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Tamyur: 2004

(Août  2004)

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Congrès Mondial Amazigh:

Algérie: une indépendance confisquée

La date anniversaire de l’évacuation de l’Algérie par la France coloniale le 5 juillet 1962, est une occasion chaque année renouvelée, de s’interroger sur la concrétisation des espérances légitimement suscitées par l’" indépendance " du pays.

Malheureusement force est de constater que le système de gouvernance algérien présente toutes les caractéristiques d’une dictature conservatrice alliant pouvoir militaire, clans politico-affairistes et islamistes et s’appuyant sur une panoplie d’instruments de maintien de leur mainmise sur le pays: une justice aux ordres pour couvrir ses actes d’un semblant de légalité, la monopolisation des médias publics au service de sa propagande, l’autoritarisme, la corruption et le clientélisme comme mode de gestion de l’État et un système répressif violent pour réduire au silence toute contestation citoyenne.

Ce système assure son fonctionnement et sa reproduction grâce à une confortable rente énergétique, gérée à la manière d’un bien personnel et sans aucun effet productif, laissant les populations s’enfoncer de plus en plus dans le chômage, l’insécurité sociale, la paupérisation et la disette: Un tiers de la population vit actuellement sous le seuil de pauvreté, soit avec moins de 1 dollar par personne et par jour et plus de la moitié de la population dispose de moins de 2 dollars par jour.

Dans ce contexte, les amazighs d’Algérie et particulièrement les kabyles, ont toujours été prompts à dénoncer les iniquités et à exiger l’instauration d’un État de droit, assurant aux populations un accès équitable au progrès économique et social, et garantissant la pluralité culturelle et linguistique et le respect des libertés fondamentales. C’est la raison pour laquelle ils sont devenus " la bête noire " d’un régime algérien sûr de sa force brutale et de l’impunité dont jouissent ses exactions.

C’est ainsi que ces dernières années, en plus des violences dues aux groupes islamistes, la Kabylie a été victime d’agressions criminelles de la part des services de sécurité de l’État algérien. En 1998, Lounès Matoub, chanteur et symbole de la lutte pour la reconnaissance de l’identité amazighe, fut assassiné dans des circonstances à ce jour non élucidées et au cours des manifestations de protestation qui ont suivi, trois jeunes gens sont tués par la police, dans différentes localités de la région. En avril 2001, à la veille de la célébration du printemps amazigh, un lycéen, Massinissa Guermah, est arrêté puis abattu de plusieurs coups de feu dans l’enceinte de la brigade de gendarmerie d’Ait-Dwala, tandis que trois collégiens sont interpellés devant leur professeur et tabassés par les gendarmes de la ville d’Amizour. Cela a suffi pour soulever l’indignation et la colère des populations qui ont spontanément occupé les rues des villes et villages de la région pour crier leur exaspération devant l’arbitraire et les abus de pouvoir. Visiblement les plus hautes autorités n’attendaient que cela pour ordonner aux forces spéciales dotées d’armes de guerre, de massacrer des manifestants aux mains nues. En l’espace d’un mois, la répression d’une violence jamais connue jusque-là, a fait plus de cent morts et des milliers de blessés, dont plusieurs centaines grièvement atteints. A ce jour le triste bilan s’établit à 126 tués, 5000 blessés, dont plusieurs dizaines d’estropiés et des dizaines de milliers d’exilés.

Depuis ce printemps noir 2001, la Kabylie attend l’application – promise par le chef de l’Etat – des conclusions de la commission Issad, accablantes pour les auteurs et les responsables des crimes commis dans cette région, elle attend la satisfaction des revendications citoyennes telles qu’inscrites dans la plate-forme d’El-Kseur, jugées pourtant "légitimes" par le gouvernement lui-même, elle attend que soient entendues les interpellations des ONG et des instances internationales (ONU et UE) et en attendant, elle résiste et elle proteste massivement mais pacifiquement et de manière ininterrompue depuis plus de trois ans.

Cependant cette attente s’avère épuisante et même démoralisante pour les populations soumises à des conditions de vie qui pourrissent chaque jour un peu plus car en plus de la répression violente, le pouvoir algérien use d’autres méthodes plus sournoises telles que l’abandon par l’État de ses obligations de service public, la généralisation de la corruption, l’instauration d’un climat de terreur et de suspicion, le chantage économique et sa conséquence directe sur le taux de chômage qui dépasse les 50%. La capacité d’endurance et de lutte citoyenne de la Kabylie, exemplaire particulièrement au cours des trois dernières années, semble être la cible privilégiée des autorités algériennes qui ont choisi de traiter par l’indifférence et le mépris les drames qu’elles ont semé et qu’elles continuent de semer dans cette région. Découragés par cette politique du chaos, nombre de capitaux et d’hommes fuient la région, le désespoir et le désarroi gagnent les esprits, ce qui se traduit notamment par une très inquiétante hausse du nombre de suicides. En même temps, il est fort à craindre qu’une frange de la population acculée par cette stratégie implacable, se radicalise avec des conséquences que nul ne saurait mesurer à l’heure actuelle. En tant que véritable source d’instabilité et de conflits, le pouvoir algérien est le seul responsable de ce qu’il pourrait advenir dans cette région.

