Numéro  47, 

  (Mars  2001)

Amezwaru

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Tamazight

Is tamazight d amughl d idls aghlnaw?

aseggûs amaynu 2951

Tghatt n mass sugan

Tirelli

Tudert i tmazight

Udem amxib

Ur illi umllal

Français

Sur l'institution et la destruction de Tamazight

La famille des mots "ass" et "idv'

العربية

هل صحيح أن الأمازيغية رافد من روافد الثقافة الوطنية؟

المفارقات القاتلة لمحمد زيان

عبد الرحان عمرو وعوربة الحقوق

عبد الرحان عمرو وجنون الأمازيغوفوبيا

كيف نميز الاسم المؤنث عن الاسم المصغر في الأمازيغية

غلاة القومانية يحاصرون الأمازيغية في المحافل الدولية

اتهام عامل الناظور بإحياء الظهير البربري لأنه يتكلم بالأمازيغية

حوار مع أمدياز موحى العقاري

الحركة الأمازيغية وإشكالية الحزب السياسي

الأمازيغية والحزب السياسي

الحركة الوطنية في الميزان

حزب التقدم والاشتراكية والموقف من الأمازيغية

رسالة غيور

حوار مع الفنانة تاباعمرانت

 

 

 

 

Sur l'Institution et la destruction de Tamazight

Par : Hassan Banhakeia (Université d’Oujda)

 Qu'est-ce que l'institution? Pourquoi l'institutionnalisation? Quels sont ses critères?  Encore, quel est cet ensemble d'éléments qui s'oppose à l'institutionnalisé? Y a-t-il une institution qui récuse catégoriquement la structure de la société? Les paroles d'une femme âgée, lors de la campagne d'alphabétisation, pourraient être prises sous forme de réponse: «Nitni, oemmars war d anegh ggin deg wxarrves -nsen!» (Eux, ils ne nous ont jamais pris en considération dans leur réflexion.) Autrement dit, l'institution serait l'autre forme d'être, l'institutionnalisation du  procès d'altération de soi et tout l'ensemble le processus d'altérité historique.

I - Un crime presque parfait

Le grand crime institué au sein de l'Humanité est celui des institutions ombreuses. Elles ont créé la société, classé les gens, réalisé les désirs et les rêves de quelques-uns au détriment d'autres et “couronné” des pouvoirs et des devoirs par rapport à d'autres restés dans la marge, l'illégitimité et l'oubli. Elles ont sanctifié une part de la société, renommé une grande partie pour la refaire dans de nouveaux moules plus appropriés (voire civilisés) et nié le nom à d'autres qui demeurent anonymes aux mouvements de l'Histoire. Qu'est-il advenu de l'espoir pour le marginal? Il est toujours parsemé dans des discours suprêmes à la guise des ouragans qui rendent l'émetteur amnésique et le destinataire peu soucieux de son destin déjà défait, refait et dénaturé. Quant au code, il est hélas, tout au long de l'Histoire, étrangement encodé pour ces éternels analphabètes (Imazighen)…

Voilà la tragédie de l'amazighité. Tout ce qui est amazigh, dans son aire naturelle, est réduit à l'absence à cause de l'institutionnel. N'importe quelle forme d'autorité ou de pouvoir au Maghreb procrée des cadres “bien conditionnés” et de corps et d'esprit: l'amazighophobie est bien apprise, par conséquent leur négation de l'amazighité s'avère indiscutable. A l'intérieur du pays, l'image de l'aïeul est à bannir, sa parole interdite et ses organisations prohibées, à l'exception de l'administration touristique qui vend aux touristes plaisants l'image de cet aïeul muet, tatoué, bizarre et sauvage, et de l'agence de développement qui sait parfaitement enrichir les dossiers sur la Misère du Maroc.

Rappelons-le! L'on a crié haut l'entrée du marginal dans le système scolaire en Algérie et au Maroc! Prostitution, servilité… N'est-elle pas la véritable campagne d'alphabétisation celle qui apprend aux enfants la langue des aïeux, celle qui ramende deux parties linguistiques du Maghreb… Ce serait la langue qui réconcilierait les gens, à défaut de l'économique… L'on sait parfaitement, ce doit être leur dessein, que n'importe quelle langue sans pratique d'enseignement est condamnée à périr, à disparaître. Pourquoi cette peur de tamazight? Sera-t-elle facilement acceptée par les gens? Pire encore, pourquoi cet égorgement de l'amazighité?

