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la principale raison de la marginalisation de l’amazighité (cas du Maroc)   

Par: Brahim Fouguig

 

L’amazighité en tant qu’identité, culture, histoire et civilisation est combattue et marginalisée à tous les niveaux dans son propre lieu de naissance.

Cet acharnement à sa non reconnaissance officielle1 et à son élimination de l’enseignement, de la justice, de la communication, de l’administration et de manière générale de la vie publique, nous interpelle et nous pousse à la recherche des origines de cette hostilité.

-Pourquoi employer tout un arsenal militaire, juridique, administratif, politique, éducatif et idéologique etc. pour combattre et dévaloriser l’amazighité sur sa terre de naissance?

La marginalisation des amazighs et de l’amazighité n’est pas simplement un comportement raciste de la part des dirigeants politiques qui se sont succédée à la tête de l’Etat marocain. Elle est autre et le racisme apparent n’en est qu’une composante secondaire. Elle est une stratégie politique liée aux enjeux économiques, sociaux et culturels considérables.

La stratégie de marginalisation et d’exclusion de l’amazighité du domaine public a commencé depuis bien longtemps. L’accélération du phénomène s’est affirmée avec la signature du traité du protectorat le 30 Mars 19122. Cette date a été le début du véritable désastre pour l’amazighité et les amazighs au Maroc.

1-La marginalisation de l’amazighité dans les régions des plaines et le croissant fertile: première étape de la marginalisation et son repli dans les zones difficiles d’accès et enclavées.

De l’amazighité: Une ébauche de conceptualisation

La terre est un référentiel de vie, de sécurité et de richesse. Elle est sacrée chez les amazighes aussi bien amazighophones que darijophones. Elle constitue l’espace économique fondamentale autour duquel les hommes amazighs ont tissé des relations sociales, se sont organisés en un système tribale spécifique3, ont développé des lois coutumières (izerfan) et y ont créé des institutions, un référentiel de valeurs; bref une communauté de culture. Le système économique est une composante importante du système culturel. Au début du siècle, le territoire national est composé d’environ 600 tribus4 vivant chacune dans son territoire spécifique et identifié. Cette terre, gérée par des institutions et par un droit coutumier, est exploitée selon les coutumes. La terre est donc la propriété privée de la tribu en tant qu’institution politique et personne morale. Le terme qui convient le mieux, à mon sens pour la désigner: c’est la terre de la tribu (terres tribales). Chaque tribu a un nom et dispose d’un espace vital lui assurant l’autosuffisance en matière de nourriture, d’habillement, de logement, de sécurité etc. Cet espace est lui-même réparti entre les fractions de la tribu (Ighsan puis Idawran puis famille etc.). Chaque section et chaque famille dispose d’une part dans cet espace. Ainsi, le système de propriété de l’espace épouse les subdivisions de la tribu. La répartition de l’espace géographique et la subdivision de la tribu sont identiques5. Chaque tribu est propriétaire de sa terre. La tribu, personne morale par excellence, est une institution politique, économique, militaire et culturelle. La terre de la tribu est une propriété privée de cette personne morale qu’est la tribu: pour la qualifier on doit se référer à la terre de tribu et non pas à la terre collective6. La terre, appartenant à tous, est exploitée et défendue par toute la communauté pour le bien être de toute la communauté. Ce système socio-économique, politique et culturel appelé à tord «Bled SIBA» est un espace très structuré, très organisé. Il est démocratique et dispose d’un référentiel géré par des valeurs fondamentalement humanistes. Ce système socio-économique et culturel a son identité, sa langue, ses institutions, son Izerf, son référentiel de valeurs, son histoire commune d’alliances et de luttes des tribus amazighs etc. c’est cela l’amazighité, la démocratie, la liberté et non «Siba». Elle constitue une forte barrière à l’entrée des envahisseurs. Elle est un socle souple et fortement cohérent. Ce socle est très souple en matière d’intégration des individus, des familles et même des groupes venus d’ailleurs. Mais résistant à toute pénétration étrangère visant la domination et l’implantation d’un nouveau projet importé.

Du Makhzen: quelques éléments de définition

Le système makhzen (caste ethnico-religieuse), nouveau projet de société s’est construit lentement sur plusieurs années sur une partie de l’espace marocain et sur la base d’une théorie religieuse

(الفقه الإسلامي: حق الرقبة أو الملكية العليا للعاهل).

