uïïun  184, 

tamyur 2962

  (Août  2012)

Amezwaru

 (Page d'accueil) 

Tamazight

asmi "tawmat" ttili d assav jar "awma amqëan" d "aytmas ibarbariyn"

Tighri dg wammud n "ajdvidv n ucar"

Tifuyin ighellyn

"I tenni d ikkin"

Tasrit n unzvar

Français

Vie amère d'un vieux boutiquier amazigh

Tabaamant: l'apprentie dihia!

Tamazight et le développement humain

Le cinquante-huit de Marghighda

Sans titre

Hors_série dy bulletin "asirem amazigh"

Dilemmes de la monarchie marocaine

Communiqué du CMA

العربية

كلمة الختام

عندما تتخذ الأخوة شكل علاقة بين الأخ الأكبر العربي وإخوانه البرابر

التبجح بقضاء اللغة العربية على لغات الأقوام الأخرى

الأمازيغ في شمال إفريقيا عبر التاريخ

اللغة الأمازيغية: القوة والصمود والتجدد

القانون التنظيمي لترسيم الأمازيغية

الرد على مزاعم رابطة إيمازيغن

هدم الأمازيغية من الداخل

المرأة بين التصورين الأمازيغي والعربي

من هلدرين إلى معتوب لونيس

تجليات المنسي في شريط الجامع

عن الدولة الدينية واللادينية والمدنية

كتاب تاريخ المغرب في ضوء علم الآثار

الشاعر حمو خلا من الأطلس الكبير الشرقي

من أجل منع العبارات ذات الدلالة العرقية

أية آفاق للأمازيغية بعد الترسيم

بيان الكنكريس العالمي الأمازيغي

الأمازيغية بالمكسيك

بالشفاء العاجل للفنان محند سعيدي

تأسيس جمعية تاوادا

بيان التجمع العالمي الأمازيغي

مسابقة إسافن للشعر الأمازيغي

مهرجان تماوايت

 

 

 

 

le cinquante-huit de marghighda

par: hassan banhakeia

Sans que cela soit une fois, non plus il était une fois, mais c’était la coutume, les militaires décidèrent de mettre les pieds sur cette cime africaine. Les bataillons veulent toujours conquérir ces montagnes escarpées, les aplanir, les aplatir et les piétiner enfin comme le Makhzen l’entend. Une fois pour toutes. Et pour toujours. La marche des camions était lente: la route cachait des embuscades. Et les montagnes étaient difficiles d’accès.

Tout au long des ravins, un feu entretenu par les obus dévêtissait la forêt et les arbres tombaient en cendres. Des hommes il ne restait que des cris infinis. Seuls les rochers protégeaient les hommes, surtout les âmes traquées.

Les bataillons atteignirent un bourg désert où nulle âme ne respirait. L’on sentait la vie comme un souffle bombardé. Un souffle humain plutôt surgit d’un gouffre entouré d’arbres en feu. Des âmes dites innocentes, enfants et femmes, s’y cachaient. Les grottes, ces lieux primaires, cachaient des animaux atterrés.

Le commandant en chef était habillé d’un regard simple de militaire: «Tirez sur tout ce qui respire.» Ainsi fut-il: feu sur tout éclat de vie. Arbres, animaux et hommes tombaient incessamment. Il n’y avait pas d’innocents. Les sangliers étaient le plus à en souffrir: ils étaient parsemés, cadavres brûlés, puants et éventrés.

Un jeune soldat, éjecté par ses compagnons, sauta si haut pour être sur le rocher d’entrée en un clin d’œil. Quelqu’un se cachait à l’intérieur de ce refuge en pierre. Il n’y a pas d’âme innocente: tout le monde est cruel et barbare. Les temps s’y étaient arrêtés d’un seul corps: les aiguilles ne disaient rien.

– Quelqu’un est là! cria le soldat depuis le promontoire. C’est une femme.

Au bout d’une longue minute, une jeune fille, les cheveux brûlés, le visage saignant, haut de taille, blonde, les yeux enragés, sortit en tirant la jambe gauche cassée. Derrière, le soldat la poussait, l’air triomphateur. Il serrait fort sa mitrailleuse française.

