Uttvun 67, 

Yemrayûr 2002

(Novembre 2002)

Amezwaru

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Tamazight

Man imal ghar tmazight awarni 27 tzayûr?

Imesullal n 27 ctenbir

Uregh n umeghradv

Cek d abrid i xef ggûregh

I yman n Tifsa

Arraz n tsekla tamazight

Addad n tmesmunin n wanzvul xef usekkil

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Réponse à la réponse de Madame la Présidente de la fondation BMCE:

Réponse ou dérobade?

Par: Mohamed Boudhan

Madame la Présidente de la fondation BMCE a bien voulu répondre, dans “Le Monde Amazigh” du 5 octobre, à la lettre que lui avait adressée le Groupe d'Action Amazighe (GAA). C'est un geste qui dénote un sens fort de responsabilité et d'honnêteté.

Commentons et analysons la réponse de Madame la Présidente:

1 - La réponse a sciemment contourné le sujet de la lettre, qui est la graphie arabe que le GAA reproche à la fondation BMCE de l'utiliser dans l'enseignement de Tamazight dans ses écoles communautaires. En effet la lettre du GAA dit textuellement: «Nous avons appris avec grande consternation que votre Fondation vient de décider […] d'enseigner Tamazight en caractères arméniens dits pompeusement “arabes”». La réponse de Madame la Présidente n'a pas, explicitement et expressément, démenti ni  nié les affirmations de la lettre concernant la décision de la  Fondation BMCE d’enseigner tamazight en caractères dits arabes. Ce qui est un aveu indirect de l'utilisation de ces caractères par cette fondation. Nous nous passons donc de présenter les preuves factuelles de la décision effective de la fondation BMCE d'utiliser les caractères dits arabes dans son enseignement de Tamazight. Nous le ferons quand la fondation niera ce fait avéré.

2 - Dans sa réponse, Madame la Présidente écrit que l'action de la fondation BMCE «n'ira pas à l'encontre d'orientations ni décisions des pouvoirs publics». Et comme les “pouvoirs publics” représentent le Makhzen, et que la graphie arabe est la graphie qu'aime le Makhzen, il s'ensuit que la fondation BMCE ne peut aller contre les choix et préférences makhzeniens, ne peut opter donc que pour la graphie dite arabe, c'est à dire la graphie makhzenienne. Rappelons, à ce propos, que les “cercles makhzeniens” avaient insisté pour que le Dahir organisant l'IRCAM comportât deux articles qui stipulaient que la graphie à utiliser pour écrire tamazight est la graphie arabe. Ce qui n'a été supprimé qu'après qu'on ait fait comprendre à ces “cercles makhzeniens” que le MCA n'accepte jamais ce fait qu'on voulait accompli. En se référant aux pouvoirs publics, Madame la Présidente a été donc très claire, très explicite et très sincère; et sa réponse prend une forme “administrative” et “publique”, alors qu’elle émane d’un organisme censé privé.

Puisque madame la Présidente ne fait grand cas que des décisions des pouvoirs publics, pourquoi écrit-elle donc une réponse au GAA? Commence-t-elle à prendre en compte enfin les positions et propositions du MCA? Espérons-le.

3 - Madame la Présidente a écrit: «A l'heure actuelle, nous privilégions l'oral pour la communication dans les trois variantes régionales de la langue berbère et avons préparé des manuels dans les deux graphies. Ce choix est opéré précisément dans l'attente des travaux et décisions de l'Institut Royal de la Culture Amazighe». Soit.

A-Et quel était le choix de la fondation avant la création de l'IRCAM puisqu'elle avait déjà organisé des stages de formation à l'intention des futurs enseignants de tamazight, en août 2001,  avant le 17 octobre, date de la création de l'IRCAM? L'adoption par la fondation de la graphie dite arabe pour l'enseignement de tamazight, n'était-elle pas déjà un choix arrêté et tranché?

B-Pourquoi des manuels en deux graphies alors que  l'IRCAM n'a pas encore décidé quelle graphie convient à tamazight? Ne serait-t-il pas plus sage de ne préparer aucun manuel avant la décision de l'IRCAM? Ou bien la fondation avait déjà ses conviction et ses prédilections graphiques  qui s'alignent sur celles des “pouvoirs publics” auxquels elle se réfère dans sa réponse?

