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Il y a dopage du corps et dopage de l’esprit 

«Je vais courir aujourd’hui avec un maillot marocain, mais avec un cœur et du sang arabes»

Cette déclaration de M.Hicham El Guerrouj, publiée dans Tawiza No 90, octobre 2004, et commentée par M.Boudhane, nous interpelle à notre tour car elle suscite beaucoup d’interrogations et une bonne dose d’inquiétude.

La déclaration en question a été faite lors d’une interview accordée  au journal Achchareq Alawsat , le 28 août 2004 avant d’entamer l’épreuve du 5000m.

Après la course, M.El Guerrouj aurait été en droit d’«offrir» sa victoire aux arabes. Dans tous les cas, il aurait fait acte de provocation (en choquant certains et en flattant d’autres)

Or, voilà, M.El Guerrouj n’a pas défendu une cause; il n’a pas dénoncé une quelconque injustice: il a choisi d’appuyer son appartenance à une «race»

Pour bien mesurer le sens de la déclaration de M.El Guerrouj, essayons de la transformer en: «Je vais courir avec un maillot marocain, du sang marocain et mon cœur est avec les arabes».

On comprend, à présent, la différence entre les deux déclarations: en soulignant son appartenance (réelle ou supposée), l’athlète a négligé le capital de sympathie dont il aurait pu jouir auprès de tous ses concitoyens, notamment ceux qui ne partagent pas sa perception des «liens de sang». Cette remarque est importante car le recours au «sang» pour se positionner est un acte grave.

En effet, revendiquer une appartenance raciale avant de participer à une compétition olympique, ne relève pas d’une simple maladresse car le «sang» est lourdement connoté. Rappelons pour fixer les idées, quelques funestes exemples axés sur l’exploitation du «sang»:

- l’idéologie nazie est construite sur l’existence supposée d’un «sang pur» propre à la «race »arienne;

- les états impérialistes et les gouvernements fascistes accordent plus d’importance au sang versé par leurs agents qu’à celui des victimes, fussent-elles civiles;

- sur un autre plan, la rhétorique coloniale a eu recours au terme de «pacification  pour désigner le «génocide»  des tribus amazighes.

C’est dire que le sang peut renvoyer à des réalités que le discours de M.El Guerrouj a escamotées: soit par ignorance, soit  par maladresse. Notre but n’est pas de faire un procès d’intention à M.El Guerrouj mais d’attirer l’attention sur le manque d’information et de formation de certaines personnes appelées à représenter toute une nation! On peut supposer, par sympathie pour l’athlète, que la pression de la médiatisation l’a poussé à mal peser ses propos. Dans ce contexte, il arrive à tout un chacun de manquer de vigilance.

Nous osons imaginer (effort gratuit et moins éprouvant que de courir le 5000m!) que M.El Guerrouj n’ignore pas que le drapeau dans lequel il s’enroule après chaque victoire est un drapeau national, marocain et non arabe.

 Réduire le drapeau à la seule composante arabophone de la Nation Marocaine, c’est faire preuve d’une aberration. On dira dans ce cas, et dans une langue marocaine: «guerraj»,  c’est dire,  tronquer!

Prétendre que le sang qui coule dans nos veines est «arabe», «berbère» ou  autre, c’est ignorer le formidable brassage des populations marocaines.

Cependant, si M.El.Guerrouj ignorait que la couleur qu’il défend, à chaque course, est la couleur nationale, il faudrait alerter le comité olympique marocain pour élaborer un plan de formation axé sur: l’identité nationale, le respect d’autrui et le fair play.

Si un tel plan échouait, alors une cure de désintoxication s’imposerait: non pas pour purifier les corps mais pour libérer les esprits... Nous reviendrons sur les formes d’intoxication à exorciser!

A propos du comité olympique, nous avons d’autres griefs à exprimer. Si la  délégation aux jeux d’Athènes 2004 nous a honorés en confiant le drapeau national à une femme, elle nous a déçus en optant pour un costume occidental pour représenter un pays dont la diversité et la richesse des costumes ne demandent qu’à être exhibés! Notre délégation faisait grise mine à côté d’autres délégations évidemment riches en couleurs!

Nous nous attardons sur ces questions car la déclaration de M. El Guerrouj émane d’un contexte où l’encadrement pédagogique laisse à désirer. Voici, en guise de principe fédérateur de l’identité nationale, quelques évidences à prendre au sérieux:

Le Maroc est une nation construite sur la diversité: un pays où cohabitent, entre autres, des arabes, des imazighen, des imazighen arabisés et des arabes amazighisés…

Ces évidences méritent, encore une fois, d’être commentées à la lumière de la déclaration de M.El Guerrouj. Imaginons (en priant pour que l’effort d’imagination ne tuera personne) un instant qu’un autre athlète aurait déclaré: «je vais courir avec un cœur et du sang amazighs». Imaginez (encore!) la levée de boucliers des hauts parleurs des médias «nationaux»! Imaginez (toujours) le commentateur sportif de 2M s’égosillant dans un accent affecté emprunté à un parler arabe virtuel!!!

A présent, si vous êtes en panne d’imagination, nous vous invitons à un jeu plus sérieux. Ce jeu consiste à comptabiliser les emplois de l’adjectif «arabe» dans les médias audiovisuels.

Vous verrez que l’on n’a pas besoin d’être un fervent nationaliste pour être surpris par le constat suivant: l’adjectif «arabe» remplace l’adjectif «marocain» dans la bouches de beaucoup de  journalistes…

Imaginez (juste une dernière fois) notre capitale rebaptisée  «capitale arabe» avec son Agdal, son Bab Tamesna et son patrimoine séculaire!

S’agit-il vraiment juste d’imagination?

Non? Alors, il faut admettre que nous sommes entrés dans une sphère où l’usurpation d’une l’identité nationale s’est accompagnée d’une acculturation caractérisée.

Cette sphère nous osons la qualifier de «dopage de l’esprit». Ce terme, contrairement aux formes de dopage médicalement connues, renvoie à une drogue non répertoriée

Nous croyons fermement qu’il existe un dopage qui ne peut être décelé par les commissions de contrôle. Car, si nous admirons les performances de M.El Guerrouj, c’est qu’à notre connaissance la carrière de cet athlète n’a jamais été entachée par aucun scandale lié au dopage.

Cependant, son innocence à ce niveau ne devrait pas occulter l’existence d’un syndrome, national celui-ci, que nous avons nommé dopage de l’esprit. Ce syndrome opère en narcotisant l’esprit critique du citoyen, l’amenant à renoncer à son identité authentique et embrasser une autre fausse…

Le dopage de l’esprit, contrairement aux autres dopages corporels interdits, est plus sournois dans la mesure où il échappe aux analyses scientifiques. Ce syndrome s’apparente au dopage à vie, car il s’attaque à ce que nous avons de plus précieux:  notre identité.

En somme et à défaut d’une définition académique, nous pouvons conclure en affirmant que le ‘dopage de l’esprit’ c’est la négation d’une part de soi-même!

(Signé: un sportif résigné à l’effort de l’imagination)

 

                                                                         

 

 

 

 

 

 

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