Uttvun 85, 

Semyur  2004

(Mai  2004)

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A la recherche du sens perdu. 

De la  re-sémantisation de la toponymie amazighe comme moyen de réactiver la culture de la terre.

Par: Mimoun Amsbrid (Belgique)

En hommage à la «terre» (tamurt/tamazirt)… malgré tout.

Refaire parler la terre marocaine; rétablir le lien de communication brisé (ou sur le point de l’être) entre elle et ses fils, les Marocains; et par ce biais, recréer les liens affectifs défaits entre la mère patrie et le citoyen: c'est  là l'urgence des urgences. Les évènements sanglants de ces derniers mois nous l’ont rappelés d’une manière sanglante.

Comment, en effet, "expliquer" que des Marocains de souche (car il s'agit bien de Marocains, hélas!) aillent jusqu’à s'en prendre à leur mère – patrie, l’ensanglantant et l’endeuillant sans merci et pour le compte de tiers (comble de l'ingratitude), si ce n’est par cette déficience de communication entre une catégorie de Marocains et leur pays? N'est-ce pas  le désamour dû au silence, à l'incompréhension, au déficit communicationnel entre la mère et ses enfants, qui a rendu possible, aux yeux de ces Marocains aliénés, la violation de l'interdit le plus tenace de la culture marocaine, à savoir: porter atteinte à sa mère­patrie de quelque façon que ce fût?

Que des Marocains en arrivent à assurer la "sous-traitance" du terrorisme au niveau de leur propre pays au profit de l’Internationale Terroriste, n'est que la conséquence logique d'une série de prémisses. La déterritorialisation  de la conscience des Marocains, depuis  longtemps dénoncée par le mouvement culturel  amazigh marocain, en est la plus saillante.

Les décideurs marocains ont, en effet, opté depuis l'Indépendance pour une politique culturelle fondée sur l'évacuation de l’amazighié. Ils se sont évertués à couper les Marocains de leur Histoire, de leur géographie, de leur mémoire collective portée par la langue et la culture amazighes. Ils ont cherché à inculquer aux Marocains une géographie, une Histoire, et une «mémoire» de rechange. Les doter d’une «culture» qui les coupe de leur ancrage naturel et symbolique et les projette dans une géographie fantasmagorique: une géographie sans reliefs, sans repaires, sans forme ni contenu. Une géographie aussi floue que stérile, car non fécondée par l’imaginaire vital d’habitants réels.

Notre système d’éducation  en général et les manuels scolaires en particulier ont été conçus de manière à inculquer aux usagers (les enfants et adolescents marocains) l’idée que leur mère naturelle, leur mère biologique n’en était pas une. Ou que, en tous les cas, si celle‑ci a existé un jour, elle était  à présent bien morte et depuis fort longtemps. Il ne leur restait que de se vouer corps et âme à cette mère adoptive que leur impose l’École: une sorte de clone sans âme.

Cette mère adoptive est faite d’absence, d’indifférence, voire d’arrogance: c’est une mère en abîme en quelque sorte: elle se présente à ses enfants adoptifs sous le signe de l’absence. Elle est muette: elle ne leur parle pas dans ce langage intime, s’il en est, qu’est la toponymie. La toponymie est le langage d’intimité entre la terre et ceux qui l’habitent. La mère adoptive est sourde aussi: elle ne réagit pas aux murmures incompréhensibles de ces enfants délaissés qui l’appellent et l’interpellent avec des noms qu’elle ignore. Cette mère est ailleurs. Cette mère est absente.

La terre, ce n’est pas de la géographie; ce n’est de la topographie. La terre c’est du langage: c’est de la toponymie. La terre, ce sont ces mots qui la disent, qui l’articulent, qui lui donnent du relief, qui la rêvent, qui la mythifient, qui l’insèrent dans la toile de l’imaginaire, qui la font émerger dans la sémantique, qui l’introduisent dans la sémiotique, qui la soustraient à la Nature pour l’inscrire dans la Culture.

