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Quelques réflexions sur l’art de la traduction amazighe

Par: H.Banhakeia (Université de Nador)

 

«la fidélité restreinte au sens est une manière de trahison.» (p.valéry)

ici, nous allons nous satisfaire de quelques réflexions générales et constats pratiques sur un art «in progress» dans les lettres amazighes. traduire en amazigh ou vers une autre langue à partir de l’amazigh s’avère un problème autant de réception que de production. nonobstant, nous allons essayer de traiter les mécanismes et les problèmes de la traduction littéraire dans le champ nord-africain, aussi bien comme cible que comme source, sans évaluer son impact sur la littérature en général, encore moins sur le public. cet espace interculturel, mis en texte, écrit et établi, suscite diverses questions. aussi, dans ces rapports binaires, apparaît l’amazighité – ensemble de spécificités propres à la langue et à la culture des imazighen – traduite, revue, définie en tant que différence culturelle, en plus d’être un système linguistique à part, confrontée à un autre système et à une autre différence.

tout ce qui peut être écrit dans une langue peut-il être récrit de la même manière dans une autre sous forme de traduction-reproduction parfaite? les exercices de restructuration et de réajustement sont-ils nécessaires puisque l’amazigh entre dans un rapport de traduction avec des langues «lointaines» et «étrangères»? traduire mot à mot le système linguistique et la vision culturelle qui font le texte, serait un travail relativement erroné. d’autre part, traduire de manière globale le sens véhiculé par le texte est une autre tentative quasi «fracassante». que faire alors? c’est là le propos de notre réflexion.

d’emblée, deux groupes d’interrogations s’imposent tributaires de deux espaces différents:

1°- par quoi pourrait-on expliquer la motivation à traduire vers, ou à partir de, l’amazigh? l’argent? traduire pour un public qui n’ose jamais acquérir des textes dans la langue de mouloud mammeri? l’amour de traduire? cela est vainement conçu pour des lecteurs qui s’ingénient à découvrir d’autres langues et cultures, en absence d’établissement institutionnalisé pour le marketing de tels textes traduits…

2°- comment reproduire le ton du texte original dans une langue autre? que faire des particularismes dialectaux, des figures de style, des symboles, des proverbes, des références culturelles, du métalangage? le traducteur est confronté à des problèmes matériaux: il n’y a pas de dictionnaire précis pour vérifier le sens et le lexique, ni de grammaire «normative»...

en général, la traduction est à comparer à un pont entre langues et cultures. elle naît comme un processus à dresser des ponts vers l’autre, autant pour lui émettre sa culture, autant pour recevoir la sienne. l’architecte d’une telle entreprise est conscient des dissemblances qui fondent les deux rives, et il essaie alors de multiplier des processus des procédés afin de réaliser une mobilité confortable entre les deux cultures-rives. pourquoi existe-t-il un tel pont? comment est-il conçu: unidirectionnel ou multiple? de quoi est-il fait? et j’en passe…

i.- la traduction amazighe en question

il n’y a pas de tradition «académique» proprement dite dans l’expérience de la traduction amazighe. le travail de collecte des corpus littéraires oraux (proverbes, contes, devinettes, poèmes…), faisant l’objet de mémoires, thèses et travaux académiques, est accompagné d’une traduction «littérale» et «pratique» en arabe, espagnol, français, allemand et anglais. mu par un décentrement culturel constant, le transfert du sens s’avère alors difficile à réaliser: la forme est presque annihilée, le contenu est parallèlement révélé selon les paramètre de l’autre regard «colonialiste». précisément, le «qui traduit?» problématique se définit: l’étudiant bilingue, l’enseignant bilingue, le directeur bilingue… quant au «vers quelle langue l’on traduit-on ce texte «oral»?» s’avère facile: l’étudiant bilingue, l’enseignant bilingue, le directeur bilingue. enfin, que vise-t-il? les deux pôles bilingues. tout cela se révèle cyclique, autrement dit sans intérêt. il s’agit d’un pont «inutile»: il n’y a pas réellement de rives réelles.

la traduction vise généralement un lecteur incapable de lire dans la langue source. cet exercice, né dans les siècles de la colonisation «physique», est accompli par les voyageurs, les militaires, les consuls, les émissaires… ces derniers sont presque tous de formation: arabisants. rares sont les traducteurs indigènes, et il revient au fait aux occidentaux de traduire, vu leur puissance et leur grand génie à expliquer n’importe quel monde et à déconstruire sa vision collective. le rif, la kabylie, l’atlas, le désert sont les contrées les plus visitées et sondées, donc les plus traduites au niveau du patrimoine, car ces points nord-africains sont tellement convoités. par ailleurs, pourquoi auguste mouliéras a-t-il décidé de traduire des contes kabyles à la fin du xixe siècle? il y cherche, peut-être, les secrets et l’histoire de la langue et de la culture qu’il entend conquérir avant la conquête physique. cette traduction est le périple le plus intelligent dans l’inconscient d’un peuple, le rapprochement idéal.

néanmoins, cette littérature traduite, d’essence orale, est d’un grand intérêt: elle conserve d’une part des symboles, des archaïsmes, des figures, des constructions syntaxiques «incohérentes» à l’oreille du xxie siècle, et de l’autre présente un défi aux jeunes autochtones qui «voient» mieux en langues étrangères qu’en la leur propre, se trouvant aisément sur l’autre rive.

