uïïun  173, 

tzayur 2961

  (Septembre  2011)

Amezwaru

 (Page d'accueil) 

Tamazight

is d talmmiççt i wanay vur zzat niv d asulf i wavul dffir?

Arrif di 122 n iseggusa

Nustaljya

Adfur n tmzvla, timdyazin n ben zrwal

Kartvaj

Akwttay

Français

A propos de la construction identitaire

La nouvelle constitution

De la guerre de Jugurtha

Adrar Neffussa libéré

Le VI ème congrès aura lieu en Tunisie

العربية

ترسيم الأمازيغية: فرصة للتقدم أم مناسبة للتراجع؟

سؤال الثقافة الأمازيغية

مقاطعة اللغة العربية

أصول المحاكمات الأمازيغية

في ذكرى رحيل سعيد سيفاو

تجسيد العروبة وأشياء أخرى

الاستعمال العبثي للأمازيغية بالقناة الثامنة

بوكوس يهدد عصيد بفصله من المعهد

تكريم المخرج عبد العزيز أوسايح

حروف تيفيناغ على علب الأدوية

أرضية العمل الأمازيغي

صدور المعجم الإسباني الأمازيغي

الدورة السادسة للمخيم الوطني للامريك

إعلان طنجة

تعزية في وفاة الدكتور لحسن لوداوي

 

 

 

DE LA GUERRE DE JUGURTHA A L’EQUIVOQUE DE SALLUSTE (2ème partie)

Par : Hassan Banhakeia (Université de Nador)

 

«et à quel étranger se fier, si l’on est l’ennemi des siens?» (X)

III.- ROME EN GUERRE D’OCCUPATION

Avec l’avènement de Jugurtha au pouvoir, les intérêts politiques et économiques de Rome sont en péril, et les alliances ne seraient point sauvegardées. Le Sénat et le peuple nourrissent la même inquiétude, selon le texte de Salluste. Ainsi, en -112, ennemi des nobles corrompus, le tribun Caius Memmius est l’un des premiers à se méfier de la politique nouvelle de Jugurtha, allant vers l’indépendance. Ainsi l’on mène la Numidie à la guerre à cause de sa revendication de souveraineté proprement dite. Le tribun expose à l’Assemblée les dangers encourus avec un tel aguellid, tout en exprimant le vœu de voir Rome posséder plus de grandeur et de fortune, et calmer l’ire du peuple.(1)

Avec de tels remous politiques, l’Afrique est alors offerte au consul Bestia Calpurnius, l’Italie à Scipion Nasica. En -111, Bestia Calpurnius et Aemilius Scaurus débarquent à la tête d’une armée prête à reconquérir les terres numides et à chasser Jugurtha. En bon diplomate, ce dernier propose la paix, notons-le, à force de soudoyer les militaires romains. (XXIX) Il rend visite à Lucius Calpurnius Bestia, facile à gagner par de l’or, et promet de payer un tribut à Rome (de l’argent, trente éléphants, des chevaux…)

Ensuite, Bestia Calpurnius rentre à Rome, et l’armée romaine en place est parfaitement corrompue par Jugurtha. Hardi, son frère Aulus part en guerre contre Jugurtha. Vers fin -110, il encercle Suthul, ville prisée pour ses trésors. (XXXVII) Mais, Jugurtha va attirer l’armée romaine dans un guet-apens et remporter une grande victoire grâce à l’emploi de la ruse dans ses batailles d’une part, et de l’autre pour sa connaissance approfondie des stratégies militaires de Rome. Cette humiliation ne va jamais être pardonnée à Jugurtha. A ce moment, il revendique son statut de souverain de Numidie. Le Sénat romain refuse de ratifier le traité de paix, et patriciens et peuple se sentent offensés.

Cette trêve gagnée mais combien blessante pour la grande Rome, c’est à ce moment-là que le chef numide décide de partir à Rome pour la renforcer. Il vient de se défendre devant les tribuns afin de faire changer à Rome son regard méfiant envers le nouveau pouvoir. Jugurtha a un sauf-conduit lui garantissant la sécurité, et il est dans la position «d’un accusé qui cherche à exciter la pitié.»(2) Mais le tribun Bebius va le sauver, tout en lui interdisant de se défendre face aux patriciens, et l’Assemblée se sent offensée.

Le consul Spurius Postumius Albinus propose Massiva, fils de Gulussa et petit-fils de Masinissa, comme substitut à Jugurtha au trône. (XXXV) Il était l’un des rescapés de Cirta. A l’instigation de Jugurtha, Bomilcar assassine alors Massiva, à Rome. L’assassin va être arrêté, ensuite libéré contre cinquante otages romains. Il repart avec son maître, rassuré encore dans sa stratégie de corrompre infiniment les patriciens. Sur le quai du bateau, Jugurtha lance un anathème à Rome : «O ville corrompue et vénale ! pour te vendre et pour périr tu n’attends qu’un acheteur.» (XXXIII) L’or est plus efficace que le sabre. Toutefois, les Romains, avisés des prétentions latentes de Jugurtha, entreprennent comme il faut la guerre en Afrique. Le Sénat romain va envoyer des troupes en Numidie. Il délègue le propréteur d’Hispanie Marius et le consul Quintus Caecilius Metellus pour combattre le nouvel aguellid.

1°- LES CHEFS ROMAINS FACE A LA RUSE

La Guerre de Jugurtha explique divers points sur le conflit entre Marius et Metellus. Issus de classes différentes, ces deux chefs romains se détestent bien qu’ils aient eu le rapport de maître à élève (Marius), et c’est sur la terre nord-africaine qu’ils vont exprimer l’énergie et la force d’une telle inimitié, défiant l’un l’autre par le nombre de victimes et le degré de destruction…

En ce qui concerne les affaires numides, les proconsuls romains n’ont jamais traité Jugurtha comme un roi ayant le droit de gouverner indépendamment.

A.- METELLUS, ENTRE L’ASTUCE ET LA CRUAUTE

Quintus Caecilius Metellus, surnommé Numidicus, est élu consul en -109 ; il va être l’architecte de la guerre contre Jugurtha. Il représente les ambitions de l’oligarchie orgueilleuse. A l’arrivée de Metellus en Afrique, « le proconsul Albinus lui remit une armée sans vigueur, sans courage, (…) pillant les alliés, pillée elle-même par l’ennemi » (XLIV) Il a une bonne connaissance des Numides, notamment de leur perfidie. (3) Ensuite, il va demander à ses côtés deux légats, Publius Rutilius Rufus et Caius Marius. Il est utile de noter que ces légats sont sollicités pour maintes raisons, mais surtout pour être des connus de Jugurtha lors de la bataille de Numance.

