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Silence: on casse encore de l’amazigh en 2012

Par: Ali khadaoui

 

Que se passe-t-il à Ait Bouâyach (et non bni Bouâyyach)? Que se passe-t-il à Imider? Que se passe-t-il dans l’Azawad, en Libye, en Tunisie, en Kabylie? Que se passe-t-il dans les régions amazighes lointaines et marginalisées depuis toujours? Le droit à l’information des citoyens n’est-il pas un droit fondamental? Le droit de manifester pacifiquement sa colère devant tant d’injustices n’est–il pas un droit fondamental?

Rien n’a donc changé au Maroc de 2012 au moins côté information et manifestation pacifique? Toujours est-il qu’il a fallu attendre qu’Aljazira la qatari(11-03-2012) et le Washington Post (13-03) parlent de ces évènements sanglants. Sur Aljazira, l’amazigh rifain, le militant des Droits de l’homme Chakib Al khiyari a éclairé la situation au nom de l’Association du Rif pour les Droits de l’Homme (ARDH) . Pour rappel, ce militant amazigh des Droits de l’Homme dans le Rif, membre du Bureau du Congrès Mondial Amazigh, a déjà fait des années de prison pour dénonciation des atteintes aux droits de l’homme dans la région du Rif…

On apprend dans la déclaration de ARDH que la révolte des Ait Bouâyach a commencé depuis le 02-Mars 2012 et, d’après certaines informations, ces manifestations risquent d’embraser tout le Rif! Car on y apprend aussi que beaucoup de responsables des forces de l’ordre et de sécurité marocaines, comme à l’accoutumée, n’ont rien perdu de leur brutalité, de leur haine de l’amazigh, de leur mépris des droits de l’homme, dans «l’utilisation de la force publique en cas de besoin».

Le rapport rendu public par l’Association Rifaine des Droits de l’Homme est accablant contre les forces de l’ordre, et, par ricochet, contre le pouvoir qui n’a rien changé à ses méthodes de répression. Ce rapport est d’autant plus accablant qu’il est le fruit du travail d’une commission mandatée par l’ARDH, et qui a travaillé sur le terrain en interrogeant les populations et les manifestants concernés, et en ayant observé eux-mêmes ce qui se passe. Le Washington Post confirme l’existence de blessés graves et d’arrestations à Ait Bouaâyyach et à Imzouren.

Ce rapport nous ramène donc des décennies en arrière, exactement aux événements de sinistre mémoire des années de plomb dont les amazighs avaient payé et paient depuis le prix fort de leur révolte contre la confiscation de leur indépendance et contre la marginalisation économique de leurs régions, le vol de leurs richesses, la planification de la mort de leur culture, leur langue et identité. Dans le Rif, au Moyen Atlas et ailleurs, les atrocités commises par les forces du makhzen contre des populations civiles, innocentes et désarmées avaient dépassé tout entendement. Mais on sait que cette répression avait continué sous d’autres formes non moins violentes et surtout humiliantes à l’égard des amazighs où qu’ils soient, surtout après les coups d’Etat ratés dans les années 70, imputés à des officiers amazigh de l’armée.

L’on se rappelle la femme dont le Pacha avait rasé le crâne à Khénifra, ou très récemment, dans la région de Mrirt, les fesses des femmes aux meurtrissures noirâtres à cause des coups volontairement portés à des endroits pudiques, afin d’humilier non pas seulement les femmes, mais surtout les hommes, au mépris des traditions séculaires amazighes et de la législation internationale qui interdisent de s’en prendre aux femmes, aux enfants et aux vieillards même en cas de guerre. C’est ce souvenir monstrueux que j’essaie d’oublier depuis lors, qui m’a révolté encore une fois contre des pratiques que j’espérais -sans trop y croire- qu’elles étaient bannies à jamais, et qu’on pouvait tourner la page et aller vers un avenir paisible pour nos enfants en mettant en place les mécanismes d’une véritable démocratie où les droits de l’homme sont réellement respectés.

Contrairement aux déclarations de certains amis du Maroc côté européen, rien n’a changé dans le fond au niveau des pratiques du makhzen (le nom donné au pouvoir des arabes au Maroc) contre les amazigh. Dans la mémoire collective des imazighen en particulier, des marocains en général, la cruauté du makhzen se résume en cette formule: «akk injja rabbi zeg aman d afa d lmkhzen» (que Dieu te préserve des incendies, des inondations et du makhzen). Ce dernier est donc associé à une catastrophe naturelle. La cruauté avec laquelle le makhzen a toujours traité imazighen est dans la mémoire collective de toute la société marocaine, du berger à l’intellectuel. Le roi Ismaîl ne sciait-il pas les opposants amazighs de la tête aux pieds, vivants? Les murailles de Méknès ne sont-elles pas remplies des squelettes des prisonniers politiques morts aux travaux forcés dont les cadavres servaient aux constructions comme les pierres et la boue? Tazmammart où des centaines de personnes étaient enterrées vivantes pendant des décennies, c’était juste sous le règne de Hassan II !