* * *

rappelons que la traduction, en plus d’être un pont, est un exercice de trahison, de mauvaise foi esthétique quand le traducteur entend concilier deux langues/cultures pour avoir la même idée en utilisant deux systèmes différents. fidélité s’oppose à trahison. obéir à l’intention de l’auteur tout en développant le même écart «poétique» s’avère un défi «à respecter» par le traducteur. l’objectivité s’avère un espace lointain, une question qui ne se pose jamais. faut-il toujours respecter l’idée ou la forme dans la traduction? que faire de la syntaxe et de la grammaire du texte traduit quand la transposition se fait dans l’autre système? la traduction a un ‘fondement’ irréversible: l’on ne peut jamais rapporter mieux le message que dans sa première langue. acclimater le texte, greffer une pensée dans un espace particulier, faire accepter l’idée aux étrangers… cependant, chaque langue a des excroissances atroces, mais vitales pour son expression particulière, et quand le traducteur tente de les curer ou de les éliminer, le message premier disparaît ou se trouve foncièrement tordu. faut-il être «cibliste» ou bien un «sourcier» pour faire une bonne traduction? traduire, autrement dit traverser le pont, implique simultanément appartenir aux deux rives et s’en détacher selon la logique de la production et/ou de la réception…

la traduction nous permet de découvrir que l’amazighité est un système à part. la langue en question apparaît alors avoir sa propre logique, cela est manifeste quand nous entamons la pratique in vitro des transferts de figures et de mots. elle est différente de l’arabe, du français et de l’anglais, etc… elle a, en fin de compte, sa propre esthétique, ou vulgairement un génie particulier au moment de sillonner ses espaces.

le mot amazigh se trouve alors comme une représentation collective, et la dimension culturelle est si importante. la traduction est alors un exercice interculturel: l’on crée des rapports entre systèmes et rives de pensée... le sens n’est pas réalisé par les relations structurelles au sein d’un système-code, mais il est véhiculé par le contexte (social, anthropologique). le traducteur est appelé à connaître le nivellement des significations, précisément des signifiés connotatifs. par exemple, le hibou pour les français connote «solitaire», les castellans «sauvage» et pour les anglais «wise» ; pour les imazighen «muka» signifie un être «fatal»… dans leur vision du monde particulière, les locuteurs de différentes langues ne partagent pas une même vision en ce qui concerne la mort, l’amitié, la vertu, le vice, l’honneur, les couleurs… de là, traduire n’est pas seulement un exercice grammatical mais surtout un transfert culturel complexe. cette traduction culturelle requiert non seulement, en fin de compte, une compréhension de la vision ethnique ou collective, mais une maîtrise des systèmes linguistiques en question…

(à suivre)

***

notes

(1) cf. h. meschonnic, «poétique de la traduction», in pour la poétique ii, gallimard, 1973.

(2) salem chaker, «traduire la poésie à partir d’un univers linguistique et culturel lointain: exemples berbères», pp. 81-105, in madgalena nowotna, d’une langue à l’autre: essai sur la traduction littéraire, aux lieux d’être, montreuil, 2005

«très vite, ce travail de collecte a été relayé par les élites locales «indigènes», notamment kabyles, dont le nombre est significatif dès la fin du xixe siècle: interprètes militaires et civils, auxiliaires de la justice et, surtout, instituteurs.» (p.81)

(3) cf. jean-rené ladmiral «sourciers et ciblistes», in revue d’esthétique, n° 12, 1986, pp.33-42

le traducteur «cibliste» se préoccupe plus de la langue-cible: il ne donne pas de l’importance à l’écart ni aux différences de la langue de départ. il se rattache fortement à la rive d’arrivée. par contre, le traducteur «sourcier» respecte le texte de l’auteur dans sa littéralité pour en faire un calque, et par conséquent il malmène la grammaire, le lexique et la culture de la langue d’arrivée.

(4) salem chaker, «traduire la poésie à partir d’un univers linguistique et culturel lointain: exemples berbères», pp. 81-105, in madgalena nowotna, d’une langue à l’autre: essai sur la traduction littéraire, aux lieux d’être, montreuil, 2005

«nous sommes en présence de systèmes linguistiques (berbère/français) très divergents: une syntaxe dans laquelle l’énoncé non-verbal est très prégnant – et se réfère donc plus souvent à des états ou qualités qu’à des actions ; un système verbal qui oppose plutôt le mode (effectif/non effectif) et l’aspect (ponctuel/duratif) que des valeurs temporelles ; un ordre des constituants basiques différents (vso), qui amène une gestion particulière de l’information et de la mise en relief…» (pp.84-85)

 

 

 

 

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