Numéro  45, 

  (Janvier  2001)

Amezwaru

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Tamazight

Asigger n uzqram

Marra texsen ad weddaren tmazight

Tabrat i ymazighen

Uccen d sva n ighaydn

Cem d nek

Ussan n tayri

Français

La guerre contre l'amazighité continue

Un voyage au Maroc

Entretien avec Ali Ikken

العربية

هل هي بداية لنهاية الأساطير؟

قطاع الطريق على الحقيقة

عندما نحس بالدونية

الأمازيغية وراء توقيف الشبيبة الاتحادية

الفنان الأمازيغي وثمن الاختيار

الجذور الأمازيغية للحضارة المتوسطية

العربية، العربية، دائما العربي

الحركة الأمازيغية والأصولية

المعاناة الأمازيغية: واقع وتاريخ

التجربة الشعرية عند شعراء تاويزا

 

 

 

Un voyage  aux Marocs

Par : Hassan Banhakeia (Université d’Oujda)

1 - Je dédie cet article à celui qui criera bêtement au scandale et à celui qui, hypocrite qu'il est, ne le lira pas. Car lire, c'est pouvoir déchiffrer les signes de la vérité, allant jusqu'à reconnaître la réalité… 

Quelle réalité offre-t-il le Maroc à tout lecteur / aventurier du déchiffrement? Le Maroc se présente comme un dictionnaire correctement écrit, minutieusement (pourquoi pas historiquement) placé. Chaque lettre est à sa place, et les mots placés dans des phrases où l'implicite l'emporte sur l'explicite. C'est pourquoi le simple spectateur / lecteur pense souvent qu'il s'agit d'un texte illisible. Le déchiffrer rend compte d'un exercice d'alchimie pure.

Voilà, par le voyage, apprenons à lire autrement les choses! Apprenons, durant le voyage, à rechercher les inversions rendant compte d'un investissement intentionné! Lisons, dans le voyage, les intentions de chaque construction!

Pourtant, je ne veux point revisiter le pays. Parler abondamment serait du commérage.

  2 - Durant le voyage aux Marocs, les cœurs s'échauffent, tout d'abord, à l'idée de savoir quelle langue parler…

Pour rester tout près des idées, je garde la bouche close, et la tête rêvant de ces lointains moments où nul mot ne se greffe, mais de longues phrases résonnent si fort pour pouvoir tout dire.                      

De là se dressent une raison de dire et une raison d'être (pour tout amazigh). Le rocher parle de l'amazigh, les briques sonnent autrement, les maisons se vêtissent étrangement, les immeubles s'élèvent dans la honte de l'altération. La vallée se nomme origine, le nom du pont  se déclare faussement «Oued aghbalu». Ironie du sort: confusion totale! Où est la source? Où est la rivière?

 

3 - Le Maroc n'est pas pluriel, il est conjugué au pluriel. Qui a créé le Maroc? Est-ce bien Atlas à qui la mémoire a toujours planté des défaillances? Est-ce Hercule à qui la force n'a pas manqué au moment de tailler d'un côté l'Afrique misérable et de l'autre l'heureuse Europe?

 

4 - L'âme s'irrite à l'idée de se voir ensevelie dans un bout de monde propre mais étranger. Etranger à soi-même.

Partout, c'est la sécheresse qui fouette violemment l'ombre des arbustes, des maisons et les hommes fixent le ciel désert. Le regard se noie dans des ruelles noires où des âmes millénaires se reproduisent misère, douleurs et désespoir. Sur le grand boulevard, le monde est autrement fait: des marées humaines se déversent de toute part.  Les femmes s'exposent luxe multiple qui cache une seule misère, semblable à celle de tamazight.

 ہ la main de la nature sans cœur, faut-il ajouter la main de l'homme? L'homme, cet animal qui crée les différences, fonde un Maroc singulier, difficile à décrire.

 

5 - Certes, des lieux amazighs rappellent clairement par leur nom combien cette terre a connu d'altérations physiques, historiques et ontologiques. L'Histoire ne s'efface point: Elle se déploie cris muets d'un temps irréversible mais doté d'une mémoire indélébile.

Des espaces s'égrènent sous mon regard orphelin, contrées connues mais combien mystérieuses. Tahla n'est point une source. Elle donnera vie à des malheurs comptés misères, oubli et effacement. A Khenifra, là naît l'origine du Mal dit marginalisation. ہ Marrakech, le battement des sensations est terrible pour le cœur curieux. Des airs blessent la mémoire millénaire. Essaouira, ville créée par les vents inconnus. Le brouillard habite ses murailles pour dire qu'elle vit sans ombre.

6 -Des gens habitent la mémoire trouée. Des effacements, ils ne vivent point. Dans dix ans, que sera-t-il de ces visages désespérés? Auront-ils vu un horizon bleu où contempler l'avenir? Que dire de cette adolescente, mère de deux filles, collée à un vieillard blanchi français qui ne peut retenir sa bouche fermée? Et ce jeune immigré dévorant trois plats sans répit devant une femme blonde fumant cigarette après cigarette? C'était à Moulay Bousselham.

 

7 - Où sont  Imazighen? Point.

L'amazigh est déjà mort! Vrai, il n'est pas d'hier. Plus vrai encore, il est loin du demain des autres. Il s'accroche à toutes les aliénations pour mieux résister physiquement.

En conclusion, tout est amazigh mais rien n'apparaît dans sa nature première. Tout tend à l'altération. Pourtant, l'amazigh n'est pas mort car le marocain demeurera toujours authentiquement amazigh.

     H. Banhakeia

 

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