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  A l’occasion du  8  Mars 2004:

  Amazighement femme!

Par: Meryam Demnati (Rabat)

 A ta mémoire, maman.

Toute ma petite enfance je l’ai vécue interne dans les pensionnats austères de jeunes filles à pleurer tous les soirs  trempée dans mon pipi au lit. (Pas de ta faute, maman!)

Les vacances scolaires nous les passions très souvent dans le milieu familial maternel du Souss (région d’Agadir), très conservateur et religieux où le grand père, qui dominait en patriarche, inspirait plus la crainte que le respect.

C’était un milieu très fermé où les jeunes filles étaient surveillées de près et ne pouvaient sortir qu’accompagnées de femmes âgées.

(Tu avais vécu pire que ça, maman!)

Je n’ai commencé à sentir réellement le poids de cette éducation qu’au début de l’adolescence, âge où on ne s‘adressait plus à moi comme une enfant mais comme une «femelle». Le jour où j’ai eu mes règles la première fois, je ne compris pas ce qui m’arrivait. Ma mère  à qui je fis part de mon inquiétude (je t’aime si fort, maman!), m’entraîna solennellement dans sa chambre dont elle ferma la porte à double tour. Elle m’expliqua alors d’une voix que je ne reconnaissais pas, que j’étais devenue une femme et qu’il ne fallait surtout pas que les hommes de la famille s’en aperçoivent. Pendant plusieurs années, mes périodes de menstruations étaient pour moi des périodes de malaise et de rage de ne pas être née garçon.

Les livres étaient devenues mes meilleurs amis, mon seul refuge.

Mon père, berbère du Haut Atlas, qui était tolérant, croyait beaucoup en la vertu des livres (tu aurais tellement voulu lire et écrire, maman). C’est lui qui m’a encouragé à lire romans, poèmes et plus tard ouvrages philosophiques et politiques…. et de là à échapper aussi à une certaine condition féminine. Cela m’a beaucoup ouvert l’esprit et a fait de moi une révoltée éternelle.

Vers l’âge de 13 ans, nous avions décidé ma sœur et moi de ne jamais faire le ramadan et de ne céder à aucun de leurs rites religieux ou superstitieux. Au début c’était une sorte de jeu, puis cela s’est transformé petit à petit en véritable résistance contre leurs coutumes religieuses sexistes et intolérantes. (On te l’avait toujours caché, maman !)

Ce rejet était dû en réalité à la situation d’infériorité que vivait la femme dans nos milieux, considérée toujours comme suspecte et «mineure». Notre logique de petites filles ne comprenait pas pourquoi deux être vivants ne pouvaient être égaux dans leur droits et que l’un se croyait supérieur à l’autre. Et durant toute mon adolescence j’ai «pratiqué» mon agressivité sur mes camarades garçons auxquels je tenais à prouver que j’étais un «être humain à part entière» (dur, dur, d’être une fille, maman !)

Par la suite en tant que femme militante amazighe, épouse et mère élevant seul ses deux fils dans une société masculine, j’ai eu à me battre plus férocement contre cet état de choses, toujours pleine de colère contre les injustices et les humiliations subies en tant que femme (comme j’ai lutté fort, maman!).

Mon père, qui avait des idées progressistes, avait décidé, malgré les réticences de son entourage, de nous envoyer en France ma sœur et moi pour poursuivre nos études après le BAC.

Vent de liberté, tourbillon d’idées nouvelles, monde en pleine ébullition: féministes, anarchistes, gauchistes et berbéristes, j’ai trempé naturellement dans tous ces groupes à la fois, puisant ici et là, heureuse de pouvoir enfin butiner à satiété librement (quelle bouffée d’oxygène, maman!). 

Dans le GLF (groupe de libération des femmes) à Bordeaux, j’ai appris au contact de mes compagnes françaises que tous les beaux discours gauchistes sur la femme n’étaient que mascarade et que le combat contre l’ordre masculin devait être un combat de proximité, un combat de longue haleine à mener chaque jour dans la vie quotidienne.

Ceux-là mêmes qui nous tenaient ses discours féministes de gauche se trouvaient être des machistes dans leur vie quotidienne et reproduisaient souvent des comportements sexistes à l’encontre des militantes (tous des phallocrates, maman!).

Plus tard, abandonnée par un mari démissionnaire qui n’a jamais  payé la pension des ses enfants et divorcée, j’ai élevé seule mes deux fils Idder et Ousmane. Cette situation de femme libre qui ne devait rien à un homme, m’a valu les pires sarcasmes et méchancetés de mon entourage hommes mais femmes aussi, que cela dérangeait considérablement. C’est un combat individuel interminable que je continue encore à mener aujourd’hui pour sauver jalousement ma vie de femme libre dans une société si fortement masculine.