Le consul s’engage à mener des campagnes entre -109 et -108, contre un Jugurtha renforcé dans ses ressources et matériel de guerre. Le chef numide possède des centres agricoles et des villes sous sa domination, et Metellus de décider de l’en priver, de cette force économique afin de le vaincre. Le chef romain occupe villes numides et détruit tout ce qui pourrait servir à Jugurtha dans sa résistance. Toutefois, les Numides « assiégés » se montrent courageux face à la violence de l’attaque, et utilisent tous de moyens pour faire échouer l’assaut.(4) Les Numides sont obligés à s’organiser en guérillas. La bataille de Muthul va être une défaite cuisante pour les Romains. Ces derniers ne cessent quand même d’attaquer les cités numides, détruisant, brûlant tout.

Metellus est battu à Zama – où le même Hannibal a été vaincu par Scipion. Le consul romain reconnaît la vanité de ses tactiques ; « il ne pouvait prendre la ville, et Jugurtha n’engageait de combat que par surprise ou avec l’avantage du poste » (LXI) Il abandonne alors la tentative de prendre Zama, et remet en question sa stratégie militaire. Il cesse le siège. Metellus pense alors « d’y substituer la trahison, et de se servir des amis de Jugurtha pour lui tendre des embûches. » (LXI) D’ailleurs, Metellus a à son service un grand nombre de cavaliers numides, mercenaires qui partent à la destruction de leur propre terre. (LXVIII)

Grâce à ces défaites, Metellus s’engage à user des mêmes « armes » (XLVIII) que Jugurtha : promettre la paix et se préparer à la guerre, et punir cruellement les siens. La vengeance de Metellus contre les citoyens de Vacca est horrible, basée sur l’astuce: « comme cette armée ne dévastait point la campagne, et que ceux qui s’avançaient les premiers étaient des Numides, alors les Vaccéens se persuadent que c’était Jugurtha, et, transportés de joie, ils vont au devant de lui. Tout à coup les cavaliers et les fantassins, à un signal donné, s’élancent à la fois : les uns taillent en pièces la foule qui sortait de la ville, les autres courent aux portes, une partie s’empare des tours. Le ressentiment et l’espoir du butin triomphent de la lassitude. » (LXIX) Ce passage met en exergue non seulement la cruauté romaine, mais également la résistance « raisonnée » de Jugurtha. Lors de cette bataille, Salluste insiste sur un personnage nommé Turpilius, défini comme le symbole de la lâcheté latine, qui va être décapité par Metellus.(5) La bataille de Jugurtha contre Metellus est détaillée. (L) Notons enfin que le soldat romain allait en guerre lourdement chargé, aussi l’est-il car il usurpait tout ce qui avait une valeur sur son chemin dans les territoires ennemis.

La recherche d’un traité de paix est toujours valable dans la stratégie de Jugurtha bien qu’il remporte une demi-victoire sur Métellus lors du siège de Zama. Ainsi le prince numide va-t-il envoyer, en vain, une ambassade, composée de son fils Oxyntas et de deux confidents. (XXVIII) pour réaliser ce pacte de paix et de confiance. Dans cette longue guerre intermittente les confrontations sont multiples et cruelles. Autant de victoires pour un parti, autant de défaites pour l’autre. Le pays est totalement ravagé. (6) Salluste décrit les mouvements des troupes numides à travers les collines, recherchant le lieu idoine pour l’attaque. Jugurtha ne livre pas de bataille proprement dite, et à Metellus de suivre l’exemple. L’aguellid adapte la terre brûlée face aux régiments romains qui tentent d’occuper le pays. Il « empoisonnait les sources, si rares dans ce pays ».  (LV) De telles astuces de guerre s’avèrent efficientes pour retarder l’occupation totale de la Numidie.

Salluste raconte longuement le complot de Bomilcar et de Nabdalsa. Metellus convoque Bomilcar, « déloyal par caractère », et lui offre de trahir son maître. En contrepartie, il sera pardonné, et va récupérer ses biens. (LXI) Ainsi Jugurtha va-t-il être convaincu au premier moment par son ami. Ses ambassadeurs se réunissent avec les sénateurs pour déterminer la paix. Le roi numide va recevoir les conditions romaines pour une paix correcte :

- « donner deux cent mille livres pesant d’argent » ;

- livrer « tous ses éléphants » ;

- « une certaine quantité d’armes et de chevaux » ;

- « tous les transfuges lui soient rendus chargés de chaînes » (LXII)

Jugurtha exécute Bomilcar et épargne Nabaldsa afin de ne pas provoquer des divisions dans ses rangs. Cet incident est hâtivement raconté. L’aguellid devient suspicieux et instable (LXXIV),  « craignant ses sujets à l’égal de ses ennemis, épiant tout ce qui l’environnait, s’épouvantant au moindre bruit, couchant la nuit tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre, au mépris des bienséances du trône. Quelquefois il s’éveillait en sursaut, saisissait ses armes, et poussait des cris : les terreurs dont il était obsédé allaient jusqu’à la démence. » (LXXII) Jugurtha aura des moments de tergiversation. Il préfère rester un maître au lieu de tomber dans l’esclavage, « il se décide à recommencer la guerre plus que jamais. A Rome, le sénat avait, dans la répartition des provinces, prorogé la Numidie à Metellus. » (LXII)

L’épisode de la bataille de Thala menée par Metellus est intéressant à analyser. Si Thala signifie la source, comment le problème de l’eau pouvait-il se poser aux bataillons romains sur un tel lieu ? En outre, Salluste parle d’une certaine « bienfaisance divine » envers les Romains quand la pluie commence à tomber, une aide pour assurer une victoire sur les Numides.(7) Une fois Thala occupée, Jugurtha se réfugie chez les Gétules, (8) « nation sauvage et grossière, qui ne connaissait pas encore le nom romain ». (LXXX) Il en constitue une armée à son service, et opte pour l’alliance avec le roi Bocchus, son beau-père, pour affronter les Romains. Jugurtha « n’a point une troupe considérable, et qui n’a de ressource et d’espoir que dans Bocchus » (CVII) Il fonde l’union pour combattre le colonialisme, « il allègue leurs injustices, leur insatiable cupidité : ce sont, dit-il, les ennemis communs de tous les peuples ; (…) Maintenant c’était à Bocchus, naguère aux Carthaginois, puis au roi Persée, à en faire l’expérience » (LXXXI) Ainsi les deux rois partent-ils vers Cirta que Metellus considérait le dépôt de ses butins.

