uïïun  96, 

kuçyur  2005

(Avril  2005)

Amezwaru

 (Page d'accueil) 

Tamazight

tamazivt d usgzi n wufuv zi lirkam s tiçëi taorabt n usmsi

Aoettvib n lhusima

Abrid

Taghyuli!

Rar leoqel

Tawarggit n idvgam

Français

Les "yeux secs" ou la reconnaissance impossible

Lorsque les langues se sacralisent

Une répudiation annonce

Communiqu du CMA

A quand tawada?

العربية

االأمازيغية وعاهة التفسير العروبي

البديل الفيديرالي بالمغرب

آخر فصل من مسرحية المعهد

ليركام أو نهاية الوهم

نظرية العجز عند الطفل الأمازيغي

جلاء الأمازيغ عبر جلاء اللغة والهوية

العقلية المخزنية في الإدارة المغربية

تدريس اللغة الأمازيغية

الأمازيغيون واليساريون

المرأة الأمازيغية ومظاهر الحيف والتمييز

الأمازيغية والاتحاد الاشتراكي

الاتحاد الاشتراكي والعودة إلى 1994

تيفاوين الأمازيغية تقدم بالعربية

الأمازيغية كما يراها برنامج تيفاوين

أن نكون أو لا نكون

المغرب والعربي والوهم

محمد خير الدين

المعهد الملكي في مفترق الطرق

المساجد بين الخطاب الرسمي وممارسة الأئمة

الأمازيغية تستغيث

دور القطاع النسائي في التنمية

حدث وطني في أقصى الجنوب الشرقي

حوار مع الفنان آيت بوها أوعلي

الأمثال الأمازيغية

ثماني  سنوات من ثاويزا

بيان جمعية تانوكرا

الذكرى 42 لوفاة مولاي موحند

بلاغ الجمعيات بالريف

بيان كنفيديرالية الجنوب

بلاغ لتامونت ن يفّوس

تهانئ

 

