Uttvun 75, 

Sayûr 2003

(Juillet 2003)

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Tifinagh et la bavure de Nador

Par: Ali Khadaoui (Kénitra)

 

Décidément, les adversaires de l'amazighité ne craignent ni la contradiction, ni la provocation. La «bavure» de Nador en est une parfaite illustration.

En effet, cette affaire, on aurait pu la gérer autrement. Soit en tolérant tout simplement une action somme toute symbolique qui a cru bon de s'inscrire dans la dynamique d'Ajdir et l'adoption officielle de la graphie Tifinagh; soit en recourant à Ia justice si on avait estimé Que le Conseil Municipal de Nador avait outrepassé ses prérogatives, ce qui aurait évité cet embarras dont tout le monde se serait bien passé.

Car le problème est que l'opinion publique ne peut pas facilement comprendre comment on peut interdire l'usage d'un alphabet adopté par l'I.R.CAM, officialisé par le Chef de l'Etat avec l'approbation de toute la classe politique!

Mais c'est oublier que cette histoire est un arbre qui cache la forêt. Et cette forêt, c'est cette nébuleuse anti-amazighité démesurément encore influente aux seins des instances décisionnelles de l'Etat marocain. Ce puissant lobby, aux tentacules innombrables (politiques, financières, économiques, sécuritaires, protocolaires, culturelles, éducatives etc) n'a en réalité accepté les décisions du ROI au sujet de l'amazighité que du bout des lèvres. Mieux informés, mieux rodés aux intrigues du pouvoir, ses représentants feront tout pour torpiller, dénaturer, au moins retarder les applications des décisions concernant l'amazighité dans tous les domaines. Ils ont certainement pesé de tout leur poids dans cette décision musclée contre quelques malheureux mots écrits en tifinagh.

Le lobby en question a du trouver des arguments «convaincants» en faveur de l'interdiction et par la manière forte, de l'inscription de quelques panneaux de signalisation et autres graffitis en tifinagh.

Tout d'abord, on a du avancer que si l'alphabet tifinagh a été officialisé, la langue amazighe, elle, ne l'est pas encore, ce qui n'est qu'en partie vrai. Donc, en attendant de l'être, cette langue se doit de se tenir tranquille, de s'écrire uniquement là où on veut bien qu'elle s'écrive: dans les quelques écoles sans programme, sans méthode, sans formation des maîtres... Autrement dit, l'utilisation de la langue amazighe ne doit pas dépasser «l'istinass» de la «charte » et l'apprentissage de quelques mots du «livre blanc». Et pourtant, le DAHIR ROYAL d'Ajdir est clair à ce sujet: il stipule «l'approfondissement», donc le dépassement de la polilique linguistique définie par la Charte et donc du livre blanc.

D'ailleurs, -et c'est là une défaillance de l'I.R.c.A.M, mais aussi du Mouvement Amazigh qui n'ont pas jusqu'ici effectué et vulgarisé comme il se doit une lecture approfondie des Discours Royaux concernant l'amazighité, ainsi que du Dahir d'Ajdir- dans l'exposé des motifs concernant le Dahir d'Ajdir, on peut lire «...sauvegarder, promouvoir, renforcer la place de notre culture amazighe dans l'espace éducatif, socioculturel et médiatique national ainsi que dans la gestion des affaires locales et régionales, lui donnera une nouvelle impulsion en tant que richesse nationale et source de fierté de tous les Marocains»(p. 1, 8&). On le voit, une simple lecture de ce seul paragraphe nous montre à quel point les décision Royales en faveur de l'amazighité entrent dans une approche globale qui n'exclut aucun domaine où peut s'inscrire cette volonté politique de redonner à notre patrimoine culturel et civilisationnel toutes les chances de retrouver sa place dans une société démocratique, plurielle, moderne et citoyenne. Mais il est certain que les adversaires de l'amazighité font une autre lecture restrictive des décisions Royales.

