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vaincre les démons du passé entre l’espagne et le maroc

par: mimoun charqi

Le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy vient de concéder, en date du 1er juin 2012, au Régiment des chasseurs d’Alcantara 14, par décret Royal, la plus haute distinction militaire espagnole, dite «Crux Laureada de San Fernando». «(...) dans le but de reconnaître les faits héroïques ayant eu entre le 22 juillet et le 9 août 1921, lorsque le régiment protégea le retrait des troupes espagnoles depuis ses positions à Annoual jusqu’à mont Arruit, geste dans lequelle mourût la plus grande part de ses membres: 28 des 32 officiers et 523 des 685 hommes de troupe (...) ».

Cette décoration intervient pour des faits obscurs qui remontent à 1921, au moment de la guerre du Rif contre les rifains et Mohamed Abdelkrim El Khattabi. Les responsabilités consécutives au désastre militaire subi par les espagnols à Annoual sont consignées dans le rapport du Général Picasso qui, au terme d’une enquête avec les survivants, met en exergue les causes de la défaite espagnole ainsi que les attitudes et manquements militaires. Annoual fut une débandade avec un sauve qui peut des espagnols vers Melilla. Les pauvres bougres, souvent enrôlés contre leur gré, coincés entre un commandement défaillant et des rifains avides de liberté, n’avaient d’autre pensée que la fuite effrénée. Le rapport Picasso relate : «Annoual fut abandonnée avec tous les éléments, sans ordres, sans instructions, sans plan ni direction. Les forces mélangées, confondues, sans chefs, harcelées par l’ennemi et dans autre idée que le sauve qui peut, la fuite individuelle, honteuse chez les uns, inexplicable chez d’autres et lamentable en tous. Etant inutiles les efforts de quelques uns pour freiner l’avalanche qui si soudainement avait débordé ».

Alors que du côté de la société civile marocaine, en particulier rifaine, cette distinction est ressentie comme une provocation, certains nostalgiques des époques coloniales applaudissent et regrettent que cela n’ait pas eu lieu plus tôt. Pire, des relents de racisme, de glorification des actes et agressions militaires, des crimes de guerre sont encensés dans les commentaires. L’Espagne est libre de décorer qui elle veut et quand elle le veut. Qui peut lui contester valablement le droit de reconnaître comme des héros telle ou telle personne ou structure militaire? Sauf que, si le régiment de cavalerie en question méritait une quelconque décoration militaire, pour son action dans la tentative de protection de la fuite, il semble plus logique que l’Espagne ait pensé le faire il y a près d’un siècle de cela. Pas même le Dictateur Primo de Rivera, dont le frère trouva la mort dans le conflit, ne pensa concéder au 14e de cavalerie Alcantara cette distinction militaire. Il faut croire que par les temps difficiles que vit l’Espagne aujourd’hui, le naufrage en cours des banques espagnoles, la crise des subprimes, l’éclatement de la bulle immobilière, le chômage sans précédent qui touche 25 % des actifs,... elle ait besoin d’agir pour faire en sorte que la catastrophe subie à Annoual paraisse moins désastreuse que ce que l’Histoire a pu en retenir. Le citoyen lambda oublie la récession de l’heure et s’enorgueillit d’un passé colonial et militaire en réalité bien peu reluisant...

Les relations hispano marocaines ont, de tout temps, connu des hauts et des bas. Bien des erreurs ont été commises de part et d’autre. Chaque fois que l’Espagne a pu connaître des problèmes internes, elle s’est efforcée de retourner son opinion publique vers des problèmes externes. Quand comprendra-t-on, une fois pour toutes, que les difficultés économiques, commerciales et financières de l’Espagne d’aujourd’hui ne peuvent être solutionnées contre mais avec le Maroc? La réconciliation, le partenariat gagnant-gagnant, dont rêvait tant Mohamed Abdelkrim El Khattabi exige de sceller une intégration toute particulière entre les deux pays, que les problèmes soient mis sur la table des négociations, que les faiblesses soient traduites en forces. Le Rif a eu à souffrir des agressions espagnoles aux armes chimiques de destruction massives. Le Grand Rif et ses populations continuent, aujourd’hui, à souffrir des effets mutagènes et cancérigènes de l’Ypérite, du Phosgène et de la Chloropicrine. Est-il si difficile de reconnaître, officiellement, que des fautes ont été commises au siècle passé, de demander pardon, d’ouvrir de nouvelles pages d’histoire basées sur la réparation, la paix, la prospérité et l’amitié entre les peuples?

Dr. Mimoun CHARQI, Président d’honneur de L’Assemblée Mondiale Amazighe.

 

 

 

 

 

 

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