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(Octobre  2004)

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L’enseignement de Tamazight dans les Aurès: Un recul inquiétant

Par:  Salim Guettouchi (Algérie)

L’enseignement de Tamazight dans les Aurès connaît, depuis quelques temps, un recul sensible.

L’enseignement de Tamazight dans cette région s’est limité, cette année encore, à quelques établissements éparpillés sur trois wilayas, en l’occurrence Oum El Bouaghi, Khenchela et Biskra.

Quant à Batna, la wilaya la plus importante des Aurès, l’on a fini, tout de go, par venir à bout de cette expérience malgré les avancées politiques considérables enregistrées par Tamazight ces dernières années.

Tout cela dénote, on ne peut mieux, que le processus (pré-expérimentation, expérimentation, application et généralisation) initié par le ministère quant à l’enseignement de cette langue n’a pas atteint vraisemblablement ses fins. Le nombre de classes concernées par Tamazight connaît, en effet, chaque année une baisse sensible et les enseignants sont ou bien obligés à réintégrer leurs postes d’origine ou mis carrément au chômage. D’une cinquantaine d’enseignants opérationnels pendant la première année de l’introduction de Tamazight (1995-1996), il n’en reste aujourd’hui qu’une dizaine dans les quatre wilayas des Aurès.

Ce recul, voire cet échec est dû, selon bon nombre d’enseignants, à plusieurs contraintes qui n’ont guère favorisé l’enseignement de cette langue, et encore moins facilité la tâche à l’enseignant qui se trouve assez souvent seul et livré à lui-même.

Même si celui-ci est mis à l’index par certains milieux puisqu’il appartient, dit-on, à l’enseignant d’évaluer le niveau des élèves, d’esquisser les premiers contenus pédagogiques et de réussir cette expérience, il n’en demeure pas moins que ce travail, selon les enseignants, est loin d’être une tâche aisée. "Ce travail, nous dit Merarhmi.S enseignant de Tamazight à M’chounèche (Biskra), nécessite une longue réflexion d’autant plus que les supports pédagogiques et les moyens didactiques font défaut dans la variante (Tcawit) que nous sommes appelés à inculquer." "La traduction des objectifs, enchaîne-t-il, en des contenus assez conséquents n’est guère facile pour un enseignant livré à lui-même sans encadrement et sans un suivi pédagogique sérieux."

Il existe, par ailleurs, d’autres difficultés spécifiques aussi bien à la variante de l’enseignement qu’au public concerné par cette opération. La variante des Aurès est considérée comme la plus démunie dans le domaine de la recherche berbère. "Les rares études, ajoute M.S, faites sur Tcawit se limitent à quelques recueils de contes sans grande portée pédagogique, ce qui nous astreint à recourir assez souvent à la traduction, un procédé qui nécessite beaucoup d’efforts et une grande maîtrise".

Quant au public, les enseignants reconnaissent que son désintéressement va grandissant au fil des années et l’engouement suscité, au début de l’introduction de Tamazight dans le système éducatif, a fini par s’estomper. La responsabilité de l’enseignant est amplement engagée ici puisque, dit-on dans les milieux de l’éducation, il appartient à celui-ci d’éveiller et de maintenir constamment l’intérêt de ses élèves en multipliant les supports pédagogiques et en variant les méthodes de l’apprentissage.

Les enseignants s’en défendent. "Même si cela est vrai, nous martèle G.S un autre enseignant de Biskra, force est de constater que l’aspect facultatif de l’enseignement de Tamazight imposé à notre région n’est guère là pour arranger les choses." " Plutôt que de sensibiliser, dit-t-il, certains responsables de l’éducation, profitant de cette brèche, usent de tous les subterfuges pour dissuader les élèves à apprendre la langue de Massinissa"

Il semble, ainsi, que l’enseignement de Tamazight à l’école algérienne, même s’il a réussi à battre en brèches ce mythe qui veut que la cohabitation de deux langues dans notre pays soit antinomique, n’a pas pour autant vaincu les vieux réflexes de l’unicisme qui y sont encore vifs.

En effet, certains administrateurs zélés du secteur de l’éducation, allergiques apparemment au bilinguisme, ont joué un rôle des plus négatifs dans le sabordage cette opération dans plusieurs établissements, notamment dans la wilaya de Batna. "Pourquoi, ajoute G.S, maintient-on ce système de classes pilotes? Pourquoi ne change-t-on pas de stratégie en instituant des établissements pilotes? autrement dit des établissements où cette langue est obligatoirement enseignée, d’autant plus que Tamazight est désormais consacrée comme langue nationale dans la constitution"

Quoi qu’il en soit et malgré ses avancées considérables sur le terrain politique, Tamazight ne peut réussir, semble-t-il, son introduction dans le système éducatif sans une réelle volonté politique et sans une stratégie où tout un chacun (enseignants, chercheurs universitaires, administrations,...) apporte sa contribution.

 

 

 

 

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