Interrogé sur les origines de cette cruauté du vieux makhzen à l’égard des citoyens amazighs, un spécialiste m’a dit qu’il s’agissait des survivances des pratiques sanguinaires héritées de la gouvernance omeyyade (dynastie arabo-islamique dont la capitale n’était autre que Damas, en Syrie) connue pour ses cruautés sans pareilles, héritage qui a disparu ailleurs sauf chez les héritiers des Omeyyades comme en Syrie. Les atrocités que les alaouites de Bechar Al Assad ont déjà commises en Syrie confirment cette thèse. Nous craignons que cette situation ne dégénère dans le Rif et ailleurs, et que les anciens réflexes des hommes du vieux makhzen encore présents aux commandes ne conduisent à l’irréparable.

On le sait, les journalistes marocains, sauf quelques rares exceptions, ne parlent et n’écrivent que sur ordres et enveloppes. Le 10 Mars 2012, le Congrès Mondial Amazigh et l’Observatoire Amazigh des Droits et Libertés avaient organisé une importante conférence internationale qui a réuni tous les amazighs du monder. Aucun organe de presse écrite ou audiovisuel n’était présent pour couvrir un évènement aussi majeur. Mais qu’est ce qui justifie ce silence assourdissant des médias occidentaux, aux faits de tout ce qui se passe dans le monde, chaque fois qu’il s’agit de l’Afrique du Nord  et des amazighs? Pourquoi continuent-ils à ignorer le peuple amazigh et ses droits pourtant légitimes et naturels? Et même quand il s’en trouve un qui en parle –très rarement d’ailleurs- imazighen sont toujours noyés dans l’arabisme et/ou l’islam afin de ne pas déplaire à leurs dirigeants qui, à leur tour ne veulent pas déplaire aux arabes du Golf surtout. Où sont passés les intellectuels occidentaux, défenseurs des Droits de l’homme partout sauf en Afrique du Nord amazigh? L’Europe, sous l’influence néocoloniale de certains de ses membres, ne commet-elle pas, encore une fois en peu de temps, la même erreur qu’avec Ben Ali, Kadhafi et Moubarak? Est-ce le souvenir de Mohand Abdelkrim le rifain qui plane toujours sur les principes de la démocratie à deux vitesses? Où est-ce le spectre islamiste, argument fallacieux déjà servi par les dictatures déchues? Où est passée la solidarité avec les peuples des deux rives de la Méditerranée?

Imazighen ne peuvent donc compter que sur eux-mêmes. Mais, leurs égarés encore dans la confusion entre islam, arabisme et makhzen, ne voient-ils pas que c’est le Gouvernement des barbus -qu’ils ont fait élire-? qui réprime en ce moment même nos frères amazighs rifains et un peu partout dans le pays? Quant au Ministre de l’intérieur, Mhand Laânsar, il est certain qu’on lui a fait un cadeau empoisonné: le mettre en avant en tant qu’amazigh alors que ce sont d’autres qui décident de «casser de l’amazigh» par de l’amazigh! Cela ne l’excuse pas devant l’histoire, il savait à quoi s’en tenir en tant que pion du makhzen depuis toujours. Les insultes racistes à l’adresse des imazighen chaque fois qu’ils manifestent leur colère devant la violation de leurs droits sociaux, économiques et culturels ne peuvent provenir que de personnes n’ayant rien avoir avec l’amazighité. Autrement, on s’insulte soit- même quand on insulte son frère humain.

Alors? même au temps d’Internet, imazighen ne sont-ils pas encore au rendez-vous avec l’histoire? Faut-il que nos frères et sœurs de l’Azawd, de Libye, du Rif, de Taza, d’Imider, de Sidi Ifni et d’ailleurs- encore une fois, montent au créneau de manière dispersée, et se retrouvent, seuls, isolés face aux forces d’oppression?

Au Maroc, le vieux makhzen n’a rien compris ou a peur pour ses intérêts énormes et joue avec le feu, en essayant coûte que coûte de perpétuer les vieilles recettes bien connues: réprimer à l’intérieur et faire de beaux sourires à l’extérieur, aux vrais maîtres du pays, les anciens colonisateurs qui n’ont, en fait, quitté le Maroc qu’après avoir installé leurs pions aux commandes de tous les secteurs clés de l’Etat, afin de sauvegarder leurs intérêts économiques et stratégiques.

Quelle indépendance le peuple a-t-il eu alors que les terres confisquées aux tribus et distribuées aux colons, leurs forêts, leurs mers, les richesses correspondantes, n’ont jamais été restituées aux ayant droits comme le stipule la Déclaration Universelles des Droits des Peuples Autochtones? Le peuple amazigh a été catégorisé «peuple autochtone». Pourquoi alors personne de ceux qui crient et agissent d’habitude au nom des Droits de l’Homme se taisent-ils devant le génocide en cours dans l’Azawad contre les touareg par les forces armées maliennes, le déni de reconnaissance des droits amazigh en Egypte, en Libye, en Tunisie, en Algérie et la répression en cours au Maroc depuis le soulèvement du 20 Février 2011?

Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir le soutien de la communauté internationale pour le droit des amazighs à disposer d’eux-mêmes comme partout ailleurs dans le monde? Faut-ils attendre que ceux et celles qui manifestent pacifiquement presque toutes les semaines et maintenant tous les jours en arrive à se lasser et à se radicaliser pour penser au pire comme dans l’Azawad?

(Ali khadaoui, Kénitra le 14-03-2012)

 

 

 

 

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