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l’amazigh a l’université

par: hassan banhakeia (université de nador)

 

ici, nous n’avons nullement l’intention de faire de la sociolinguistique. cette discipline s’occupe, en général, de la description et de l’analyse des normes sociales, notamment au niveau des comportements linguistiques propres à un groupe. nous avons tout simplement l’intention d’insister sur deux points: d’une part, la situation sociolinguistique de l’amazigh comme langue minorée (ou minoritaire) sans un standard complètement achevé, et de l’autre, comme il est important de ne pas ignorer la réception, de préciser les réactions de cette réception (attitudes et représentations) au sein d’un cours universitaire (d’une même communauté).

– le concept «communauté linguistique» est ambigu vu la diversité des définitions, selon les linguistes hymes (1962), bloomfield (1966) et labov (1976).

au maroc on parle indistinctement de variétés linguistiques de l’amazigh, en se référant aux trois aires marocaines: le nord, le centre et le sud. faut-il dire qu’il y a juste ces groupes linguistiques? que faire des autres groupes de tamazgha? la variation linguistique, en fait, sous-entend l’existence de groupes. qu’est-ce qu’un groupe alors dans cet espace? surtout, quelles sont ses limites linguistiques? peut-on neutraliser les traits régionaux de l’amazighité (culture et langue)? enfin, quelle part d’impact a une variété sur le standard qui est à venir?

si grâce à l’industrialisation, à la politique totalitaire et aux guerres, maintes langues européennes sont devenues standards, par quel processus l’amazigh pourrait s’accaparer le statut de langue standard? par l’économique, par le politique, par l’institutionnel, ou par un autre critère à définir un jour. quelle est la variété qui permet davantage (ou mieux) l’intercommunication entre les imazighen du maroc? ainsi pourrait-elle être le socle de la standardisation? le code linguistique de ce standard est-il accepté, connu et bien défini? l’amazigh est-il un continuum sans frontières?

– ensuite, le concept «standardisation» soulève les mêmes difficultés au niveau de la définition. toutefois, les dictionnaires sont unanimes pour la définition suivante: il s’agit d’un procès, s’organisant en différentes étapes, qui tend à fixer une variété standard. cette standardisation suppose un pacte social où se neutralisent les variétés dialectales afin d’optimiser la fonctionnalité. les phases de la codification, la propagation des normes fixées, et l’imposition de cet usage linguistique au sein des institutions… la standardisation est en soi un processus social dirigé vers l’emploi plein du standard en lui octroyant toutes les fonctions nécessaires. est-ce le cas au maroc?

la codification amazighe est à venir.1 les règles orthographiques posent problème: il y a hésitation constante entre l’agglutination et la non agglutination des particules dans une phrase… parfois, il y a ligature, d’autres fois non… avant l’avènement de l’ircam: quand on reprend ce qui a été écrit (transcrit) dans les recueils publiés, la manière d’écrire est anarchique: «tt = d t…», «i-m…», etc… avec l’ircam, le même problème persiste différemment, les règles orthographiques ne sont pas fixées dans les manuels scolaires. quels sont alors les principes de la codification? créer une langue nationale dotée d’unité et de d’originalité? créer une langue avec le moindre usage possible des emprunts? créer une langue avec des néologismes «à la portée de tout le monde»? créer une langue apte à exprimer l’amazighité et sa culture?

cependant, la standardisation de l’amazigh se fait dans le vide, car une telle expérience ne peut pas être rendue publique. autrement dit, cette langue ne partage aucunement l’espace communicationnel des structures politiques et administratives.

– et que disent les dictionnaires du standard? ils développent la même conception. il s’agit d’une variété commune que tout le monde connaît et peut utiliser amplement, d’une langue qui est légitimée, institutionnalisée comme un modèle de référence, véhiculaire d’une communication supradialectale. la langue standard est utilisée avec une codification normative explicite, censée être correcte, culte, bonne, adéquate et rhétorique.

si le développement de la standardisation signifie l’actualisation et l’enrichissement des moyens expressifs de la langue, est-il le cas pour l’amazigh? sa modernisation au niveau lexical et littéraire est à rattraper: jusqu’à maintenant elle est la grande entrave de la scolarisation de l’amazigh, de la diversification des styles est à élaborer par les créateurs et non par les linguistes – qui ne maîtrisent que la langue de taha houssein, de molière ou de shakespeare.

pierre bourdieu (1982) voit l’unification de la société entraîner «l’unification du marché linguistique», donc la constitution d’une langue standard, l’affirmation sociale d’un usage légitime. mais, quelle unification, et à quel prix pour l’amazighité? quel marché linguistique? quelle affirmation sociale? quel usage légitime?

