Uttvun 68, 

Meggyûr  2002

(Décembre 2002)

Amezwaru

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Tamazight

May ira weghlif n walmud i tmazight?

Agdud n tghessiwin

Werss...!

Tira

Yat tebrat

Amenugh

Cfa zeg itves

Netc tqrrigh awen

Sidd aneli

Yan mayd ur illin

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«Attajdid», un journal caduc

(Étude du titre: «Un gant amazigh avec une main latine»)

Par: Hassan Banhakeia (Université d’Oujda)

Laissons de côté les prétentions d'un groupe grandissant d'associations dites «amazighes» (sans que cela figure dans la nomination) et les velléités d'une nébuleuse d'associations politico-religieuses. Ne parlons pas de ces associations qui représentent, grosso modo, un parti politique. Passons sous silence ces accusations d'un parti d'opposition à un mouvement démocratique qui entend défendre les droits linguistiques et culturels de tous les marocains. Taisons ce complot latent entre le makhzen et l'opposition prochaine, celle qui va venir. Dissimulons la bêtise de ceux qui prétendent tout comprendre en sachant qu'ils ne comprennent rien, rien de rien. Disons tout simplement: «hchouma alikum!» vous qui osez manipuler, manipuler et manipuler! C'est contre les principes de l'Islam.

Par contre, ce qu'il faut dire: après la pétition des «prégrossistes», voilà la deuxième pétition des islamistes! Qui sera le troisième groupe politique à agencer une autre pétition pour attaquer tamazight, ce trait indélébile du Maghreb? C'est par l'appel à la fausse éthique et à la fausse dignité que les deux pétitions élaborent un discours vide, mais combien persuasif pour ces Marocains qui méconnaissent tout de leur identité «réelle».

Après la lecture de cet «article de boxe», j'imagine un corps KO portant le nom amazigh pris par les derniers soubresauts de la mort, et le vainqueur cynique de crier au public: «Attention, mes frères! Vous avez là un ennemi redoutable. Il peut nous faire beaucoup de mal. Il cache des armes, des bombes et des … ». Si les musulmans sont connus pour leur tolérance, l'article, tressé par une main visionnaire, apparaît incité par une rancune millénaire, celle qui veut détruire, détruire et détruire. Cette rancune n'a rien à voir avec l'Islam.

Plus correct encore serait de dire: «Que entiende el burro en la feria?». Là, nous avons l'expression adéquate pour définir ces vautours égarés qui recherchent en vain des cadavres en créant toutes pièces des accusations non fondées. Avec leurs découvertes, ils entendent créer le monde, leur monde à eux, juste à eux. Les autres, ce sont le vide, l'absent, l'effacé ou le monstrueux.

L'article en question ose parler de l'amazighité liée au scoutisme et à la récitation du Coran. Hchouma! Le péché est grandissime quand l'auteur (ou les auteurs aux mains cachées) donnent des statistiques non seulement erronées et confuses, mais où heureusement ils excluent également ces prétendues associations amazighes sans le savoir. Les statistiques, vous les malmenez pour créer assurément une crise… Allah nous préserve de ces calculateurs! De faux chiffres! Un lieu inconnu! Une date inconnue! Les auteurs de l'article inconnus! Des associations, pas toutes, inconnues! Par conséquent, votre défense de l'amazighité demeure au total inconnue! Dans un canard homérique…

Les nuances sont relativement importantes au sein de cet article confondant et tonitruant, cependant, je ne vais rien dire du texte, du textuel et de son architectonique. Cela ne mérite aucune analyse. Je me limiterai juste au titre, cette devanture expressive. Le titre d'«Attajdid» est très significatif: «Un gant amazigh avec une main latine» (25 octobre 2002, numéro 497), il traduit une inimitié incommensurable envers tamazight. Il développe «courageusement» un arrière-plan; le masque tombe: après le faux amour entre le journal et l'amazighité, vient maintenant le temps des confessions. L'amour cachait la rancune. Pour un tel changement? Les élections? Les voix amazighes sont indispensables pour gagner des élections, mais indignes à consulter en temps des projets amazighophobes. Tout ce qui est politiquement politique éradique nécessairement le Maghreb de ce trait millénaire, de ce trait indélébile, de ce trait amazigh. Tamazight est à voir / lire comme la fin des élections… Qu'est-ce que la fin? Est-ce le couronnement d'un projet? Si la fin est une fin, tout s'écroule, alors que si la fin est un début (initiative), tout va sur le bon chemin. Après ces élections législatives du 27 septembre, que sera-t-il de tamazight?

Par ailleurs, un jeune homme (amazighophone, lecteur fidèle du journal) s'indigne à la vue d'un tel titre. Je lui dis:

-Lis et juge! Le titre ne suffit pas.

-Non, ce titre est….

C'est vrai, le titre dit tout.

