uïïun  94, 

sinyur  2005

(Février  2005)

Amezwaru

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Timsirin zg arbaï… maca di takufäa d tlkkawt n yiman

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Amerwas Amaynu
Par: Houssa Yakobi

Le récit suivant est partiellement transcrit en tamazight et interprété en français afin de permettre aux lecteurs des deux langues d’en comprendre quelques fragments.
Ingha umerwas n lqerd Bassu ou Aobdi. Izenza Bassu anna as iqiman n ixfawen n wulli; iguz d zg udrar gher temdint n Rbadv. Izdegh Bassu gher Fadma, illis n uttmas, g Tmara tis snat allig as yuder urgaz n fadma i wallen…
Ifegh Bassu zg Tmara yamezv adghar g yat leqepwa nna g da ggan winna mi ixub wavdu. Iqqima Bassu g leqepwa am wayur ar itermrara iwaliwen de winna iggan am netta.
Accablé par le Crédit Agricole, Bassou Ou Oebdi vend les quelques bêtes qui constituent son maigre capital et quitte la montagne pour Rabat.
IL s’installa chez Fadma, sa nièce, à Témarra II, jusqu’au jour où l’expression de l’hospitalité déserta le regard de son hôte, le mari de Fadma…
En quittant Témara Bassou se refugie dans un minable café où il passe presque un mois en compagnie des gens de sa condition.
C’est dans ce café de la médina où j’ai l’habitude de manger une purée de fèves que je rencontre Bassou et que je commence à m’intéresser à son récit de vie. Eprouvant de la sympathie pour Bassou, je décide de l’aider en lui cherchant un poste de veilleur de nuit: «tu peux me faire confiance, me dit-il, je suis capable de garder les yeux ouverts quand les autres dorment.» 
Epuisé par des recherches infructueuses auprès des Imazighen résidant dans des villas, Bassou devint morose et se prépare à quitter Rabat pour Casa. Sa décision me plonge dans un profond chagrin au point de lui proposer de s’adresser, cette fois-ci, à des militants amazighs.
Pour ce faire, je lui parle des partis, des associations et institutions susceptibles de l’embaucher. Je lui apprends quelques idiomes étrangers à son parler de montagnard, comme par exemple: «azul», «tanmmirt», «asinag», etc.
L’initiation «politique» de Bassou bute sur la signification des sigles et noms comme: asidd, tamunt, amyafa, amrec, tamaynut, ircam, lharaka, tariq…
Cependant, animé d’une étonnante curiosité intellectuelle Bassou me harcèle, de jour en jour, par des questions du genre:
- may da teggan imazighen nna ighran g Rbadv ?
- is ssen mani g zdeghen winna ur ighrin?
- mayd dda asen ittakkan lflus (iqariden)?
- mayd iggan “ircam”, “asidd”, “tamunt”...?
Les interrogations de Bassou deviennent de plus en plus précises. Etant dans l’incapacité de répondre honnêtement à toutes ses questions, je lui conseille de s’adresser à d’autres personnes pour parachever son initiation au domaine politico-associatif amazigh; et ce, dans l’ultime dessein de trouver du travail…
Après quelques brefs séjours à Meknès et à Casablanca, Bassou revient à Rabat et me donne rendez-vous au café où notre première rencontre eut lieu.
En arrivant au café, je découvre un Bassou métamorphosé par une année d’errance et très fier de m’apprendre ce qu’il sait:
-is tessent a Lpo mayd nnigh i ayt usidd?
-upu a oemmi Bassu .
-nnigh asen: mec sull imazignen assa ddern, max allig digun winna mi mmuten wulawen? (Asidd= assa sull imazighen ddern)
-iwaliwen iqurarn aya a Oemmi Bassu!
-is tessent mayd inaba “iracam”? Inaba: Innayawen Raîs Ccat Amur-nnun Max is day ikkat umutel winna illan nnigawen? Isi tsellit?
-selligh ac a oemmi Bassou.
-Sirsgh awal n ircam asigh d win tariq, nnigh as: Ttuyat Aryaz Rnan Iqemmarn Qann atti sizan!
Telles des joutes proférées dans un ahidus des années soixante (à l’époque des grands rassemblements des Ayt Yaf Lman et des Ayt Sri), les propos de Bassou sont pesés et articulés comme s’il s’adressait à un important auditoire.
Cependant, son regard amical est à présent brouillé par un indicible désir de vengeance. Que veut dire Bassou? A qui sa parole est-elle adressée? Je décide de l’interroger à mon tour pour comprendre:

-iniyi a âemmi Bassu urid ghas ameksa ayd tgit, is tkkit ar terzzat awal ?
-amm umeksa amm umdyaz luqta-d a amddakwel!
-max ?
-imazighen kkan gan izmawen g tmazirt uma luqta d aghul da fervden ibddaz am ifullusen.
Bassou me gratifia d’autres «poèmes» sur les associations, les néologismes qu’il désigne de: «iwaliwen n ayt dghi» comme si le langage moderne était enfanté par une génération sevrée; une génération en rupture avec les acquis de la langue maternelle!
En découvrant Bassou- le -poète, j’ai insisté pour qu’il continue à me parler de son expérience avec les imazighen de la ville. Bassou m’apprend qu’il n’a pas chômé durant les jours et les nuits qu’il a passés à la recherche d’un digne gagne-pain:
-ur da ttinnigh anuddem ard rzegh iwaliwen, ur d aghulegh zig ddar lbidva (casa) allig lemdegh awed timunnadv n ayt ssiyyasa
-mayd tennit ghif ayt ssiyyasa?
-ssiyyasa, isslemdi tt yan urba isiwli ghef imagharn n jjabbun
-mad ac inna ghef imgharr n jjabbun?
-innayi da neqqan ighfawen-nsen s tfaliwin
-iwa, may-d yiwin ssayyasa ger imgharn n jjabbun?
-sfeld a Lpo: awd imghar n imazighen n Rbadv ixessa ad nghin ixfawen nsen mc ittungha wawal nsen. Is i tsellit? ixessa ad gin, “harakiri”!
-mayd iggan “lharakiri”?
-ur ac nnigh “lharaka”
-nnighac: harakiri!
Ebahi par les propos de cet être devenu énigmatique, je décide de le quitter pour repenser à tête reposée sa métamorphose: où a-t-il appris ce qu’il dit? Qui l’a aidé?
Plusieurs questions s’arrachent la priorité dans ma tête de pseudo intellectuel. Cependant une seule me semble plus urgente: comment va-il gérer ce qu’il a appris en si peu de temps?
A l’instant où j’allais partir, je lui demande:
-Bassou, que vas-tu faire à présent?
-azal n wassa g ksegh amerwas zg ghef tadawt inu, ad isikk rebbi tghict nnun i usaka…
-Ne t’inquiète pas pour moi: j’ai vendu mon bétail pour rembourser le Crédit Agricole et j’ai utilisé mes dernières ressources pour m’acquitter d’une dette plus lourde.
-Laquelle?
-Celle de l’ignorance: à présent je sais que je dois retourner à ma montagne, à Tafrawt n Ayt Oebdi:





 

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