– il y a actuellement un problème qui s’impose: faut-il construire le standard pour avoir par la suite des éclatements en langues régionales? il faut bien préciser ce processus de formalisation linguistique: harmoniser le mouvement de la variation avant la formation de la langue standard (variation prélangue standard) vers celle d’après (la variation postlangue standard). comment le standard amazigh peut-il devenir le modèle de référence globale pour toute la communauté linguistique et pour tous les usages? ce standard, qui est censé être correct, satisfait-il les nécessités basiques et surtout les attentes? en fait, l’amazigh est censé opter pour le modèle compositionnel (à partir de plusieurs dialectes) de standardisation, et non pas pour l’unitariste (à partir d’un seul dialecte). que fait-on alors de la transdialectisation? il y a bien des faits propres à une partie des imazighen, mais qui demeurent diffus et confondants pour les autres communautés. l’implantation de cette langue au sein du système scolaire est boitillante, et comment envisager une deuxième étape, précisément son implantation dans les autres milieux? le standard, en tant que code, n’est valable que s’il est utilisé de manière cohérente et pertinente.

– après la codification (graphie, grammaire, lexique), la variation n’est point tolérée: l’on cherche des unités uniformément formelles. l’on tend à réaliser l’interculture entre les trois variétés au maroc. pour un maghrébin, cet espace interculturel créé dans l’enseignement va être un lieu de rencontres et de revisites à l’être historique. seulement, avec l’arabe standardisé, le français vivant partout, le castellan s’amplifiant, l’anglais mis dans le statut du prestige et d’autres langues mises à l’université comme l’hébreu, le persan ou le portugais. que serait-il de la trace locale? pour un amazigh, cet espace est merveilleux: il lui ouvre des portes sur... où l’effacement de sa propre culture est omniprésent.

en plus d’être un signe de cohésion, l’amazigh peut témoigner de l’histoire sociale. ainsi l’étude de notre langue s’avère une chose urgente pour comprendre la société, surtout son avenir.

– qu’est-ce que la variation linguistique? il s’agit d’une notion propre de la sociolinguistique, forgée par le linguiste américain william labov. ce dernier observe les écarts entre différentes manières de s’exprimer dans une langue donnée.2 cette variation linguistique – que les autres linguistes vont appeler changement linguistique, en tant que dynamique du langage, assure une continuité diachronique pour la langue.3

la variation linguistique est un fait de langue d’une grande complexité, et l’analyser serait d’un grand apport pour la standardisation. elle pose également le problème de la subordination de l’amazigh aux autres langues du maroc, ce qui crée d’une part des problèmes au niveau de la variation interne de l’amazigh, et de l’autre des préjugés idéologiques autour de cette culture.

– l’amazigh, de par sa diversité diatopique, est-il un système homogène, fixé dans sa diachronie? il ne peut pas être une structure homogène, ni un système immobile, mais plutôt une construction de variations selon les générations, le temps (variation diachronique) et l’espace (variation diatopique). cette variation linguistique en amazigh nous éclaire sur un nombre de problèmes relatifs à la structure de la langue dans sa standardisation. seulement, elle s’avère difficile à manier et à manipuler, afin de réaliser une découverte et une analyse appropriées de l’amazigh vit dans sa variation d’une région à l’autre, d’un groupe ethnique à l’autre. elle ne peut être autrement. est-il alors l’amazigh standard légitime et source de continuité pour ce patrimoine?

en ce qui concerne les variétés, les choses se compliquent davantage: l’espace est moins important, et le phénomène est vu à partir d’une communauté restreinte. a ce moment-là, la variation diatopique entre également en jeu les variétés des régions amazighophones, se distinguant entre centrales et périphériques. en outre, la norme ne se situe donc plus dans une classe sociale particulière, mais elle est localisée à un endroit spécifique (souss).