C-Madame la Présidente parle de deux graphies sans spécifier lesquelles. Pourquoi? Sans aucun doute, pour ne pas montrer que la graphie exclue de son choix est la graphie latine.

D-Des manuels en deux graphie seulement! Alors, comme chacun sait, il y a trois graphies en lice dont chacune aspire à être élue seule comme miss tamazight. Et comme la fondation BMCE avait déjà manifesté son antipathie à la graphie latine, suivant par là les “pouvoirs publics”, il va de soi que la troisième graphie absente des choix de la fondation est la graphie latine.

S'il était vrai donc que la fondation prépare les manuels avec différentes graphies, en prévision des décisions de l'IRCAM, elle aurait logiquement préparé ses manuels en trois graphies.

E-S'il est vrai que la fondation prépare des manuels en deux graphies, ce ne seraient que la graphie dite arabe et le Tifinagh. Parce que nous savons que les “chercheurs” (de tamazight ou d'autres choses?) employés par la fondation commencent, ces derniers jours, à flirter avec le Tifinagh. Sorte de revanche contre les défenseurs de la graphie latine qui leur ont rendu amers les sous qu'ils reçoivent de leur employeur.

F-Ce que nous savons, avec preuves à l’appui et certitude, c'est que les “employés” de la fondation ont préparé des manuels en une seule graphie, c'est la graphie dite arabe. C'est l'objet même de la lettre de protestation adressée par GAA à la Présidente de la fondation. Mais s'il était vrai que la fondation a préparé des manuels en deux graphies, pourquoi madame la Présidente n’aurait-elle pas accompagné sa réponse d'un envoi d'un échantillon de ces fameux manuels en deux graphies au GAA? Dans le même sens, pourquoi, depuis le lancement du projet de l'enseignement de tamazight dans ses écoles communautaires, la fondation n'a jamais rendu public, par un point de presse, un communiqué, ses objectifs, ses méthodes de travail, le budget affecté au projet, les critères de recrutement des “employés”, leurs émoluments.. etc.? Tout ce qu'a fait la fondation jusqu'à maintenant, concernant tamazight, montre comme si elle travaillait dans la clandestinité, comme si elle faisait quelque chose d'illégal, comme si elle faisait de la contrebande… Pourquoi toute cette dissimulation, toute cette réticence, tout ce top secret autour de tamazight? Sans aucun doute, la graphie arabe y est pour grand-chose.

G-S'il est vrai que la fondation prépare des manuels en deux graphies, pourquoi les écriteaux en amazigh, qui décorent les portes et les murs de ses écoles communautaires, ne sont écrits que d'une seule graphie, la graphie dite arabe, et que ses publicités en amazigh destinés à nos émigrés en Europe, et publiées dans certains journaux, ne sont écrits aussi que d'une seule graphie, c'est toujours la graphie dite arabe? N'est-ce pas déjà un choix décidé et délibéré pour la seule graphie dite arabe? Alors où sont donc les deux graphies dont parle madame la Présidente, sans les nommer?

4 - Madame la Présidente écrit dans sa réponse que l'objectif de la fondation, en ce qui concerne tamazight,  est «de contribuer au rayonnement de cette culture, non seulement à l'échelle du Maroc, mais au-delà des frontières».

Mais comment? C'est impensable, insensé et paradoxal, puisque tamazight, “au-delà des frontières” est écrite et enseignée partout dans le monde en graphie latine de façon officielle et définitive. Comment la faire rayonner en utilisant la graphie dite arabe, ou même deux graphies,  l'arabe et le tifinagh,  chez ceux qui ne lisent, n'écrivent et  n'apprennent tamazight qu'en caractères latins? Soit que madame la Présidente ne comprenne pas ce qu'elle avance, soit qu’elle manque de données sur l'état de tamazight “au-delà des frontières”.

Conclusion: Si madame la Présidente a eu le courage et l'honnêteté d'avoir répondu à la lettre du GAA, sa réponse, par contre, n'était pas aussi courageuse et honnête.                 

 

 

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