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sdyur  2005

(Juin  2005)

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Baybi, Lfall: un legs de l’Ahidous au Sud-Est
Par: Zaid Ouchna

Ahidous, cette gavotte collective qui s’y prend à l’occasion des festivités officiant des hyménées ou des mariages est une danse qui spécifie Imazighen un peu partout au Maroc. Une manie musicale plus riche et plus vibrante car elle est très bien élaborée bien qu’elle ne soit pas régie par des données théoriques. Elle est non seulement diversifiée; mais aussi elle définit des groupes et des régions bien distinctes. Le mysticisme de l’exercice de ses rites et de ses rythmes se transmuent et se modifient légèrement selon la géographie et l’espace. C’est un rituel qui se transmet oralement de génération en génération et où dodine le quotidien d’une vie artistique très intense en poésie chantée, ondoyée, voire dansée. Sa pratique dans l’isolement à travers le temps a provoqué, dans certains cas, des débâcles de la norme première de cette tradition séculaire. Mais dans d’autres, la force de l’usage répand bien des indices véhiculés par des syntagmes et des aphorismes qui restent incompréhensibles pour nous, les ultimes des communs!
Au sud-est du Maroc l’Ahidous des Ayet Merghad et des Ayet Hdiddou, dont la pratique de ses multiples figures reste tout de même non médiatisée et donc très mal connu par le publique, confine bien des choses non démêlées. J’en conviens, il y’en a d’autres Ihidas, de la même région ou ailleurs, qui ne sont pas vraiment connus des Imazighen qu’autant des autres. C’est pourquoi j’ai pensé qu’un état des lieux s’impose ici, ne serait ce que pour l’abondance en verbe et de créativité en littérature Amazighe.
Il s’agit ici de  dépeindre  quelques lieds de ce dit Ahidous qui présente des particularités, peut être peu commodes, singulièrement:
-Baybi
-Bayyada
-lfall
Ces vers chantés en l’honneur d’Islan (des mariés) avant des séances d’Ahidous et dans une mélopée, le moins que l’on puisse dire est un véritable envoûtement, dont le sacré est étroitement lié au profane, cachent bien des choses qui restent toujours non élucidées. L’écho conséquent du résonnant s’entend de solides chantres qui les ont fait. S’il y a des musiques dites sacrées, celle-ci en fait bel et bien partie intégrante dans ses répertoires. C’est une récitation polymorphe et complexe de vœux et d’appels à l’immémorial. De ce que nous retenons, par la force de l’usage, c’est qu’il s’agit ici d’un orémus émis d’abord à Baybi puis à «Bayyada» pour la prospérité du couple du jour! Le symbolisme des vers (voire ci-dessous) confirme cette approche acquise par la voie de la tradition. Mais, d’autres questions interpellent la curiosité de tout un chacun. Pour exemple:
Que signifie au doigt et à l’œil le mot  Baybi? C’est qui Bayyada? Que signifie «Lfall»?
Pour comprendre ces trois chants d’appel, différents par leur intonation ou mélodie, il faudrait respecter la suite chronologique de l’exercice. C’est à dire commencer par Baybi qui fait effet de référence à «bayyada» et puis terminer par Lfall qui implore l’absent! Selon beaucoup de témoignages, gravés par la mémoire collective et transmise par voie orale, Baybi est le nom d’un auguste ancêtre Amazigh. Il serait non seulement un exégète; mais également un emblème qui a pu consolider les rangs de son peuple. On dit qu’il a été trahi, puis assassiné par la recommandation d’un roi arabe à fin de casser les repères de la population dans l’intention de la faire disséminer, la politique de diviser pour régner oblige! Les conditions qui ont entraîné son mauvais coup étaient d’une sauvagerie extrême. On dit que sa tête figeait des laves de sang, qui auraient sillonné le long de son corps de chaque coté, jusqu’à ce qu’il s’écroule inanimé par terre. Selon les commémorations transmises, les Ayet Merghad et les Ayet Hdiddou avaient blasphémé de porter son deuil tout le temps pour le faire passer à la prospérité. C’est pourquoi les femmes Isett Hdiddou et les Isett Merghad se drapent d’un Abizar sillonné du rouge sang - le sang de Baybi - et du noir en signe du deuil. La femme, la gardienne par éminence de la tradition, accompagne toujours dans son nouveau foyer cet Abizar qui a pour elle une signification et une valeur incommensurable; mais cela est une autre paire de manche...
Les hommes quant à eux, avant chaque séance d’Ahidous, font référence à Baybi d’abord. Ils lui rendent hommage, ils le sollicitent et puis ils lancent des médisances de douleur; c’est à dire des «Hay, Hay» pour ne jamais oublier Baybi.
Baybi:
A baybi, a baybi!
Keyy ay mi grigh taghuri
A baybi, a baybi
Hayy, hayy! A wi hayy, hayy!