après ces définitions de sociolinguistique, utiles pour comprendre l’amazigh dans son nouvel espace (l’école, l’université précisément), nous allons alors approcher l’amazigh in social context. certes, il s’agit d’une question actuelle qui demande réflexion et propositions…

i.- representations de la variation linguistique

nous n’allons pas parler de l’enseignement primaire, ni du secondaire. nous nous satisferons de l’espace de l’université et de sa réception de la langue et de la culture amazighes.

il sera question de deux expériences précises:

– durant l’année universitaire 2006-2007, la faculté pluridisciplinaire de nador, premier établissement à connaître cette nouvelle expérience au sein des études universitaires, programme un élément de module intitulé: «langue et culture amazighes». il s’agit d’un cours que nous avons assuré lors du semestre (iii) pour des étudiants de la filière d’etudes arabes grâce au manque d’infrastructure pour l’informatique. ensuite, l’année universitaire 2007-2008: la filière «langue et littérature amazighes» commence à l’université d’oujda, avec un total d’une centaine d’étudiants, où nous assurons un cours de littérature amazighe.

– nous allons parler ici de ces deux expériences vécues, précisément de la variation linguistique pour les étudiants en pleine classe. il y a changement d’usage et de conception de la langue maternelle en raison du milieu, et de son interlocuteur (nouveau).

notons que la classe se compose d’étudiants, dans leur majorité, appartenant à différents sous-groupes ethniques du rif – avec un usage linguistique particulier (infralecte). en outre ces infragroupes connaissent une rivalité «linguistique» interne. qui parle mieux et qui maîtrise la langue partagée? par extension, cette concurrence va se multiplier selon les directions (est, centre, ouest), et l’étudiant a peur pour l’usage de sa langue maternelle et aux marques définitoires qui parfois n’apparaissent pas dans les propositions de la standardisation.

– lors de la première séance, l’enseignant se pose une série de questions précises: peut-il l’amazigh fonctionner dans n’importe quel espace, comme une langue de plein usage? est-il une langue standard ou standardisée? que fait ce standard face à l’hégémonie du français et de l’arabe qui sont dotés de grands moyens pour maintenir leur statut de langue officielle?

– quant aux étudiants, ils posent presque tous la même question: «pourquoi une telle standardisation?» les problèmes linguistiques posés par ce processus sont nombreux et difficiles de résoudre. ils sont des entraves au niveau de l’enseignement. il y a, pour le comble, urgence à les déficeler et à les «dissoudre».

la variation linguistique en classe concerne fortement les aspects suivants: phonétique, syntaxe et lexique qui sont, à tout moment, revisités par le parlant: «chez nous, c’est différent !» se plait-il à protester. le bon usage pose problème au sein d’une classe, en plus de la prononciation, la forme des mots et le sens des mots

là, les étudiants disent souvent: «vous nous imposez la variété de la tribu des kebdana». si les natifs d’autres tribus rifains se désespèrent devant une telle standardisation, les natifs de kebdana sont assurés dans leur amour-propre. la conception du standard chez l’étudiant est alors tronquée: il le confond avec la variété utilisée au sein d’une famille.

pour les enseignants de l’amazigh, la variation linguistique est une nécessité «scientifique», mais aussi une gêne «pédagogique». est-ce qu’il y a tolérance à une nouvelle forme qui se substitue à une autre? les apprenants, encore une fois, «se révoltent» contre le changement de leur parler: ils ne peuvent tolérer un mot «nouveau et amazigh» qui remplace un autre «amazigh et propre» pour dire écouter: (ssfld / ssl). chez le rifain cela crée une insécurité linguistique… comment chercher alors la légitimité linguistique des mots, des phonèmes (t, d), de la vocalisation en «e» de la variété rifaine? d’ailleurs, l’histoire de l’amazigh est un tabou.

– d’autres étudiants voient dans le néo-tifinagh une sorte de métamorphose inacceptable du tifinagh ancien, ou bien il y a d’autres qui se révoltent au nom de la technologie pour faire l’éloge des caractères «latines», ou bien un troisième au nom de l’unité islamique faire l’éloge des caractères «araméennes»...

