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Dilemmes de la monarchie marocaine

juan ignacio castien maestro1

Au début de la deuxième décennie du XXI siècle, la Couronne marocaine parait compter sur assez de raisons pour se sentir tranquille et satisfaite. Un demi-siècle après l’indépendance, elle continue à contrôler le jeu politique et à conserver l’initiative stratégique dans le pays. N’ayant pas un pouvoir illimité et ne pouvant pas agir à sa guise, elle doit fréquemment négocier avec les diverses forces politiques et sociales. Mais dans ces négociations, elle fait généralement fait prédominer ses propres objectifs, en donnant moins qu’elle n’obtient, en attirant l’autre partie vers son terrain et la mettant donc à son service. De telles méthodes Lui ont permis, depuis longtemps déjà, de domestiquer les nationalistes et une grande partie de la gauche, et maintenant elle s’apprête à les appliquer avec les islamistes. Le sien est, par conséquent, un autoritarisme relativement souple. Il cohabite avec le pluralisme de la société, profite de lui et des divisions qu’il entraîne, et il remplit la fonction d’arbitre parmi les différents secteurs sociaux, entre les plus laïcs et les plus religieux, les plus gauchistes et les plus conservateurs, les plus arabistes et les plus berbéristes, toujours essayant de préserver l’équilibre entre les uns et les autres. Tôt ou tard tous lui demanderont son appui et elle aura toujours quelque chose à leur offrir une fois le moment arrivé. Les réseaux clientélistes alors leur seront ouverts et le discours officiel accueillera généreusement quelques unes de leurs revendications. Le secret de son pouvoir est donc, dans les faiblesses des autres, dans les rivalités qui les opposent et les poussent à demander son aide. Elle doit parfois réprimer fortement ceux qui mettent au défi les règles qu’elle-même a fait instituer, mais surtout, elle coopte, intègre et achète. C’est ainsi que cet autoritarisme modéré va aussi bien ensemble avec une certaine démocratie, certaines libertés individuelles et un certain État de droit. De fait, plus la diversité de la société est grand, plus il y a de joueurs dans la partie et plus sa fonction d’arbitre sera renforcée, un rôle, quand même, déjà vieux. Il a été exercé tout au long de siècles au sein du vieux Maroc des tribus et des confréries, mais paradoxalement, la modernité l’a renforcée encore plus. Elle a investi le souverain et à ceux qui l’entourent autour de lui, le célèbre Makhzen, de nouveaux pouvoirs en provenance de la domination d’un apparat d’état moderne et de richesses accumulés grâce à tout genre de business dans et hors le pays.

De cette façon là, la modernisation du pays a renforcé ce qui autrement aurait été écarté comme un simple archaïsme et lui a permis de s’adapter avec assez de succès aux nouvelles circonstances historiques.

Le pouvoir makhzénien est, en somme, un pouvoir polyvalent, un pouvoir qui sert à des instruments très différents, ce qui augmente leur marge de manœuvre. C’est précisément à cause de cela qu’il peut faire des concessions sans se débiliter, puisque même si elles peuvent toucher un peu à un moment donné quelques uns des piliers sur lesquels il est assis, il comptera encore sur d’autres qui sont assez solides pour pouvoir s’y appuyer. Et de plus: chaque fois qu’on renonce à quelque chose, ce renoncement peut être pris pour un service rendu en échange d’autre chose, donc ceux qui dans une autre situation auraient été les plus fort adversaires du système deviennent ainsi des collaborateurs actifs. C’est ainsi que toute petite réforme produit un effet ambivalent. D’un coté, cela peut améliorer la vie de beaucoup de gens et en même temps mettre un frein à certains abus, mais d’un autre coté, il peut également, en échange, étendre les réseaux clientélistes autour de la Couronne. La croissante ouverture idéologique peut également se traduire finalement par une extension de l’espace doctrinal qui est dirigée du Palais, de même que ses stratégies. Nous sommes, donc, devant un pouvoir qui a une extrême capacité pour se consolider en cédant à l’effort suprême de ses opposants et qui s’épargne, en faisant comme ça, les coûts d’une répression ouverte, et tous les problèmes d’image qui pourraient parvenir, surtout dans la sphère internationale.

