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l’Institut Royal de la Culture Amazighe

Colloque international  sur: la littérature amazighe: oralité et écriture

Bilan du colloque international organisé sur: la littérature amazighe: oralité et écriture, spécificités et perspectives à l’Institut Royal de la Culture Amazighe, Rabat, 23-25 octobre 2003

Par Aziz KICH, Coordonnateur de la rencontre

Argumentaire

La littérature amazighe, jusque-là essentiellement orale, a suscité la curiosité et l’intérêt de chercheurs d’horizons divers (orientalistes, universitaires, berbérisants… ; anthropologues, linguistes, etc.), qui l’ont interrogée, chacun selon sa «vision du monde», sa «contexture culturelle», son «champ intellectuel», pour ne reprendre que quelques concepts connus. La bibliographie à ce sujet est d’ores et déjà considérable et promet de se faire de plus en plus large et diversifiée: ouvrages, thèses, mémoires, périodiques, etc. Il convient de dresser de cette littérature un bilan objectif, critique et vivificateur. Mais il est nécessaire aussi de réfléchir au devenir de l’oralité et à la meilleure manière de promouvoir l’écrit.

En effet, le passage de l’oral à l’écrit se fait par l’intermédiaire d’intellectuels eux-mêmes hautement «marqués», et sur la formation, la culture et la production desquels il est capital de s’interroger. Car en eux oeuvrent aussi des normes et des modèles culturels et méthodologiques autres que ceux de l’amazighe, acquis surtout à l’école, en même temps que d’autres langues (l’arabe, le français, l’anglais, l’espagnol…), qui constituent encore de nos jours les outils linguistiques les plus utilisés pour rendre compte de la réalité amazighe. Il est donc aussi primordial de pouvoir identifier l’apport extérieur pour mieux mettre en relief les spécificités de l’amazighe et mieux mesurer les conséquences du passage de l’oral à l’écrit. Ce travail ne va pas sans une analyse comparative d’échantillons représentatifs de ce que produisent les créateurs de l’oralité et ce que créent des producteurs imprégnés de l’écriture et des modèles culturels de tradition scripturaire, et dont les écrits en amazighe sont parfois des translittérations ou des traductions. C’est un stéréotype de parler à ce propos d’écart et de déviation; ce qui est plus intéressant, c’est de déterminer les caractéristiques de la langue littéraire amazighe et de proposer un métalangage qui en exprime les spécificités.

«L’engouement» pour l’écriture, auquel nous assistons aujourd’hui, est si important et si envoûtant, qu’il importe d’en mesurer l’envergure et d’en prévoir les conséquences. Cette mesure est d’autant plus nécessaire que, dans l’histoire, l’écrit a souvent joué un rôle de substitution par rapport à l’oral: en assurant le contrôle de l’échange social, il a joué peu à peu un rôle de domination et de ségrégation. De l’oral à l’écrit (via une langue autre ?), se dessinent ainsi les phases et les métamorphoses de l’amazighe. Comment l’oralité pourra-t-elle rester identique à elle-même à travers la différenciation des formes (performance directe, enregistrement audiovisuel, transcription, etc.) ou devenir «autre» (traduction, ouverture à l’universel…) tout en restant fondamentalement soi? Serait-ce grâce à l’essence sauvegardée poétiquement? Le destin de la littérature orale, et de tout ce qu’elle implique, serait-il de suivre la voie de la transformation en écriture et, ainsi, mourir? Et l’écriture saura-t-elle un jour reconstituer l’oralité?

Pour répondre à ces questions, il est important de prendre en considération la situation de l’amazighe, qui est unique: non seulement les étapes du passage de l’oral à l’écrit sont en train d’être «brûlées», mais ces deux entités (l’oral et l’écrit) sont pour le moment interchangeables. Serait-ce parce que la langue amazighe est de substrat écrit (a la particularité d’être une langue orale possédant une écriture)? Peut-être. En tout cas, la question qui se pose à ce niveau est de savoir s’il est dans l’intérêt de la littérature amazighe de cesser complètement un jour d’être orale ou s’il ne vaut pas mieux chercher à définir les modalités d’encourager parallèlement les voix de l’oralité et la voie de l’écriture. En attendant d’être consacrés dans l’ère de l’écrit, les producteurs amazighes sont devant un choix difficile: écrire comme on parle, pour se faire comprendre du large public, ou inventer une langue autre, avec le risque de demeurer longtemps incompris par la majorité? Si le premier terme de cette alternative contient le risque de la banalité, le second ne peut être que du ressort d’une élite privilégiée. Pourtant, l’écrit amazigh, dont le répertoire demeure encore relativement limité, compte déjà des œuvres de qualité.