Keyyin d amezwaru a baybi!
Keyy ay mi neqqar i ger-i taduli
A baybi!
Ad ak-âwdegh a baybi taguri
A baybi!
Ih awi hay, hay,hay!
Puis ils enchaînent, mais dans un autre balancement, par l’invocation de «Bayyada» pour grappiller le rituel chant de «Lfall». Selon des témoignages recueillis auprès des chantres âgés, auprès des initiés activistes du terrain et à mon sens en tant qu’héritier de cette tradition, il n’y a pas dans la liste des noms le terme «Bayyada». C’est pourquoi la piste d’un mot composé est privilégiée. En explorant les Amawal Amazighs (les dictionnaires), il y a une possibilité de déchiqueter son véritable sens à condition d’inclure la complainte précédente; c’est à dire Baybi. Je ne prétends pas par contre, apporter ici une variante définitive; mais seulement une tentative qui servirait peut être d’ouvroir au travail d’un marteau plus pointu.
Selon cette version donc, le terme «Bayyada» serait alors la composition de trois mots distincts dont:
-le verbe BA ou IBA (les deux), signifie  selon l’Amawal: perte de, disparition de
-le nom AYYAD veut dire (d’après Amawal): écouteur, contemple
-le démonstratif A  est largement connu
Bayyada s’écrirait convenablement par: Ba ayyad-a; il donnerait en français: la perte de cet écouteur ou la disparition de cet écouteur. Le démonstratif A (cet), oriente à l’appel précédent, c’est à dire à Baybi. Donc, l’écouteur ou Ayyad serait vraisemblablement Baybi.
Lfall, chanté dans un souffle mystique exceptionnel, est un appel nous l’avons dit, à la prospérité de la vie des mariés (islan). Sa pratique remonte loin dans des gouffres des âges car ses vers chantés sont un amalgame de rites et de croyances, conformément aux cycles des incursions. Il véhicule, à lui seul, bien des antinomies culturelles qui méritent une étude particulière.
Si l’on se réfère au dictionnaire, la racine du syntagme «Lfall» a subi une modification en lui-même. L’article «L» du début, qui est un empreint le confirme. En effet, il nous explique déjà les sens suivant:
Sfilew  veut dire: émettre un vœux (un vœux pieux), ce qui est dans le sens du contexte, et qui montre que l’article «L» inféré a disparu. Nous en concluons qu’un rapprochement avec le sens arabe du mot est exclu.
Il y a le sens des autres verbes, mais de la même racine, qui incitent encore à un autre volet de la conjoncture, dont:
-Efel, signifiant: couvert (d’un toit)
-Sfel: se couvrir d’un toit.
Ce qui laisse à croire qu’on fait appel par le dit «Lfall» à une couverture tout court pour les nouveaux mariés, en implorant l’absent! Une version qui trouve ses jalons dans l’indication donnée par le sens du récit ci-dessous.

Lfall n Isli
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a 
A k-isney rebbi tanaka
N lanbya negh tin siyyadna Muhemd
Ayed iâezzan, a wenna igan tssabub
I yayt uhidus a wenna igan tsa...
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a!

Innew a wa, i saâed a rebbi i waddegh
Ighweman, tgim-as adu-nnes
D amm win ildjigen
Ildjigen n teghebula
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a!

Ad ihdu rebbi tawengimet
A ki-tdaâe a rasul llah d amezwaru
A ki-tdaâe, a bayyada
A ba ayyad-a !

Wenna isebbeben a yafrah
A ken-i-d-ngulu,
A k-igg mulana
D aghbalu ikerrzen akal
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a!

Lfall n teslitt
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a!
I suttegh-am lfall ad igg
Amm yat ddilit ur ilkim ufus
Ad tger ifer iâezzan
Ad as-telkemd a yazur i waghbalu
Ad as-telkemd
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a!

Ihurma-kwen a yiggurramen
Ittuzurnin, ula win Fas, ula win dra
Ula azaghar, ad am-d-awin
A taghurramet ssaâed izilen
Ad am-d-awin
A ba ayyad-a, a ba ayyad-a!

A rebbi sdumett
Ad ur ttales i wazdugh
A rebbi sdumet
A ba ayyad-a, a ba yyad-a!

A rebbi lfall n kuyuwen
Ad igg mayed ran,
Ad igg mayed ran
A ba ayyad-a, a bayyada!

Izlan n lfall:
Suttegh-am lfall ad am-izwur rebbi
A tislitt igg-am aduku d bu yirban
Lfall-nnem a tislitt d winna s teddamet
Ad igg aghbalu ikerrezen ar issewa lasel
Saâed a rebbi i tgwerramet tawenza-nnes
Tked-as icirran d lman ad as-idumen
 

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