Ensuite, il est aussi certain que les représentants du lobby au sein du pouvoir n'ont pas omis de rappeler cyniquement l'histoire du baise-main comme preuve tangible de l'esprit subversif de ces arriérés chlouh qui n'ont même pas compris pourquoi ils ont été censurés à la télévision nationale. Un autre argument de taille celui-là: ces chlouh n 'ont pas voulu adopter la graphie arabe! Et nous y voilà! L'adoption de la graphie Ti finagh, à leur yeux, est un péché originel, car c'est un affront à la langue du coran, à la langue de leur pouvoir. Tifinagh est un symbole distinctivement amazigh, donc subversif. On en est toujours à la même problématique; le refus de la différence hérité de l'idéologie arabo-salafiste, surtout quand cette différence a quelque chose à voir avec l'amazighité. Autrement, pourquoi ont-ils toujours toléré les inscriptions en fi'ançais, hégémoniquement omniprésentes dans notre espace pictural, culturel et médiatique? A ce que l'on sache, le français n'est ni langue nationale ni langue officielle !

Enfin, ils ont du rappeler d'autres clichés encore plus mensongers et plus amers sur les chlouh comploteurs, ingrats et incorrigibles qui, dès qu'on leur cède un pouce, réclament un kilomètre! Jusqu'à...

Jusqu'au recouvrement de tous les droits de l'amazighité Messieurs! Et rassurez-vous,ce sera toujours par les moyens les plus civilisés, les plus pacifiques, les plus démocratiques, et sans aucune rancune. Car ce que vous n'avez pas compris, c'est que le Mouvement Amazjgh ne tombera pas dans les mêmes erreurs que vous. A commencer par l'exclusion! Celle que vous avez délibérément prononcée à l'encontre de l'amazighité il y a de cela plus de quarante ans, en dépit de toute l'histoire, de tous les droits, du bon sens et des intérêts suprêmes de notre nation. Celle que vous continuez en flagrant délit ou insidieusement à alimenter malgré les revendications et les protestations, malgré les décisions courageuses et sages clairement arrêtées par le Souverain.

En choisissant la manière forte et délibérément humiliante pour le Conseil Municipal de Nador, humiliante pour les Nadoris, humiliante pour l’I.R.C.A.M, humiliante pour tout le Mouvement Amazigh, vous avez opté pour la politique de confrontation comme dans le bon vieux temps, où les tenants de la répression aveugle ne cessaient de répéter: les marocains et surtout les chlouh ne comprennent que le langage de la force, alors il faut mater, mater.

Ce qui s'est passé à Nador n'est que le signal des nostalgiques de l'exclusion et de la terreur qui regagnent du terrain au sein du pouvoir. Et ce n'est pas la première ouverture qu'ils essaient de bloquer. Ils ont déjà bloqué des réformes importantes introduites par le ROI dès son accession au trône, colporté des médisances déplacées, propagé de fausses informations, le tout afin que les marocains en arrivent à la pire des alternatives: regretter l'ancien régime comme le fait et depuis longtemps une certaine presse déjà lassée du peu de lumière apportée par le nouveau régime.