Le colloque que nous avons organisé du 23 au 25 octobre 2003 a eu pour objectif d’approfondir la réflexion à ce sujet et d’apporter des éléments de réponse à ces interrogations. D’une manière générale, les interventions se sont inscrites dans l’un ou plusieurs des axes arrêtés pour la rencontre.

Axes du colloque:

1-De l’oral à l’écrit : ruptures et continuité

a)En réfléchissant sur ce que l’écrit amazighe peut gagner et/ou perdre à rompre avec les modes de production traditionnels, liés à l’oralité, cet axe se veut un bilan et une évaluation de la production littéraire amazighe aussi bien écrite qu’orale.

b)L’accent sera mis sur les spécificités thématiques et esthétiques propres à chacun des deux volets oral et écrit.

c)Une attention particulière sera accordée à l’étude des lieux d’échanges et de ruptures qui s’opèrent au niveau du passage à l’écrit.

2-Langue littéraire et métalangage

a)Comment parler de la littérature amazighe, surtout orale, sans la déformer en l’abordant à travers le prisme d’un métalangage «artificiel» parce qu’emprunté à une autre langue, une autre esthétique, une autre vision du monde?

b)La littérature écrite amazighe pourra-t-elle développer sa propre esthétique, à partir de son évolution spécifique?

c)Une langue littéraire amazighe, distincte de la langue ordinaire (du quotidien), existe-t-elle? Faudra-t-il en inventer une? Comment éviter alors de donner naissance à un écrit littéraire amazighe coupé du référentiel de la communauté linguistique à laquelle il s’adresse?

Voici la synthèse des travaux de la rencontre que Abdallah BOUMALEK a réalisée, avec la collaboration de Hassan BANHAKEIA (nous les remercions vivement pour leur collaboration).

Synthèse des travaux du colloque

Les travaux du colloque international sur La littérature amazighe: oralité et écriture, spécificités et perspectives, organisé par le Centre des Etudes Artistiques, des Expressions littéraires et de la Production audiovisuelle de l’IRCAM, se sont déroulés en 8 séances, du 23 au 25 octobre, à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat.

Durant la première séance axée sur l’essai de définition de la littérature amazighe, les intervenants ont insisté sur l’analyse des concepts tels que l’oralité et l’écriture. Leurs précisions soulèvent des interrogations importantes comme: qu’est-ce que la littérature amazighe? Est-ce de l’oralité pure? Quelle serait la destinée de cette littérature une fois «mise en écriture»?

Lors de la deuxième séance, les communications analysent en profondeur le passage de l’oral à l’écrit; elles insistent sur le devenir de la littérature écrite amazighe, surtout en se référant aux enjeux de la néologie lexicale. Bien que plusieurs propositions aient été avancées à ce niveau, l’apport des emprunts s’avère complémentaire pour le développement de l’écriture amazighe.

Les travaux de la troisième séance avancent des propositions concrètes au niveau de la critique littéraire, sans reléguer au second plan la présence utile de l’oralité au sein du Texte amazighe. Pour les intervenants, il serait important tantôt de déceler derrière l’écrit les «traces de l’oralité» qui traversent sans cesse l’oeuvre, tantôt d’exploiter la tradition orale pour l’introduire dans l’institution de l’ écrit.

Qu’est-ce que la poétique amazighe? Telle est l’interrogation complexe à laquelle ont essayé de répondre les communications de la quatrième séance. Cet essai a de cerner la poétique aboutit à une autre interrogation relative à la langue poétique, au refus de la «poésie écrite» et à la revalorisation de l’esthétique amazighe. Ces différents points de vue résultent logiquement de la dialectique écriture-oralité.