Cette thèse stipule que toute terre conquise par la force devient propriété de la nation islamique toute entière et dans la pratique, elle est soumise de façon absolue au sultan en tant qu’imam pour la gérer de manière absolue et soutirer des impôts fonciers (الخراج) à sa guise.

La dynastie saâdienne a été la première qui a véritablement instauré les dispositions juridiques7 pour l’application de cette thèse. Pour cette dynastie, toutes les terres agricoles, de pâturage, minières, forestières et autres appartiennent à l’oumma islamique. Les habitants (individus ou groupes) bénéficient seulement du droit à l’usufruit (حق الانتفاع والاستغلال) en contrepartie du paiement des impôts. La situation des terres est, juridiquement (selon cette thèse), soumise à la bonne volonté du sultan et puisque le sultan dispose d’un pouvoir absolue, il recourt souvent à cette juridiction pour justifier et légaliser les expropriations et les déplacements des tribus notamment celles qui sont rebelles et contestataires. Ce «droit» exploité à fonds et au nom de l’islam a été utilisé par le bon vouloir incontestable des sultans au Maroc. Ils exproprient et déplacent les tribus contestataires et combattantes pour offrir leurs territoires aux membres de leur famille, aux personnalités politiques, aux chorfas, aux dirigeants militaires et aux tribus prêtes à les défendre8 et capables de forcer les autres tribus à payer les impôts. Les tribus qui ont pu bénéficier des faveurs des sultans saadiens sont des tribus appelées «les arabes de l’Etat»9. Celles-ci ne paient pas les impôts et bénéficient de tous les avantages.

L’outil juridique, la violence militaire et l’idéologie ségrégationniste ont été utilisés, au nom de l’islam, pour transformer la propriété juridique des terres, asseoir un impôt souvent lourd et contesté et assujettir les populations, notamment amazighes, livrées aux corvées dans les iqtaâ de la famille du sultan, des vizirs, des grands caïds militaires, des chorfas et des «arabes de l’Etat». Cette stratégie qui a prévalu, principalement dans la zone du croissant fertile du Maroc et les régions riveraines a été poursuivie par la dynastie Alaouite. En 1905, Le Sultan Abd El Aziz a réformé le système fiscal et a imposé un nouvel impôt appelé «tartib». C’est un impôt ayant pour assiette tous les biens et toutes les personnes (amzough). Tout le monde est obligé de le payer.

En fait la religion a été prise en otage pour servir d’argument à une politique de domination, d’accaparement et d’implantation d’un nouveau projet refusé par l’amazighité.

A ce niveau, il est important d’intégrer que les imazighen ont une sincérité inébranlable en matière de religion, et que cet héritage de marginalisation trouve ses racines dans l’analphabétisme de la population s’extasiant devant le discours religieux et la magie de l’écriture.

Cette stratégie politique, économique et culturelle de l’Etat makhzen a eu plusieurs conséquences.

Sur le plan social, elle a été à l’origine de la montée d’une couche sociale «éthnico-religieuse» mettant en exergue la tendance arabo-islamique. Dans les régions soumises et avec le temps, certains groupes arabes et non arabes pour s’intégrer dans les rouages de l’Etat se sont trouvés des arbres généalogiques qui remontent à la fille du prophète. Les chérifs, curieusement inexistants en Orient, apparaissent en Afrique du Nord10. Ils se sont donné une légitimité ethnique et islamique pour jouir de la vénération, du prestige et du respect de la part des populations maghrébines dans le seul but de bénéficier des avantages et profiter des privilèges offerts gratuitement par le makhzen à titre gracieux. Certains d’entre eux ont pu s’accaparer plusieurs domaines fonciers. Ils étaient exempts d’impôts et avaient le privilège de l’aumône légale payée par les musulmans en respect à affiliation au prophète. Ils disposent, en outre, de certains privilèges canoniques etc. ils se sont installés comme des couches sociales supérieures sacrées et protégées. Les privilèges et les monopoles dont ils jouissent ont fait d’eux un groupe économique et religieux puissant. Abdellah Laroui les désigne comme une sorte d’Etat dans l’Etat11. Ils constituent une caste «ethnico-religieuse» qui s’est imposée comme groupe ayant tous les droits et en contre partie aucune obligation. Une première ségrégation s’implante: un groupe sacré ayant l’immunité et l’impunité (la caste ethnico-religieuse: le Mahkzen) et un peuple travailleur, exploité, soumis, écrasé et méprisé. De la servitude volontaire, dirait De La Béotie !!

