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La situation du berbère au Maroc

par: Abdellah Bounfour*

mercredi 2 juillet 2003.

La conférence oragnisée par Tamazgha le 28 juin 2003 à Paris avec Abdellah Bounfour sur la question berbère au Maroc a permis au public présent de comprendre la "politique berbère" du pouvoir marocain. Pour partager l'apport de cette conférence à la compréhension de la question amazighe au Maroc avec les internautes, nous reproduisons ci-dessous le texte de la conférence ainsi q'un résumé des débats. Nous tenons à remercier vivement monsieur Bounfour pour son aimable collaboration. (www.tamazgha.fr)

 

La situation actuelle du berbère au Maroc

Conférence de Abdellah Bounfour, Paris, le 28 juin 2003

 Organisation de Tamazgha

 

Mesdames et Messieurs,

La meilleure façon d'aborder ce sujet me semble être de relater les événements dans leur chronologie et, éventuellement, de tirer quelques conclusions provisoires à partir de cette mise en perspective chronologique. Je considérerai trois événements: la publication du Manifeste amazigh de Mohamed Chafik, la fondation de L'Institut Royal de la culture amazighe et la décision de transcrire le berbère en caractères tifinagh.

Le Manifeste amazigh

Il ne s'agit pas, ici, de revenir sur le contenu de ce manifeste. Je l'avais fait en son temps. Ce qu'il importe de relever est la chose suivante: il est apparu à beaucoup d'observateurs et d'acteurs du mouvement culturel amazigh que ce manifeste se posait comme fondateur de la revendication identitaire berbère. Cette vision des choses a été étayée par l'argument 2 ci-dessous. Mais il y en a deux autres qui ont échappé à leur vigilance:

1. Mohamed Chafik est un nationaliste qui a vécu la période de la lutte pour l'indépendance nationale. Il en est tout imprégné y compris dans la langue qu'il utilise aujourd'hui. Ceci est un constat. Viendra peut-être un jour où les chercheurs s'intéresseront à cette langue au plan du lexique et du discours pour mieux comprendre cette période.

Il n'est donc pas étonnant qu'il intitule son texte "Manifeste amazighe" car l'acte de naissance du Mouvement national est aussi un texte dont le titre est "Manifeste de l'indépendance". Cette similitude dans la dénomination des deux événements n'est pas fortuite. Elle est déterminée par une culture politique même si l'objet visé par Chafik n'a et n'est pas toujours admis par beaucoup de nationalistes. Dans tous les cas il ne figurait pas du tout dans les revendications nationalistes. Au contraire.

De plus la structure et la forme du contenu des deux manifestes sont comparables. Des considérations historiques et sociologiques, on tire une liste de revendications.

 

Certes, on peut croire que c'est la seule forme possible. Certainement pas pour nous qui savons, aujourd'hui, que tout nouveau contenu implique une forme particulière de discours sauf à diluer le nouveau dans de vieilles outres. Dans tous les cas, il est certain que le Manifeste amazigh peut être perçu par les tenants du nationalisme orthodoxe comme un manifeste pour l'autonomie, au sens large du terme, des Berbères. Cela a d'ailleurs été le cas. Même les compagnons de route de l'auteur du manifeste ont été surpris par le ton et le contenu du texte.

Une troisième similitude mérite d'être signalée: l'appel à la signature de ce manifeste. On sait que c'est exactement la même opération qui a été utilisée pour le Manifeste de l'indépendance.

 

En ce qui me concerne, et pour autant que cela puisse intéresser l'opinion publique, j'ai signé ce manifeste parce qu'il comportait des revendications justes et le sont toujours même si j'ai été réservé sur l'analyse qui les précédait.

Ce que je retiens de cette analyse formelle de ce texte c'est ceci: le Manifeste amazigh enracine la revendication dans la culture et la langue du nationalisme. Or, la revendication berbère déconstruit le dogme du nationalisme orthodoxe fondé exclusivement sur l'arabité et l'islamité. Elle veut, au moins, y inclure l'amazighité longtemps occultée, voire combattue, par les ténors du nationalisme arabo-musulman. Il n'est pas certain que cela rende justice à cette revendication. Mais, après tout, on peut voir dans le Manifeste une brèche importante de l'intérieur du discours nationaliste.

