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  (Octobre  2011)

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MARGHIGHDA LE JOUR DU REFERENDUM

Par: H. Banhakeia (Université de Nador)

 

Qui voudrait fuir la paix des arbres pour venir retrouver les faux sons de la société? Une paix inaltérable régnait dans le bois de Gurugu, et à Marghighda de s’y reposer, pleine du même rêve: tuer l’homme au fond d’elle-même. Les hommes sont méchants, et ils ne cessent de contaminer les autres par la même hargne à écraser l’autre, à lui extirper la volonté. Là-bas, la jeune fille se sentait à l’abri des regards humains, convoitant toujours quelque chose...

Marghighda s’étonnait parfois quand l’idée de retrouver la Cité l’obnubilait, l’interpellait d’une voix triste pour revoir la plaine, et elle se demandait pourquoi un tel désir la hantait, si ce n’était sa faiblesse à être seule dans le monde… Que chercherait-elle parmi ces êtres cruels qui l’avaient rejetée? Un tel désir tout à fait complexe, difficile à éteindre, ravivait sa rage contre soi-même. Et elle aurait aimé retrouver ses sœurs, mais l’idée d’être une honte pour elles, la rapetissait, et elle se disait qu’il valait mieux rester dans sa nature.

Entre ce rêve et ce désir, Marghighda ne savait dans quelle direction partir, et quel bord rejeter ou approuver...

*****

Un jour, quand le soleil tenait son équilibre haut dans le ciel, le cheikh, épaulé par deux mqadems, deux ajarrays et trois mokhaznis, arriva dans le pays des vallons. Il inspecta longuement tous les recoins du pays pour déterrer des voix errantes. Tout le monde a droit à la parole, et les enterrés et les vivants, et les riches et les pauvres, et les puissants et les faibles, ils pouvaient dire quelque chose envers cet oubli malheureux des droits de l’homme. Il fallait voter sur la «Nouvelle Loi», mémorandum d’articles avantageux à tout le monde, et ce groupe de huit fonctionnaires était là pour rechercher les voix, les multiplier d’une manière ou d’une autre, aller vers les citoyens, même ceux qui sont enterrés dans les «tisellya» (vallons) du grand Gurugu.

Marghighda pourrait alors devenir citoyenne le jour du référendum, pensa le cheikh. Vieille connaissance de Heddu Azizaw, l’homme de confiance du caïd connaissait l’existence de la petite citoyenne sur les rochers de Gurugu. Rien ne lui échappait dans ce bled, même les êtres qui vivaient sous les rochers étaient visibles à son regard de «muka». Ceux qui se choisissaient les «ifran» de la montagne étaient également repérables pour lui. Tous les villageois le comparaient alors au hibou, mais il était le seul à ignorer une telle comparaison, devenue souvent métaphore filée dans les discours faux des gens.

– Ma petite, te voilà! s’écria le chef des mqadems, en laissant derrière lui ses sept compagnons, las et désespérés.

Il trouva Marghighda, assise à l’abri d’un grand cyprès, occupée à nettoyer ses pieds nus de la terre blanche.

– Ma fille, voilà arrivé le jour où je dois te rendre visite. Tu vas bien, cela me rassure. Je vois. Ton père était un grand homme…

– Mon père! s’exclama bêtement la jeune fille.

– Marghighda inu! continua le cheikh, ouvrant ses bras pour accueillir la malheureuse, je te cherche pour nous donner ta voix...

– Ma voix, non!

La folle de Gurugu se leva, sautilla loin de cette étreinte qui allait l’asphyxier, la presser, l’écraser et la réduire à rien. Elle fit quelques pas, s’arrêta, tournant le dos aux huit missionnaires.

– Et si vous disiez que je suis morte au village, que ma voix ne compte pas, elle s’est éteinte depuis des siècles…

La voix. La voix. La voix. A quoi bon? Qui s’apercevra de l’absence de Marghighda, moins encore de sa voix, elle qui n’avait jamais occupé une place dans le cœur des gens. Ni les jours ni les mois ne pouvaient témoigner de cette désertion inutile…

– Et les statistiques, ma fille?