– les étudiants, motivés à apprendre le standard, sont convaincus de la possibilité de la réalisation professionnelle par un tel enseignement. par une telle initiation (dominer la langue référentielle, connaître les règles, l’emploi adéquat, les connaissances culturelles et littéraires), ils rêvent d’occuper des postes dans la vie sociale et institutionnelle.

ils tergiversent face à sa langue maternelle car ils sont appelés à «réapprendre» la langue maternelle (apprendre à parler une langue «correctement correcte»).

le comportement linguistique des étudiants est particulier au sein de la filière, ils ont leurs propres conduites dans l’usage de la langue. ils se sentent complètement perdus quand l’enseignant ne peut pas répondre aux questions relatives aux néologismes…

en classe, ils commencent à découvrir des néologismes qu’ils utilisent dans le quotidien, et des normes normatives qui s’imposent dans leur comportement linguistique. avec une telle réception négative, les néologismes amazighs peuvent-ils tomber en désuétude?

quelle position adopte-t-on face aux concepts parastandards?4 le refus total…

lors de la standardisation, les emprunts amazighisés retrouvent leur forme initiale –d’emprunts arabes, espagnols ou français. cette variation agace généralement les étudiants… qui continuent à insister que ce ne sont pas des emprunts, qu’il s’agit plutôt de mots d’origine amazighe.

– la variation au niveau de la prononciation pose problème.

la prononciation standard pose problème: la phonétique est l’espace où la langue standard ne permet pas de variation… cela va poser des entraves à la fonctionnalité du standard et à son acceptation.

les étudiants tendent plus à prononcer les «r» (au milieu et à la fin du mot) qui d’habitude chutaient dans la prononciation usuelle: a(r)n, ba(r)kikd // dda(r), ivza(r), kka(r)

ils sont dérangés quand on leur impose l’orthographe de «amucc» pour «mucc», «ayyis» pour «yyis»…

en général, le rifain entend des «a» au lieu d’un «e». cela ressemble fort bien à l’expérience catalane. en catalan, il y a bien des variations linguistiques: au niveau phonétique «encara (e par a), estudi (e par a).5

en outre, les «e» disparaissent dans l’écriture à l’exception de deux cas en l’amazigh standardisé. au niveau de l’orthographe, cela rend les étudiants désespérés et outrés…

la langue écrite va sûrement influencer le modèle oral du tarifit: le (th) et le (dh) vont se métamorphoser en (t) et (d), et il est suggéré de prononcer en accord avec l’écrit…

l’étudiant est indécis quand il entend une nouvelle prononciation du terme «andr» (cimetière) qui devient «amdl»

les étudiants commencent à chercher des mots avec la différence de timbre entre deux prononciations: (tata), une telle disparité n’est pas permise dans la prononciation rifaine.

– pour les apprenants de l’amazigh, la variation lexicale est une nécessité «scientifique», mais aussi une gêne «pédagogique». est-ce qu’il y a tolérance à une nouvelle forme qui se substitue à une autre? les apprenants, encore une fois, «se révoltent» contre le changement de leur parler: ils ne peuvent tolérer un mot «nouveau et amazigh» qui remplace un autre «amazigh et propre» pour dire écouter: (ssfld / ssl)

comme déjà noté, l’étudiant amazigh a peur car il est appelé à «réapprendre» sa langue maternelle (apprendre à parler une langue «correctement correcte»). il est incertain quand il entend une nouvelle explication pour un mot qu’il a l’habitude d’expliquer dans un sens précis. ainsi le mot: «urtu» veut dire «verger», et non plus «figuier» comme usité.

– quelques régionalismes (traits linguistiques propres à un groupe amazigh) prédominent dans le standard jusqu’à provoquer une réelle variation linguistique… une telle variation dérange également l’étudiant rifain.

les étudiants disent qu’après les interférences linguistiques arabes et françaises (substitution d’éléments propres à l’amazigh par des éléments étrangers, et les nouveaux besoins d’expression sont satisfaits par les éléments des langues étrangères), il y a interférence soussie… la norme centrale, dit-on par ci par là, est bien présente dans la variété soussie.

