Uttvun 80, 

Meggyûr 2003

(Décembre 2003)

Amezwaru

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Tamazight

Tameddanit i hettvu n lislam!

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Annay xef tama n tudart

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Tamazgha

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Atbir amggrad

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Problèmes de ponctuation dans le texte poétique amazigh

Standardisation de la langue tamazight

Non à la graphie tifinagh

La réussite de l'enseignement de tamazight est-il assuré?

Sur quelques mots amazighs

Formules de politesse en tamazight

Muhend Saidi: artiste militant amazigh sans frontières

Sakku, ce poète amazigh pas comme les autres

Abehri, le connaisseur et le pédagogue

Malaise au Sud-Est

Sellam Arifi est parti...

Colloque sur la littérature amazighe

Séminaire sur la convention 169 de O.I.T

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الأستاذ حنداين يحصل عل دكتوراه الدولة في التاريخ

أنشطة ثقافية لجمعية تانوكرا

تعزية

 

Formules de politesse en tamazighet

Par: Hha Oudadess (Rabat)

             Il semble raisonnable de penser que les signes et formules de politesse, chez un peuple, sont révélateurs d'aspects civilisationnels importants. A cet égard, parmi les allégations insidieuses de certains détracteurs de tamazighet est que celle-ci ne dispose pas de formules de politesse, ce qui évidemment signifierait que ses locuteurs ne peuvent être que des rustres. Ceci ne peut dénoter qu'une entière ignorance de l'auteur, de tels propos, qui, consciemment ou non, vise à médire de quelque chose qui le dérange. Le but essentiel étant d'indiquer que tamazighet n'est pas une langue, que c'est seulement un ramassis de pauvres dialectes. Je ne suis pas de ceux qui répondent crûment «Si je voulais t'insulter, je disposerais d'au moins 500 (cinq-cent) mots»; quoiqu'il n'y ait que ce genre de réponse qui convienne à certains individus et dans certaines circonstances. Je m'en vais, plutôt, livrer, ici et en vrac, des formules de politesse que j'ai pu collecter sans grand effort la majorité d'entre elles de mémoire-; en laissant au lecteur le soin d'en d'apprécier les principes qui en sont le soubassement. Il ne s'agit pas d'une politesse obséquieuse comme celle d'un cerf vis-à-vis de son maître ni de flatteurs hypocrites courant après des faveurs flagrantes. Il s'agit d'une politesse par laquelle les gens se respectent mutuellement et d'égal à égal. A titre d'exemple, des personnes qui se saluent, après une longue absence, se prennent les mains et se les embrassent alternativement et à plusieurs reprises; avant de faire de même avec les têtes; et cela finissait, avec des pleurs en commun, du temps où il n'était pas facile de se voir souvent.

            A la fin de cette brève introduction, il est impératif de stigmatiser un type de politesse aux connotations lourdes. Il est inadmissible, en effet, de se mettre à appeler tout un chacun «Mohammed» ou «Ssi Mohammed». Il est également aberrant de s'adresser à quelqu'un en le traitant de «Hajj» ou de «Cherif». En ce qui me concerne, je ne veux être ni l'un ni l'autre. De plus, il y a référence à un échelle de valeurs, a priori, par la seule dénomination; et, qui plus est, reliée à le religion et/ou à la descendance.

            Enfin, signalons que certaines formules, parmi celles qui vont suivre, paraîtront plutôt, comme des proverbes. Je dirais, tant mieux si une formule de politesse était belle et significative au point de devenir un proverbe. Nous passons maintenant aux exemples.

1/ Ad awen yigit: Que l'abondance vous soit accordée. Se dit quand on a partagé un repas chez quelqu'un ou, même, quand on est invité à le faire sans qu'on le puisse par manque de temps. On doit relever, ici, le verbe igit (être abondant) qui semble différer du verbe ggadey (être nombreux). S'agit-il d'un verbe différent ou seulement d'une autre prononciation du même verbe? Les explications données, ci-avant, semblent suggérer l'option de deux verbes. Et puis, cela ne coûte rien d'enrichir la langue; surtout que cela vient du locuteur naturel de celle-ci.

2/ Uridd s temzêy: Ce n'est pas pour vous rabaisser. Se dit quand on demande à quelqu'un d'où il est afin de signifier que c'est seulement à titre d'information et que quelque soit sa réponse elle n'aurait aucune connotation péjorative.

3/ Ur cem yuddji wudem nnem: Ton visage (beauté) ne t'a point abandonné. Se dit dans le but de soutenir une dame qui semble souffrir de la perte (réelle ou non) de ses atours.

4/ Iga s wudem nnes: il a pris son faciès (personne) en considération. Se dit quand quelqu'un tient compte d'autrui afin de ne pas faire de mal ou pour rendre service.

5/ Aynna nn iwigh, ah tagmatt, gatt d cigan mghar idrus: Il s'agit, ici, d'un distique chanté lorsqu'on offre des présents, surtout à l'occasion d'un mariage. C'est pour dire aux intéressés qu'en fait ils méritent bien plus vu la considération qu'on leur porte. Littéralement «Ce que j'amène, oh fraternité, considérez que c'est beaucoup même sachant que c'est peu».