C’est alors ainsi que le régime marocain jouit aujourd’hui d’une situation enviable. Et le plus raisonnable c’est de supposer que leurs plus hauts responsables essaient de la préserver en évitant une vraie démocratisation. Lorsqu’il n’existe pas de pressions plus grandes, ni à l’intérieur ni à l’extérieur, il n’y aura aucun changement dans les aspects fondamentaux. C’est seulement alors qu’on devra se décider entre céder jusqu’à un point de non-retour ou plutôt au contraire, aller vers un autoritarisme beaucoup plus dur, comme ce qui a existé au début du règne de Hassan II. Ces pressions surtout les internes, pourraient s’accentuer dans le futur, en partie dépendantantes des politiques adoptées par le Makhzen. Il y a certains aspects qui ne le favorisent pas et le faible système d’équilibres qui l’aide tellement maintenant peut se retourner contre lui plus tard. Il n’exerce pas son pouvoir sur un pays figé et isolé mais sur une société qui évolue rapidement, et qui habite une des plus instables régions du monde. C’est ainsi que ses propres actions peuvent finir par activer des dynamiques nuisibles à lui-même. Donc il se trouve face à face à une série de dilemmes, le plus important étant de savoir conjuguer la modernisation et la survivance du système clientéliste sur lequel son pouvoir est basé. C’est évident qu’il n’y a aucune incompatibilité métaphysique entre la modernité et le clientélisme. Et cela nous est démontré par la réalité de tous les jours dans les pays les plus développés et la propre histoire récente du Maroc. Pourtant, c’est aussi vrai qu’une société moderne ne peut fonctionner d’une façon efficace qu’en arrivant à un certain niveau de méritocratie, bonne administration et productivité, tout ce qui est assez difficile avec un clientélisme à grande échelle. Choisir carrément le développement pourrait signifier, donc, agir contre un des piliers du pouvoir lui-même. Et c’est ici où se trouve le grand dilemme qui affecte de nombreux gouvernants du tiers monde. Une forme radicale et simple de l’affronter est de faire passer le clientélisme avant la modernisation, surtout si on a quelque richesse, comme celle du pétrole, qui permet de compenser les pertes d’efficience qui viennent de la main de ce gendre de politiques. Le prix à payer pour cette stratégie sera un arrêt, plus ou moins accentué, et dans certains cas, comme ceux de certains États de l’Afrique Subsaharienne, la complète et totale catastrophe à tous les niveaux. Mais cet immobilisme ne parait pas être à la portée des dirigeants marocains. Ils n’ont pas assez de richesse pour prendre à leurs frais les coûts d’un clientélisme débordé, et ils ne pourraient pas non plus condamner la plupart de la population à une totale prostration, puisque cette population attend et demande des améliorations avancées. Beaucoup de gens supportent encore la situation au Maroc, pas parce qu’ils sont heureux avec leur présent, mais parce qu’ils ont l’espoir que cela peut s’améliorer dans un futur. Et ne pas leur permettre de l’avoir, en exerçant une politique trop conservatrice, pourrait avoir de terribles conséquences pour la légitimité de leurs gouvernants. C’est à cause de cela qu’ils sont donc obligés de continuer avec la modernisation de leur pays, même si c’est fait dans un rythme plutôt lent, comme cela arrive depuis leur indépendance.