2. La caractéristique la plus importante du manifeste me semble être celle-ci: dans son contenu il ne fait aucune référence aux différents événements qui ont jalonné l'histoire du mouvement culturel berbère depuis les années soixante. Cet oubli ou cette occultation n'a pas échappé à certains acteurs de ce mouvement.

Citons un texte très important qui, à mes yeux, est fondateur : la Charte d'Agadir.

La dénomination est très importante: c'est un texte comportant un certain nombre de revendications minimales sur lesquelles les grandes associations du mouvement culturel berbère de l'époque étaient d'accord; une plate-forme pour l'action en commun de ces associations.

On notera donc que la différence dans la dénomination, le fait qu'il s'agit d'un texte négocié en commun par des institutions associatives reconnues juridiquement et socialement et non d'un texte individuel sont de nature tout à fait nouvelle dans l'histoire du mouvement berbère. C'est donc un événement important que ses promoteurs n'ont peut-être pas évalué à sa juste valeur.

En effet, la Charte d'Agadir sonne comme l'acte de naissance d'un mouvement qui risquait de devenir un mouvement de masse, comme on disait naguère. Il a d'ailleurs donné lieu à la création d'une multitude d'associations y compris dans les villages alors que, jusqu'à présent, la revendication était exclusivement citadine et concernait l'élite berbère citadinisée.

La conclusion qui s'impose est donc la suivante: le Manifeste amazigh est, de ce point de vue, un catalyseur de cette orientation de masse vers un cadre plus restreint. Celui d'une revendication culturaliste, ce qui était l'inspiration première du mouvement berbère à ses début. C'était le cas, quoiqu'il en soit, de l'AMREC dès sa fondation.

La création de l'IRCAM

Là encore, je ne reviendrai pas sur le contenu du Dahir (loi) instituant l'IRCAM. Je l'ai fait en son temps. Je reprendrai deux points qu'il est intéressant de méditer: la cérémonie publique de la création et les structures fondamentales, particulièrement le conseil d'administration.

1. J'avais noté que cette cérémonie était exceptionnelle par le lieu de son déroulement, le nombre et la qualité des invités.

Le lieu est le bourg de la famille du roi du côté maternel. A ma connaissance aucun dahir n'a eu comme lieu de proclamation un lieu de ce genre. Le lieu naturel pour proclamer une loi est, au Maroc, le parlement et le journal officiel. Proclamer une loi en plein air est insolite dans l'histoire juridique de ce pays.

Cela voulait dire que l'événement méritait cette proclamation insolite, exceptionnelle. Il l'est, en effet car il mettait fin symboliquement et juridiquement au monisme identitaire hérité du nationalisme triomphant et il fallait le gérer de telle manière qu'il ne fût perçu comme une "déviation" ou un désaveu de ce nationalisme. Mais tout simplement un oubli, un complément nécessaire promis, semble-t-il, par Hassan II depuis les débuts de l'indépendance. Promesse tenue donc!

2. Le nombre et la qualité des invités à cette cérémonie sont très significatifs. En effet, tous les représentants des institutions étatiques étaient présents, y compris les partis politiques, les syndicats, la société civile y compris les associations amazighes qui ont soutenu ou non le Manifeste amazighe.

Il est donc requis d'en conclure que la chose berbère est sortie du cadre purement revendicatif d'une catégorie de la population; elle devient symboliquement l'affaire de l'Etat et de tous les Marocains.

3. Le conseil d'administration pose un autre problème plus délicat. La discussion se concentrait sur la question suivante: qui siègera en son sein? Pour simplifier, deux positions s'affrontaient: la première est "universitaire" et proposait que seuls les spécialistes de la langue et de la culture en soient membres étant donné que la mission fondamentale de l'IRCAM est d'introduire la langue dans le système éducatif et de promouvoir la culture berbère dans les médias et la société; la seconde est "militante" et revendique que le milieu associatif soit représenté. La première oublie que l'IRCAM, vu son statut juridique, ne peut être seulement de type universitaire car si sa nature était telle, il n'y avait aucune raison de le rattacher à la Cour royale ; il suffisait de le rattacher à l'Université. La trop grande proximité avec le lieu des décisions politiques impose qu'il ne soit pas exclusivement scientifique. La seconde oublie que l'IRCAM n'est pas un cadre pour la militance: comment se comporter en militant dans une institution des plus proches du centre du pouvoir!