Du côté culturel, les medersas de Fès, Taroudant et Marrakech etc. instruisent et forment les populations en arabes. La plupart des Oulémas et Cadis amazighes ont pris le parti du makhzen éthnico-religieux sans se soucier de la culture de leurs ancêtres. Ils se sont intégrés dans le système qui leur accorde des avantages inestimables (sous forme de dons, de terres arables, de l’aumône légale etc.). Ils sont, socialement, placés au niveau hiérarchique au rang des chorfas et font partie de ce que les saadiens ont appelé les «arabes de l’Etat». Dans cette servilité, certains ont changé leurs véritables noms par des noms d’emprunt qui conviennent à leur nouvelle situation sociale.

Au niveau spatial, deux espaces socio-économiques, politiques et culturels ont émergé dans le pays: un espace dit makhzen et un espace appelé Siba. Entre les deux espaces, aux différentes époques et pour des différentes raisons, des luttes, des révoltes et des guerres se sont éclatées. L’espace dit «Siba» non totalement soumis peut reconnaître le pouvoir spirituel des sultans; mais refuse toujours leur pouvoir réel visant à les exploiter et à les «dénaturer». Il défendait son indépendance, ses valeurs, ses richesses et son territoire contre la caste «ethnico-religieuse» qui constitue le makhzen et qui voulait élargir son espace et dominer la totalité du pays. La propriété de la terre a fait l’objet de luttes et de guerres entre le makhzen (saâdien et alaouite) et les tribus rebelles et non soumises, notamment celles situées dans des zones dont l’accès est difficile. Les révoltes et les guerres ont éclaté à plusieurs reprises. Durant le règne des saâdiens et vers le dernier quart du 16ème siècle, Abd Rahmane Attamanarti12 a recensé l’éclatement d’une guerre tous les trois ans. C’est le cas aussi au temps du règne de la dynastie alaouite jusqu’en 1912.

Les luttes et guerres ont été très récurrentes dans les montagnes et les régions sahariennes difficiles d’accès à l’armada makhzénienne de tous les temps. Cet espace a servi de refuge à l’amazighité après sa marginalisation et son évacuation officielle des plaines et des régions côtières.

2-La lutte contre l’amazighité et sa marginalisation dans les régions de montagne et du Sahara: deuxième grande étape de l’exclusion politique et du domaine publique de l’amazighité

Au début du 20ème Siècle, les deux systèmes socio-économiques et culturels en lutte éternelle n’ont pas su négocier pacifiquement l’avenir du pays et aboutir à un projet socio-économique et culturel convenable qui épargne au Maroc sa soumission et sa domination par la France. La couche «ethnico-religieuse» makhzénienne a préféré, le 30 Mars 1912, se soumettre et se mettre sous «la botte» de l’impérialisme français. Notons que cet impérialisme à été largement préparé par ce que M. Kenbib a mis en relief dans son ouvrage «les Protégés» et constitué essentiellement par cette «caste». Cette alliance «franco-makhzénienne» appelée: «protectorat» est un euphémisme de la colonisation. Elle met en alliance deux acteurs: l’un protecteur (l’impérialisme français) et l’autre protégé (la caste «ethnico-religieuse» marocaine) contre l’amazighité représentée par ce qui a été appelé «Bled Siba». Cette alliance est une déclaration de guerre totale sur tous les fronts contre les amazighs. L’acte juridique «traité du protectorat» est un parapluie juridique pour l’écrasement militaire de la résistance séculaire des amazighs et l’élimination de leur système socio-économique, politique et culturel.

Le système socio-économique et culturel «makhzen» allié au projet français (et espagnole au Nord) est un système de domination militaire, d’exploitation des richesses naturelles et d’asservissement des populations. Il constitue un nouveau projet socio-économique et culturel antinomique rejeté par les amazighes organisés dans leurs tribus. Le système socio-économique, politique et culturel des tribus qui a résisté des siècles durant à toutes les interventions étrangères est un système aguerri et construit progressivement sur des centaines d’années a manifesté son caractère indomptable. Si les pouvoirs tyranniques des sultans des dynasties «ethnico-religieuse» ont refoulé l’amazighité (et non les amazighs) vers les montagnes et les régions semi-désertiques et désertiques, l’alliance de 1912 vise son écrasement définitif. La nouvelle guerre est une épreuve d’une autre nature. Elle est une guerre ouverte, systématique, de longue haleine et très inégale. La résistance amazighe, utilisant des moyens rudimentaires, s’est faite tribu par tribu et sur tout le territoire national. Les batailles ont duré de 1912 jusqu’en 1934. Elles ont fait selon certaines sources environ 600.000 martyrs. «Cette étape est caractérisée par la destruction des bases socioculturelles, politiques et économiques des tribus amazighes au Nord, au Sud et au Centre, sans exception, car aucune ne s’est soumise à l’occupant sans avoir épuisé, jusqu’au dernier, ses moyens de résistance armée»13. Une autre forme de résistance amazighe est déployée: «ils ne pouvaient que se replier sur eux-mêmes pour organiser leur survie»14 et attendre le changement de la conjoncture et l’avènement de jours meilleurs.

