Uttvun 79, 

Yemrayûr 2003

(Novembre 2003)

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Le Sud-est ou Imazighen au delà du mur de silence.

Par: Rachid  FETTAH (Khémisset

Aux moments où la société civile et le makhzen avec, ne cessaient de fredonner le vieux refrain du développement durable, deux événements, hauts en symboles, le festival de la musique du Désert à Merzouga et le soulèvement des imazighen à Alnif, se sont survenus pour briser le silence pesant et l'embargo symbolique qui isolaient la région du Sud-Est. Deux manifestations contrastent au fond, mais s'entrecoupent à la surface, dans le temps et l'espace, festivité joyeuse d'une part et révolte des populations en colère de l'autre, voire même deux revers d'une même médaille: marginalisation et exclusion des imazighens.

Certes, les dunes magiques de Marzouga possèdent tous les atouts naturels pour charmer la curiosité des touristes, surtout, aux sublimes moments du lever et du coucher du soleil, mais ces moments éphémères demeurent insignifiants et vides de toute ésthéticité face à la blessante réalité socio-économique des villageois qui, par leur nature humaine stoïcienne, enduraient  des journées interminables, dans le manque d'infrastructure (école, services sanitaires, eau potable… etc) voire l'inexistence absolue de la moindre condition de vie normale .

Or, pour mieux cerner l'état d'exclusion et de marginalisation de ces marocains, d'un autre rang, damnés, entre vie et survie, dans ces contrées au delà du mur de silence, il est fort instructif d'évoquer l'impact socio-économique concentré à Tafilalt sur la situation socioculturelle des imazighen de la région.

Dans cette zone lointaine, méconnue pour le Maroc officiel, Tamazight se trouvait, depuis ex-temps, vouée à des agents dévastateurs, à des facteurs agissant dans le but de dénaturer ou carrément à désintégrer la culture- identité millénaire, et ceci, soit par le biais des méthodes stratégiques adoptées par les «appareils idéologiques de l"Etats», ou sous la puissance idéologico-économique de l'arabo-islamisme, dans sa version locale à Tafilalt. Ces ravages identiticides, linguistico-culturels, ciblant le patrimoine ancestral, ne se limitent pas aux seules agglomérations citadines (villes impériales, capitales spirituelles, et grands centres économiques…) Mais ça s'étend, en vagues mouvantes, au point de toucher les maquis les plus reculés (montagnes, déserts…)

A ce propos, la situation à Tafilalt affichait une bonne illustration, c'est une aire géo-sociale couvrant une large partie du Sud-Est, s'étendant depuis IGHREM N SAUK (ERRACHIDIA) jusqu'aux confins du désert (Alnif et Merzouga) c'est un no man's land, voire un immense vide, au sens socio-culturel , au delà des murailles de silence, des hommes libres, des aigles des hauteurs persistaient et luttaient pour survivre dignement.

Alors, dans un tel contexte, une question surgit: Qu'on est il de la situation des imazighens à Tafilalt?

Toute tentative de réponse à cette interrogation légitime conduit, inévitablement à une revisite, en bref aperçu, de l'ancienne histoire de la région. Autrement dit, procéder au déterrement  du passé ancien de ce centre agglomération (RISSANI) connu dans le temps par la cité de Sijelmassa.     