– il s’agit d’étudiants qui ont une maîtrise des grammaires française et arabe. c’est pourquoi il y a toujours ces comparatismes avec leurs acquis dans les autres langues. la classification des catégories en amazigh est, à notre avis, erreur méthodologique. les coïncidences des parties:

*préposition / conjonction / adverbe ;

*noms (ordinaires, pronoms personnels, participes) ;

*verbes (simples, dérivés (s/t/…)) ;

*temps (accompli/inaccompli) ;

le récepteur remarque qu’il y a insuffisance de définitions propres quant à ce que sont les études amazighes.

– la morphologie verbale pose problème au regard des étudiants: la conjugaison est relativement régionale ; et la variété de référence est mal reçue. les morphèmes changent selon les règles de la variation phonologique…

notons comme exemples: ggm / ggt, a(d) narzu, ttini (qqar)

les verbes amazighs apparaissent comme des structures uniques avec différentes réalisations morphématiques

– l’état libre et l’état d’annexion est constamment posé comme problème dans les propos des étudiants. cela évolue vers des problèmes syntaxiques. cette distinction nous permet-elle de trancher sur la syntaxe de la phrase amazighe?

– les étudiants posent tous la même question autour de la construction des phrases en amazigh. les manuels usent indistinctement des sujet-verbe-objet, ou bien vso ou bien osv…

cette inconstance porte préjudice aux cours au sein de l’université.

– quant à la pronominalisation, elle pose également un ensemble de problèmes aux rifains.

ii.- quels enseignements en garder?

les problèmes de la langue standard et l’intercompréhension entre groupes de même langue sont palpables au sein du micro-espace, de l’université. là, dans cet espace de gens cultes et bien éduqués, les étudiants ont-ils assez de volonté pour utiliser et maintenir le standard? adhèrent-ils à leur propre langue? se sentent-ils sûrs au moment de l’utiliser?

– la standardisation, qui dénote l’introduction de l’artificiel, signifie des difficultés pour les étudiants natifs.

la dichotomie formel vs informel détermine la grammaire et la prononciation…il y a là, en conséquence, entrave à l’évolution du standard.

la dichotomie variation et l’identité culturelle est mal gérée dans la standardisation, et dans l’introduction de l’amazigh au sein des institutions, et cela légitime la voie de réfléchir à standardiser, chacune à part, les trois variétés de l’amazigh.

– en outre, la grammaire est fondamentalement prescriptive, cela dérange les étudiants au moment d’une substitution interne…

quand on enseigne la grammaire amazighe, on réfléchit dans la langue de l’autre.

les parties du discours amazigh sont calquées sur le français ou l’arabe… on range les mots amazighs dans des classes conçues par les autres.

faut-il dire sans ambages que la variété «sudique» prédomine dans les manuels scolaires, et les étudiants en sont conscients… cela peut mener à une lutte symbolique fratricide. et l’option de la standardisation «régionale» paraît encore plus objective, et plus adéquate pour la promotion de l’amazigh…

la culture amazighe est-elle homogène (et univoque) dans ses expressions dans la société marocaine? le sociolecte du souss est-il le même le sociolecte du rif? ils ont des rapports dans l’aire amazighophone, mais sans pouvoir former un seul corps.

l’usage dominant n’est un usage légitime selon les lois de l’officialisation ou de la standardisation.

pour parler d’une langue standard, il faut avoir trois conditions:

– reconnaissance sociale, politique, institutionnelle ;

– connaissance fini du corps de la langue-culture: ouvrages de référence, codes d’usages unifiés, code orthographique, code de prononciation… ;

– productions littéraires: on l’appelle langue littéraire.

comment envisager la standardisation faite par des linguistes formés dans des écoles occidentales, et en ignorant tout des autres variétés de l’amazigh que la leur? et les manuels de grammaire, de lexique… sont écrits en français, en non en amazigh standard – qu’ils construisent !

– avant de concevoir l’usage de la norme, la régulation linguistique d’une norme dominante, il faut une approche objective. il faut poser la question suivante: comment cette norme se diffuse et s’impose? peut-elle tolérer l’amazighité la naissance d’une langue standard comme son propre moyen d’expression? l’écriture, à elle seule, se suffit pour parler de standardisation?