De la gauche stalinienne que j’ai côtoyé un certain temps je garde un souvenir d’intense révolte contre le régime répressif de Hassan II et le rêve utopique d’une future société communiste égalitaire.

Mais très vite la déception s’est installée et je pris conscience que cette gauche à visage humain ne respectait ni mon identité de femme ni mon identité de berbère. Le panarabisme qui y dominait ne rêvait que de la construction d’une nation exclusivement arabe où l’autre serait la mauvaise différence. Cette alternative avait en fait pour objectif final, la destruction de l’identité amazighe, de ses modes de vie, de pensée, allant jusqu’à effacer la mémoire de tout un peuple. Cette discrimination culturelle et linguistique qu’affichaient et qu’affichent toujours d’une manière indécente les milieux de gauche, provoqua en moi un sentiment de grande frustration. Il atteignait douloureusement ce que j’avais de profondément intime en moi, mon Amazighité (j’avais si mal, maman!).

C’est alors que de petits groupes amazighs de réflexion que nous formions timidement au départ, aux associations amazighes kabyles où le combat était plus avancé, ma conscience amazighe éclata au grand jour (quelle libération, maman!).

Ce fut une période de colère contre l’agresseur «arabe» mais aussi période de bonheur d’être, de se faire reconnaître, et de partager cette intimité avec d’autres Imazighens.

«Amazigh je suis! Amazigh je le reste!».

Slogan de l’époque, encore soulevé aujourd’hui par les berbères d’Afrique du nord (dur, dur d’être amazighe, maman!).

Depuis toute petite, je réagissais toujours mal quand j’entendais des «nous les arabes!» ou «l’arabe langue de nos ancêtres».Je proclamais toujours haut et fort que j’étais berbère de mère et de père. Cela faisait souvent sourire certains adultes (profs ou autres) qui avaient toujours l’air de dire: «Oui, si on peut appeler ça une langue et une culture!».Les moqueries et les railleries sur la langue et la culture berbères, ont développé  et nourri en moi petit à petit un rejet total vis à vis de tout ce qui est arabe, culture et religion. Cela devenait parfois viscéral. Je vivais un blocage physique face à cette langue arabe que je considérais comme étrangère, arrogante et envahissante. Langue que je n’ai d’ailleurs jamais pu ni lire ni écrire malgré de multiples occasions. Le racisme arabe que je côtoyais dans les milieux de gauche m’a irrémédiablement fait plonger corps et âme dans le milieu berbériste marocain puis kabyle, jusqu’à en frôler quelquefois l’obsession (douleur amazighe, maman!)

Mais être une femme ne me facilitera pas la tâche encore une fois, C’est que côté sexisme, mes camarades amazighs n’avaient rien à envier aux autres hommes. Je devais mener un combat de femme doublement agressée: agressée dans son amazighité mais aussi agressée dans sa féminité (comme je comprends ta souffrance aujourd’hui, maman!).

 Il m’est arrivé très souvent et il m’arrive encore dans ma vie de militante amazighe de me retrouver la seule femme présente dans la salle lors d’une assemblée ou une conférence. Cette situation malaisée, a fait que mon caractère s’est beaucoup durci avec le temps et que j’avais fini par me forger une personnalité «agressive» pour me prévenir contre d’éventuelles agressions masculines. Un jour, lors d’un débat houleux au sein d’une ‘vieille’ association amazighe, un petit homme complexé, à cours d’arguments, me traita de «sale pute», expression tant prisée par des êtres à faible personnalité. Même si en bonne féministe je lui envoyais mon poing à la gueule, j’eus encore la confirmation que mon combat contre la domination arabo-islamique, devait passer inévitablement par mon combat contre la domination masculine qui relègue les femmes à un rang inférieur (rien n’a changé, maman!).

A chaque fois je suis obligée de fortifier ma carapace pour ne pas céder au découragement face surtout aux attitudes sexistes de quelques militants amazighs que j’avais cru naïvement différents des autres hommes.

Pour finir, je rends ici hommage à mes sœurs amazighes, qui de tous temps  ont su faire perdurer notre culture malgré les situations difficiles auxquelles elles ont été confrontées… et au jour d'aujourd'hui la tâche n'est toujours pas facile pour elles.

(Et le combat continue…) 

 

 

 

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