La cinquième séance pose à nouveau les différents problèmes qui surgissent avec force au moment du passage de l’oral à l’écrit. Le métalangage tout comme la réflexion objective à la réception du texte écrit amazighe s’avèrent nécessaires à la promotion et au développement de l’amazighe écrit.

La séance suivante traite davantage des problèmes techniques de l’amazighe. Les communications soulèvent d’une part, la question de la formalisation (ponctuation, segmentation) et d’autre part la question de l’esthétique (forme et genre) dans la littérature amazighe. Les intervenants insistent sur la présence enrichissante de l’oralité au sein du Texte amazighe écrit.

Analyse du texte, étymologie et histoire littéraire ont été l’objet des travaux de la septième séance. Bien que les conférenciers mettent en relief la richesse de la littérature amazighe, ils posent avec insistance le problème du métalangage (surtout les concepts de critique et d’analyse). A ce niveau, l’urgence «de forger une approche symbolique et culturelle du texte écrit devient une nécessité académique».

La dernière séance approfondit encore plus la problématique du passage de l’oral à l’écrit. Les communications soulèvent de nouvelles questions comme la référentialité, la scribalité et une nouvelle méthode pour la documentation.

En conclusion, les communications ont été d’un intérêt scientifique certain, les débats suscités ont été également fructueux pour mener des réflexions autour de la littérature amazighe face aux défis de l’écriture .

Recommandations

A l’issue de ce colloque, ont été recueillies les recommandations ci-dessous détaillées, aussi bien auprès des intervenants que du public.

I- Programme de collecte des textes oraux et écrits:

1. Oralité :

- priorité aux régions peu documentées: les déterminer grâce à une équipe d’experts;

- priorité aux genres en voie de disparition: énigmes, contes, proverbes, etc.

2. Ecriture:

- enquête sur les manuscrits dans les régions où aucune collecte n’a été faite;

- poursuivre la collecte là où il y a une tradition reconnue;

- collaboration avec les institutions étrangères qui ont des fonds amazighes pour l’édition et la diffusion au grand public et non seulement à un public restreint (scientifique);

- établir des recueils de littérature orale amazighe (anthologies de poésie, de récits, etc.)

3. Bulletin d’information sur le déroulement de ce programme.

II- Programme de recherche en littérature amazighe dans les domaines suivants:

1. la description systématique des œuvres publiées pour élaborer une esthétique littéraire selon les auteurs, les époques…

2.Nécessité de cerner et d’expliciter les systèmes littéraires régionaux en veillant à garder les terminologies autochtones et en recueillant les discours «épicritiques» (//épilinguistiques) sur ces systèmes et les œuvres qui les constituent.

3.Nécessité d’étudier les processus de production, de réception et de circulation des œuvres orales et écrites, en faisant appel à la sociologie et à la géographie de la littérature amazighe.

4.Aboutir à l’élaboration d’un dictionnaire de la littérature amazighe avec ses auteurs, ses œuvres, ses personnages emblématiques, ses genres, ses motifs et thèmes fondamentaux, ses symboles…

III-Conventions de coopération

Outre les institutions représentées dans ce colloque, à savoir l’INALCO, l’EHESS, l’Université de Leiden, l’Université René Descartes, l’Université de Tizi Ouzzou, les Universités et les Académies du Royaume, l’IRCAM établira des relations de coopération avec les chercheurs dans le monde, sur la base de conventions dans lesquelles les tâches et les participations seront précisées 

IV-Prochaines rencontres :

Le prochain colloque, dans deux ans, pourra porter sur Terminologies autochtones en matière de littérature amazighe, sur La Méthodologie de la recherche en littérature amazighe, sur La Littérature enfantine ou sur La Littérature féminine amazighe [Résultats des travaux sur les genres et les systèmes littéraires]

V- L’introduction de l’amazighe dans les cursus universitaires

La création au sein des Facultés d’un département de l’amazighe et de filières consacrées à ce dernier est devenue d’autant plus urgente que la Réforme la rend possible, voire obligatoire.

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