Le seul reproche émis contre Métellus n’est pas sa cruauté contre les autochtones, mais contre les soldats. Appien avance que les troupes de Metellus n’apprécient pas la discipline imposée, et cela va être derrière son remplacement par Marius.

B.- MARIUS, LE HEROS DU PARTI POPULAIRE

Le proconsul Metellus est triste en apprenant la promotion de Marius à consul de la Numidie. (LXXXII) Ils entretiennent une correspondance intéressante sur les affaires africaines où leurs visions sont tantôt complémentaires tantôt antagonistes. (LXXIII) Cet échange est à comprendre selon l’écho produit par chacun des deux militaires auprès de l’opinion publique. Le sénat veut Metellus dans la guerre africaine, (9) et le peuple Marius. (LXXIII) Ainsi la jalousie devient cruelle.

Qui est au fait Marius ? Il est né dans un petit village nommé Cirréation. Il part à Rome, et grâce à sa famille il est mis sous la protection de Metellus. Il prend part à la guerre de Numance sous le commandement de Scipion Emilien. Grâce à Metellus il devient tribun, mais il positionne contre la noblesse romaine. « Guidé par son instinct ou par son intelligence, il avait compris qu’au-dessus du peuple officiel existait un peuple de prolétaires et d’alliés qui demandait à compter dans l’Etat. » (10) Il préfère mener une vie de pauvre, et il revient de l’Espagne où il a la préture, pauvre. Chose complètement différente de Salluste qui revient de l’Afrique riche, ce qui produit une sorte d’émerveillement chez l’auteur.

Lors de la guerre de Numidie, Metellus va le choisir lieutenant. Salluste insère un long discours au sénat de Marius avant de partir en guerre. Nonobstant, le nouveau consul est connu pour son éloquence, et l’auteur ne la fait pas manifester dans le texte, au moment de rapporter ses paroles... Il revient à Marius le poste de consul, et se prépare à mener une série de batailles contre Jugurtha. Printemps -107, Marius poursuit l’entreprise de Metellus en menant des combats précis : détruire les points de ravitaillement et de soutien au chef numide, investir Gauda (11) à sa place. « Marius part pour l’Afrique avec des troupes plus nombreuses même que le décret ne l’avait autorisé » (LXXXVI) La guerre de Marius contre Jugurtha est rapportée positivement : il subit des défaites à Cirta, Sicca Veneria (le Kef), Thala et Capsa (Gafsa), il remporte quelques victoires sur les troupes romaines à Calama (Guelma) et à Zama (Jama).

Ainsi Marius serait-il aussi dévastateur que Métellus. « Le consul (Marius) ayant complété les légions et les cohortes auxiliaires, marche vers un pays fertile et riche en butin. Tout ce qui est pris, il l’abandonne aux soldats. Il assiège ensuite des châteaux et des villes mal défendues tant par leur assiette que par leurs garnisons, et livre, tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre, une foule de combats, tous peu importants. » (LXXXVII) Ces cohortes sont-ils des mercenaires numides ?

Face à une armée fourmillant dans tous les sens, Jugurtha apparaît démuni, et Bocchus, plus prudent, va rechercher la paix avec Marius : « Jugurtha allait être ou privé de ses garnisons, s’il se laissait enlever ses places, ou forcé de combattre. Quant à Bocchus, il avait, par ses émissaires, donné plusieurs fois au consul l’assurance «qu’il désirait l’amitié du peuple romain, et qu’on n’avait à craindre de sa part aucune hostilité». Etait ce un piège, afin de nous surprendre avec plus d’avantage, ou inconstance de caractère, qui le faisait pencher tantôt pour la paix, tantôt pour la guerre ?» (LXXXVIII) Les Romains se méfient des résistants et des pacifistes.

Salluste ne parle pas des événements politiques entre l’hiver -107 et le printemps -106, mais se satisfait de parler du siège d’un village situé entre la Numidie et la Mauritanie, tout près de la rivière Mulucha. Plus précisément, il narre l’anecdote des « limaçons » (12) et de l’ascension par le côté escarpé, et les Romains réussissent à trouver une issue, à massacrer les Numides et à s’approprier les trésors.

IV°- FIN TRAGIQUE DE JUGURTHA

Curieusement, le texte Guerre de Jugurtha ne raconte pas la fin du personnage historique. Pourquoi ? La seule raison valable : l’auteur ne veut pas mettre au clair la cruauté romaine.

Les Numides et les Maures sont las de faire une guerre perdue d’avance face aux Romains. Ils font alors des propositions de paix. « Metellus, d’après cette proposition de Bocchus, lui envoie de nouveaux députés. Le monarque agrée une partie de leurs demandes, et rejette les autres. Ainsi, à la faveur de ces députations successives, le temps s’écoula, et, comme l’avait désiré Metellus, les hostilités furent suspendues. » (LXXXIII) Non seulement Jugurtha souffre de l’indécision de Bocchus, (13) mais surtout de la désunion des tribus numides. Son armée est décrite comme une cohorte, sans discipline précise, sans objectif, moins encore celui de défendre le pays des conquérants ! (LVI)

C’est grâce à la ruse de Sylla (14) que les forces numides et maures ne purent s’unir contre les Romains. (15) Cela aurait été un désastre pour la présence romaine en Afrique du nord. Le questeur convainc Bocchus à délaisser Jugurtha et à choisir l’option romaine : délivrer le chef numide et recevoir en contrepartie plus de territoire… Bocchus signe un traité de paix avec les Romains, et trahit Jugurtha qui est livré aux Romains en -106. Selon ce traité, le roi mauritanien reçoit une partie de la Numidie. La première trahison amazighe : offrir le frère à l’ennemi. Bocchus offre Jugurtha aux Romains sanguinaires.