Les deux positions sont donc dans la confusion des genres. La composition actuelle du conseil d'administration fait place aux scientifiques et à d'anciens militants. Certains y verront une confusion des genres justement. L'IRCAM est à la fois un lieu de production scientifique mais aussi un lieu de gestion de la question berbère.

La graphie tifinagh

Je résume, ici, l'analyse que j'ai publiée dans un mensuel marocain.

Notons que c'est la première décision publique de cet institut. Le processus qui a mené à sa prise est double: il est interne et externe à l'IRCAM.

1. Le Centre d'aménagement linguistique, le seul à avoir recruté des spécialistes des sciences du langage de niveau universitaire, était en charge de préparer une analyse scientifique des trois alphabets concurrents pour préparer la décision du choix de la graphie officielle. Ce centre a fait son travail selon une méthodologie explicite et lisible dans ses documents. Le problème n'est pas de discuter la pertinence de cette méthodologie mais de savoir quel est son poids dans la prise de décision car cette dernière ne dépend pas que de l'aspect scientifique. Il y a nécessairement l'aspect politique à considérer. C'est là qu'intervient le processus externe.

2. Avant la réunion du conseil d'administration, un certain nombre d'associations se sont réunis à Meknès réclamant que la graphie à choisir soit de caractères latins. La presse a donné un grand écho à cette position et constitue ainsi une pression médiatique sur le conseil d'administration de l'IRCAM.

Un peu plus tard, d'autres associations dites islamistes se réunissent et réclament que la graphie soit arabe. Mais aucune association, à ma connaissance, n'a réclamé la graphie tifinagh. Il est donc clair que l'antagonisme latin/arabe devient politique et pèsera très lourd sur le choix à faire au point que le point de vue scientifique va être complètement occulté.

On choisira la graphie tifinagh pour "arbitrer" cet antagonisme. Et l'on argumentera que cet alphabet est non seulement adéquat mais il est l'alphabet originel. Ce qui, pour un spécialiste, est très loin de la réalité.

Rappelons que l'alphabet choisi n'est pas le libyque, qui lui est originel et pose encore des problèmes de déchiffrement. Cet alphabet est ce que nous appelons, dans nos travaux, les néo-tifinagh. Il est un léger remaniement de l'alphabet diffusé par l'ancienne académie berbère de Paris destiné à noter le kabyle. Ce rappel historique était nécessaire car le public profane croit vraiment qu'il s'agit de l'écriture berbère ancienne.

On retiendra donc que la caractère hybride de la composition du conseil d'administration, dans ce cas précis, a joué en défaveur de la vérité scientifique et historique de la langue.

Je conclurai cette intervention en retenant deux idées importantes :

1.Quand je fais le bilan depuis 1967 à ce jour, incontestablement le mouvement amazigh a réussi des actions importantes: la visibilité associative berbère, la publication en berbère et sur le berbère, la production artistique berbère est en net éclosion, le fait que le berbère est redevenu un moyen de communication citadin, la reconquête de soi des Berbères qui avaient honte de leur langue, de leur origine au point d'en arriver à ce que l'on appelle la haine de soi bien décrite par A. Memmi dans Le complexe du colonisé et et par F fanon dans ses ouvrages oubliés depuis etc

2.Néanmoins, il reste encore beaucoup à faire car tout un pan de la société marocaine n'a pas encore intégré que l'amazighité de l'identité marocaine est une donnée tangible et avec laquelle il faut compter à l'avenir. Car l'amazighité a réappris aux Marocains le pluralisme. Puisqu'ils revendiquent, du moins une frange non négligeable, les valeurs démocratiques universelles, il faut reconnaître au mouvement culturel berbère de n'avoir pas cédé sur cette pluralité linguistique et culturelle du pays, pluralité soulignée déjà dans la Charte d'Agadir. A cela il faut ajouter une autre tâche plus difficile et plus complexe: la revendication d'une amazighité résolument moderne. Mais cela est une autre question.

Je vous remercie de votre attention.

(Source: www.tamazgha.fr)

(*) Abdellah Bounfour est professeur de littérature berbère à l'Inalco (Paris). Il est l'un des fondateurs, en 1967, de la première association amazighe au Maroc : l'AMREC.

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