– Tu viens avec moi, voir le chef!

La jeune fille ne dit rien. Elle suivit péniblement la marche cadencée du soldat. Et derrière elle, venaient six autres soldats.

*****

Devant le chef, le sergent dit à voix basse:

– Nous avons déniché juste ça.

– Qu’a-t-elle dit?

– Rien, mon chef!

Et le chef, assis dans un grand fauteuil sous une tente plantée au milieu d’une clairière, se tourna vers la jeune fille:

– Que faisiez-vous là?

– J’étais chez moi.

– Chez vous!

– Derrière des rochers… Où sont les rebelles?

– Quels rebelles?

– Vos sauvages, sale femme. Vos hommes. Ces lâches, commença à crier le chef d’une voix furieuse. Vos vermines. Où sont-ils?

– Je ne sais rien, monsieur. Un avion m’a blessée. Me voilà.

– Et vos parents, où sont-ils?

– Morts, avant-hier, brûlés par des...

– Vos frères?

– Morts, cela fait trois jours.

– Vos sœurs?

– Mortes, cela fait quatre jours.

– Vous n’avez personne?

– Je n’en sais rien.

– Et les villageois?

– Je n’en sais rien. Peut-être tous morts, aujourd’hui…

– Qui êtes-vous alors?

– Personne.

Marghighda avait très mal à la jambe blessée. Elle s’agenouilla, puis se rassit par terre. Le chef s’étonna: il s’attendait à la voir trembler de la tête aux pieds comme le faisait son propre bataillon, pleurnicher, demander de la pitié humaine et prier le bon dieu.

A la fin, la jeune fille dit:

– Je suis blessée, monsieur.

– Pas ça, rugit le chef. Qui êtes-vous? Nom, prénom, vos parents, la famille.

– Je n’ai rien. Je n’en sais rien. C’est juste ma jambe qui me fait très mal.

Marghighda portait des haillons où la crasse et le sang étaient finement mélangés.

Le mqadem principal Driss arriva ahuri sous la seconde tente, celle-ci plus grande et majestueuse. Des hurlements résonnèrent. Un silence long, et le mqadem fut éjecté comme un rat dehors. Et le grand chef de répéter: «L’imbécile m’a menti.» Mais sans jamais se montrer dehors, dans la clairière.

L’imbécile… c’était Marghighda peut-être; le mqadem ne mentait jamais aux maîtres.

*****

Marghighda tirait sur des hanches alourdis comme si son corps fût scindé en plusieurs morceaux disjoints. Elle jura de ne pas oublier, mais de ne pas revoir ces images qui la firent vile et basse.

Elle s’éloigna lentement de la clairière pourpre, et au cri du mqadem principal qui l’obligeait à s’arrêter, elle se retourna et vit le grand homme trottiner vers elle. Ce qui l’étonnait de cet homme, c’était son échine. Il parlait la tête basse aux chefs, mais avec les montagnards il s’attardait le nez haut, scrutant un nuage, et la voix était toujours forte et insultante.

– Je t’ai sauvée. J’ai dit au grand chef que tu étais la fille de Lalla Schrifa Aïcha, et la sœur de Lalla Fatima… Et le chef a accepté alors de te libérer. Tu dois me remercier?

La jeune fille ne dit rien. Elle sentit des remous conquérir ses cuisses blessées, son souffle arrêté, et un vide obscur emplissait sa tête de fille violée.

Allah akbar! Allah akbar…

– Je n’ai pas besoin de tes remerciements, ingrate! Je m’en vais, c’est l’heure de la prière.

C’était un vendredi, c’était l’heure de la prière. Le muezzin hurlait fort l’appel à la prière: c’était le sergent qui s’en chargeait de la tâche. Quelle tâche!

Marghighda cria alors au vieux Driss:

– Tzemmared ad tezalled, maca ma tzemmared ad tamned? Aqqa mala tumned, min gha tegged zi tzallit?

Le vieux Driss avait dans les oreilles d’autres voix et d’autres histoires qui emplissaient sa tête creuse…

 

 

 

 

 

Copyright 2002 Tawiza. All rights reserved.