Leur objectif serait alors que cette modernisation imposée et cette réduction du clientélisme n’affectent pas trop les bases de leur propre pouvoir. Une amélioration de l’ensemble des conditions de vie dans la population pourrait sans doute avoir une conséquence positive sur la légitimité du régime qui l’a rendue possible. Dans ce sens là, les nombreuses activités que réalise souvent le Royaume marocain donnent l’impression d’une préoccupation constante pour le bien-être de son peuple. Mais l’histoire témoigne que les choses ne sont pas toujours si simples et qu’avec une fréquence inouïe la modernisation finit par éliminer les régimes qui l’ont promue. Mais le conservatisme accentué de certains gouvernements est dû à un sens raisonnable de leur propre survie, qui peut à long terme déclencher une hécatombe collective. Ce n’est pas en vain que quand un pays se modernise, les équilibres s’altèrent, et que quelques institutions traditionnelles deviennent faibles et surtout que les attentes vitales des gens deviennent plus grandes que le vieux régime ne peut combler, parce que pour pouvoir le faire, il devrait changer plus qu’il ne le peut. Dans une telle situation, la seule voie qui reste ouverte est celle de la réforme contrôlée. Mais cette réforme peut se dérouler dans des formes très diverses et avec des objectifs très différents. Une de ces façons pourrait être avec le renforcement des institutions démocratiques, qui devraient remplacer progressivement, mais jamais complètement, les mécanismes clientélistes traditionnels. Le Roi devrait renoncer peu à peu à ses attributions actuelles jusqu’à devenir un Roi dans une monarchie constitutionnelle comme les actuelles, en même temps que les gens autour de lui s’adapterai en taux impératifs d’un État de droit. Son pouvoir diminuerait, bien sûr, mais il pourrait garder beaucoup de privilèges. La Couronne et ses acolytes conserveraient leur immense patrimoine économique, de même que leur contrôle, direct et indirect, sur les affaires du pays. À partir de sa nouvelle situation constitutionnelle, et profitant d’un système de partis extrêmement fractionné, le Souverain jouerait encore un rôle politique essentiel, grâce aussi à sa popularité parmi une partie de la population, spécialement parce qu’il continuerait à gérer de nombreuses réseaux hors du système, pour lequel il se servirait de ses nombreux revenus. Et pour couronner le tout, beaucoup de ses oligarques auraient un poste important dans les différentes partis politiques. De cette façon, le système clientéliste aurait souffert seulement des modifications indispensables pour pouvoir s’adapter et permettre aux institutions plus modernes d’avoir un fonctionnement raisonnablement acceptable. À cet égard, la conversion des élites du franquisme dans le passé est ainsi considérée très souvent comme le modèle à suivre.

Pourtant, si c’est vraiment l’objectif, il n’est pas si facile à atteindre. Le Maroc a un important manque de cohésion interne et une notable division parmi les différents secteurs sociaux. Et cette fracture permet, mais aussi exige, l’autoritarisme de l’État. À cause de cela, le rôle actuel de la Couronne est beaucoup plus important que celui d’une simple représentation symbolique de l’unité nationale. Le fait d’atteindre un système moins répressif ne serait possible qu’avec la formation d’une société mieux articulée, qui n’accepterait plus ni demanderait un régime semi autoritaire. Mais c’est ce régime avec ses constantes manigances qui, en même temps, rend difficile une plus grande cohésion sociale, ce qui nous fait entrer dans un cercle vicieux. Par conséquent un changement effectif dans la sphère politique doit être accompagné est aussi permis par une mutation sociale beaucoup plus profonde. Mais une telle mutation entraînerait alors des difficultés et des problèmes, donc ce n’est pas étrange que la transition marocaine qu’ils veulent retarder autant. Une transformation si profonde a besoin, bien sûr, d’une éclosion de la conception de la culture et de l’identité nationales approuvées à la majorité, ce qui n’est pas le cas actuellement, et cela demande un grand effort intellectuel. De cette façon là, ce serait plus facile de surmonter peu à peu la division du pays. Mais surtout, cela diminuerait drastiquement la terrible inégalité économique en vertu de laquelle un grand pourcentage de la population survit désespérée et dans la misère. La nécessité d’améliorer les conditions de vie de cette grande partie de la population ne répond pas seulement à des raisons humanitaires, mais l’existence de ces inégalités est un obstacle important pour la construction d’une économie développée. Autrement dit, la pauvreté ne nuit pas seulement aux pauvres, mais aussi à ceux qui ne le sont pas. Pourtant il est vrai qu’il y a des pays, comme le Brésil ou l’Inde, qui sont en train d’atteindre un bon comportement macroéconomique malgré leurs hauts taux de pauvreté à l’intérieur, grâce à des facteurs comme les bas salaires, qui rendent cela possible. On pourrait même dire, avec assez de cynisme, que toute cette misère rend possible la stabilité d’un système semi démocratique, comme cela arrive aussi dans ces deux pays, étant donné la disposition de nombreux pauvres à s’engager dans des activités comme les fraudes électorales ou l’intimidation des rivaux politiques, pour pouvoir gagner des revenus supplémentaires. Pourtant, même si ce n’est pas comme cela dans beaucoup de cas, il existe toujours la possibilité qu’au moins une partie de cette population, si frappée, finisse par mieux s’organiser et devienne plus critique avec la situation qu’ils souffrent. Cela est démontré par l’expérience récente de certains pays d’Amérique latine. Ainsi, à plus long terme, la survivance de ces inégalités deviendrait une sorte d’épée de Damoclès pour la continuité d’un possible régime marocain partiellement réformé. Pourtant, le fait qu’une lutte résolue contre cette situation soit menée par ses principaux bénéficiaires est difficile, et cela devient encore plus difficile lorsque ce n’est pas seulement le résultat d’un vaste système de corruption qui existe dans le pays, mais aussi de la totalité d’un modèle de développement et d’insertion dans l’économie internationale, ce qui empêche encore plus les responsables politiques de pouvoir agir.