Le champ est devenu libre à l’alliance «franco-ethnico-religieuse» pour mener, de manière absolue, le jeu politique sur tout le territoire national. Les acteurs de l’alliance dont les enfants de la caste «ethnico-religieuse» sortis des écoles françaises ont négocié le nouveau projet et ils se le sont appropriés pour devenir le leur.

Il vise culturellement à rattacher le Maroc à l’orient et insiste sur « la nécessité de respecter l’unité nationale marocaine, fondée uniquement sur l’identité culturelle arabo-islamique, selon l’expression consacrée. Ce qui se traduisait concrètement par l’exclusion de tamazight»15.

Son objectif économique et social est d’exploiter les richesses naturelles nationales et la force du travail marocaine, maintenue dans l’indigence matérielle, au profit de la métropole française et des élites politiques marocaines.

Les terres des tribus portent un nouveau nom celui des «terres collectives». Le nouveau concept n’est pas neutre: ce sont des terres qui appartiennent à tous en théorie; mais à personne dans la pratique. Il revient donc à l’Etat de les mettre sous sa tutelle régalienne et en jouir exclusivement. L’alliance s’est, alors, rabattue sur les terres des tribus. Les forêts, les eaux, le sous-sol, la mer sont déclarés propriété de l’Etat. Les meilleures terres sont arrachées de force aux tribus pour être distribuées aux officiers, et colons français et à leurs alliés marocains16.

Des régions de l’amazighité furent déclarées zones militaires. «Les tribus combattantes sont tombées dans la servitude»17. D’homme libre, l’amazighe est devenu prisonnier dans son territoire administratif. Il lui est interdit de le quitter sans le visa délivré par les autorités françaises18. Les amazighs assujettis ont été réduits aux corvées des travaux publics, dans les fermes des colons ou enroulés dans la machine de guerre française ou espagnole durant les première et seconde guerres mondiales.

La dichotomie «bled makhzen» et «Bled Siba» a cédé la place à de nouveaux concepts forgés par la colonisation: «Maroc utile» et «Maroc Inutile». Cette nouvelle division va servir de base à toute la stratégie économique, politique, sociale, et culturelle de la nouvelle alliance. Les richesses naturelles du sol et du sous-sol, la force de travail et le courage des hommes valeureux du «Maroc inutile» représentant plus de 70% de la population marocaine de l’époque vont servir pour le développement économique et social du «Maroc utile» et de la France métropolitaine via les échanges commerciaux et financiers et le déplacement de personnes.

L’enseignement moderne dispensé en arabe et en français seulement est, essentiellement, réservé aux élites citadines. Les collèges et les lycées étaient construits dans les grandes villes du «Maroc utile». La politique de l’alliance «franco-ethnico-religieuse» a évacué Tamazighte du système de l’enseignement. Elle a réservé un seul collège à tous les amazighes: collège d’Azrou dont la scolarité, au début, ne doit pas excéder la troisième année du secondaire.