Nommée, la terre intègre le langage. Narrativisée, elle se déploie en mille et une légendes, mille et un contes, mille et un mythes… Et Dieu sait si les Imazighen (=les Marocains) ont nommé leur terre! La parcelle de terre la plus exiguë a droit aux honneurs du langage: elle est dotée d’un nom et figure dans le lexique toponymique de la famille, du clan, de la communauté. Afsou, Afras, Azalagh, Ansif, Irzi, Tazrut, Taghzut, Taghda, Tawrirt n Ujenna, Tijdit, Tizi n Idbiren, Iyyar n Uyujir, Iri n Oulghem… Une orgie de mots pour célébrer la bien-aimée. La bribe de terre la plus anodine se voit attribuer un nom. Un nom qui la fait venir au Sens, qui la propulse dans l’univers sémantico‑sémiotique de la communauté linguistique. La terre est nommée, dite, adulée, adorée.

L’Amazigh ne tue pas pour une idée, une idéologie, le pouvoir… Mais il peut très bien  tuer pour quelques centimètres carrés de terre. Enfant, j’ai souvent vu passer des Ayt n Umejjaou ensanglantés, les «armes» (un bâton, une machette…) en main, en route à la «rfousina» (le siège de l’autorité locale), pour se constituer prisonniers, avec la fierté du devoir accompli, après avoir réglé ses comptes au voisin peu scrupuleux qui aurait osé grignoter un tant soit peu de sa parcelle de terre à lui!

La terre marocaine est de la terre faite langage. La toponymie amazighe est beaucoup plus riche que l'anthroponymie amazighe: c’est que l’Homme amazigh dit sa terre plus qu’il ne se dit lui-même. En les dotant de noms aussi individualisés, les portions de terre les plus minimes se voient accéder à la dignité de l’objet sémiotique. Ce faisant, elles perdent leur neutralité de continuum naturel pour s’inscrire  dans l’univers articulé du sens (défini comme différence)

Le sens auquel accède la terre n’est pas que linguistique. Il est aussi sémiotique: par delà les valeurs pragmatiques et symboliques dont elle est investie au sein de l’économie sociale des signes, la terre est le lieu d’un investissement autrement plus important pour l’Homme amazigh. La terre est l’objet d’un travail collectif de narrativisation: elle est le protagoniste par excellence du Grand Récit amazigh. Elle est le support d’innombrables récits d’origine (de la légende de Tirject n Iz’oumen au mythe de Tisli d Tislit): cette abondante littérature qui prend en charge, au niveau de l’imaginaire (le mythe et la légende), l’explication narrative des toponymes (une philologie fictive des noms des lieux) et de la morphologie de la terre.

Couverte de mots (les toponymes), habillée de récits (les légendes, les mythes…), la terre marocaine parle, communique, se raconte et raconte ses habitants (mais aussi les «gens de passage»). Ceux qui ne comprennent pas son langage, ne peuvent dialoguer avec elle. Ceux qui ne savent pas écouter ses histoires, ne peuvent prétendre à sa connaissance. Ceux qui ignorent ses noms, ne sauraient l’appeler. Ceux qui méconnaissent ses biographies multiples, ne sont pas en mesure de la connaître. Et de l’aimer.

La langue amazighe est la forme du contenu marocain. Ne pas connaître la grammaire de cette forme, c’est se priver du seul accès qui mène à la marocanité: la vraie, la profonde, la terrestre, l’humaine (et non cette «marocanité» rhétorique que nous sert le discours officiel et officieux).