Outre ces profondes fractures sociaux, qui comme on peut le voir, peuvent être surmontées, au moins temporairement, on peut deviner un problème plus immédiat, celui du manque de cohésion interne au sein même de l’élite gouvernante. Elle ne semble pas capable de s’organiser sans la médiation de la Couronne, et du moment que cela n’arrive pas lorsqu’il n’y a pas de grands partis, avec une notable capacité pour organiser la population, il ne sera pas possible un repliement de la Monarchie en faveur d’une constitutionalité relative. Les obstacles pour la continuité de cette réforme contrôlée sont, donc, évidents. Une voie alternative à cette démocratisation limitée serait un autoritarisme moderne. Le Souverain pourrait alors se faire entourer par un secteur de l’élite et faire des réformes dirigées plutôt à assurer un bon développement économique et un bon fonctionnement des institutions publiques, qu’à atteindre une vraie libéralisation politique, ce qui pourrait rester différée pour un temps indéfini. Le régime marocain semble souvent avoir choisi cette option, ce qui lui apporte, en effet, certains avantages. Un d’entre eux pourrait être une légitimité ajoutée devant une population qui, dans très souvent, est surtout préoccupée pour améliorer son existence quotidienne. De fait, le Roi fait un effort pour apparaître devant ses ressortissants comme un roi passionné de la modernisation et un ennemi déclaré de la corruption et, aujourd’hui, il réussit à convaincre beaucoup d’entre eux. Tous cela indiquerait qu’il y a un processus similaire au tunisien, et on connaît déjà son résultat. Oublier le fait que beaucoup de gens ne demandent pas seulement le bien-être mais aussi plus de libertés et plus des honnêtetés, et que les bonnes données macroéconomiques peuvent également cacher une situation sociale explosive, pourrait mener à un suicide politique. À cet égard, le Souverain marocain jouit, sans doute, de certains appuis dont le Président tunisien manquait. Il a en sa faveur une légitimité traditionnelle sur laquelle il ne comptait pas, et étant donné qu’elle est une Monarchie semi constitutionnel, c’est plus facile pour lui de se débarrasser de ses responsabilités et les faire assumer par ses collaborateurs. Mais ces avantages indéniables ne signifient absolument pas une garantie de sécurité permanente. Pour cela, on ne peut pas écarter complètement la voie des concessions politiques. L’équilibre est, donc, assez fragile, et le risque de dérailler est présent, même si aujourd’hui on dirait que ça c’est encore très lointain.

1*Professeur de Sociologie a l’Université Complutense de Madrid en Espagne .

 

 

 

 

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