6/ Issiger asen: Ils les a invités. En fait le verbe Ssiger (faire dépasser, rendre plus grand) signifie que l'hôte fait quelque chose de spéciale en l'honneur de ses invités. La vérité est que c'est une formule de politesse vu la simplicité que revêtent, traditionnellement, la cérémonie et le repas.

7/ Aghul id, ah awal inew: Reviens vers moi, oh ma parole (mon propos). Se dit quand quelqu'un regrette ses paroles par ce qu'elles ont été blessantes ou parce qu'elles ont été adressées à titre de conseil mal perçu par le destinataire.

8/ Ayed ut tezrît: Puisses-tu ne pas en voir. S'utilise quand on rapporte un événement tragique ou une souffrance afin de signifier à l'auditeur qu'on lui souhaite de ne jamais connaître uns telle situation.

9/ S taghzi n usemmud: Avec longue vie (que longue vie te soit accordée). S'utilise comme signe de reconnaissance vis-à-vis d'un bienfaiteur ou, par égard, à une personne âgée qui fait allusion à sa fin proche en disant, par exemple, «si j'étais encore en vie».

10/ Ad yawedê: Il arrivera. Se dit quand quelqu'un nous charge de transmettre ses salutations à une tiers personne (Ssiwedê azul i: Fais arriver  i.e. transmets- mon salut à). L'engagement clair  exprime l'estime à l'égard du mandataire.

11/ Ayed temdit: Je ne connais pas le sens (étymologique) de temdit. Cette expression s'utilise pour féliciter quelqu'un à l'occasion de l'acquisition d'un habit, d'un logement ou de tout bien en général. On pourrait penser reconnaître le verbe Mdi ou Mdey qui signifie «tendre un piège». Mais cela ne semble pas coller au contexte. En fait, on retrouve le verbe dans la réponse qui est elle-même une formule de politesse-: Temdut ussan nnec. Ainsi, le verbe c'est Mdu. Mais que signifie-il? Le contexte nous suggère de le rendre par Jouir ou Bien profiter. Et ainsi, la réponse est un souhait que l'interlocuteur puisse jouir de sa vie qui est donc, implicitement, considérée comme le bien le plus précieux qui puisse être.

12/ Ula mayed issefliden: Ainsi que tout auditeur. Se dit quand un vœu ou une bénédiction vous est offerte. C'est l'expression du souhait de partage avec les autres. Une autre expression à rapprocher de celle-ci est Ula ceyy qui consiste à associer l'interlocuteur à toutes les bonnes choses qu'il vous souhaite; elle peut se traduire par «à toi de même».

13/ Ad awen igherê ufella: Que vous soyez appelé à plus haut. C'est la réponse donnée quand on est invité. On reconnaît ainsi la considération dont on a été l'objet, en souhaitant à l'invitant une bien meilleure que celle-ci.

14/ Ad nn iddu lekhir d unna irwan: Viendra l'abondance et tout ce qui est bien. Se dit quand on ne peut pas honorer une invitation.

15/ Tigmi, tigmi: Développement, développement; le terme «croissance» serait trop étroit, alors que tigmi implique rayonnement et bonne éducation. Se dit quand on joue avec un enfant, en bas âge, afin de lui souhaiter plein épanouissement.

16/ Nannayec s wallen c issegman ar c skhitirent: Nous t'avons regardé avec des yeux qui te font grandir et te grandissent. Se dit quand on voit, pour la première fois, un enfant afin de signifier que nous lui souhaitons de bien grandir et de devenir un grand homme ou une grande femme au sens propre comme au sens figuré.

17/ Ca ur awent ngi: Nous n'avons rien fait pour vous. C'est la réponse apaisante aux remerciements empressés de quelqu'un auquel on a rendu service. C'est donc dire «De rien» ou «Il n'y a pas de quoi».

18/ Iniyat lkhirê mqqarê ur awet ngi: Parler en bien même si nous ne vous avons pas bien traités. Se dit par modestie, pour demander l'indulgence de l'intéressé et ce malgré les efforts fournis.

19/ Inetman nnem g ljennet: Ta dégustation, au paradis. Se dit quand on invite quelqu'un (ici, une femme) à partager quelque met et qu'il ne le peut pas par satiété ou par maladie. Et il y a une réponse à cela à savoir «Winnec g tmellawet (Rrehemt)» c'est à dire «la tienne, en la miséricorde de Dieu».

20/ Tenna ghifun izzâyen tfessus ghif nekh: Ce qui est pesant pour vous, est léger pour nous. C'est pour mettre à l'aise quelqu'un qui vient demander un service et qui se sent bien embarrassé; ou pour lui apporter du soutien s'il est dans le désarroi.

21/ Ur iyi tri: Elle ne veut pas de moi. Se dit quand on ne veut pas accomplir une tâche et qu'on ne veut pas signifier brutalement le refus.