En -105, Marius remporte la dernière victoire sur les numides, et il est par conséquent réélu consul. Au début de l’année -104, Marius l’emprisonne à Rome. Il est montré prisonnier dans les rues de Rome, avant d’être emprisonné à Tullianum. « Derrière ses enfants et leurs serviteurs, Jugurtha se traînait péniblement, accablé par ses malheurs - celui d’être tombé du trône dans les fers de l’esclavage, et celui, pire à ses yeux, d’avoir entraîné ses enfants dans sa chute » (16) . La mise à mort de Jugurtha est longuement décrite par Plutarque. (17) Ce sont les ordres explicites de Marius qui vont être appliqués. Marius quête la gloire auprès du peuple romain, il lui a offert Jugurtha prisonnier. L’on raconte qu’ils l’ont emprisonné, ensuite les gardes l’ont abattu, déchiré ses vêtements, l’ont mis à nu, lui ôté violemment les boucles d’oreilles. Il y perdit les lobes de ses oreilles. (18) Il fut affamé pendant six jours, et à la fin, selon Eutrope, Jugurtha est pendu le premier janvier -104.

Quant à ses deux fils, ils vont être emprisonnés à vie à Venusia.

V.- DECONSTRUCTION DES PORTRAITS DE LA GUERRE DE SALLUSTE

Comment peut-il l’historien rapporter des faits historiques aussi anciens ? La narration se fait brève quand il est question d’un aspect « dérangeant » de l’histoire dite glorieuse de Rome en Afrique. Dans les différents discours, le style de Salluste est manifeste : il s’ingénie à faire dire des « choses éloquentes » aux personnages historiques.

A partir de cet ouvrage d’histoire, Salluste dresse le portrait moral des Conquérants et des Numides. Certes, l’auteur a vécu entre la Numidie et Rome. Il a une grande connaissance des terres nord-africaines. Que dit-il du peuple amazigh, de ses mœurs et de ses traditions ?

Selon Haouaria Kadra, l’amazighité est la marge, le centre du récit de Salluste est la romanité. Ce point de vue tisse tout le récit : les Numides sont furtifs dans leur apparition, et aux Romains d’occuper toute la scène. (19) Le portrait de Jugurtha est particulier chez Salluste : d’une part « effacé », et de l’autre violent et sanguinaire.

1°-  LE CONQUERANT ARROGANT ET CRUEL

Le Conquérant ne se remet pas en question ; il conquiert l’autre espace selon une vision humaniste. Les Romains, qui se voient des maîtres face aux Africains, vus comme des esclaves, tentent de développer et de civiliser le pays conquis. (20) L’honneur du nom romain est au-dessus de tout : « la garde, parce qu’il eût été honteux pour des cavaliers romains de servir de satellites à un Numide. » (LXV) Servir Gauda est une honte pour les Romains bien qu’il soit un allié. La romanisation de la Numidie avait bien commencé avec Masinissa, établie avec Micipsa, et à Jugurtha, mercenaire chez les Romains, de contester une telle situation politique. Les Romains sont imbattables sauf à cause de la nature et de la trahison des ennemis. C’est bien la nature qui aide le Jugurtha futé à à remporter quelques batailles, à fuir, à s’éloigner... Aucune victoire de Jugurtha n’est louée par l’historien.

Force est de noter que les mercenaires sont nombreux parmi les Numides, et qui luttaient contre leurs confrères. Qui étaient ces trois mille transfuges ? (LXII) Des militaires numides au service de Rome ou bien des Romains solidaires de la cause de Jugurtha ? En outre, la perfidie romaine lors de la guerre est une chose naturelle pour Salluste qui ne se lasse de parler de corruption, d’artifices, de crimes…

Tout est permis au Romain en Afrique du nord : il peut exercer toutes les atrocités imaginables. Pourquoi ? Il défend les intérêts suprêmes de la Cité. La violence contre les numides est indescriptible : « la ville est livrée aux flammes, tous les Numides en âge de porter les armes sont passés au fil de l’épée, le reste est vendu, et le butin partagé aux soldats. Exécution sanglante, contraire au droit de la guerre, et dont on ne doit pourtant accuser ni la cruauté ni l’avarice du consul ; mais cette place, position très avantageuse pour Jugurtha, était pour nous d’un difficile accès, et ses habitants, race mobile, perfide, ne pouvaient être enchaînés ni par la crainte ni par les bienfaits. » (XCI) Y a-t-il un degré plus haut de cruauté et de destruction ? « Enfin les ennemis sont battus de toutes parts. Alors quel horrible spectacle dans ces plaines découvertes ! Les uns poursuivent, les autres fuient ; ici on égorge, là on fait des prisonniers ; hommes, chevaux, gisent abattus ; les blessés, et le nombre en est grand, ne peuvent ni fuir ni supporter le repos ; un instant ils se relèvent avec effort, et retombent aussitôt : aussi loin enfin que la vue peut s’étendre, ce ne sont que monceaux de traits, d’armes et de cadavres ; et dans les intervalles, une terre abreuvée de sang. » (CI) Le massacre romain est indescriptible : ils égorgent plus de cinquante mille quand Jugurtha et Bocchus prennent la fuite. Ce dernier décide alors de s’approcher des Romains par crainte de se retrouver sans règne.

2°- LE MAUDIT AMAZIGH

Salluste explique les origines des Imazighen par le mythe du « mélange de toutes les races » : des Libyens avec les Mèdes, et les Gétules avec les Perses et les Arméniens. « Les premiers habitants de l’Afrique furent els Gétules et les Libyens, nations farouches et grossières qui se nourrissaient de la chair des animaux sauvages et broutaient l’herbe comme des troupeaux. Ils ne connaissaient ni le frein des mœurs et des lois, ni l’autorité d’un maître. Sans demeures fixes, errant à l’aventure, leur seul gîte était là où la nuit venait les surprendre. » (XVIII) D’après ce texte d’histoire, les Numides apparaissent ne pas avoir le droit d’être indépendants, par contre ils existent pour servir Rome.

Le portrait d’Adherbal est pathétique, il apparaît pleurnichant face aux Romains et à Jugurtha. Son discours est long au sénat, plein d’éloges envers le Protecteur. La lettre d’Adherbal envoyée au sénat est probablement créée toute pièce. Seulement, la description de sa mort est hâtive. De même, Bocchus choisit de trahir son confrère au lieu de confronter l’ire romaine, fort connue du temps d’Hannibal, apparaît également pathétique... Rien que les « vendus » africains sont loués.

Quant au portrait de Jugurtha, il est esquissé dans sa quasi-totalité par Salluste. Est-il vrai ou faux ? Faut-il faire confiance à un ancien gouverneur romain des terres africaines qui entend esquisser la personne d’un ennemi ? L’esquisse s’apparente à la narration d’un conte. Dans la composition des dialogues ou des lettres, il use de son imaginaire. (cf. X paroles de Micipsa mourant pour Jugurtha : il parle longuement à son fils adoptif alors que pour ses fils « légitimes » il se satisfait de quelques mots ! – L’auteur est omniscient : il peut lire les pensées « cachées » et les intentions de Jugurtha !)

