint droguiste ambulant. Il allait d’un village à l’autre. Un jour, il arriva dans un endroit où se trouvait un groupe de femmes. Il se douta que Fadéma était parmi elles. Il leur dit: «Femmes, celle de vous qui a le plus beau sourire, recevra en récompense un cadeau précieux, un miroir encore». Toutes les femmes sourirent à l’exception de Fadéma, car elle avait l’impression d’avoir déjà vu cette personne, qui pouvait être l’ogre. L’ogre déguisé en droguiste juif leur parla ainsi: » Je le donnerai à cette femme qui ne sourit pas. En plus, je passerai la nuit chez elle.» Chose que Fadéma ne refusa pas.

Arrivés à la maison, l’ogre dit à Fadéma: «Donne-moi ton fils, je m’en occuperai pour que tu puisses être à l’aise en préparant le dîner !». L’ogre mangea aussitôt l’enfant et garda son foie et une de ses mains. Fadéma avait fini de préparer le dîner et lui dit: «Maintenant, juif, rends-moi mon enfant!» «L’odeur de mes herbes l’a endormi» lui répondit-il.

L’ogre laissa Fadéma tomber dans les bras du sommeil. Alors il barbouilla sa bouche du sang, accrocha la main de son enfant dans sa ceinture et alla se coucher. Tôt le matin, Fadéma et l’ogre se réveillèrent. L’ogre sortit de la maison et cria de tous ses poumons: «Femmes, femmes, venez voir ! Celle chez qui j’ai passé la nuit  a mangé son enfant». Tous les villageois accoururent, virent Fadéma et crurent ce que le droguiste affirmait. Et on ne peut les en blâmer, car sa bouche était maculée de sang et la main de son bébé pendait à sa ceinture.

Devant une telle horreur, tous les gens du village quittèrent leurs maisons et allèrent s’installer ailleurs. Fadéma, restée seule avec l’ogre, décida de les suivre. Pour tout bien, elle n’avait qu’une vache. Elle demanda à l’ogre de l’aidera mettre sur le dos de la bête quelques affaires. Mais au moment où elle les plaçait, l’ogre piqua l’animal qui sursauta et fit tout tomber. Fadéma recommença plusieurs fois et ressentit enfin qu’elle était en danger. Elle lui dit alors: «Attends-moi ici ! Je vais voir où sont allés les voisins !» «J’ai peur que tu ne reviennes pas.» lui répondit-il.  «Attache-moi avec une corde.» lui répliqua-t-elle. Arrivée derrière une colline, Fadéma ôta la corde de sa jambe, l’attacha à une pierre et quitta vite les lieux. Elle courut rejoindre les gens de son village.

Un certain temps s’écoula, mais Fadéma ne revint pas. L’ogre se mit à sa poursuite.

Fadéma rattrapa ses voisins. Elle alla voir les bergers et leur demanda de l’aider, mais ils refusèrent de lui porter secours. Elle se rendit ensuite chez les chevriers, puis les âniers… Mais personne n’eut pitié d’elle. Elle arriva, enfin, chez les muletiers qui faisaient paître leurs bêtes dans un vaste champ et leur dit: «Sauvez-moi, je vous en prie, sinon l’ogre me dévorera !» Alors ce furent les mules qui lui répondirent: «Apporte-nous du foin et viens avec nous !»

Aussitôt Fadéma apporta du foin aux mules et se cacha parmi elles. L’ogre arriva peu après. Lorsqu’il voulut dévorer Fadéma, les mules se ruèrent sur lui et lui donnèrent des grands coups de sabots. L’une d’elles le battit à mort. Fadéma était sauvée. Alors l’ogre adressa aux mules ces ultimes paroles: «Ah, maudites mules, vous m’avez tué ! Que Dieu vous rende stériles !» Depuis ce temps-là les mules ne font plus de petits.

N’kob le 02/12/2006.

www.alilouch.on.ma

(Note:

1 Conte Amazigh extrait de mon ouvrage «Tatbirt Tawraxt » publié au Maroc en 2006; Traduction en français avec la collaboration de: Lahcen Oumadin .( Texte lu et corrigé par : A t h a n a s e  V a n t c h e v  d e   T h r a c y).

 

 

 

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