Uttvun 73, 

Semyûr 2003

(Mai 2003)

Amezwaru

 (Page d'accueil) 

Tamazight

Is d amezwaru n uneggar n umyey Ufqir?

Lhefyani nigh tifuzzvert n tughemsa tuoerbent

Uccen d yinsi

Timessunam n imazighen

Aghuyyi n ulezruy

Anazur yetwattun

Awujil war aytmas

Azzel d awi

Di reorasi

Gar amghar

Issi d tissit

Ma s tyid aneslem

Min ghad yinigh

Sfeld zari oafak

Tamurghi

Yedjis n dcar inu

Français

Les cinq péchés insolubles de l'être amazigh

De la toponymie d'Alhuceima

 Diaspora de la communauté amazighe au Canada

Différents procédés dans la création néologique en tamazight

Amazighs et autres, otages du Baât de Saddam

La femme et sa journée internationale

Pour sortie l'oriental de la marginalisation

Propositions pour améliorer tifinagh

العربية

هل هي بداية نهاية أسطورة أفقير؟

أن يكون المرء ذاته فتلك هي الحياة

عن النزوع الأمازيغي وهفواته

مستقبل الأمازيغية على ضوء كتابتها بتيفيناغ

مفاسد الاغتيال اللساني

إتنوغرافية رقصة إحيدوس

لغتي جميلة

مكالمات إلى الكنكو تؤدي ثمنَها تاويزا

بيان تضامني للاتحاد الوطني لطلبة المغرب

بيان لجمعية تلفراوت

بيان لجمعية تيفاوت

بيان استنكاري لمحمد أوشري

تأسيس جمعية تيفاوت

بيان لجمعية تافسوت

بيان لجمعية تامينوت بتيمولاي

 

De la toponymie d'Al Hoceima:

Par: Mohamed   EL BOUCHHATI (Marrakech)

Notre essai ne prétend aucunement faire l'étude idéale et exhaustive du toponyme de cette ville. Néanmoins, il s'inscrit dans la remise en question de cette lecture trop simpliste, à notre sens, qui dit (voire assure) qu'alkhozama (la lavande) est à l'origine du nom d'Al Hoceima, tout simplement parce que cette plante était très abondante sur le site de la ville et ses environs. Ce qui ressemble drôlement aux explications de certains prospectus touristiques nationaux sur quelques sites et villes historiques et /ou touristiques. Je souligne, à ce propos, l'adoption de cette explication officielle par la plupart, pour ne pas dire la quasi-totalité, des écrits journalistiques sur la ville.

Les Espagnols qui ont fondé Al Hoceima sur le site appelé tijdit (terre sableuse) sur une partie de la presqu'île, l'ont appelée Villa Sanjurjo à partir d'avril 1926 jusqu'à l'indépendance sauf de 1932 à 1936 où elle portait le nom de Villa Alhucemas(1). Sanjurjo était le général qui avait dirigé le débarquement de l'armée espagnole dans la région. Mais au début de l'indépendance, et à l'instar d'autres villes dont on a changé le nom comme Port-Lyautey, Petitjean, Louis Gentil…(respectivement: Kenitra, Sidi Kacem et Youssoufia), il fallait bien changer celui de «Villa San Jurjo» qui, en plus d'être étranger, rappelait aux marocains le mauvais souvenir  du débarquement sus cité et de la colonisation espagnole. L'état a alors choisi «Al Hoceima» qui viendrait, dit-on, d'alkhozama. Pourtant, n'est-il pas plus logique et plus sensé de chercher l'origine en faisant le rapprochement avec le toponyme espagnol« Alhucemas »? l'histoire, l'étymologie et la topographie de la région renforcent cette thèse à plus d'un titre d'ailleurs.

En fait, Le terme «Alhucemas» est antérieur à sa variante marocaine «Al Hoceima». Les Espagnols ont utilisé ce vocable pour désigner la baie et les îlots(2) de Nokor (ou d'Almazemma) qu'ils appellent encore de nos jours «Los peñones de Alhucemas» (Les rochers d'Alhucemas). Et la ville elle-même ne l'ont- ils pas appelée- comme il est cité plus haut- «Villa Alhucemas»? Ce nom (Alhucemas) n'est, en effet, que le résultat d'une déformation espagnole continue de celui de la ville d'Almazemma indiquée, à juste titre, sur les cartes espagnoles du XVIème siècle par le vocable «Almazimas». Remarquons la ressemblance entre ce dernier et le nom marocain par la présence de l'article arabe «al» au début, le «z» et le «m» bien qu'il y ait un changement. Les îlots d'Almazemma, quant à eux, étaient indiqués au XVIIème par le terme «Albouzaines»(3) qui serait une autre déformation (changement de sons concernant voyelles et consonnes). Cependant, il est à souligner sa ressemblance avec Almazimas par la marque du nombre (le «s» du pluriel), la présence du même article arabe «al» au début et celle du «z» ainsi que  le «m» devenu «n». Au XIXème, le plus grand îlot et la baie s'appelaient déjà Alhucemas(2).