Le roi numide est arrivé au pouvoir par la dictature. Déjà dans le début de son manuel d’histoire, l’auteur condamne la violence dans le gouvernement. « En effet, obtenir par violence le gouvernement de sa patrie ou des sujets de la république, dût-on devenir tout-puissant et corriger les abus, est toujours une extrémité fâcheuse ; d’autant plus que les révolutions trainent à leur suite les massacres, la fuite des citoyens, et mille autres mesures de rigueur. D’un autre côté, se consumer en efforts inutiles, pour ne recueillir, après tant de peine, que des inimitiés, c’est l’excès de la folie, à moins qu’on ne soit possédé de la basse et funeste manie de faire en pure perte, à la puissance de quelques ambitieux, le sacrifice de son honneur et de sa liberté. » (III) Jugurtha n’est pas un militaire puissant, mais un corrupteur adroit. D’autres fois, il Jugurtha est décrit comme un chef aimé, par exemple à Capsa. (21)

La politique de Jugurtha est de gagner du temps lors de la guerre. Il use d’une tactique tout à fait particulière. (XXXVIII) : « Jugurtha était si rusé, il avait une telle connaissance du pays et de l’art militaire, que, de loin ou de près, en paix ou en guerre ouverte, on ne savait pas quand il était le plus à craindre. » (XLVI) Il parlera en latin pour déclarer la mort de Marius aux soldats romains afin de les décourager. (22)

Lors de sa défaite, Jugurtha choisit la fuite. (23) A cause des désertions et des trahisons dans son régiment, il devient craintif « ne s’arrêta jamais plus d’un jour ou d’une nuit dans le même lieu, sous prétexte que ses affaires lui commandaient cette précipitation, mais en effet par la crainte de nouvelles trahisons, n’espérant les éviter qu’au moyen de ces continuels changements de séjour ; car de pareils complots demandent du loisir et une occasion favorable. » (LXXVI) Cette inconstance est-elle vraie ? Montre-t-elle l’omniprésence des Romains ?

3°- PORTRAIT CACHE DE SALLUSTE

Ce texte est un essai pour mettre en dérision l’orgueil exagéré des nobles, qui sont si prompts à corrompre que les mêmes barbares en font des marionnettes. L’oligarchie est alors critiquée, et le Salluste émet les idées du parti populaire…

Les retours sur soi-même dans Guerre de Jugurtha sont intéressants à lire. (XVIII) Salluste expliquera au début sa distanciation des affaires de l’Etat, alors qu’il a été écarté : « j’ai résolu de me tenir désormais éloigné des affaires publiques, certaines gens ne manqueront pas de traiter d’amusement frivole un travail si intéressant et si utile ; notamment ceux pour qui la première des études consiste à faire leur cour au peuple, et à briguer sa faveur par des festins. Mais que ces censeurs considèrent et dans quel temps j’obtins les magistratures, et quels hommes ne purent alors y parvenir, et quelle espèce de gens se sont depuis introduits dans le sénat ; ils demeureront assurément convaincus que c’est par raison, et non par une lâche indolence, que mon esprit s’est engagé dans une nouvelle carrière, et que mes deviendront plus profitables à la république que l’activité de tant d’autres. » (IV) De gouverneur à historien, l’auteur révèle ses positions qui ont nettement évolué à travers les expériences de sa vie.

Il a le complexe de sa naissance plébéienne (LXIII) et (LXIV). Quand l’auteur parle de la corruption des nobles romains (XV), il se réfère à son enfance dans la capitale, lui natif d’Amiterne. Il peut comprendre Jugurtha qui sait attiser les convoitises des Romains corrompus, mais il lui est difficile d’expliquer ces Romains qui se vendent facilement. D’autres péchés sont propres à l’armée romaine : la lâcheté, (24) la débauche, la licence, le relâchement de la discipline… (XXXIX), et ils font partie du quotidien de Salluste !

En choisissant de parler d’un prince « adoptif », il y a matière à le relier à sa propre vie : il adopte lui-même le fils de sa sœur auquel il lègue toute sa fortune. Seulement, il y a un autre fait à rappeler pour ce qui est de la paternité. Peut-être est-il que quand il se réfère à Jugurtha trahissant la confiance de son père adoptif, il parle de soi-même : Salluste a vendu la maison paternelle du vivant de son père). (25) Bizarrement Salluste parle infiniment de la corruption, de l’action d’acheter… Cela a une résonance avec sa mauvaise réputation.

Enfin, Salluste qui déteste la chasse et l’agriculture (26), ne s’attarde pas sur les exploits du prince numide comme un grand chasseur, un lanceur de javelot et un cavalier hors norme : il monte sans brides, ni selle, ni mors, ni éperons. (VI)

VI.- QUELQUES ASPECTS DE LA CULTURE AMAZIGHE

Dans une note, Charles Durozoir écrit : «Maure, en langage africain, signifie commerçant. » Peut-on se fier à cette définition ? Les origines de cette ethnie à « conquérir » sont à refaire pour une parfaite maîtrise, et sa culture rapportée sous forme d’un inventaire de préjugés.

En effet, rien n’est loué dans la culture amazighe (numide et maure). Leur préparation à la bataille se fait dans des festivités la veille, « allumant des feux de tous côtés, les Barbares, pendant la plus grande partie de la nuit, témoignent leur joie, selon leur coutume, par des danses bruyantes, et par des cris confus. Leurs chefs aussi sont enivrés d’orgueil : pour n’avoir pas fui, ils se croient vainqueurs. » (XCVIII) Si la condescendance romaine est attestée, les numides apparaissent arrogants et irréalistes.

Tout ce qui relève du numide, identifié incorrectement comme « nomade », (27) est négatif. Le premier trait culturel à être déprécié est la langue : « La langue des Leptitains s’est altérée par leur mélange avec le sang numide : à cela près, ils ont conservé les lois et la plupart des usages sidoniens, d’autant plus facilement qu’ils vivaient fort éloignés de la résidence du roi. Entre Leptis et la partie la plus peuplée de la Numidie s’étendent au loin de vastes déserts. » (LXXVIII) Cette critique de la langue amazighe, usuelle depuis le vieux Hérodote, enclenche d’autres préjugés.