Egalement l'on a vu dans un laps de temps médiatique une bonne justice pour tous les marocains! Pourquoi cette peur d'une réception plus importanteت Le travail devait être fait de façon à altérer… L'on a parlé d'un département de culture au sein des universités à partir de l'année 2000-2001! Pourquoi un département des langues colonialistes et non un de la culture de nos aïeux? Pourquoi la langue persane et non la tamazight? Les exemples ne sont à compter que pour illustrer le projet continu de destruction de l'amazighité… Ce n'est jamais tard pour l'omnipotent à reconnaître ses erreurs (de là ses mensonges) ni à presser le pas pour accomplir ses promesses.

C'est dans cette atmosphère de méfiance que je vois apparaître l'amazighité qui sait parfaitement se dissimuler au fond de sa présence timide!

II - Approche de la fausse appartenance

Certes non. Les questions de l'origine, de l'appartenance, des liens de parenté et d'éthique ont toujours été posées au Maghreb de façon à inverser tout, à renverser les réalités pour en créer des pseudo-réalités, de pures illusions. L'on insiste à continuer à instituer la fausse appartenance des Imazighen, peuple qui n'a pas besoin de déambulation ni de réflexion pour prouver son appartenance au Maghreb… Maintenant, rien n'est à sa place, tout tend à l'altération, à poser l'être amazigh dans l'être-à-part, ou à le définir historiquement dans une structure d'horizon inconnue.

Or, comment expliquer au criminel son manquement à la morale par le fait de créer l'apartheid qui met les autochtones hors de l'institution qui est censée être le foyer de tous? Il nous dirait: c'est bien cela la loi! Le délit est là, l'outrage est grand surtout quand on ose parler de la démocratie, de la nouvelle étape et du commencement. Y a-t-il une démocratie sans rapprochement objectif du Peuple? En corrélation au commencement, Imazighen, le peuple authentique du Maghreb, vivent la fin…

Approchons-nous alors de ce qui est, rapprochons le réel! Tout d'abord, imaginons, même si une telle action n'est pas «tributaire» de l'imagination, quatre panneaux ou pancartes intitulés de la manière suivante :

a.- Le Maghreb…«arabe»;

b.- Le Maghreb… «amazigh»;

c.- Le Maghreb… «arabe et amazigh»;

d.- Le Maghreb…«amazigh et arabe» .

Ces classifications (sous forme d'adjectifs) montrent peu ou prou la place occupée par l'amazighité dans la société maghrébine: il s'avère que a) est une formule courante et appréciée; b) une formule interdite; c) une formule  quasi courante et d) une formule quasi interdite. Elles peuvent être appliquées lors de la nomination d'une rue, d'une école… pour atteindre les prénoms des nouveau-nés. Que dire alors des institutions qui servent d'une part à établir un système précis, institué par la possession du Pouvoir, et d'autre part à supprimer ce qui est établi soit par la nature/l'histoire, soit par le système abrogé/le discours politique? Là, nous avons surtout l'incidence d'un discours idéologique précis (par son exclusion) au sein de toutes les institutions. Il serait juste de dire objectivement, «Maghreb» tout court. Pourquoi ce recours à l'adjectivisation au sein de l'institutionnellement institutionnalisé?

Ainsi, l'institution ou l'institutionnel se définiraient au Maghreb comme étant une position de négation de l'héritage amazigh et de ses différentes manifestations. L'administration a peur de l'amazighité pour des raisons «purement diplomatiques», la télévision, vu sa cécité, ne perçoit point ce qui est tatoué, la radio demeure hanté par des voix étrangères.

III - Négation de l’institution

Qu'est-ce que la négation de l'institutionnel? Quelle serait la position idéale à adopter vis-à-vis de la négation? Tamazight, dans ses réelles dispositions, a toujours renié l'institution qui à son tour n'a jamais reconnu l'amazighité du Maroc, ni lui a réservé une place digne de son statut de culture et de langue des autochtones. Cette confrontation, incarnée spatialement, historiquement et physiquement, est derrière la survie de cette culture qui est implantée dans la marge.