En outre, la prononciation du terme Almazemma en dialecte rifain amazigh «remzemmeth» montre qu'il s'agit d'un nom singulier féminin mais irrégulier puisqu'il a un seul «t» (celui de la fin) pour marquer le genre. Le nom veut dire «enregistrement» ou «lieu d'enregistrement», dérivé du verbe «zemmem» (enregistrer). A ce stade, la question qui s'impose est: le lieu servait à enregistrer quoi? Et là on ne peut s'empêcher de penser aux marchandises, donc au rôle commercial que jouait le port d'Almazemma qui était au début sur l'île(4) Nokor appelée aussi par certains historiens Almazemma(5). Ce port était le plus proche de la ville de Nokor, la nouvelle capitale des Bani Saleh, située alors à douze kilomètres au sud de ce port. Devenu plus grand sur le site en face de l'île, donc plus important pour l'émirat, il est qualifié de port de Nokor(4). Mais c'est l'île qui est à l'origine du nom de la ville(4) grâce, sans doute, à la fonction remplie au tout début du port embryonnaire. Le port est ensuite suffisamment florissant à l'échelon commercial et maritime  puisqu' il est qualifié de «plus important centre maritime sur la méditerranée entre Mlilia et Sebta»(4). L'émirat s'en inspira sur le plan toponymique de la ville devenue un centre urbain important sur le plan religieux, culturel, architectural et militaire (6 ). Et après la destruction de Nokor, Almazemma est devenue plus importante(7) au point de donner son nom à l'oued(8).

«Enregistrement» pourrait renvoyer également à la fonction que remplissait le «Ribat Nokor» comme premier centre religieux et culturel des Bani Saleh dans la région(9) pour le prêche, les études et peut-être la conversion à la nouvelle religion (avant de devenir également un centre commercial et militaire). Le Ribat était construit à l'endroit dit Agdal, où se rencontraient les oueds Nokor et Ghiss avant l'estuaire, donc pas loin de la ville d'Almazemma,(6) si cette dernière  ne l'avait pas intégré à son tissu urbain surplombant l'île, le port et le bassin(6). Tous ces facteurs jumelés à celui de la proximité des îles du site de l'ancienne ville (mais également de l'oued) rend la thèse d'Almazemma plus acceptable que la version d'Alkhozama. En outre, Malgré la ressemblance de ce dernier mot avec AlHoceima, il faut reconnaître que dans le Nord du Maroc, le phonème  (Î: kh [x]) n'est pas un allophone du type (Í: h[h]) comme dans la plaine du  Souss mais celui du (Û: gh[r]). Un exemple par la phrase suivante pour expliciter: «j'ai bu» est traduit: swigh ou swikh, selon les parlers, mais jamais: swih.

En conclusion, nous affirmons que le terme Almazemma prononcé et transcrit au début par les Espagnols: “Almazimas», est devenu Albouzaines puis Alhucemas. Les Marocains ont arabisé cette dernière variante en la prononçant Alhoceima pour la substituer à Villa Sanjurjo à la fin des années cinquante (XXème siècle) et en désigner également la baie quelques fois. La ville moderne - fondée par les  Espagnols - porte donc actuellement le nom de la ville historique d'Almazemma très ancrée dans l'histoire du Maroc et de la méditerranée occidentale. Son site se trouve sur la côte, en face de l'un ou des trois îlots au sud-ouest de la baie et à moins de dix kilomètres, par la route, au sud-est de la ville actuelle.(10). Aux Espagnols qui n'avaient fait qu'emprunter le nom aux Marocains après l'avoir déformé, ces derniers le leur ont emprunté à leur tour. Espérons que les chercheurs spécialisés dans la région, en l'occurrence en histoire, apporteront plus d'éclaircissements, sur les points traités (mais aussi ceux omis) ci-dessus, et pourquoi pas sous d'autres éclairages.

  Notes           

(1)Enrique GUERRA, Alhucemas: El nacimiento de una ciudad, traduit en Arabe par Mustapha ELGHADIRI in Tawiza, N°70, p.7. (Nous avons remarqué que beaucoup d'habitants de la province appellent encore cette ville «Biya» (villa). Et l'entrée de la ville elle-même est toujours appelée: la porte de villa Êtagwurt n Biya»).

(2)Ou du moins le plus grand que l'Espagne occupe depuis 1673. Voir: Elie de la Primodie, «Les villes maritimes du Maroc, chapitre I: Le Rif, Revue africaine, N°.16,1872. Traduit en arabe par M. Azeddine El Khattabi, in Annales du Rif, N°2, 1999, p.p.21-23.

(3)Ibidem, p.22.

(4)A.Tahiri. L'émirat des Bani Saleh dans le pays Nokor, ed. Ennajah Eljadida, Casablanca, 1998, p.135.Ê

(5)Ibidem, p.128.

(6)Ibidem, p.134-135.

(7)Ibidem, p.129.

(8)En effet, Ibn Khaldoun appelle les deux oueds du bassin de Nokor (Ghiss et Nokor puisqu'ils se rencontraient avant l'embouchure d'après A.Tahiri, op.cit, p.21,51et127): «Oued Elmazemma». Cité par Tahiri, op.cit, p.174.

(9)Ibidem, p.51, 127 et 134.

(10)Sa situation par les habitants de la région et les chercheurs en histoire ainsi que les vestiges qui en restent concordent pour dire que c'est sur son site (ou une partie) que le Club Méditerranée d' Al Hoceima est construit en face de l'îlot occupé.

 

 

 

 

 

 

Copyright 2002 Tawiza. All rights reserved.