Après la seconde guerre mondiale, les conditions politiques ont changé, les alliés du protectorat sont divisés. Certaines voix demandent l’ouverture des négociations pour accéder à l’indépendance du Maroc. Leurs contradictions secondaires et leurs confrontations ont abouti à l’exil de Mohamed V. Par cet acte politique, le protectorat perd sa légitimité. Appelés à lutter pour l’indépendance du pays, les tribus amazighes n’ont pas hésité. L’amour viscéral de la terre et la lutte pour l’indépendance sont des valeurs incontournables faisant partie du référentiel de valeurs amazighes. L’amazighité se préparait à reprendre, de nouveau, les armes. Pour faire face à cette menace, le gouvernement français et ses alliés d’hier prennent peur. Ils craignent le retour de l’amazighité à son espace naturel: le Maroc tout entier. Ils ouvrirent des négociations. La révolution a avorté. Le système socio-économique, politique et culturel du protectorat va continuer à prévaloir; mais cette fois-ci sous un habillage national: l’indépendance. Les accords d’Aix les Bains «garantissaient à l’Etat français ses intérêts économiques»19 et culturels au Maroc. En contrepartie, l’Etat français offre au makhzen un Etat moderne avec une identité «arabo-islamique», un espace totalement soumis et une reconnaissance internationale. Le makhzen règne de manière absolue sur l’ensemble du territoire national. L’alliance du protectorat est de nouveau scellée mais avec un changement de rôles. Les alliés marocains du protectorat reprennent les rênes de l’Etat moderne. Ils continueront le projet socio-économique et culturel négocié et appliqué ensemble depuis 1934. Les amazighes sont les grands absents dans ces négociations. L’amazighité est ainsi totalement expulsée du domaine public.

3-En conclusion

La marginalisation de l’amazighité a une cause principale. Elle est la conséquence d’une lutte acharnée et de longue durée entre d’abord, le projet de société amazighe et le projet de société makhzen et ensuite entre le premier projet et celui de l’alliance du protectorat: makhzen et alliés (français et espagnol).

L’amazighité avait son projet de société basé sur la liberté, la démocratie et une gestion collective de l’espace et des personnes. La terre appartient à toute la tribu. Elle est sa propriété privée. Source de richesse et de vie, sa répartition est négociée entre les familles composant la tribu20. Le pouvoir est exercé dans le respect total des izrfanes (droit coutumier amazighe). Chaque décision est discutée. Tous les projets sont décidés en commun accord et tout le monde contribue à leur réalisation. Le système socio-économique amazigh est ouvert aux individus étrangers qui veulent s’y intégrer mais très fermé à ceux qui veulent le soumettre et le dominer.

Le makhzen avait son projet de société qui pérennise sa domination et veille à ses intérêts économiques21 et culturels et à l’exercice d’un pouvoir absolue sur tout le territoire. Dans l’espace qu’il arrive à dominer22, le makhzen exproprie les tribus et s’offre des iqtaâ23 de grande superficie et asservie les populations soumises. Le maintien de cette situation et la défense de ce système exigent l’utilisation de la force et l’exercice d’un pouvoir despotique. La tyrannie et l’exercice absolu du pouvoir sont légitimés par la supériorité des messagers de la religion (les chorfas et les arabes) détenant la vérité absolue et les idées suprêmes.

Faible au début du 20ème siècle et au lieu de négocier avec l’amazighité en lutte et trouver une solution négociée pour un projet de société convenable assurant une répartition convenable des richesses, une contribution à l’exercice du pouvoir capable d’assurer l’unité, l’intégrité territoriale et l’autonomie du pays, l’élite «ethnico-religieuse» a trahi en se mettant sous la protection de la domination étrangère. Aveuglé par ses intérêts étroits et sa supposée «supériorité ethnico-religieuse», le makhzen s’est allié au protectorat dans le but d’écraser définitivement la résistance de l’amazighité dans son espace de refuge: les montagnes et le Sahara. Il a, de cette manière, ouvert la porte aux français pour coloniser le centre du Maroc et aux espagnoles pour dominer le Rif et le Sahara marocain occidental. Il leur a ainsi permis d’exercer le pouvoir absolu en son nom. En contrepartie, il reçoit la garantie de la préservation de ses intérêts économiques et culturels et de sa participation au projet de société que les protecteurs veulent asseoir au Maroc. Un nouveau projet de société est né excluant totalement l’amazighité de sa terre natale. Un nouveau projet hybride s’est implanté. Son fonds est archaïque et absolutiste et sa façade est moderne et démocratique.

Ce projet socio-économique et culturel est actuellement caractérisé par cinq tendances majeures et immuables.

La première tendance est liée à la lutte contre les bases résistantes de l’amazighité et ce:

-par l’expropriation illégitime des terres,

-par la persistance de l’élimination de la langue et de l’histoire amazighe des domaines publics,

-par la destruction systématique du système de valeurs amazighes,

-et par l’élimination de toutes les lois, coutumes et habitudes amazighes.

La deuxième tendance est celle relative au rattachement du pays à la culture et à l’idéologie arabe du moyen orient.