Tamazight a une place en dehors de tout ce qui est institutionnel. Les institutions «nationales» (politiques, religieuses, législatives, éducatives…) apostasient tamazight. Le légitime et le législatif, quel abîme! Par conséquent, la conscience collective des Imazighen va dans la direction d'une méfiance continue vis-à-vis des institutions.

IV -  L’amazigh et les formes de société

Les institutions marocaines fonctionnent strictement comme un ensemble de formes/structures sociales, telles qu'elles sont établies par la loi de l'Autre. La coutume berbère est totalement écartée, de là l'amazighité maudite, effacée de l'héritage maghrébin. Tout concourt à son effacement. Les projets de destruction de tamazight, par le biais de l'institutionnel, du légal, du réglementaire et du constitutionnel, ne sont pas des énigmes. Ainsi, l'amazigh devrait se détacher des institutions pour être. Son attachement signifie sa parfaite assimilation.

L'amazigh conçoit plusieurs formes de la société maghrébine, de là sa conscience de son être historique se trouve en général soit disparate vis-à-vis de l'Histoire, soit conforme à l'institutionnalisé. Chez tout amazigh, nous remarquons trois positions quand il est question de l'institution et de son rapport à l'amazighité:

A - Attachement, il est synonyme d'assimilation, d'aliénation et d'absence de conscience. Il s'agit là de la position des dits intellectuels (intellectuards amazighs) qui détruisent leur identité de façon servile. Chez eux, la «prostitution de jugement est ressource» (Victor Hugo, «Ultima Verba»).

B - Détachement, il se rattache totalement à la marginalisation et à une prise de conscience de l'être amazigh. Nous avons là la position des dits analphabètes qui vivent tamazight spirituellement. Chez eux, c'est l'authenticité qui émane de la vie de ces populations isolées et oubliées…

C - Rattachement, il se définit comme une position délicate où l'hésitation (sous forme d'un état de schizophrénie) est si grande que la conscience de l'amazigh se trouve tronquée et étirée entre deux pôles antagonistes: être ou ne pas être. Cette position des personnes instruites éludées par leur maîtrise de la langue et de la culture des autres est importante à étudier dans la mesure où ce groupe ne sait plus de quelle direction aller…

Hic et nunc, nous envisageons l'existence d'une alternative qui apporterait une réconciliation entre l'institution et l'être historique des marocains. Une réconciliation où le projet de destruction de l'identité sera totalement écarté… Réconciliation avec l'institution qui reconnaîtrait tamazight…

En conlusion: Que faut-il ne pas faire?

Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour être? doit être la question à poser par Imazighen pour avoir un devenir commun dans l'Histoire. Etre amazigh, c'est être, c'est savoir être: faire de sorte qu'on puisse annuler la négation de notre être. Ce n'est pas survivre, c'est plutôt cela la vie.

De nos jours, l'âme amazighe méconnaît la célèbre phrase de Shelley: «The soul's joy is in doing». Que faire? Où se situer? Quelle position faut-il prendre? Délier tamazight de l'impact fasciste des institutions demeure une tâche primordiale pour tout amazighiste. Les institutions concourent à faire du «tissu» scolaire un alliage amazighement fusible. L'amazigh est la matière première (matière de base), voire la bassesse pour l'enfant amazighophone.

Ne pas faire ce que l'institution affirme? La solution reste, bien sûr, de diversifier les fronts de lutte, et de créer des para-institutions… La lutte de revendication de tamazight est principalement un combat, rappelons-le toujours, pour instaurer la démocratie pour tous au Maroc…

Enfin, l'amazighité n'est pas un monde impossible, comme on nous l'inculque en classe, dans la rue et sur le seuil de l'institution. L'univers amazigh n'est nullement un monde faux; au contraire, il est un réel authentique, c'est-à-dire extrêmement positif pour tout maghrébin. C'est notre être qui est exactement une part de cette amazighité; car nos moments quotidiens y feraient toujours partie de ce présent (qui va au-delà du conventionnellement institutionnel).

                                                                                  H. Banhakeia

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