Uttvun 82, 

Sinyûr  2004

(Février  2004)

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تهنئة

تعزية

تعزية1

 

 

Visite à une classe de Tamazight à «Tlat n Wedrar»

Par: Hassan Banhakeia (Université d’Oujda)

L’école était misérable: des carreaux durs fermaient hermétiquement les fenêtres classes du monde extérieur. De l’intérieur il était impossible de percevoir l’extérieur. Mais de la cour caillouteuse, on pouvait apercevoir comment le village était construit dans un trou, entouré de montagnes.

La classe, composée de vingt-huit élèves âgés de six à sept ans, était bouillonnante à la vue d’un étranger arriver dans leur espace. La visite de l’inspecteur, m’expliqua-t-on, les motivait tant. L’instituteur s’empressa de les rassurer que nous étions venus en amis, donc deux gars qui étaient juste là.

A première vue, l’on pouvait dire que les enfants étaient pauvres, que le village était pauvre: les routes qui y emmenaient étaient tortueuses. Et la part de l’horaire: trois heures hebdomadaires pour tamazight, réparties en cinq séances: expression orale, lecture et expression écrite.

La leçon commença avec la joie indescriptible des élèves. Ils sautillaient pour passer au tableau, ils hurlaient à la vue des lettres qui étaient gravées. Ils pouvaient tout déchiffrer, plus rapides que les «adultes». Ils étaient des bourses d’énergie infinie; ils inondaient la classe de voix, de paroles et de rires. Ils parlaient, je le sus après, tous tamazight chez eux, dans la rue et dans la cour. Sauf deux petites filles qui étaient parfaitement bilingues. Ils s’empressaient à déchiffrer les mots écrits en tifinagh. Ils proposaient au maître des «isekkilen», et ils se réjouissaient tant. Personne, faut-il le rappeler, ne connaissait le tifinagh avant l’école. Ils étaient unanimes: le tifinagh est une graphie nouvelle, belle et utile. Ils choisissaient rapidement la lettre qui leur plaisait le plus, mais hésitaient trop avant de signaler celle qui leur déplaisait. Le temps passait vite.

A la fin de notre rencontre, ils exprimèrent, mieux que les adultes, leur vœu de continuer à apprendre en tifinagh, et de voir ces lettres à la télévision...

Ah, la maudite «répression» vécue dans la peau, lors de mon enfance, je la vis surgir un moment comme une lumière forte pour s’exploser dans l’inanition. Comme si tout était parfait maintenant, ici et pour toujours!

Je découvris, abasourdi, dans ce petit gouffre sans fenêtre comment le tifinagh était assimilé d’une manière extraordinaire, moi qui pérorais par-ci par-là la difficulté de l’expérience. La découverte partielle d’une vérité engendre de l’autocritique…. (je défendais l’universalité du latin, et les handicaps du tifinagh). Tout cela était trop subjectif… L’école, c’est comme la vie frétillante devant le regard indécis et l’esprit hésitant de la Science… Je dis, et là c’est une autocritique, m’être trop méfié de l’efficacité du tifinagh. Les enfants étaient bien à l’aise dans cet enseignement. Ils agissaient librement sur la langue maternelle, et aux symboles de suivre. Point, c’est tout. L’expérience au sein de cette école est complètement étrangère aux discours «empruntés» des pédagogues ou des didacticiens. Inutile de ressasser les préjugés des adultes, ou d’énumérer les arrière-pensées des «politiciens» sans politique précise, je peux dire: le tifinagh fera sa place, dans la douleur comme une lésion cicatrisée sur la peau des marocains, comme un tatouage identitaire.

D’ailleurs, il est frappant de constater que dans cette classe où tamazight et l’arabe prennent des corps différents mais unis, il faut parler d’harmonie, d’enseignement approprié. Au sein de cette classe, la domination d’une langue ou d’une autre, n’est plus posée, car le pouvoir revient de droit à la langue maternelle. Cela est naturel. Et cela affranchissait les enfants qui recherchaient avec facilité des exemples, essayaient d’analyser, comprenaient et réfléchissaient enfin. La langue, en tant que moyen d’expression, n’était plus une contrainte. Elle était la vie. L’intérieur se dévoilait facilement. Je voyais ces élèves sortir des lianes de la mort, de l’ignorance et de la déperdition et se retrouver jubilés dans les champs de la vie. Et les durs carrreaux disparaître à jamais.

Ainsi, la classe n’est pas conçue pour fabriquer des êtres soumis. La soumission ne peut être l’objectif d’un apprentissage, mais plutôt à découvrir la vie. Tamazight, en tant que culture et langue séculairement minorisées, ne peut être enseignée ni édifiée dans la contrainte. Pour être plus clair, vivre au service des autres langues. Il faut la décloisonner, l’affranchir et la nourrir de sa «propre» âme.

L’instituteur était surtout vivant.

Revenons à ceux qui ont toujours refusé cet accès à l’école…. Les ennemis de tamazight ont commis deux fautes majeures, historiques à cause de leur tolérance. D’une part, ils ont toléré cette langue pour être enseignée en première année. Et d’autre part, ils ont fait tout pour qu’elle soit enseignée avec la graphie tifinagh… Au fond, cette inimitié n’est qu’une haine de soi détournée, masquée.

Néanmoins, l’apprentissage de tamazight au Maroc se situe entre deux limites, étant un exercice hétérogène et complexe, mais combien rapide et fructueux. Que s’éclaircissent les objectifs et les tâches à remplir par cette culture/langue autochtone… Là, le danger de l’«istinass» demeure encore vivant si:

il n’y a pas de continuité;

il n’y a pas de manuel;

il n’y a pas de fixation;

tamazight n’est pas langue d’enseignement;

il n’y a pas de perspectives de futur grâce à cet apprentissage.

Que l’enseignement ne soit plus une domestication suivie d’un dressage, mais plutôt une ouverture sur le monde. C’est bien grâce à l’introduction de tamazight à l’école, que cette ouverture (démocratie) sera possiblement possible. Là, la voix à nourrir et enfance, droits de l’enfance et culture, et école et apprentissage sont trois (mêmes) pièces absolument constitutives, d’une école à venir dans notre société maghrébine.

L’école, avant, était conçue selon une vision totalitaire. Qu’elle s’affranchisse, qu’elle continue à s’affranchir. Elle ne peut être porteuse de valeurs universelles si le local, le contextuel et l’identitaire sont mis à l’écart. Elle sert, en plus de diriger le comportement des enfants, à édifier l’homme dans son Histoire.

En général, il est temps d’analyser les institutions maghrébines dans leurs réponses aux aspirations et aux attentes d’une société sans tête, ni corps (c’est-à-dire sans identité)…

A la fin du cours de tamazight, sur le seuil de la classe, en répétant les remerciements à l’instituteur occupé à changer de langue qui disait à ses élèves d’écrire «yaftahu» en arabe, je me vis abasourdi totalement: les élèves écrivirent bien «yaftahu» en caractères araméens, excepté la petite fille «arabophone» qui l’écrivit en tifinagh…

 

 

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