22/ Mayed tgam d isemmektiyen n X? C'est une question posée, à ses proches, quelque temps après le décès d'une personne. On leur demande où ils en sont des souvenirs et des rémanences concernant le défunt. Une question qui vise le même but est la suivante: Mayed tgam d udgharê n X? i.e. «où en êtes vous de la place  de X? ce qui revient à leur demander comment est ce qu'ils ressentent l'absence, parmi eux, du défunt.

23/ Lekhir nnun izwar: Votre bien a précédé. Se dit afin de mettre à l'aise celui qui remercie pour un service rendu; et ce même s'il n'y a aucune redevance envers lui.

24/ Seg ghurrec: C'est à toi (à toi, la priorité). S'utilise, quand on veut travailler en groupe (duo, trio,…), afin de donner, par modestie, la priorité aux autres. Dans le même sens, on peut citer les expressions «Hiwa, sesksu ceyy» (C'est à toi de voir) et «Ayenna tukezt» (Ce que tu discernes i.e., on accepte ton discernement).

25/ Ayenna gan wudmawen nrat: Nous admettons ce que les grandes figures ont décidé; C'est à dire, nous acceptons le verdict.

26/ Ku yan iâber tardaset nnes iqqim ghifs: Que chacun mesure paume de main (son aire) et s'y tienne; pour signifier qu'il ne faut pas dépasser les limites.

27/ Unna ittecan amur nnes iqqen allen nnes: Que celui qui a eu sa part ferme ses yeux; pour dire qu'on ne doit pas convoiter ce qui n'es pas à nous.

28/ Ur irzî usgunfu afud: Le repos n'a jamais mis un genou à mal; pour dire qu'on n'a pas de problèmes si on n' en cherche pas.

29/ Unna iwtan ikhef nnes ur da yalla: Celui qui s'est frappé lui-même ne doit point pleurer.

30/ Ur ce tugir:  Elle ne te dépasse point. S'utilise quand on veut demander un service à quelqu'un afin de lui rappeler que si on ne l'en estimait pas capable on ne se serait pas permis de  l'embarrasser.

31/ Mec ac ed tusa: Si cela te convenait. Se dit pour montrer à quelqu'un qu'on ne l'oblige pas à accepter un marché ou à accomplir une tâche; même quand c'est une obligation ou à son avantage.

32/ Meqqar ccil ac: Même si c'était malgré toi. Se dit quand on veut que quelqu'un fasse  un travail alors qu'il est déjà bien occupé; et même s'il ne l'était pas afin de montrer qu'on apprécierait que ce soit lui qui le fasse vu, implicitement, notre confiance et notre estime.

33/ Mayed tgit d ca n tafssi?: Où en es tu d'une certaine légèreté? C'est la question à une femme enceinte qui, évidemment, devient de plus en plus lourde au fur et à mesure qu'elle approche du terme; une façon de l'encourager et de lui rappeler que ce n'est qu'une situation passagère.

34/ Wakhkha, ah tatêfi: Oui (d'accord), oh douceur. Se dit, comme agrément, à sa (son) bien-aimée(é); histoire d'inclure dans  cette liste presque rébarbative-  une note tendre.

35/ Les expressions où intervient le mot Rêbbi sont tellement nombreuses qu'il faudrait un livre pour les contenir toutes. Il serait intéressant, à ce propos, de déterminer celles qui sont ante-islamiques; car les imazighen ont connu le christianisme et le judaïsme avant l'islam; et même des religions autres dans la sens où une religion vise, en fait, une religiosité, une relation avec la nature et avec l'au-delà.

36/ Ssidân, Skukku. Il y a une expression dont je ne comprends pas le sens (étymologiquement). C'est «Ssidân». Elle s'utilise quand quelqu'un raconte des événements tristes ou regrettables. Il me semble reconnaître le mot Idân i.e. les nuits. Peut être, façon de dire que ce sont des choses sombres (de nuit?) et qu'il ne nous soit pas donné de les voir ni de les connaître. Il paraît que, dans le sous, l'expression équivalente est Skukku.

37/ Ad qad ac. C'est l'expression rifaine pour dire Merci. Je ne la comprends pas, même du point de vue du vocabulaire. Pour être plus précis, la question est la suivante: Quel est le verbe utilisé dans Qad? Evidemment, il peut s'agir de tout à fait autre chose; jusqu'à même un emprunt possible.

38/ Irghuda ac (awen, akh, as,…). Elle se dit, par exemple, quand quelqu'un sort de prison ou indemne d'un grave accident, etc.. Irghuda pourrait être Ar ighuda i.e. «C'est bon» ou encore «tant mieux». Ceci est bien possible vu l'origine simple d'expressions grandiloquentes dans d'autres langues. Mais c'est à voir.

            Evidemment, la politesse en tamazighet ne peut se résumer en une liste de formules et encore moins à seulement celles présentées ici.. Je n'ai jamais  visé l'exhaustivité. Je veux simplement attirer l'attention sur des sujets dignes d'intérêt et qui me semblent oubliés. Il en a été ainsi des notes que j'ai publiées jusqu'à maintenant.

 

 

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