Ce ne sont que des chiffres, des numéros que pourraient toujours poser des doigts repus sur une feuille blanche. Et elles ne peuvent dire l’opinion.

*****

Quel monument ériger en reconnaissance de notre être dans ce pays si ce n’est le rappel constitutionnel? Chaque pas avançait dans un lieu étrange et chaque souffle émis révélait l’étonnement à y être. Marghighda avait peur, cette fois-ci, de son désir d’y être. Les oreilles bourdonnantes, elle vit que les paroles du cheikh étaient un bourdonnement continu. Il ne disait rien, mais il parlait.

La route, en compagnie des huit adultes, était un nuage sans pitié sur ces terres désertes et arides…

– Pourquoi ma voix? se disait-elle continûment.

Il y avait chez nous la hargne face aux mesures proposées, l’on ne rejetait rien que pour ne pas approuver le désir des autres, et que faire alors de nos rêves?

Il y avait chez nous le refus des instructions qui arrivaient de loin, d’une terre non reconnue, l’on ne rejetait rien que pour ne pas approuver les autres mains qui tissaient et burinaient à notre place, et que faire de nos doigts assoiffés?

Il y avait chez nous la volonté à être ce que notre langue savait dire, et nous avions foi dans les montagnes qui pouvaient garder nos secrets douloureux, et que faire de cette volonté orpheline?

– Ma voix, à quoi bon?

Il y avait, cette fois-ci, là, face à Marghighda une foule affolée, hurlant des slogans le jour du référendum, l’on ne laissait pas la voix s’éclaircir, la main se tendre librement et les doigts choisir le bulletin voulu… Ils avaient le même faciès, et ne différaient que par un futile détail. Ils avaient alors la même voix.

– Je ne veux pas donner ma voix. Elle est à moi.

Personne n’osa rire de la foule de Gurugu. Il y avait l’escorte. L’on plaça la jeune fille dans le rang. Le référendum, c’est la voix offerte au peuple, femmes, jeunes et vieillards en un même rang, mis entre deux rangées aussi hautes comme des montagnes inaccessibles, traversant pas à pas vers les urnes.

Au fond des urnes transparentes, la petite folle aperçut les cendres et les loques de ses aïeux qui bouillaient blancheur poussiéreuse, mixant fétus et poussières pour en faire de tous les siècles empilement d’enveloppes.

Elle s’arrêta de marcher derrière le vieillard en loques. Un instant. Elle voyait quelque chose de prophétique dans cette marche: une foule avec la même voix sur les terres arides, nourrissant le même rêve suprême.

Non, se disait-elle, il n’y a pas de bonté dans ces cœurs barbares, il y a bien sûr la peur. Si bonté il y a, elle se fait inconstance dans la manière d’agir, de réagir et d’être. Et sa main fut servie, munie d’une enveloppe scellée.

Non, taisait-elle toujours sa voix intérieure, il n’y a pas de passion envers tout ce qui nous entoure, il y a évidemment la perfidie excellente. Et ses doigts laissèrent tomber l’enveloppe dans l’urne.

L’habitude triompha, cette fois-ci, de la raison: s’agenouiller était simple et facile, s’habituer à être servile, cela ne pouvait s’effacer sous les coups de la logique. C’était la boîte, la même boîte…

Elle quitta la salle aérée par un sirocco continu. Donner la voix. Le chemin vers Gurugu se traça dans sa tête lourde, et à ses pieds de rebrousser chemin. Marghighda n’en voulait pas, cela lui déplaisait de jouer le rôle assigné, elle désirait vivement fuir les gens. Elle n’avait plus confiance dans la société. De son rêve et de son désir, il n’en restait rien. Elle leva la tête sur ce ciel privé de lumière. A chaque jour son soleil, se dit-elle. Parfois l’astre illumine quand il n’y a pas les maudits nuages, d’autres fois il s’éclipse derrière eux, mais sans jamais renoncer à ses rayons, sans jamais nourrir ni désir ni rêves...

 

 

 

 

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