Comme exploitation de l’espace, l’architecture est précisée par Salluste : « Encore aujourd’hui, les habitations des paysans numides, appelées mapales, ressemblent assez, par leur forme oblongue et par leurs toits cintrés, à des carènes de vaisseaux. » (XVIII) Que reste de ces édifices ? de ces habitations ? (XVIII) En fait, peu est indiqué sur cette conception amazighe de l’habitat, notamment comment demeurer dans un espace prétendument mobile...

Quant à la culture du sol, Salluste n’en parle pas, et n’insiste pas sur la dépendance italique des greniers africains. Non seulement le blé qu’on distribue au soldat romain comme nourriture est abondant sur les terres nord-africaines, mais il est exporté vers Rome. De la nourriture des Imazighen, l’auteur précise : « les Numides ne se nourrissent guère que de lait et de la chair des animaux sauvages, sans y ajouter le sel et tous ces assaisonnements qui irritent le palais. Ils ne mangent et ne boivent que pour la faim et pour la soif, et non pour satisfaire une dispendieuse sensualité. » (LXXXIX) Le peu qui est dit de cette culture, est rapportée dans une vision rabaissante, pour rapprocher l’humain de l’animal.

La culture de la guerre est davantage spécifiée dans le texte. L’auteur parle de la cavalerie numide, efficiente dans le déroulement des batailles, toujours au service des maîtres romains. Lors des sièges, au moment d’escalader les murailles, les numides usent d’une tactique appropriée : « A leur dos étaient attachés leur épée et leur bouclier fait de cuir, à la manière des Numides, afin que le poids en fût plus léger et le choc moins bruyant. » (XCIV) Ces techniques de guerre sont utilisées contre leurs propres concitoyens…

Selon Salluste, les Imazighen maltraitent leurs vaincus et les captifs. Il en insiste quand la bataille est remportée par Jugurtha. Curieusement, c’est Adherbal qui en fait la description dans sa lettre au sénat romain : « Prisonniers de Jugurtha, les uns ont été mis en croix, les autres livrés aux bêtes ; quelques-uns, qu’on laisse vivre, traîner au fond de noirs cachots, dans le deuil et le désespoir, une vie plus affreuse que la mort. » (XIV) Ce traitement cruel contraste avec la lâcheté des Numides sur le champ de bataille. (28)

Les mœurs sont également insérées pour expliquer des faits typiquement politiques. Comme offense, Jugurtha verra dans le positionnement de Hiempsal lors du partage des royaumes et de la fortune.(29) De même, l’alliance avec Bocchus est expliquée par les coutumes. Le mariage, lien entre Bocchus et Jugurtha, ne pourrait pas l’alliance : « une fille de Bocchus avait épousé Jugurtha ; mais de telles unions, chez les Numides comme chez les Maures, ne forment que des liens bien légers ; chacun d’eux, selon ses facultés, prend plusieurs épouses, les uns dix, les autres davantage, les rois encore plus. Le cœur de l’époux étant ainsi partagé entre un si grand nombre de femmes, aucune d’elles n’est traitée par lui comme sa compagne : toutes lui sont également indifférentes. » (LXXX) Les Imazighen maltraitent les femmes, c’est cela le message à délivrer par l’historien…

Pour ce qui est de l’Histoire, Salluste donne libre cours à son imagination pour esquisser les annales des peuples du sud. « Dans le temps que les Carthaginois donnaient la loi à presque toute l’Afrique, les Cyrénéens n’étaient guère moins riches et moins puissants. Entre les deux Etats était une plaine sablonneuse, toute unie, sans fleuve ni montagne qui marquât leurs limites. De là une guerre longue et sanglante entre les deux peuples, qui, de part et d’autre, eurent des légions, ainsi que des flottes détruites et dispersées, et virent leurs forces sensiblement diminuées. Les vaincus et les vainqueurs, également épuisés, craignant qu’un troisième peuple ne vînt les attaquer, convinrent, à la faveur d’une trêve, qu’à un jour déterminé des envoyés partiraient de chaque ville, et que le lieu où ils se rencontreraient deviendrait la limite des deux territoires. » (LXXIX) Ces rapports entre la Cyrène et Carthage sont réduits à une confrontation continue…

EN CONCLUSION…

Si, dans Guerre de Jugurtha, le patriotisme romain est chanté, l’amazigh est vu comme une aberration et un acte de barbarie quand le peuple autochtone s’unit dans une guerre de résistance… Selon Salluste, l’amazigh est source de la corruption « généralisée » chez l’oligarchie patricienne, et ce préjugé s’amplifie avec les temps redoublant de colonisation. Jugurtha, le premier nationaliste, est toutefois l’exemple du Nord-africain qui ne sait maitriser les alliances pour conquérir son but politique suprême. Et la narration de Salluste des faits sera, bien sûr, une défense pour légitimer le colonialisme romain : les Romains peuvent développer les terres barbares, ne traitant point des sévices et des méfaits de la Cité. C’est là la principale équivoque de l’historien, amalgamant incessamment les oppositions. Sont avancées des explications incohérentes, des calculs insensés pour expliquer les actions politiques. L’historien romain, tout comme les autres qui vont venir débattre de l’amazighité, s’introduit dans l’univers intérieur des personnages historiques pour se poser des questions importantes, par exemple pourquoi Marius hésite entre renoncer au siège et continuer (XCIII)…

Ainsi Jugurtha n’est-il pas un patriote au regard de la Cité, mais il ne peut qu’incarner le mal intériorisé dans le cœur des Romains. Salluste insiste beaucoup sur un chef numide, excellent corrupteur des Romains, mais sans jamais exposer ses idéaux politiques, se basant sur un patriotisme « original ».

Enfin, les Jugurtha, Massinissa, Juba… que nous avons hérité comme aïeux, que nous découvrons dans les manuels d’histoire, appartiennent plutôt à l’imaginaire de l’Autre (conquérant et altier)...