Les médias marocains, qu’ils soient arabophones ou francophones, ignorent ce dont ils sont censés rendre compte: les noms de la terre. Les journalistes d’expression française prononce par exemple /Imzouren/ à la parisienne /Imzoughen/. Mais le ridicule ne s’arrête pas là: certains de leurs confrères arabophones les singent et reproduisent cette prononciation erronée! Ce n’est pas là du luxe philologique: ce genre d’accidents linguistiques, et ils sont légions dans les reportages de ces médias, traduit un état d’esprit.  Ils expriment, sur le mode de symptôme, un parti pris idéologique profondément ancré dans les mœurs intellectuelles des gardiens du Temple, à savoir: n’accepter de connaître-reconnaître que ce qui correspond au Modèle – cette marocanité abstraite et normative imposée aux marocains tel le lit de Procost par un discours officiel autiste. Tout ce qui s’écarte du modèle se trouve voué aux gémonies.

Et si «nos» journalises prêtaient l’oreille à ces Marocains qui habitent les lieux! Car ces Marocains parlent et ils ont une langue qu’ils utilisent pour nommer les choses de leur environnement!  Mais il se fait que la méconnaissance linguistique n’est qu’un symptôme qui révèle un mal idéologique autrement plus grave: l’arabisme, cette machine à produire la négation. Non seulement les Marocains amazighophones sont exclus du commerce communicationnel, ils sont par le même geste culpabilisés: des citoyens qui ne parlent pas la langue officielle de leur payé c’est… suspect! (C’est un euphémisme).

D’où cette manie qui consiste, chez une catégorie de Marocains de faible facture, à chercher à faire plus arabes que les Arabes: nos terroristes ne se donnent-ils pas des surnoms archaïques du genre Abu Hafs, Abu l-khettab, Abu… je ne sais quoi…

Je ne peux que plaindre nos concitoyens d’expression arabe: ils ne savent pas ce qu’ils ratent en ignorant le sens de mots/noms aussi beaux que Azilal, Tittaouin, Azemmour, Asaïs, Agdal, Afsou, Aguelmim, Ouen n Timedouin…

Je ne peux  aussi que comprendre leur solitude et leur désarroi dans cet environnement «muet»  qu’est le Maroc. Je suis porté à penser que cette culture victimiste et misérabiliste qu’affectionne nos médias et nos littérateurs, et qui est totalement étrangère à l’esprit marocain, positif et entreprenant par nature, s’explique par cette carence sémantique dans le rapport à la terre, telle que je l’évoquais plus haut.

Mais que les Marocains d’expression arabe se rassurent! Tout n’est pas perdu! Ils peuvent toujours apprendre leur autre langue - la langue de la terre! Ils n’en seraient que plus riches et plus…heureux!

Vivre au Maroc sans connaître sa première langue, c'est se condamner à l’exil intérieur. Vivre au Maroc sans connaître ses noms, sans pouvoir les savourer, en contempler les dénotations et connotations, revivre la mythologie qui les sous-tend… c’est réduire ce pays riche en beauté naturelle et symbolique à une sorte d’espace lunaire ou martien dont les zones sont signalées avec des «termes» alphanumériques. Les toponymes /Azrou/, /Ifran/, /Taliouin/, /Aghbal/ et les centaine d’autres qui marquent le corps de notre beau pays ne sont pour les non amazighophones que des formules sèches et arbitraires, du genre: MX3, SS08, FF11…(comme sur Mars quoi!). Quel gâchis pour tous ces Marocains de bonne foi (mais aussi pour les autres de moins bonne foi) que de vivre dans ce désert sémantique!

Que faire pour rétablir la communication entre les Marocains d’expression arabe (ou française, car il y en a!) et leur pays? Il faut:

- commencer par mettre en cause l’idéologie dominante. C’est décisif pour les étapes qui vont suivre;

- introduire des cours obligatoires de tamazight dans les programmes de formation continue pour les journalistes;

- généraliser l’enseignement de la langue amazighe à l’ensemble du cursus scolaire et universitaire;

- introduire le tamazight dans l’enseignement parascolaire: les cours d’alphabétisation et de promotion sociale.

 

 

 

 

 

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