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بيان لجمعية تاماينوت

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En tamazight dans le texte: de l'"oraliture" à la littérature. Etat des lieux

Par: Mimoun AMSBRID (Belgique)

Les réflexions qui vont suivre sont extraites d'une letttre-réponse adressée, il y a plus de quatre ans, à monsieur le Directeur de Tawiza. Je les sors de leur situation d'énonciation d'origine (le circuit épistolaire) pour les partager avec les lecteurs de Tawiza. Et ce dans le souci de contribuer à la réflexion sur le statut littéraire de notre langue.

 

Extraits

[…] Quoi qu' il en soit, nous nous devons d'avouer, lucidité oblige, que nous sommes encore loin, très loin de l'objectif. A savoir, construire une tradition littéraire écrite (et pas seulement transcrite). Il faut que notre culture - vieille de plusieurs millénaires - accomplisse, sans plus attendre, cette tache décisive qu' elle a trop longtemps "différée". Toute attentisme de sa part risque de lui être fatal.

Si, sous l'impulsion de l'audiovisuel, "l'oraliture" (terme recommandé par M. Laroche dans La littérature haïtienne, Monréal, 1981) tend à réapparaître dans les cultures à tradition scripturale (voir à ce sujet les réflexions très pertinentes de S. Santerre-Sarkany sur "l'actualité de l'expression orale" in Théorie de la littérature, P.U.F,(Coll. Que sais-je?), 1990), l'écriture demeure le moyen le plus sûr pour la sauvegarde de notre culture. Elle est, en effet, le champ fertile où le génie de la langue et de la culture amazighes trouveront à se déployer pleinement. Car l'écriture n’est pas qu' un aide-mémoire. Elle est une praxis. Et en tant que telle, elle est irréductible.

Le corps amazigh a été, à travers les temps, le (seul?) support de la langue amazighe. C'est à lui qu'elle doit sa vie (sa survie). Mais ce corps n'est pas infaillible. Avec les nouvelles générations, il laisse apparaître des symptômes inquiétants: usure, décrépitude, érosion... On est en train de venir à bout de sa résistance naturelle. Son immunité innée ne suffit plus pour lutter contre les virus qui l'attaquent de toutes parts, s'y infiltrant et détruisant ses tissus vivants. Il est temps (nous avons perdu beaucoup de temps …et de mots, hélas!) de penser à pallier aux insuffisances de ce corps amazigh agonisant. Il est temps de passer du corps au corpus, du son à la trace, de la voix à la lettre, de "l'oraliture" à l'écriture. (Si notre langue a réussi "l'oral", il lui reste à faire preuve d' autant d'ingéniosité à l' écrit: elle doit pouvoir lever ce défit - titanesque, j'en conviens. Car il y va de sa survie. (j' écrivais, il y a quelques temps, une nouvelle intitulée "Tiseddyin n wawaren", où j'abordais ce thème sur le mode narratif).

Je suis, pour ma part, tout à fait conscient des limites, des lacunes, des failles autant subjectives qu'objectives (ces tares ne sont en rien intrinsèques à la langue, mais les fruits amères de l'Histoire). La conscience des handicaps ne doit pas nous paralyser mais, au contraire, nous stimuler.

La tentation est grande de faire le choix de la facilité (conformément au principe du moindre effort): dire l'amazighité, comme univers représenté, dans une autre langue que le tamazight. Curieuse façon de "résoudre" les problèmes que celle de ne pas les poser du tout! Ecrire l'amazighité (définie comme l'un des lieux où se manifeste l'humain. Cette définition exclut  faut-il le rappeler? - tout ethnocentrisme, chauvinisme...; en un mot: tout "isme") dans une langue autre que celle dans laquelle elle s'est depuis toujours dite, c'est tout simplement évacuer le tamazight. C'est, comme on dit, jeter le bébé avec l'eau de bain!

L’autre choix , difficile s'il en est, est celui qui consiste à dire l'amazighité en tamazight. J'ai dit "dire"? Je devrais dire "écrire". En effet, parler tamazight est une chose, l'écrire (littérairement s'entend) en est une autre!  Ce qui s'écrit de nos jours, continue à être de la parole écrite, voire transcrite. Imazighen écrivent rarement. Nous continuons à parler… même quand nous écrivons. Nos textes sont de la parole écrite. Derrière la lettre résonne la voix. L'écriture amazighe n'a pas encore accédé à son autonomie substantielle d'activité spécifiquement scripturale. Nous continuons à chanter et à (ra)conter. Et de ce point de vue, comme de tant d'autres, nous continuons à appartenir au passé; à nous mouvoir dans une aire (et une ère) culturelle(s) et sociétale(s) traditionnelle(s).

La transition sera lente et dépendra de beaucoup de choses (pas toutes culturelles). Et le jour où nous lirons un texte écrit en tamazight, sera le jour qui marquera l'entrée de notre culture (et de notre société) dans la modernité (au sens fort du terme).

En attendant, nous aurons besoin de beaucoup de bonne volonté, de travail et, surtout, de lucidité.[…]

(Février 1999)

                                                                                               

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