NOTES

(1) Le Comte de Ségur, Œuvres complètes, Tome 2 : Histoire romaine, Libraire-éditeur Alexis Eymery, Paris, 1828

«On est moins étonné de la fortune rapide et croissante de Rome, lorsqu’on observe que la masse imposante de ses armées attaquait des nations divisées, que seule elle avait des troupes régulières et soldées, auxquelles les Barbares n’opposaient qu’une foule intrépide, mais en désordre, mal armée, et ne connaissant ni l’art des évolutions ni les moyens d’assurer ses subsistances.» (pp.42-43)

(2) Le Comte de Ségur, Œuvres complètes, Tome 2 : Histoire romaine, Libraire-éditeur Alexis Eymery, Paris, 1828, p.57

(3) « Metellus connaissait déjà, par expérience, la perfidie des Numide, la mobilité de leur caractère et leur amour pour le changement. » (XLVI)

(4) « L’attaque commence : les Romains, suivant que chacun a plus ou moins de courage, ou lancent de loin des balles de plomb et des pierres, ou s’approchent pour saper la muraille et pour l’escalader, et brûlent de combattre corps à corps. De leur côté, les assiégés roulent des pierres sur les plus avancés, puis font pleuvoir des pieux, des dards enflammés et des torches enduites de poix et de soufre. » (LVII)

(5) Dans un esprit purement patriotique, Salluste parle d’un rescapé romain du désastre de Vacca, portant le nom Turpilius :

« Dut-il son salut à la pitié de son hôte, à quelque convention tacite ou bien au hasard ? Je l’ignore ; mais l’homme qui, dans un pareil désastre, préféra une vie honteuse à une renommée sans tache paraît criminel et méprisable. » (LXVII)

Non seulement la cruauté de l’aguellid mais également sa corruption sont mises en relief.

(6) « Metellus se décide à éviter les engagements et les batailles rangées, pour adopter un nouveau plan d’opérations. Il se dirige dans les cantons les plus riches de la Numidie, ravage les champs, prend les châteaux et les places peu fortifiées ou sans garnison, les livre aux flammes, passe au fil de l’épée tout ce qui est en état de porter les armes, et abandonne au soldat le reste de la population. La terreur de ces exécutions fait qu’on livre aux Romains une foule d’otages, qu’on leur apporte des blés en abondance, et tout ce dont ils peuvent avoir besoin. » (LIV)

(7) « Arrivé dans l’endroit qu’il avait assigné aux Numides, son camp à peine assis et fortifié, il tomba tout à coup une telle quantité de pluie, que l’armée eut de l’eau bien au delà de ses besoins. En outre, la provision qui fut apportée surpassa les espérances. Les Numides, comme il arrive aux peuples tout nouvellement soumis, avaient fait plus qu’il ne leur était demandé. Mais nos soldats, par un sentiment de religion, employèrent de préférence l’eau de pluie. Cet incident accrut merveilleusement leur courage ; car ils y virent la preuve que les dieux immortels daignaient prendre soin d’eux. » (LXXV)

(8) Charles Durozoir : Œuvres Complètes de Salluste, Garnier Frères, libraires-éditeurs, Paris, 1865.

« Les Gétules. - Outre les Gétules, dit, Jugurtha avait encore tiré de l’armée de Bocchus une très grosse troupe de cavalerie maure, avec laquelle il faisait à tout moment des courses précipitées, qui, tenant sans cesse en haleine l’année romaine, la fatiguaient au dernier point » (Note 119)

(9) Metellus connaît une fin douloureuse lors de son retour de l’aventure numide ; il est accusé de concussion par le tribun Manlius.

(10) Napoléon III, Histoire de Jules César, tome 1, Libraires-éditeurs D. Appleton et Cie, New York, 1865, p.219

(11) « Marius aborde le prince mécontent, et l’engage à se servir de lui pour tirer vengeance des affronts de leur général. Ses paroles flatteuses exaltent cette tête faible : « Il est roi, homme de mérite, petit-fils de Masinissa : Jugurtha une fois pris ou tué, le royaume de Numidie lui reviendra sur-le-champ ; ce qui ne tarderait pas à s’accomplir, si, consul, Marius était chargé de cette guerre ». En conséquence, et Gauda, et les chevaliers romains tant militaires que négociants, poussés, les uns par l’ambitieux questeur, le plus grand nombre par l’espoir de la paix, écrivent à leurs amis, à Rome, dans un sens très défavorable à Metellus, et demandent Marius pour général. » (LXV)

(12) Cette anecdote du limaçon est difficile à croire. Nous lisons : « un Ligurien, simple soldat des cohortes auxiliaires, sorti du camp pour chercher de l’eau, du côté de la citadelle opposé à celui de l’attaque, remarque par hasard des limaçons qui rampaient dans une crevasse du rocher. Il en ramasse un, puis deux, puis davantage, et guidé par le désir d’en trouver d’autres, il gravit insensiblement jusqu’au sommet de la montagne. Assuré que cet endroit était entièrement solitaire, il cède, penchant naturel à l’homme, à la curiosité d’observer des lieux inconnus. Là, par hasard, un grand chêne avait poussé ses racines dans les fentes du roc : sa tige, d’abord inclinée, s’était ensuite redressée, et élevée dans une direction verticale, selon la loi commune de tous les végétaux. Le Ligurien, s’appuyant tantôt sur les branches, tantôt sur les saillies du rocher, peut, à loisir, reconnaître l’esplanade du château : les Numides étaient tous occupés à se défendre contre les assiégeants. » (XCIII)

Un peu plus loin : « Le Romain répond avec fierté : Il ne peut craindre le Numide, vaincu tant de fois par ses armes ; il se repose entièrement sur la bravoure des siens ; même, dans le cas d’un désastre inévitable, il demeurerait pour ne point trahir ceux qu’il commande, ni conserver, par une fuite honteuse, une vie incertaine » (CVII)

(13) « Bocchus, au premier abord, refuse vivement : «Le voisinage, la parenté, une alliance enfin, sont pour lui de puissants obstacles ; il craint même, s’il manque à sa foi, de s’aliéner ses propres sujets, qui ont de l’affection pour Jugurtha et de l’éloignement pour les Romains». (…) s’il le livre aux Romains, alors on lui aura de réelles obligations ; l’amitié de Rome, son alliance, une partie de la Numidie, qu’il peut demander dès à présent, tout cela va sur-le-champ être à lui » (CXI)

(14) Napoléon III, Histoire de Jules César, tome 1, Libraires-éditeurs D. Appleton et Cie, New York, 1865