Malgré les discours et les actes de circonstance, le pouvoir algérien semble obsédé par le seul objectif de domestiquer cette région qui n’a de cesse de réclamer le respect des principes démocratiques et de refuser obstinément l’ordre injuste établi par une féodalité politico-militaire qui a décidé d’administrer le pays comme sa propriété privée.

Au cours du printemps 2004, le pouvoir algérien a décidé de s’en prendre à une autre région amazighophone, l’Aurès, en renouvelant presque à l’identique le macabre scénario mis en œuvre en Kabylie trois ans plus tôt. Après l’exécution extrajudiciaire du jeune Chouaib Argabi, les forces de sécurité donnent libre cours à leurs plus bas instincts dans la localité de Tkout: provocations gratuites, violence brutale et usage de la torture la plus immorale et la plus abjecte. De mémoire d’homme nul n’a souvenir d’un tel déferlement de haine, même du temps de la colonisation. Et comme en Kabylie, au lieu d’arrêter, de juger et de condamner les auteurs de ces actes ignobles, ce sont les manifestants qui sont jetés derrière les barreaux par une justice expéditive, simple exécutante de directives gouvernementales.

En définitive, il s’avère que toute contestation aussi légitime soit elle, toute velléité d’user de sa liberté fondamentale de s’exprimer, sont vouées au harcèlement administratif, policier et judiciaire. De manière sélective et ciblée, les autorités algériennes arrêtent arbitrairement et emprisonnent des journalistes qui s’obstinent à vouloir simplement exercer leur métier. Le journal Le Matin menacé de fermeture imminente et son directeur condamné à deux ans de prison, paient certainement le courage d’avoir dénoncé les dérives totalitaires du régime algérien et le grave scandale de la torture à Tkout.

 

En organisant un véritable plébiscite lors du scrutin présidentiel truqué du mois de mars 2004, au profit du chef de l’État actuel qui gouverne par l’arrogance et la menace, en maintenant à son poste le ministre de l’Intérieur véritable provocateur de la tragédie kabyle, en promouvant au rang de premier ministre l’ancien ministre de la justice responsable de l’arbitraire institutionnel et de l’impunité, en s’accommodant de l’absence de représentation des kabyles (un tiers de la population) au sein des instances nationales élues, ce pouvoir donne les preuves du retour au règne du despotisme en Algérie.

Par ailleurs, profitant de la levée de l’embargo international sur la vente d’armes à l’État algérien, et de ressources énergétiques au plus haut de leur valeur, les autorités multiplient les achats d’armements de guerre au moment où le mécontentement populaire grossit et où le pays laisse apparaître un besoin crucial en investissements publics susceptibles de relancer l’économie et de créer des emplois. C’est dire une fois de plus combien les dirigeants de ce pays ignorent le sens de l’intérêt commun mais restent obnubilés par le seul souci de conservation du pouvoir et des privilèges exorbitants qu’il procure.

Tout cela nous l’avons déjà dit, écrit, dénoncé à maintes reprises mais nous ne nous lasserons jamais de le faire jusqu’à ce que cela soit entendu et que justice soit rendue. Six ans d’impunité pour les tueurs de Lounès Matoub, trois ans d’impunité pour les assassins des 126 martyrs de la Kabylie, combien pour les autres victimes de l’arbitraire Étatique ? Qui peut oublier ou rester insensible?

En tout état de cause, le Congrès Mondial Amazigh poursuivra sans relâche sa mission de dénonciation des méfaits du système algérien, fera appel au soutien des organisations et des peuples du monde épris de justice et de liberté et se saisira de tous les instruments juridiques internationaux afin que le droit et le respect des valeurs humaines retrouvent leur légitime place dans ce pays.

C’est la condition nécessaire pour que le citoyen renoue avec l’espoir et puisse s’atteler en confiance, à la reconstruction et au développement qui le concernent, sur des bases réellement démocratiques et modernes.

Paris, le 4 juillet 2004

Le Bureau Mondial du CMA

 Congrès Mondial Amazigh

BP 60 – 75861 Paris cedex 18

Web: www.congres-mondial-amazigh.org

Email:

 congres.mondial.amazigh@wanadoo.fr

 

 

 

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