Mais, n'en déplaise à ceux que la lumière aveugle, le Maroc ne sera plus jamais comme avant. Les marocains sont résolument engagés pour la démocratie, la modernité, le progrès, la tolérance et la citoyenneté. Ils viennent de le démontrer spontanément, magistralement contre le terrorisme en criant d'une seule voix: NON AU TERRORISME, NON A L'lNTOLERENCE, ET NE TOUCHE PAS A MON PAYS! Et notre pays, ce n'est ni la Palestine, ni l'Irak ni l'Afghanistan que vous avez érigés en «causes nationales», notre pays que nous aimons, c'est ce MAROC duquel vous essayez depuis plus de quarante ans, d'extirper le fond civilisationnel le plus vieux, le plus ancré dans la nuit des temps, le plus tolérant, le plus ouvert, le plus moderne: l'amazighité dans ses dimensions historique, anthropologique, sociale et non seulement linguistique. Oui, Messieurs, l'amazighité est terriblement moderne. Les valeurs ancestrales amazighes - relisez juste Ibn Khaldoun- ont de tout temps réservé à la femme, aux enfants, aux vieillards, à la justice, à la tolérance, à l'amour, à la démocratie, à la solidarité, à l'hospitalité, une place de choix dans l'organisation sociale et politique de ce pays. Ces valeurs ont encore prise sur les comportement des marocains, n'en déplaise à quelques égarés. Sortez un peu de vos tours d'ivoire pour vous en convaincre, allez dans les Atlas, dans le Sud, dans le Nord... A travers le combat pour l'amazighité, ce sont en réalité ces valeurs somme toute universelles, que nous, militants amazighs, essayons de défendre. Et c'est pour cela que nous serons toujours aux premières lignes pour défendre le projet de société proposé par le ROI MOHAMED 6, car c'est aussi notre projet, et qui se résume ainsi: Etat de droit, démocratie, modernité, progrès, citoyenneté, tolérance, solidarité. Et malgré le mépris que vous continuez à afficher à l'égard de tout ce qui appartient à la mémoire collective du peuple marocain, et malgré les tentatives qui essaient de faire tomber les militants amazighs dans le piège de la violence, leur patriotisme, l’ouverture héritée des temps les plus reculés, en gros leurs repères identitaires enracinés dans l'authenticité sans laquelle la modernité est synonyme de tous les dangers, constituent des remparts contre toute dérive démagogique.

Ce n'est pas le cas-malheureusement- de jeunes égarés qui se sont fait exploser à Casablanca. Ces criminels, ce sont le produit de quarante ans de vos mensonges arabo-salafistes, d'irresponsabilité et de démagogie, colportés par les institutions que vous avez toujours et parfaitement contrôlées à travers les programmes scolaires, la télévision, les institutions culturelles, ce qui a coupé des générations entières de leurs familles, de leurs racines, des valeurs ancestrales qui ont de tout temps constitué un rempart et un ciment contre les influences néfastes et les agression externes. Et les événements de Casablanca constituent une agression externe par excellence, car ces actes barbares ont été commis au nom de valeurs étrangères à notre culture, au nom de démagogues étrangers à notre nation, au nom de causes étrangères à notre patrie.

De Nador à Casablanca, les enjeux sont clairs: d'un côté un Mouvement Démocratique dont le Mouvement Amazigh fait partie- qui a fait de la citoyenneté, des droits de l'homme,de la tolérance, de l'ouverture, les principes de son combat; de l'autre, une idéologie arabo-salafiste, rétrograde, barbare, qui a livré au monde entier les horreurs de son aberration et de ses perversions. Pour les marocains, le choix n'est pas difficile. Ils l'ont exprimé haut et fort lors des manifestations contre le terrorisme et l' obscurantisme.

Malheureusement, on a l'impression qu'ils n'ont pas été bien entendus par les sphères charg6es de la mise en pratique des décisions politiques. Il n'y a qu'à voir nos programmes de télévision pour s'en convaincre. Le même ostracisme continue à frapper l'amazighité, la même hypnose pour tout ce qui est proche-oriental continue: et l'arabisme par ci, et l'arabe par là, et le Maghreb arabe par ci, et la culture arabe par là, et les juristes arabes par ci, et les chansons arabes par là, jusqu'à la capitale du royaume déclarée «capitale de la culture arabe !!!...». Décidément, on n'efface pas du jour au lendemain quarante ans de mensonges de bourrage de crâne, ayant conduit à une amnésie collective et au terrorisme. Le chemin sera long avant que les marocains ne se remettent du lavage de cerveau qui leur a dé infligé.

(Kénitra le 30-05-2003)

 

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