D'après les historiographes, ce sont les arabes conquérants qui ont fondé Sijelmassa en l'an 40 de l'hégire, fondation incarnant l'âme de l'arabité, une offrande de la générosité du Machreq qui constituait, à l'époque, un légue sacré dont jouissait les  «chorfa hassnyine» comme honorables seigneurs de l'ancienne «kasba sijelmassia, outre ce souffle spiritualo-chérifien, il est à signaler le remarquable rayonnement commercial faisant de la région un vrai carrefour d'échange. c'était l'époque des fameuses caravanes qui, comme dans les contes orientaux des 1001 nuits, traversaient l'actuelle Tafilalt en la reliant au Soudan, au Nord-Ouest islamique, à l'Europe et à l'orient islamique. Dans son état actuel, Tafilalt (Rissani), comme agglomération concentrée autour l'activité commerciale, a beaucoup hérité de l'ancienne ville- légende de Sijelmassa. Or, un tel héritage ne peut pas être sans impact sur la vie socioculturelle au sein de la région, à savoir un cadre d'interactivité impropre où l'intégrité de l'identité socioculturelle des imazighens est mise en jeu. Mais, à considérer la représentativité ethnique locale, elle fait montre d'une cohabitation harmonieuse de quatre groupements formant une mosaïque sociale: imazighen, africains noirs, arabes et juifs, au sein de cette composition l'enjeu socioculturel est de taille, et l'ampleur de l'hégémonie symbolique, affichant un arabo-islamisme très aigue, demeure frappante. Et pour plus d'éclaircissement, l'une des principales raisons de cette domination se manifeste à l'occasion du souk (actif à trios reprises dans la semaine). Etant le cœur battant dans la région, il constituait une vrai institution qui, selon J.F.TROIN “joue de multiples rôles: centre commercial certes, mais aussi lieu de rencontre sociale, marché de travail, lieu de loisir et de transmission des nouvelles, il est aussi pôle de services (administratifs, médicaux, postaux…. etc.)” 1

Alors, ainsi défini, le souk contribue efficacement, par sa fonction d'espace d'interactivité socio commerciale et sa fonction communicationnelle, à mieux approfondir le faussé de l'arabisation des imazighens, qui le fréquentaient dans un rythme régulier, tous les Mardi, jeudi et dimanche.

Les scènes quotidiennes, extraites sur le tas, en fragments de tractations soukières, laissent constater la prédominance du “parler arabe filali”. Ceci dit, et pour se faire comprendre les  soukiers originaires de Merzouga et d'Alnif, sont appelés à tenter toutes les acrobaties verbales possibles, en crachant des mots en arabe ( et quel arabe!!??), pour se faire acheter ou se faire vendre. Outre l'handicape linguistique et le traumatisme psychologique, ces irehhalen (nomades des temps modernes) sont vus comme étranges intrus dépourvus de toute “odeur de sainteté chérifienne” selon l'expression du feu Abehri, et parlant une sous langue insignifiante et indécodable, et ça constitue chez les stratèges du négoce, le summum de la confusion, puisque le message en tamazight ne passe pas ou se bloque carrément.

En guise de clôture, et pour parler savoir, dans l'encyclopédie berbère n:1, G. camps tenta de répondre à la question suivante: Que signifie être amazigh? Or en élaborant une approche pluridisciplinaire,  et en investissant différents champs du savoir (ethnologie, anthropologie, histoire, linguistique… etc.), le fin savant aboutit à la thèse qui suit: “malgré le caractère malléable des populations amazighes aux cultures étrangères, au point que certaines sont devenues, tour à tour, punique, romano africaines et arabes, elles sont restées elles mêmes, c'est cela être amazigh”2. Mais en dépit de la charge optimisante, contenue dans les propos de G.CAMPS, et malgré (L'ICRAM, et la décision timide d'enseigner tamazight), au Maroc, l'amazighité est toujours conçue comme un mirage, l'épreuve en est l'état de siège symbolique où se trouvaient les populations du Sud-Est, et la révolte d'Alnif demeure un signe fort dans ce sens.

SOURCES:

1-J.F.Troin: le souk. P.185 in “l'état du maghreb”, Ouvrage collectif.

2-G.Camps. encyclopédie berbère n°1

3-C. Baylon et P. Fabre: initiation à la linguistique. Nathan

4-M. Naciri. Maroc le poids de l'histoire. In “l'état du maghreb”.

5-L.Taouchikht: «Oisis de Tafilalt, hier et aujourd'huit» in “espace et société dans les oasis marocaines”.

6-C.L. du jardin: “littératures berbères, des trésors de l'oralité”. In l'état du maghreb.

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