– si l’école marocaine continue à «se sentir allergique» au corps amazigh, c’est à cause en partie à la ‘non résolution’ de ces problèmes linguistiques. la scolarisation des enfants en amazigh pose problème. chez les jeunes, il y a peu de préoccupation vis-à-vis du fait amazigh. auprès des adultes, il y a même tendance à railler cette insertion.

le linguiste au maroc doit tenir une place privilégiée. il peut intervenir pour corriger des réactions et des comportements (nourris par les préjugés)…

– si les institutions d’un état exigent pour fonctionner une certaine unification des usages linguistiques, pour l’amazigh: pourquoi s’unifier du moment que cette langue demeure «marginalisée»? si l’esprit de la standardisation s’est fait dans la non reconnaissance de l’amazigh en tant que langue constitutionnellement officielle, si la formule donnée est bien: «mettez-vous d’accord ô imazighen pour standardiser une langue autre… plus moderne, plus accessible, plus littéraire, moins orale…»

– sous forme d’anticipation, disons que cette variation sera plus intense, plus palpable avec les medias et la traduction… et à l’étudiant amazigh de se préparer à voir sa langue maternelle comme une diversité homogène.

en définitive, c’est au moment de la scolarisation de l’amazigh que la nouvelle insécurité linguistique apparaît: elle se positionne par rapport à cet amazigh standard. si l’ircam tente d’imposer un modèle linguistique à toutes les variétés, cela doit se faire sans concevoir le mythe d’une langue unique et unifiée. est-il nécessaire et sage d’augmenter l’écart entre langue maternelle et langue écrite? peut-on concevoir l’amazigh comme une langue qui n’a pas évolué par la pratique familiale (langue maternelle), et le restaurer sans ce contact vital, enfin concevoir un «prototype», relativement une forme de «langue morte»?

finalement, l’amazighité demeure plurielle dans les rapports entre variétés, où tamazight est une totalité, et le tarifit une identité culturelle, linguistique et symbolique. c’est pourquoi il faut préparer, d’une manière ou d’une autre, l’étudiant amazigh à voir l’amazighité comme une diversité homogène.

notes:

1 il y a divers critères pour la codification : historique, littéraire, géographique et démographique, logique, diasystématique, original…

2 les dictionnaires de linguistique réitèrent la même définition à propos de la variation linguistique : un phénomène linguistique qui, dans la pratique, se manifeste dans une langue déterminée à une époque, dans un lieu, dans un groupe social…comme changement de mots et de structures. la variation linguistique est un fait universel, dépendant des différences de groupes de personnes ou de situations.

3 avec william labov, le «père» de l’approche variationniste en sociolinguistique, on a pris l’habitude de distinguer quatre types de variation :

*la variation diachronique (ou historique)

*la variation diatopique (ou géographique)

*la variation diastratique (ou sociale)

*la variation diaphasique (ou stylistique).

quant à françoise gadet, elle propose d’ajouter la variation «diamésique» qu’elle définit ainsi :

«une autre distinction relevant également de l’usage intervient entre oral et écrit. elle est particulièrement forte dans une langue de culture très standardisée comme la française. ici, c’est la distinction de chenal de transmission de la parole qui constitue le point d’ancrage de la différence : aucun locuteur ne parle comme il écrit, aucun n’écrit comme il parle. la distinction n’est pas purement matérielle, elle touche aussi la conception même des discours. il faudra donc distinguer entre ce qui est un effet général de l’oralité, et ce qui relève de la variation.» (gadet, 2004, p. 98)

la variation à analyser dans cet article est bien :

-variation géographique ;

-variation temporelle.

4 joan m. perujo melgar, “un cas especial en la traducció de la variació lingüística: la variació latent” in quaderns. revista de traducció 13, 2006, pp. 107-124.

5 josefina carrera-sabaté, « some connections between linguistic change and written language : the behaviour of speakers aged 3 to 20 », in language variation and change, 2006, cambridge journals, cambridge university press.

 

 

 

 

 

 

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