La troisième tendance est inhérente à la pérennité de la recherche à soumettre l’économie du Maroc «utile» à la France (et à l’Europe par la suite) par le biais des échanges économiques inégaux et culturels avec un privilège accordé à la culture et la langue françaises.

La quatrième tendance est celle de la continuité de la marginalisation du Maroc dit «inutile», sans donner de l’importance à une intégration interne des différentes régions du pays.

La cinquième tendance est inhérente au développement et à l’envahissement du pays par des valeurs étrangères: La corruption, le détournement des deniers publics, le mépris de tout ce qui est marocain, l’engouement pour mimer les autres, l’hypocrisie et le mensonge, la haine, la méchanceté vis à vis de l’autre, l’empressement à s’acquérir des richesses usurpées et des postes imméritées, l’injustice etc. sont des valeurs qui érodent chaque jour plus le système de valeur de nos ancêtres.

Les dernières ouvertures des responsables politiques vers l’amazighité sont louables. Mais elles sont insuffisantes car non négociées. Il est temps de réfléchir et d’entamer une négociation responsable autour d’un projet de société moderne et ouvert sur l’avenir sur la base d’un système de valeurs, identitaire et culturel de nos ancêtres tout en gardant comme acquis l’unité nationale, l’intégrité territoriale et où tout un chacun retrouverait sa culture et son bien-être.

Notes:

1-Au 9 Mars 2011, le discours royal a reconnu que Tamazight constitue le socle de l’identité unifiée du peuple marocain.

2-Au 30 Mars 2012, jour pour jour, l’amazighité soufflera sa centième bougie d’exclusion, de mépris, et de dévalorisation. Le 30 Mars doit être pour les amazighes un jour de manifestation. Je propose d’appeler ce jour: «ASS N WAKAL D TNTTIT» (jour de la terre et de l’identité).

3-Le système tribal de Tamazgha est différent du système féodal européen, du système autoritaire et arbitraire de l’Egypte ancienne et du système tsariste.

4-David Harth a recensé environ 600 tribus au Maroc.

5-David Harth, « Ait Ouariaghle : tribu du rif marocain » & Larbi GNINAH, « L’impact de l’intervention étrangère au Maroc sur les relations entre le makhzen et les tribus au 19ème siècle : cas de la tribu Ait Ndir » (en arabe), imprimerie Info Print Fès, 2004.

6-Le terme de terre collective est un concept ambigu et l’ambiguïté est cultivée pour des raisons économiques et politique.

7- د. عبد الكريم كريم «المغرب في عهد الدولة السعدية»,1978, شركة الطبع والنشر, الدار البيضاء, ص 290

8- Les terres de tribu deviennent Terres Guiches.

9د. عبد الكريم كريم «المغرب في عهد الدولة السعدية»,1978, شركة الطبع والنشر,- الدار البيضاء, ص 290

10- Au Maroc, ces chérifs se sont installés surtout à Fès comme le rapporte Larbi KNINAH dans son ouvrage : «l’évolution des structures économiques, sociales et politiques au XIXème siècle (1820-1912) : l’ouverture du marché mondial et ses conséquences », Imprimerie Info Print, 2002, Fès.

11- Abdellah LAROUI, les origines sociales et culturelles du nationalisme marocain (1830-1912), 2ème édition du centre de la culture arabe, CASA, 2001.

12- Op cité P. 298.

13- Groupe de l’option amazighe, Plate forme, Janvier 2007.

14- Groupe de l’Option Amazighe, Op cité.

15- Groupe de l’option amazighe, op cité.

16- Ces terres récupérées en 1973 sont partagées à la notabilité makhzénienne. (Voir L. BROUKSY, « les berbères face leur destin », éditions et Impressions Bouregreg , Rabat, 2006. P 207.

17- Op cité L. BROUKSY.

18- Op Cité P 208.

19- Option amazighe ; op. cité.

20-Toutes les tribus marocaines de l’amazighité (non soumises) fonctionnent de la même manière, sauf quelques exceptions.

21- Accumulation des richesses : par la constitution des iqtaâ acquis par l’expropriation des tribus et par le travail forcé et les corvées des populations soumises.

22- Il s’étend quand il est puissant. Mais il se rétrécit lorsqu’il s’affaiblit.

23- Ces iqtaâ deviennent la propriété du sultan, des membres de sa famille, des dirigeants politiques et militaires, des mercenaires ramenés de l’extérieur pour le défendre, des cadis, des Oulemas etc.

 

 

 

 

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