Une répudiation annoncée
Par: Houssa Yakobi

Les premières années de mariage de Yamna et de Mimoun s’écoulèrent sans problèmes entre deux espaces de transhumance: l’adrar et l’azaghar; autrement dit entre les hauts plateaux et la plaine.
En transhumant pendant quelques années, Yamna et Mimoun eurent le temps de connaître tous les habitants de la vallée d’Ibbouha (la vallée des glands). Cette dernière était jalonnée de plusieurs habitations des nomades sédentarisés.
Enjouée et dévouée à son métier de bergère, Yamna était appréciée des habitants d’Ibbouha. Chaque fois que le troupeau de Yamna et Mimoun paissait près d’une habitation, le couple était invité à prendre le thé. Yamna lia amitié avec les femmes de chaque tiguemmi (foyers regroupés).
Mimoun, quant à lui, ne manquait aucune occasion pour confier son troupeau à un autre berger pour descendre chez les habitants de la vallée et entretenir ses amis sédentarisés sur ce qui se passait dans les hauts plateaux.
Il aimait surtout vanter le savoir- faire des Ayt Myill et des Ayt Abdi quant à la sélection des béliers reproducteurs:
-ur illi am ulli n Ayt âebdi d tin ayt mgill (les ovins des Ayt Âebdi et des Ayt Mgill n’ont guère d’égal), insistait-il.
Il savait qu’il était écouté par les hommes de la vallée mais il ignorait que sa femme était indifférente à ses «théories» sur la sélection des ovins. Pendant que Mimoun discourait, l’attention de Yamna était captée par des objets qu’elle ne possédait pas: une théière neuve, un soufflet incrusté de clous dorés, un service de verres à thé couvert d’un mouchoir brodé…
Chaque fois que le couple était invité chez un habitant de la vallée, le regard de Yamna était prisonnier des signes de confort que les ménages nouvellement sédentarisés ne manquaient pas d’exhiber!
Tel un collectionneur en quête de pièces rares, Yamna examinait chaque objet comme si elle désirait en prendre possession.
En quittant leurs hôtes, le couple était parfois muré dans un lourd silence ponctué par les bêlements des moutons. Cependant, ces moments de silences étaient vécus comme quelque chose de naturel car ils faisaient partie de la vie de berger. En effet, la nature impose son silence aux hommes de la montagne chaque fois que l’épais brouillard s’installe, chaque fois que la clarté est occultée par l’opacité des hivers rigoureux.
Alors que Yamna brûlait du désir de mettre un terme aux transhumances et de goûter au confort de la sédentarisation, Mimoun était toujours préoccupé par l’amélioration du cheptel (un savoir qu’il ne partageait qu’avec des hommes !)
L’emprise du silence et de l’incompréhension régna sur la relation conjugale pendant tout un hiver, passé dans l’Azaghar avec leurs amis sédentarisés. Il fallut attendre la fonte des neiges et l’ouverture de l’Agdal pour que Yamna et Mimoun se retrouvent seuls.
Un soir, ils campèrent près de Taghbalut n laz (source réputée pour exciter l’appétit).
Yamna s’empressa d’allumer le feu et de stabiliser une bouilloire noircie de suie sur trois pierres disposées en triangle. Mimoun s’assura que toutes ses bêtes étaient entrées dans l’enclos et vint s’asseoir près de son épouse pour préparer le thé. Le thé fit passer le pain, et le dîner fut vite consommé!
L’intimité de l’instant et la chaleur aidant, Mimoun tira brusquement Yamna vers lui pour se donner à un acte probablement plus réparateur que le frugal «dîner»…
Le corps de Yamna, au lieu de céder à l’étreinte du mâle se figea dans une rigide posture et Mimoun lui demanda en râlant:
-mayd am ikkan attayen? Ma cem yaghen allig teqqurt? (qu’as-tu? d’où vient cette raideur?)
-rmigh (je suis épuisée), répondit-elle d’une voix résignée,
-ma kem issermin is tumezt agatu? (qui t’as épuisée: la corde pour accoucher?)
N’ayant jamais éprouvé les douleurs de l’accouchement, Yamna fut blessée par les propos ironiques de son époux et éclata en sanglots. Aveuglé par le désir, Mimoun ne la consola guère. Au contraire. Il s’acharna davantage en traitant Yamna de: ddaw n tutmin!
Dans le souvenir de Yamna, l’insulte «ddaw n tutmin» n’avait jamais été adressée à une femme. Que voulait dire «sous-femmes»? Yamna ne connaissait que l’expression «ddaw midden» (vaurien) qui s’appliquait de façon générale à n’importe quel individu. Harassée par la méchanceté du mari et le souffle du mâle, Yamna vida son sac:
-yyih a mimoun, ddaw n tutmin ayd yigh llig ur ligh taxamt am tutmin (oh oui, Mimoun, je ne suis rien puisque je ne possède pas un foyer digne de ceux des autres épouses).
Depuis cette dispute à Taghbalut n laz, Mimoun décida de punir Yamna en la trompant avec toutes les femmes qui cédaient à ses désirs. Au bout de quelques années, Mimoun était devenu un coureur de jupons notoire: il trompait sa femme au vu et au su non seulement des gens de sa tribu mais à chaque ahidous (danse) intertribal, il s’affichait à côté d’une femme non mariée…
Face à l’insultant exhibitionnisme de son époux, Yamna ne disait rien quoiqu’elle semblait lire dans le regard des siens cette terrible interrogation: «pourquoi ne réagis-tu pas?». Armée d’une patience insoupçonnée chez les jeunes femmes de son âge, Yamna refusa les avances qui lui étaient faites des hommes prêts à laver sa honte. Elle répétait à chaque homme qui essayait de la courtiser: «ur ak d usigh waxxa ur ligh argaz ula gigh tin ighfinu» (je ne te conviens pas: même si je n’ai plus de mari, je ne suis pas libre». La communauté des igziwen (jeunes hommes) et des mâles dragueurs finit par ignorer Yamna. On la déserta du regard lors des fêtes. La silhouette de Yamna n’était plus qu’un épouvantail même aux yeux «innocents» des enfants! On évita de suivre ses traces telle une source asséchée. L’image de Yamna s’était progressivement estompée de la mémoire collective et les mauvaises langues disaient qu’elle était «habitée».
Paradoxalement, Yamna continuait à chanter et à soigner son apparence dans une indifférence qui ne semblait guère l’affecter. Elle aimait scander toute seule les mêmes vers qu’elle avait appris du temps de sa virginité:
-ar ac ttinigh han isemdal-nc ad acckin a wnna issaran
-ar as ttinin winna iga rebbi d ihyad is ttagh tmara?
(ne t’ai-je point prévenu ô errant que tu risques de perdre ta tombe
et ceux qui manquent de raison diront que c’est la misère qui t’a égaré?)
-adday smuliwen waqqiwen taru-d id
-gin-d imurag s wulinw hemzgur
(Quand le jour décline et les vallées s’assombrissent
Mon cœur succombe à l’emprise de mes désirs)
Ces fragments de chants de l’enfance, Yamna les clamait à tue tête derrière son troupeau sans se soucier de leur portée: elle avait oublié que les falaises rocheuses renvoyaient, en écho, son chant au point d’atteindre les bûcherons et les autres bergers. Mais chaque fois que l’on s’approchait d’elle, elle se taisait telle une cigale rompue aux techniques de camouflage animalier.
En l’An de Disgrâce- 2907- (l’année où les sauterelles ravagèrent les cultures), et exactement lors du Mouloud, Yamna décida de descendre au village. En arrivant à Ighrem n Wasif, elle se rendit chez une patronne abîmée par le passage des légionnaires pour emprunter une robe voyante.
Le troisième et dernier jour du Moussem, Yamna se maquilla à outrance et se rendit en début d’après-midi sur la place réservée à la fantasia: au cœur de la fête. Là, elle poussa un hurlement de détresse:
-bibibibibi-www!
Les cris de Yamna immobilisèrent les cavaliers sur leurs montures. Les gens accoururent de partout pensant à une agression. Une foule d’une extrême densité se forma autour de la silhouette de la jeune femme. A l’instant où son regard croisa celui des gens qu’elle connaissait, Yamna s’adressa aux hommes en ces termes:
-Ô hommes ici présents, je vous annonce que mon sexe vous appartient. Il est à quiconque désire en jouir!
Devant l’ahurissement que suscita sa déclaration, Yamna insista:
-hat ghas wenna urit ittern!
(autrement dit Yamna déclara que son sexe était un «objet public»)
Au milieu d’une avalanche de commentaires, Yamna se dégagea de la foule avec une assurance nourrie par de longues années de patience et d’abstinence, demeurant sourde aux propos des autres…
-Elle a raison!, disaient ceux qui étaient au courant de sa détresse
-Quelle effrontée!, s’exclamaient ceux qui ne la connaissaient pas.
Le lendemain matin, Mimoun quitta la tente conjugale pour une destination inconnue. Et depuis ce jour là, les habitants d’Ighrem n Wasif attribuèrent à Yamna le surnom d «tenna illfen i urgaz ns» (celle qui a répudié son mari).
 

Copyright 2002 Tawiza. All rights reserved.