« une partie de la gloire lui fut dérobée par son questeur, P. Cornelius Sylla. Cet homme, appelé bientôt à jouer un si grand rôle, issu d’une famille patricienne illustre, ambitieux, ardent, plein d’audace et de confiance en lui-même, ne reculait devant aucun obstacle. Les succès qui coûtaient tant d’efforts à Marius semblaient venir d’eux-mêmes au-devant de Sylla. Marius défit le prince numide, mais, par une hardiesse aventureuse, Sylla se le fit livrer et termina la guerre. Dès lors, entre le proconsul et son jeune questeur, commença une rivalité qui, avec le temps, se changea en haine violente. Ils devinrent, l’un, le champion de la démocratie ; l’autre, l’espoir de la faction oligarchique. » (p.220)

(15) « Il finit pourtant par faire venir Sylla, et prend avec lui des dispositions pour la perte du Numide. Ensuite, dès que le jour fut venu, informé de l’approche de Jugurtha, Bocchus, avec quelques amis et notre questeur, sort au devant du prince comme pour lui faire honneur, et se place sur une éminence d’où il pouvait être vu très facilement des exécuteurs du complot. Le Numide s’y rend aussi, accompagné de la plupart de ses amis, et sans armes, selon la convention. Tout à coup, à un signal donné, la troupe sort de l’embuscade et enveloppe Jugurtha de toutes parts. Tous ceux de sa suite sont égorgés ; il est chargé de chaînes et livré à Sylla, qui le mène à Marius. » (CXIII)

(16) Haouaria Khadra, Jugurtha. Un Berbère contre Rome, éd. Arléa, Paris, 2005

(17) Plutarque, Vie de Marius. Voir également Le Gall, « La mort de Jugurtha » dans Revue de Philologie de littérature et d’histoire ancienne, t. XVIII, 1944 pp. 94-100

(18) « Après avoir orné le triomphe de son vainqueur, Jugurtha fut saisi par les licteurs, qui déchirèrent sa robe, et lui meurtrirent les oreilles pour s’emparer de ses anneaux ; ils le jetèrent ensuite tout nu dans une fosse profonde. Conservant jusqu’au dernier moment le même sang-froid qu’il avait pris dans l’exécution des plus grands crimes, le meurtrier d’Adherbal s’écria en souriant : «0 dieux ! que vos étuves sont froides !» Après avoir lutté six jours contre la faim, il expira enfin. Il avait environ cinquante-quatre ans. Eutrope (livre IV) et quelques autres prétendent que Jugurtha fut étranglé en prison.

(…) Toute la Numidie ne fut pas réduite en province romaine, après le triomphe de Marius. La partie limitrophe de la Mauritanie fut donnée au roi Bocchus. On en laissa une autre portion à Hiempsal II, fils de Gulussa, et petit-fils de Masinissa. Il eut pour successeur Juba Ier. Enfin, la partie de la Numidie qui confinait à la province romaine d’Afrique fut réunie au domaine de la république. » (note 135)

(19) Haouaria Kadra, Jugurtha. Un Berbère contre Rome, éd. Arléa, Paris, 2005

(20) C. Memmius reproche aux sénateurs : « Des esclaves achetés à prix d’argent n’endurent point les mauvais traitements de leurs maîtres, et vous, Romains, nés pour commander, vous supportez patiemment l’esclavage. » (XXXI)

(21) « Au milieu de vastes solitudes, était une ville grande et forte, nommée Capsa, et dont Hercule Libyen passe pour le fondateur. Exempts d’impôts depuis le règne de Jugurtha, traités avec douceur, ses habitants passaient pour être dévoués à ce prince. Ils étaient protégés contre l’ennemi par leurs fortifications, leurs armes, et le nombre de leurs combattants, mais encore plus par d’affreux déserts. Car, excepté les environs de la ville, tout le reste de la contrée est inhabité, inculte, privé d’eau, infesté de serpents, dont la férocité, comme celle de toutes les bêtes sauvages, devient plus terrible encore par le manque de nourriture. D’ailleurs, rien n’irrite comme la soif les serpents, déjà si dangereux par eux-mêmes. » (LXXXIX)

(22) « Le Numide, ayant appris l’arrivée de Bocchus, accourt secrètement, avec quelques hommes de sa suite, vers l’infanterie de son allié : là, il s’écrie en latin (car il avait appris notre langue devant Numance), que toute résistance de la part des nôtres est inutile, qu’il vient de tuer Marius de sa propre main ; en même temps il fait voir son épée teinte du sang d’un de nos fantassins qu’il avait bravement mis hors de combat. » (CI)

(23) « Ce prince s’était retiré dans des lieux couverts de bois et fortifiés par la nature. Là, il rassemblait une armée plus nombreuse à la vérité que la première, mais composée d’hommes lâches, faibles, plus propres à l’agriculture et à la garde des troupeaux qu’à la guerre. Il en était réduit à cette extrémité, parce que, chez les Numides, personne, excepté les cavaliers de sa garde, ne suit le roi après une déroute. Chacun se retire où il juge à propos ; et cette désertion n’est point regardée comme un déshonneur : les mœurs de la nation l’autorisent. » (LIV)

(24) Durant son séjour de gouverneur de l’Afrique, l’historien est témoin des désertions : « Les nôtres fuirent honteusement, en jetant leurs armes, et se retirèrent sur une hauteur voisine : la nuit et le pillage du camp arrêtèrent les ennemis dans la poursuite de leur victoire. » (XXXVIII) Précisément, cela se passe dans les environs de la cité de Suthul.

(25) M. Charpentier, « Etude sur Salluste » in Œuvres Complètes de Salluste, Garnier Frères, libraires-éditeurs, Paris, 1865, p.II

(26) M. Charpentier, « Etude sur Salluste » in Œuvres Complètes de Salluste, Garnier Frères, libraires-éditeurs, Paris, 1865, p.III

(27) César Cantu, Histoire universelle, Editeurs Firmin Didot Frères, 1854.

« Malgré tous les efforts de Massinissa pour lui faire adopter un genre de vie plus policé, ce peuple demeure toujours pasteur et errant. Les Romains, qui rencontraient pour la première fois une nation de ce caractère, désignèrent celle-ci par le nom de Nomades, qui s’altéra par la suite en celui de Numides » (pp.80-81)

(28) « dans les combats, les Numides doivent leur salut moins à leurs armes qu’à la vitesse de leurs pieds. » (LXXIV)

(29) « il (Hiempsal) méprisait Jugurtha à cause de l’inégalité qu’imprimait à sa naissance la basse extraction de sa mère : il prit la droite d’Adherbal, pour ôter à Jugurtha la place du milieu, qui chez les Numides est regardée comme la place d’honneur. » (XI).

 

 

 

Copyright 2002 Tawiza. All rights reserved.