Ensuite, il reconnaît son désarroi profond au moment de terminer la lecture d'un tel article qui a comme meilleur point positif: il ne fait aucune référence explicite au fameux dahir berbère de 1930. Le jeune étudiant vitupère ce qui suit:

-Je regrette d'avoir donné ma voix à ces …

Ces trois points voilent ce que la vertu ne permet pas d'énoncer! Je ne lui ai rien rétorqué; fallait-il lui dire: c'est trop tard pour toi!  C'est tragiquement tard pour ceux qui continuent à lire le journal et à croire au «tamayyuz duna tahayyuz» de ces gens intellectuellement anonymes…

Et, à la lecture de ce titre, pour l'œil critique, étranger et neutre, il verra que tout ce qui est «amazigh» prend la place de l'extérieur, et le «latin» la place de l'intérieur. Tamazight est, toujours selon cette vision de négation et d'exclusion, de l'étranger, de l'inconnu et du profane. Combien ce titre tire explicitement vers l'équivoque, surtout que le slogan du journal est «tamayyuz duna tahayyuz».! Il s'agit, au fait, d'un autre slogan inversé: «tahayyuz duna tamayyuz». La même équivoque organise le titre de l'article non signé, anonyme. Tamazight ne peut pas être un gant, une main oui. Tamazight, en tant que gant, n'est pas une marque: «nik», «adidas», «puma» ou autre chose. Elle est une partie, qu'on le veuille ou non, de la nature. Tamazight ne peut pas être quelque chose d'inanimé, un objet artificiel. Elle est aussi une main, dotée de vie et d'action, digne d'une ethnie «vivante». C'est pourquoi, je vous conseille d'intituler l'article: «Une main amazighe avec un gant latin». اa oui.

Pourquoi ce titre est-il inversé? Tout ce qui est relatif à l'amazighité doit être présenté dans un cadre inversé où le fond s'éparpille à l'extérieur et les écailles prises pour le fond de cet héritage millénaire. Autrement dit, ceux qui optent pour l'amazighophobie sont aussi bien des chercheurs de préjugés que des ignorants de l'identité de l'Afrique du Nord. La logique «d'inversion» sert de philosophie générale, apte à expliquer l'univers maghrébin. Il faut tout inverser pour tout comprendre.

Ce titre est écrit par une main habile et intelligente ou par quelqu'un qui ignore trop de choses de la cause amazighe. Si c'est une main habile, cette vile «métaphore» est indigne d'un intellectuel. Ce titre, comme tant d'autres, tente de faire de tamazight un «monstre». ہ ce propos, cela me rappelle une citation de Michel Tournier: «Le monstre est ce que l'on montre  du doigt (…) Et donc plus un être est monstrueux, plus il doit être exhibé. Voilà qui me fait dresser le poil, à moi qui ne peux vivre que dans l'obscurité et qui suis convaincu que la foule de mes semblables ne me laisse vivre qu'en vertu d'un malentendu, parce qu'elle m'ignore.» (p.12, Le Roi des Aulnes, Gallimard, 1970). Le narrateur, ici, ressemble fort bien à tamazight dans son quotidien au Maghreb, et la «foule des semblables» aux auteurs intelloctruels amazighophages. Afin de se débarrasser de cette «persécution amazighophage», faut-il alors crier: Oui, je suis un monstre et j'en suis fier? L'amazigh est un musulman comme tous les autres. Il n'est pas un monstre, et il n'est pas pitoyable, et il n'est pas un «pécheur éternel». Il n'a pas besoin d'enseignements ethico-politiques. Celui qui n'est pas amazighophone, celui qui n'a rien fait pour tamazight, celui qui n'a pas fait de recherche sur tamazight, doit-il dire son point de vue sur un tel héritage? Les Imazighen n'ont pas besoin de l'amour des autres, encore moins de leur pitié. Ils peuvent exister de façon autonome et autarcique. Chacun sait que dans la société maghrébine l'amazighité a évolué vers une forme accomplie, celle qui puisse réaliser enfin la démocratie dans cette Afrique tragique. Ceci est à répéter à ces vautours et charognards qui ne cessent d'esquisser un monde d'illusions et de vouloir en faire un univers pour tout le monde! Ils ont une peur facile à définir et à cerner dans toutes ses significations. C'est pourquoi, il faut dire et redire: Défendons et sauvegardons, chacun, les paroles du peuple amazigh, notre peuple, comme pour nous dire mutuellement qu'il est en train de disparaître et de fondre sous un soleil bouillant et inhumain.

Ici, mon propos a été de présenter à grands traits les signification d'un titre «banal» et «profondément raciste». Faut-il le condamner? C'est à ceux qui ont le pouvoir que revient le droit et le pouvoir d'en juger, si ce n'est pas eux….

Let's wait for Godot!

 

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